TRAVAUX ANALYTIQUES
Environs de Niederbronn (Alsace). — L’étude détaillée des environs de Niederbronn, prolongée pendant plusieurs années, m’a révélé un certain
courte note (III, i), l’achèvement de mon travail ayant été rendu impossible par mon départ de l’Alsace.
compter parmi les régions les plus disloquées de l’Europe centrale. Tandis que, plus au sud, la limite entre le « Horst » des Vosges et la plaine est très brusque, ici la grande faille qui délimite la vallée du Rhin est remplacée par un grand nombre de fractures déterminant une chute en escalier des divers compartiments. Dans cette chute plusieurs paquets de couches sont restés en saillie, formant des « Horst )) en miniature, tel que le poiutement de Grès Bigarré de Niederbronn. Le morcellement est particulièrement intense là où le bord de la région montagneuse forme des angles rentrants, c’est là aussi que sont localisés les affleurements de Grès Bigai'ré et de Muschelkalk, tandis que, lorsque ce bord décrit une ligne
entourant les vallées d’Abtei et d’Ampezzo (11, 2).
Les auteurs qui avaient exploré la région l’avaient décrite comme une région l'aillée ; j’ai pu démontrer que les plissements y jouaient aussi un certain rôle.
Sur l’Alpe Puez, les dépôts néocomiens ont précisément échappé à l’ablation générale parce qu’ils occupaient le fond de synclinaux couchés et que les couches triasiques, en partie conservées, du flanc inverse les ont préservés de la destruction. Sur cinq des buttes-témoins crétacées qui ont été ainsi épargnées, trois portent encore des restes de Dachstein-Kalk renversé et étiré. Sur l’une des trois, il n’existe plus qu’un très gros bloc de ce calcaire triasique, posé sur les marnes néocomiennes et constituant par conséquent un véritable lambeau'de recou-
lapartie largement ouverte du synclinal; dans le flanc normal, les fossiles sont laminé, et, dans la partie pincée des replis synclinaux, ils sont tout à fait
5 Alpes méridionales que quelques mois ître les exemples de
Région entre Gap et Digne. — Quelques années plus tard, je décrivais également des phénomènes de recouvrement dans les Alpes françaises. J’avais abordé l’étude de la région, presque inconnue au point de vue géologique, située entre Gap et Digne et je consacrais un chapitre spécial à sa tectonique dans ma thèse de doctorat (11,6). Depuis, j’ai continué mes recherches et j’ai publié successivement deux notes (III,12 ; 111,29) nouveaux résultats obtenus.
Le travail complet que je compte faire paraître sur la tectonique de la région n’est pas encore achevé. Les montagnes entre Gap et Digne participent à la fois des Chaînes Subalpines et des Chaînes Alpines, le contact des deux systèmes de plissements est particulièrement intéressant à étudier.
Les Chaînes Subalpines ont ici une direction W.-E. ou W.S.W.-E.N.E. et constituent ce que l’on a appelé la zone du Diois. Elles franchissent la Durance et leur terminaison orientale pénètre profondément dans un ensemble de montagnes de structure très compliquée, où prédomine la direction N.W.-S.E. et qui comprend deux régions naturelles bien distinctes, le Gapençais et la Haute-Provence, appartenant à la zone delphino-provençale.
Les deux systèmes de plis conjugués qui se pénètrent ne sont pas de même âge. Si, en effet, on reconstitue les bandes anticlinales et les bandes synclinales dans le substratum ‘ des couches oligocènes discordantes, on reconnaît que ces bandes, grossièrement parallèles entre elles, possèdent
ration de plis antéoligocènes. Le dessin des plis conjugués N.W.-S.E.
le bord externe de la zone delphino-provencale. une deformation considérable, du fait de l’existence des plis antéoligocènes. Ces plis sont tons déversés vers l’extérieur de la chaîne, ils sont presque tous dissymétriques, le flanc inverse étant généralement fortement étiré et manquant souvent entièrement. Dans ce cas, la même série de couches se répète plusieurs fois et chaque succession est séparée de la suivante par un pli-faille. C’est la disposition décrite d’abord par Bittner et à laquelle M. Suess a donné
des couches est particulièrement réduite en epaiasenr et on y observe même des lacunes, dues tantôt à des interruptions dans le phénomène de
la série des dépôts est en général plus épaisse que dans le voisinage.
Environs de Tunis (en collaboration avec M. Emile Ficbeur). — J’intercale ici les observations que j’ai faites en compagnie de M. Fioheur dans les environs de Tunis (III, i8), à cause des analogies frappantes que présentent les dômes basiques du Bou-Kournin et du Zaghouan avec ceux des Basses- Alpes.
