‹ Notice sur les travaux scientifiques (volume 2)Chapitre 8 sur 14 · ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE VÉGÉTALES · texte numérisé non relu

ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE VÉGÉTALES

22. — Sur la réviviscence du Selaginella lepidophylla Spring , et Æautres Cryptogames vasculaires. En commun avec M. P. Bert, professeur à la Faculté des sciences de Paris:

{Bulletin de la Société botanique de France, 1868, t. XV, p. 32 et 34, et Bulletin de la Société de biologie, 1868.)

Les auteurs ayant indiqué sommairement le résultat de leurs observations dans les recueils cités, il ne sera peut-être pas inutile d’exposer ici avec quelques détails les expériences auxquelles ils se sont livrés.

Le Selaginella lepidophylla Spring est une plante américaine de la famille des Lycopodiacées. Elle arrive en Europe seulement depuis peu de temps et dans un état singulier. Les pieds arrachés et jetés pêlemêle dans des caisses ont leurs rameaux verts recroquevillés au centre et enveloppés par les branches mortes. La plante n’a nullement l’air vivante ; elle semble un paquet d’herbe sèche. Si on la plonge alors dans l’eau, on la voit rapidement s’étaler et, en quelques heures, ses branches déroulées forment une belle rosace d’un vert sombre. Cette propriété lui a fait donner, aux États-Unis, le nom de Resur-

Cette singularité ayant paru présenter un sujet d’études intéressant, les auteurs ont entrepris une série d’expériences sur un certain nombre de plantes sèches, que la Maison Vilmorin a mis à leur disposmon avec sa générosité bien connue.

Ils ont constaté d’abord qu’il ne s’agit point ici d’un simple phénomène d’hydratation analogue à celui qui a rendu célèbre la Rose de Jéricho. Le Selaginella lepidophylla sec est bien une plante vivante. Des individus plongés dans l’eau, puis plantés dans une serre du Mu-

séum, ont poussé avec une certaine rapidité. Quelques-uns de leurs rameaux ont servi à faire des boutures qui se sont enracinées.

Ce premier fait étant acquis, ils ont cherché si la vie de la plante résisterait à une dessiccation complète. Pour cela, ils ont d’abord placé un pied de Selaginella , dans l’état où il arrive d’Amérique, sous la cloche de la machine pneumatique, en présence d’acide sulfurique concentré. Il pesait alors 75*',13. Pendant douze jours la pression fut maintenue à 2 centimètres environ de mercure. Au bout de: ce temps la plante avait perdu 7",79 de son poids ; ses frondes vertes étaient devenues cassantes et friables. Placée dans l’eau, elle revint rapidement à son aspect vivant ; plantée, elle poussa des racines et aucune de ses branches ne mourut. Quelques rameaux furent utilisés comme boutures et s’enracinèrent.

Dans une autre expérience on employala dessiccation par la chaleur, et l’on agit à la fois sur le Selaginella et sur deux Fougères indigènes qui, comme la plante américaine, sont exposées, dans les stations qu’elles habitent, à de grandes alternatives de sécheresse et d’humidité : le Ceterach .offkinarum et Y Asplénium Ruta-muraria. Ces deux dernières furent d’abord séchées grossièrement sur un poêle ; puis les trois plantes furent introduites dans une éluve bien ventilée et dans laquelle un régulateur permettait d’entretenir une température constante. Elles pesaient alors, le 18 avril :

Ceterach . 6,33

La température fut d’abord réglée à 40 degrés. Le 22 avril, elle fut portée à 60 degrés. Chaque jour une pesée fut faite, et l’on constata que les plantes perdirent graduellement de leurs poids jusqu’au 24. Du 24 au 27 le poids resta stationnaire. Les plantes furent alors retirées. Elles pesaient :

Après les avoir plongées dans l’eau, on les planta et toutes revinrent à la vie. L ’Asplénium seulement perdit ses anciennes frondes.

Depuis, et sur les indications d’un des auteurs, M. Dan. Hanbury a fait à Londres quelques expériences qui ont confirmé et étendu les résultats précédents. Il a constaté que le Polypodium mlgare , le Ceterach officinarum, le Cheilanthes odora, Y Asplénium lanceolatum et VAdianthum Capillus-Veneris, après avoir éié conservés plusieurs semaines dans du papier, pendant un été chaud et sec, recommencent a pousser lorsqu ils sont plantés ; que le Ceterach officinarum et le Polypadium mlgare reprennent leur vitalité après avoir été séchés, jusqu’à ce qu’ils ne perdent plus de leur poids, dans une étuve à 66 degrés centigrades ; enfin que les mêmes Fougères ne sont nullement tuées lorsqu’elles ont été desséchées pendant plusieurs jours sur du chlorure de calcium calciné. Mais aucune plante n’a survécu après avoir, été exposée à 100 degrés centigrades.

M. Duval-Jouve avait'déjà remarqué que des Isoetes peuvent revivre après plusieurs années de séjour en herbier.

11 est donc hors de doute maintenant qu’un certain nombre de cryptogames vasculaires, c’est-à-dire de plantes assez élevées en organisation, présentent un phénomène physiologique analogue à celui qu’offrent les Rotifères et les Tardigrades dans le règne animal ; c’està-dire peuvent reprendre vie après avoir été complètement dessé-

23. — Sur la structure des tiges de lianes de la famille des Sapindacées.

(Bulletin de la Société philomathique x 1870» t. VIT, p. 56.)

Dans les Paullmia la structure parait normale.

Dans les Urvillea la formation ligneuse s’arrête sur trois points où les rayons médullaires sont plus rapprochés et plus visibles. Tantôt on n’observe qu’une simple inégalité de développement, et le bois ne forme qu’une seule masse trilobée ; tantôt les trois lobes se séparent, emportant dans leur angle interne une partie de la moelle, et l’écorce

pénètre, par les intervalles qui séparent les lobes, jusqu’au centre de

Dans les Serjania il y a plusieurs corps ligneux distincts : un central, toujours pourvu d’une moelle, etd’autres plus petits placés autour du premier et, tantôt présentant une moelle, tantôt n’en présentant pas. Il est fort probable que ces corps ligneux périphériques sont formés par des portions de bois qu’ont détachées du corps ligneux central des prolongements d’écorce,'et qui sont devenues cylindriques depuis leur séparation, par là formation de nouvelles couches ligneuses. En admettant ce mode d’origine, ils doivent être pourvus de moelle lorsque l’écorce a détaché des segments allant jusqu’au centre, et en être dépourvus lorsque la séparation s’est bornée à quelques faisceaux superficiels du corps ligneux central. Cette explication devra être confirmée par l’examen du développement de la tige sur la plante vivante ; mais on doit abandonner l’opinion des botanistes qui regardent les corps ligneux périphériques comme des branches qui se sont séparées du corps central sans s’isoler ni devenir libres, et qui restent confondues sous une même écorce avec la tige qui leur a donné naissance. Des préparations faites par M. Corrèa de Méllo, et dans lesquelles le bois a été séparé de l’écorce sur la plante fraîche, montrent qu’à chaque nœud il y a un échange de faisceaux entre les corps ligneux périphériques et entre ceux-ei et le corps central, ce qui n’aurait certainement pas lieu, si les corps ligneux périphériques étaient des branches.

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