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CARRIÈRE SCIENTIFIQUE - TRAVAUX AU MUSÉUM

La direction de la carrière scientifique de M. Ed. Bureau a été déterminée par le milieu où il s’est trouvé dès ses débuts et par les impressions reçues dans sa jeunesse. Né à Nantes, dans cette ville où, suivant la remarque de M, Paul Bert (Rapport à l’Assemblée nationale sur les Facultés et Écoles de médecine, 1874), « on est frappé du nombre des observateurs attentifs qui se consacrent au développement des sciences naturelles », il fut, avant même d’avoir terminé ses études classiques, en relation avec des hommes tels que Delalande, J. Lloyd,' Bertrand-Geslin, Frédéric Cailliaud, T. Letourneux, À. Thomas, Bourgault-Ducoudray, et bien d’autres.

Entré en novembre 1848 à l’École de médecine de Nantes, où l’attiraient des traditions de famille, il poursuivit à la fois l’étude des sciences médicales et celle des sciences naturelles. Il était admis à travailler au Muséum d’Histoire naturelle de la ville, déjà fort bèau à cette époque, dont il contribua à classer les collections, et fréquentait le Jardin des Plantes, où croissent en pleine terre, grâce à la douceur du climat, une quantité d’espèces méridionales,' -

M. Bureau, tout en étant botaniste avant tout, prit dans ces conditions l’habitude de ne rester indifférent à aucune des branches de l’Histoire naturelle, et de faire converger les connaissances de tout ordre vers le développement de la partie méthodique de la Botanique. Il commença à acquérir ainsi les notions de Géologie qui devaient lui servir plus tard dans ses études sur les végétaux fossiles, et prit dans le maniement et le classement de grandes collections une expérience dont il a été appelé depuis à faire profiter Je Muséum d'Histoire naturelle de Paris.

Lorsqu’il quitta l’École de médecine de Nantes, en octobre 1852, il avait été lauréat dans les trois concours de fin d’année auxquels il avait pris part (deux premiers prix, un second prix) et était interne des hôpitaux de la ville,

A Paris, il entra dans le laboratoire de Botanique pratique fondé par Payer, le seul qui existât à cette époque, et suivit en même temps des cours à la Faculté de médecine, au Muséum et à la Sorbonne. II prit part à la fondation de la Société Botanique de France, et fonda aussi, avec MM. Alph. Milne-Edwards, Paul Bert, L. Vaillant, Jannettaz, Gosselet, etc., la Conférence Buffon. Cette association avait pour but de permettre aux jeunes naturalistes de s'exercer à la parole et de se préparer aux examens et aux concours. Elle rendit de grands services, et il existe encore aujourd’hui quelque chose d’analogue.

En juin 1856, M. Bureau passa sa thèse pour le doctorat en médecine.

Il avait choisi un sujet de botanique médicale et obtint la note : extrêmement satisfait. Peu de jours ,après, l'un de ses juges, Moquin-Tandon, le . présentait à M. Alph. de Candolle pour collaborer au Proiromus systemàtis natwalis regni vegetaülis.

Les années 1857 à 1859 furent employées en grande partie à la préparation de la licence ès sciences naturelles. M. Bureau fréquenta alors surtout les cours et les laboratoires de la Sorbonne. Il suivit la plupart des excursions géologiques de la Faculté des sciences : un an sous la direction de M. Delesse, deux ans sous celle de M. Hébert.

En 1864, il fut reçu docteur ès sciences naturelles avec une thèse de botanique, et, en 1866, il fut porté une première fois, par la section de Botanique de l’Académie des sciences, sur la liste de présentation pour une place vacante dans son sein, celle de Montagne.

En 1872, il fut choisi par Ad. Brongniart comme aide-naturaliste, en remplacement de L.-R. Tulasne, admis sur sa demande à faire valoir ses droits à la retraite.