Les calcaires basiques des environs de Tunis, qui renferment des Bélemnites et Pygope Aspasia, supportent immédiatement les marnes grumeleuses rouges de l’Oxfordien, auxquelles font suite les calcaires tithoniques. Le Néocomien transgressif repose indifféremment sur le Lias, sur l’Oxfordien ou
sur le Tithonique. Ces faits stratigraphiques montrent que les emplacements correspondant aux affleurements liasiques actuels présentaient, dès l’époque
Quelques-uns de ces dômes, comme le Bou-Kournin et le Djebel Oust, présentent une grande simplicité et des contours régulièrement elliptiques ou circulaires. Le massif du Zaghouan est plus compliqué. 11 se compose d’un certain nombre de dômes secondaires plus ou moins indépendants, pressés
unique. Le Kef el Blidah est séparé du massif principal par un synclinal oxfordien et possède ainsi une certaine individualité. Les cinq ou six digi-
secondaires, séparés par des synclinaux effilés de couches néocoiniennes, qui ont en partie joué par failles les uns par rapport aux autres, en raison de la grande rigidité des calcaires liasiques. De même, une grande fracture, connue sous le nom de faille du Zaghouan, s’est produite sur le bord sud-est
sement, comme les failles proprement dites. On doit l’envisager comme un accident purement local et non comme « le trait orographique le plus net de la Tunisie ».
Chaîne des Aravis (Haute-Savoie). — Entre le seuil de Mégève et le synclinal du Reposoir se trouve une chaîne calcaire aux cimes hardies, connue généralement sous le nom d’Aravis, qui convient mieux au principal col qui la franchit. Chargé du tracé des contours géologiques de cette grande arête, je me suis attaché surtout à en étudier les accidents tectoniques (III, i4)- Il s’agissait en somme surtout de suivre vers le sud-ouest l’anticlinal couché de la cascade d’Arperiaz, vaste pli des calcaires jurassiques supérieurs, dont tous les touristes admirent la courbure élégante.
J’ai constaté que le pli du Jurassique supérieur n’est conservé que sur une étendue restreinte, et que, sur la plus grande partie de sa longueur, il a été entièrement détruit par les agents atmosphériques. Ailleurs, c’est le pli du Jurassique moyen qui est conservé ; j’en ai figuré les .contournements à la Croix Baulet (2236“). D’autre part, j’ai établi que la Pointe Dareu (2468“) est formée par un grand pli couché d’Urgonien, avec noyau hauterivien.
J’ai suivi aussi le pli d’Arpenaz vers le nord-est. Il forme, au sud de Sixt, l’anticlinal des Faucilles du Chantet et se continue dans le massif du Grenairon. Au-delà du col d’Émaney, l’érosion n’en a plus laissé subsister aucune trace. Le pli de la Dent du Midi n’est donc pas, comme l’avaient cru Alphonse Favre, M. Hollande et Maillard, le prolongement du pli
Préalpes romandes et provenant, comme celle-ci, d’un charriage lointain, j’avais cherché à expliquer les particularités tectoniques des deux montagnes par l’hypothèse de plissements anténummulitiques et d’une surrection du noyau liasique, sur l’emplacement de ces plissements, sous l’action de poussées péri- 'phériques (III, ii). La disposition en éventail composé imbriqué, qui existe réellement dans le soubassement de Sulens et dans les deux flancs du synclinal de Serraval, rendait assez vraisemblable cette interprétation. Dans le but de
lûmes, M. Lugeon et moi, d’entreprendre en collaboration Tétude détaillée et le levé géologique au i/5oooo du synclinal de Serraval et des deux « Klippes ».
une monographie de cette partie des Alpes de Savoie. Nous avons exposé, en attendant, dans une note préliminaire (III, 21), le résultat de nos courses communes de 1895-1896 dans le soubassement de la mon^gne de Sulens. Nous avons reconnu que les couches jurassiques et crétacées, dont les affleurements forment, dans ce soubassement, comme des auréoles conèentriques autour de la masse centrale triasique et liasique, sont sans racine en profondeur et appartiennent k deux ou trois nappes charriées superposées, plissées ulténeurement, avec le substratum de couches autochtones, en synclinal et en éventail composé, comme pourraient l’être des couches concordantes en superposition normale. H est évident dès lors que la masse centrale est également charriée.
La nappe inférieure comprencï des marnes calloviennes, des calcaires du Jurassique supéiùeur et des marnes valanginiennes, qui ne dift’èrent guère des couches de même âge du substratum autochtone ; en revanche, le Néocomien à Céphalopodes qui leur fait suite est identique à celui des Préalpes.
sement; sur le bord sud nous y avons observé des charnières indiquant une poussée vers l’extérieur des Alpes ; sur le front de la nappe, à l'ouest, sc voient d’extraordinaires imbrications et, au contact du Flysch, des brèches de dislocation.
