C. Travaux didactiques
Les travaux sur les côtes de France, soit comme chef de mission, soit en sous-ordre, avaient pour objet de compléter et de mettre à jour les Cartes du Pilote français, publiées autrefois sous la direction de Beautemps-Beaupré. Ils comprenaient des opérations de triangulation, de topographie et de sondages, avec étude des marées, des courants et du régime des côtes, et généralement de tout ce qui intéresse le marin et l’ingénieur.
Guadeloupe.
La reconnaissance détaillée de la Guadeloupe et de ses dépendances n’avait pas encore été faite. Le travail de MM. Ploix et Caspari comprend : une triangulation, appuyée sur la mesure d’une base ; le levé topographique complet, tant de la côte que de l’intérieur des iles; les
sondages et l’étude des nombreux bancs qui bordent les côtes et s'étendent parfois très loin au large; les déterminations astronomiques ayant pour objet d’orienter la triangulation et de fixer la position géographique du groupe. Ces opérations ont été faites par les méthodes exactes employées sur la côte de France, mais dans des circonstances souvent difficiles de climat et de localités.
Les Notes de Géographie physique publiées dans la Reçue maritime résument les observations faites en dehors du travail principal, et qui ne pouvaient entrer dans les Instructions nautiques; elles contiennent certains détails relatifs à la Géologie, notamment en ce qui concerne la Grande-Terre, Marie-Galante et les bancs sous-marins; des études sur la croissance des madrépores, sur les mouvements lents du terrain, qui semblent déceler un affaissement par places, un exhaussement ailleurs; des observations sur le régime des rivières et torrents, sur la météorologie spéciale des îles, sur les phénomènes des raz de marées, des lames de fond et des tremblements de terre; sur les attractions magnétiques locales; sur certains effets des ouragans, etc.
Cochinchine, Annam et Tonkin.
Le levé hydrographique des côtes d’Annam, entre le cap Padaran et le Tonkin, et des côtes de Cochinchine sur le golfe de Siam, présente un caractère fort différent. Les circonstances locales et le manque de temps, de ressources et de personnel ne permettaient pas ici de procéder par le menu, comme on le fait en pays civilisé. Il s’agissait de donner immédiatement des Cartes suffisamment exactes pour permettre de parcourir l’étendue de 600 milles de côtes qui sé développe du cap Padaran à l’ile Hon-Tseu, entre les n°35' et i8°6' de latitude nord, vaste région, d’aspect très varié, dans laquelle les environs deTourane et ceux de Quinhone avaient seuls fait l’objet d’un levé régulier. Il fallut donc recourir à dos méthodes de travail rapides, sans sacrifier l’exactitude pratique; choisir les points importants, s’attacher atout ce qui intéresse la navigation, et surtout établir un réseau de positions assez bien déterminées pour que les travaux ultérieurs et les études de détail vinssent s’encadrer sans difficulté dans les Cartes publiées.
Notre hydrographie offre plusieurs modèles de ces levés rapides;
Les meilleurs signaux naturels dans ces sortes de travaux sont les sommets des montagnes, qui sont généralement inaccessibles ; on manque donc d’ordinaire des vérifications que peut donner la fermeture des triangles. Mais, grâce aux petites triangulations locales dont nous avons parlé, certains artifices permettent alors d’opérer dés réductions au centre de signaux éloignés, et les mesures d’azimuts réciproques remplacent la vérification de la fermeture, de sorte qu’il est possible d’établir un véritable réseau de triangles dont la forme est bien définie et qui doivent donner la valeur des différentes bases astronomiques en fonction les unes des autres; on aperçoit aisément comment ensuite on peut compenser ces bases les unes par les autres. Des levés sous vapeur servent enfin à relier entre eux les points explorés en détail.
Les observations astronomiques sont la partie essentielle d’un pareil travail. C’est là surtout qu’il s’agit d’obtenir le maximum de précision dans le minimum de temps.
11 ne pouvait être question, dans les circonstances d’une campagne de ce genre, de recourir à l’emploi de la lunette méridienne; les observations de nuit étaient rarement possibles et se conciliaient mal avec les travaux nécessaires de la journée. En prévision de ce cas, l’auteur avait fait construire par MM. Brunner un théodolite spécial, véritable instrument universel d’une précision très satisfaisante. L’emploi de microscopes pour les lectures des deux cercles, l’adjonction de niveaux très soignés donnaient aux lectures la même précision qu’aux pointés, et les observations dç nuit étaient aussi faciles que celles de jour, conditions que les théodolites à deux limbes ne remplissent pas toujours.
L’usage exclusif de cet instrument a permis d’arriver à plusieurs conclusions intéressantes. Et, d’abord, nous avons pu prouver qu’avec quatre ou cinq chronomètres il est possible d’atteindre, dans les observations des différences de longitude entre lieux voisins, une précision tout à fait de même ordre que celle que donnent les observations de latitude. Nous avons pu montrer notamment que, lorsque le Soleil culmine à de petites distances (9 0 à 10“) du zénith, l’observation de l’heure parles circomméridiennes, telle qu’elle a été recommandée par M. de Littrow et introduite en France par M. Faye, donne des dif- C. ' 4
férences de longitude avec la même précision que les observations dans les circonstances dites favorables. Nous avons aussi mis en lumière que les différences de latitude, observées au soleil, avec la précaution de suivre cet astre sur le terrain de manière à avoir tous les jours à peu près la même distance zénithale, sont plus exactes que les latitudes absolues, et que les bases ainsi obtenues sont très bonnes.
Le levé des côtes de Cochinchine sur le golfe de Siam a été effectué d’après les mêmes méthodes et a conduit aux mêmes résultats.
Au point de vue purement géographique, nous mentionnerons le rattachement de Poulo-Condore et Bangkok au réseau de positions de la Cochinchine et de l’Annam; l’ensemble des positions ainsi déterminées a pu servir de canevas à la Carte générale de l’Indo-Chine de M. Dutreuil de Rhins. La détermination des sommets de la grande arête montueuse qui, partant du cap Padaran, va jusqu’au Tonkin et sépare le bassin du Mékong de celui des petites rivières qui arrosent les côtes orientales, a rectifié et précisé les tracés vagues et erronés que portaient les Cartes publiées avant 1880. C’est encore sur ces positions, combinées avec celles de la Cochinchine, et les déterminations de Doudart de la Grée le long du Mékong, que s’appuient les Cartes les plus récentes, notamment la belle Carte de la mission Pavie.
Quelques observations sur la Géologie, encore inédites, mais qui ont été communiquées à M. Ed. Fuchs et utilisées par lui dans ses publications, sont les seules notions qu’on ait eues pendant longtemps sur la région annamite, entre la Cochinchine et le Tonkin.
Elles ont montré la prédominance des terrains de cristallisation et des schistes anciens sur toute la côte orientale d’Annam.
Les Cartes qui ont été publiées sont accompagnées d'une description de la côte et d’instructions nautiques. Un opuscule spécial donne les détails de la détermination des positions géographiques fondamentales et une Table de positions de l’Indo-Chine.
Le levé de la côte nord du golfe de Tadjoura et des abords d’Obock a été fait uniquement sous vapeur; une reconnaissance régulière, due à M. de Carfort, en a récemment vérifié l’exactitude.