La seconde chaire de Botanique du Muséum, l’ancienne chaire des de Jussieu, ayant été rétablie le 14 décembre 1877 par un vote de l’Assemblée nationale, M. Bureau fut présenté à l’unanimité par MM. les professeursadministrateurs pour occuper cette chaire, et y fut nommé par décret du Président de la République, en date du 23 janvier 1874. La même année, il était porté au troisième rang, par la section.de botanique de l’Académie des sciences, sur la liste de présentation pour la place vacante dans cette section par le décès de Claude Gay.

La nouvelle chaire du Muséum reçut le titre de Botanique (Classifications et familles naturelles). D’après les intentions exprimées par l’As semblée nationale et les instructions données par le ministère, le professeur devait développer surtout l’enseignement pratique de la Botanique. M. Bureau, dans ce but, organisa le cours tel qu’il est encore aujourd’hui.

Ge cours se compose de trois sortes de leçons : des leçons théoriques, des exercices de dissection et d’analyse, des herborisations. Chaque leçon théorique à l’amphithéâtre est suivie immédiatement d'une séance de laboratoire, dans laquelle les élèves peuvent étudier sur nature la plupart des types dont on leur a parlé. Aux herborisations ordinaires du dimanche, M. Bureau, suivant le projet qu’avait formé jadis Adrien de Jussieu, ajouta presque chaque année une exploration de plusieurs jours hors du rayon de la flore parisienne. Il a conduit ainsi les élèves les plus avancés dans les montagnes de la Côte-d’Or, dans la Sologne, dans la vallée de la Loire, à l’embouchure de la Somme, sur les bords de l’Océan, etc.

Par suite du partage d’attributions qui fut fait entre les deux chaires, •de Botanique, l’administration des herbiers phanérogamiques, de la collection des fruits et graines et de la collection des produits végétaux, releva de la chaire nouvelle.

Les herbiers du Muséum étaient disposés d’après un plan qui avait eu ses avantages lorsqu’ils étaient peu considérables, mais qui, depuis qu’ils avaient pris un immense accroissement, les rendait très difficiles à consulter. Il y avait une multitude d’herbiers régionaux, de telle sorte que le botaniste travaillant à une monographie, après avoir consulté l’herbier général, était obligé de rechercher les plantes de la famille dont il s’occupait dans une vingtaine au moins de petits herbiers particuliers, où il trouvait toujours des espèces ne figurant pas dans l’herbier principal. Il ne. pouvait jamais être bien sûr d’avoir vu toutes les plantes d’un même groupe naturel existant dans les collections du Muséum.

Le problème à résoudre était celui-ci : Étant donné un herbier de dix mille paquets de plantes au moins, le disposer de telle sorte qu’on puisse s’en servir avec la même facilité pour des travaux monographiques et pour des flores,

M. Bureau s’arrêta au système suivant : .

1° Il conserva à part, d’une manière définitive, les herbiers historiques, et, provisoirement, les herbiers des colonies françaises. Il était en effet urgent de publier ces derniers; car il n’y avait pas encore une seule de nos colonies qui possédât un ouvrage méthodique et usuel sur sa flore;

2“ Il commença à faire fondre l’un après l’autre dans l’herbier général tous les herbiers particuliers ne rentrant pas dans l’une ou l’autre des deux catégories précédentes, de manière à obtenir une série unique de plantes rangées d’après la classification naturelle;

3° Il fit placer chaque espèce dans une feuille double de papier, ou chemise, portant une fiche saillante sur laquelle est inscrit le nom spécifique. La fiche indique par sa couleur là partie du monde à laquelle appartient l’espèce, et les couleurs adoptées sont celles qui étaient déjà employées dans les galeries, de Zoologie du Muséum.

Le même système dé rangement et d’étiquetage fut appliqué à la collection carpologique; mais ici les étiquettes purent être identiques à celles de la Zoologie : c’est leur encadrement dont la couleur varie suivant le pays d’origine.

La nécessité d’étudier et de rédiger nos flores coloniales s’imposait. En effet, bien connaître la végétation spontanée d’un pays est la condition indispensable pour savoir ce qu’on peut demander à ce pays au point de. vue. agricole et industriel . Les travaux de Cossohsurla géographie bota- ■ nique de l’Algérie, qui ont mis en lumière la présence de quatre zones de végétation distinctes, et précisé les cultures et les exploitations possible® dans chacune, Sont une preuve frappante que l’étude scientifique d'une colonie doit toujours précéder sa mise en -valeur, si l’on veut éviter de cruels mécomptes.

Pénétré de cette vérité, M. Bureau n’a cessé de demander aux voyageurs du Muséum et du Ministère de l’Instruction publique d’explorer de préférence et avec un soin particulier les possessions françaises; il a pris une part active à l’enseignement spécial pour les voyageurs qui se donné chaque année au Muséum, et il a eu le bonheur de voir affluer dans les galeries de, botanique des collections provenant de tous les points de la France d’outre-mer.

Ces collections viennent de recevoir un accroissement considérable par le don généreux que le Ministère des Colonies a fait au Muséum, de tous ; les herbiers coloniaux conservés jusqu’ici au Musée des Colonies françaises, installé au Palais de l’Industrie.

Le Muséum d’Histoire naturelle réunit ' aujourd’hui presque tous lés documents existants nécessaires, à l’étude et à la publication de nos florès coloniales. Les explorations futures y ajouteront beaucoup, cela est certain; mais les matériaux considérables déjà acquis pouvaient être utilisés de suite ; M. Bureau n’a donc pas attendu que les collections se complétassent pour s’occuper d’organiser le travail. Sûr du concours dévoué d’un personnel malheureusement trop peu nombreux et de botanistes formés pour la plupart au Muséum, il a, depuis un certain temps, distribué les études à faire sur celles de nos colonies qui ont fourni des herbiers suffisamment riches ou particulièrement intéressants. Béjà ont paru s la Flore de la, Poly-

uésie française, par M. E. Drake del Castillo, et la Florule des ites Saint- Pierre et Miquelon, par M. le.docteur Bonnet. Sont imprimés également : le commencement du Catalogue des plantes du Sénégal, par M. Vallot, et celui du Catalogue des plantes de la Guyane française, par M. le docteur Sagot. La Flore de la Réunion, par M. Jacob de Cordemoy, est sous presse. Après la mort de M. Sagot', M. Drake del Castillo a bien voulu se charger de la Flore de la Guyane. M. Hua poursuit ses études sur le Congo; M. Franche! fait porter lès siennes sur lé Tonkin; M. Bureau a présenté à l’Académie les résultats des premières recherches botaniques faites dans plusieurs dè nos colonies, et il s’est mis à l’étude de la végétation néo-calédonienne, o La collection des produits végétaux était à l’état rudimentaire et emmagasinée dans une salle, rue de Buifon. Le transfert du Musée de Zoologie dans le nouveau bâtiment a permis d’affecter à cette collection une partie des anciennes galeries.' Le classement,'aussi long que difficile, est aujourd'hui très avancé, et les échantillons servent fréquemment pour les cours et pour les études.

■ Ad. Brongniart avait fait attribuer à la chaire de Botanique (Organographie et Physiologie) l’administration de la collection des plantes cryptogames, de celle des bois et decelle des végétaux fossiles. L’attribution de cette dernière à la chaire qu’il conservait n’était, dans sa pensée, que provisoire. Il ne gardait la collection de plantes fossiles que [parce qu’il l’avait formée en même temps qu’il avait créé la Paléontologie végétale ; mais il savait mieux que personne que la détermination des végétaux fossiles ne peut se faire que par la comparaison avec les herbiers, et que les collections de plantes anciennes et de plantesde l’époque actuelle sont inséparables les unes des autres. ,

, Quinze jours avant de mourir, il répétait encore devant témoins à M. Bureau :

« Souvenez-vous que la Botanique fossile est essentiellement de la Taxonomie. Après ma mort, elle doit revenir à la chaire de classification. Je compte sur vous lorsque je n’y serai plus. »

. Les désirs d’Ad. Brofigniart ne purent être immédiatement réalisés; mais, en 1884, sur la proposition de M. Van Tieghem, l’Assemblée des professeurs-administrateurs, par un vote unanime, demanda à M. le Ministre de l’Instruction publique le transfert de la collection de plantes fossiles à la chaire de Botanique (Classifications). Bientôt après, par un autre vote, elle demanda que l'aide-naturaliste qui avait été nommé en vue de l’entretien et du classement de cette collection, M. Renault, fût attaché à la même chaire. Ces demandes furent accordées, et les attri-

butions des chaires de Botanique sont aujourd’hui celles qu’Ad.Brongniart avait indiquées.

M. Bureau n’avait, du reste, pas attendu d’être chargé d’une manière définitive de la collection de Paléontologie végétale pour lui donner des soins. Après la mort d’Ad. Brongniart, il dut administrer par intérim la chaire de Botanique (Organographie et Physiologie), de laquelle dépendaient alors les plantes fossiles, et, avec le concours de M. Renault, il installa dans la galerie publique de Botanique, en regard de la série des végétaux fossiles disposés [suivant la classification naturelle, une seconde série donnant la. succession complète des flores qui ont paru sur le globe, depuis la plus ancienne jusqu’à celle qui a immédiatement précédé la flore actuelle.

Pour la collection paléontologique, comme pour les autres, il adopta des étiquettes de couleurs variées ; mais ici les couleurs. correspondent , aux diverses ' teintes du tableau d’assemblage de la carte géologique de France. Dans la série naturelle,, on pourra ainsi, d’un coup d’œil, savoir dans quel terrain une famille donnée a les plus nombreux représentants.

En ce qui concerne l’étude des végétaux fossiles, il y a une grande différence à établir entre les plantes des périodes anciennes et celles appartenant à des temps moins éloignés. De l’époque silurienne jusqu’à la fin de l’époque jurassique, les empreintes végétales qu’on trouve, sauf quelques Algues, ne peuvent se rapporter qu’aux Cryptogames vasculaires ou aux Gymnospermes, et il suffit d’avoir étudié ces deux groupes dans la flore actuelle pour avoir la connaissance suffisante des termes de comparaison dont on aura besoin et faire de fort bons travaux ; mais pour les empreintes qui se sont formées pendant la seconde partie des temps secondaires et pendant les temps tertiaires et quaternaires, il en est tout autrement; Aux groupes anciens se sont joints les Angiospermes monocotylédones et dicotylédones, et c’est alors dans le règne végétal actuel tout entier qu’il. faut chercher les analogues des végétaux fossiles. Cette recherche exige des collections considérables et la connaissance des différentes flores tropicales. M. Bureau, ayant dans ses attributions les herbiers phanérOgamiqueS du ' Muséum, s’est fait un devoir de les utiliser sous ce rapport, et c’est ainsi que, sans négliger les végétaux des'terrains anciens, il a pu faire à l’Académie une série de communications sur la flore de l’époque éocène. Il est, jusqu’ici, le seul botaniste, à Paris, qui soit engagé dans cette voie.

En 1877, M. Bureau fut, pour la troisième fois, porté par la section de botanique de l’Académie des sciences sur la liste de présentation pour une

place vacante dans son sein. Il était classé en troisième ligne, et la place vacante était celle d’Ad. Brongniart.

Après la mort de M. Decaisne, en 1882-1883, M. Bureau fut chargé d'administrer par intérim la chaire de culture du Muséum. Il s'est efforcé alors de compléter les collections de plantes vivantes dépendantes de cette chaire. Il a formé ainsi les collections spéciales de Tulipes, d’iris, de Glaïeuls, d’Yuccas, de Bambous, d’Orchidées de serre froide, qui n’existaient pas; il a porté de 1200 à 1500 les variétés de Rosiers et augmenté considérablement la collection des arbustes. C’est, d’après ses études et conformément à ses demandes, qu’ont été construites les quatre petites serres nouvelles actuellement occupées par les collections d’Orchidées et de Broméliacées et par le service des multiplications.

En 1886, il fut, pour la quatrième fois, porté par la section de botanique sur la liste de présentation pour une place vacante : Celle de Tulasne. Il était encore en troisième ligne. Après le candidat nommé, ce fut lui qui réunit le plus de suffrages.

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