Entre cette nappe inférieure du soubassement et la masse du Sulens, il existe encore plusieurs lames, qui affleurent au milieu du Flysch et appartiennent à une ou deux nappes indépendantes. Elles sont constituées par du Malm, par du Sénonien et par un conglomérat polygénique éocène.
Le lambeau de recouvrement du sommet de Sulens est un témoin d’une
sens de la poussée qui a donné naissance au charriage. Il en est de même des lames sous-jacentes. Seule la nappe inférieure nous renseigne sur la dii’ection
Ainsi, le Jurassique supérieur et le Valanginien de la nappe inférieure de Sulens ressemblent à tel point aux formations autochtones sous-jacentes qu’il ne peut être question de leur attribuer une origine très lointaine. Il est vraisemblable que leur emplacement primitif se trouvait non loin en arrière des racines des plis couchés du massif de Beaufort, dont MM. Bertrand et Ritter ont décrit l’extraordinaire empilement.
La nappe moyenne, oh la présence de conglomérats polygéniques éocènes constitue, aussi-bien à Sulens qu’aux Annes, le trait caractéristique, paraît avoir sa racine immédiatement en arrière de la zone du Mont Blanc, dans la traînée de conglomérats très semblables, découverte par MM. Kilian et Révil, qui
niques et stratigraphiques requis pour être envisagé comme sa racine et comme celle des « Préalpes médianes », qui n’auraient donc pas une origine aussi lointaine que le. pense M. Lugeon. Bans tous les cas, il ne faut pas songer à rechercher la racine des masses supérieures des Ânnes et de Sulens dans le seuil de Mégève, comme on l’avait suggéré, car le faciès du Lias y est totalement différent. Il ne peut non plus être question de faire venir les « Klippes » d’une racine située sur le bord externe des Alpes, conformément à la théorie de M. Quereau.
Alpes calcaires de Suisse.— Mes études synthétiques sur les Alpes occidentales m’ont amené à plusieurs reprises à visiter certains points des Alpes Suisses dont la connaissance était d’un intérêt capital pour l’interprétation tectonique de l’ensemble de la région. Je résumerai plus loin les résultats généraux que j’ai obtenus et ne mentionnerai ici que quelques observations personnelles qu’il m’a été donné de faire.
Lors d’un très court séjour sur les bords du lac de Thoune, j’ai pu
constater (III, 6) que l'emplacement de ce lac coïncidait avec un grand abaissement transversal de l’axe des plis vers le sud. J’ai établi que l’anticlinal du Brienzer Grat était la continuation légèrement décrochée du grand anticlinal couché du Morgenberghorn et que l’anticlinal en dôme du Justis-Thal se continuait sur la rive gauche par les plis visibles entre Leissigen et Barligen. J’ai reconnu, en outre, l’existence, à la Welterlatte, au sud du
Suldthal, d’un lambeau de recouvrement urgonien, reposant sur un soubas-
J’ai pu de même constater, dans les environs du lac de Wallenstadt, que le massif néocomien de la Neuen Alp, au N.E. de Mollis, qui repose
découpé par l’érosion dans la nappe qui se retrouve plus au nord et dont font partie les Churflrsten.
Enfin, j’ai été le premier à montrer (III, i3) que les charnières du Ruoggisboden ne sont autre chose que les charnières anticlinales des plis couchés du Glârnisch, séparées de ce massif par le creusement du Klônthai. Les coupes détaillées de M. Burckhardt ont vérifié, depuis, cette assimilation.
Lambeaux de recouvrement de l’Ubaye (en collaboration avec M. Kilian). — Comprise entre le massif cristallin du Pelvoux, au nord, et celui du Mercantour, au sud-est, la région de l’Embrunais et de l’Ubaye apparaît k
sement des terrains tertiaires, qui est généralement formé par des dépôts jurassiques ou crétacés, ameurant dans le fond des vallées, tandis que les hauteurs sont presque exclusivement constituées par des schistes-et des grès, éocènes et oUgocènes, qui méritent souvent le nom de Flysch.
Au milieu de ce monotone pays gréseux et schisteux surgissent quelques montagnes calcaires aux formes hardies, comme Chahrières, le Morgon, les Séolanes, semblables à des forteresses qui gardent l'entrée des vallées. Leur nature mésozoïque est connue depuis longtemps et Charles Lory les envisageait comme autant d’îles dans la mer éocène.
Dès notre première visite nous avons pu nous convaincre, M. Kilian et mol, du rôle considérable que jouent dans la région les phénomènes de recouvrement. En 1892, nous annoncions l’existence de ces phénomènes et nous en donnions des preuves dans une note préliminaire, publiée en 1894 (III, 10), à une époque où les recouvrements, réellement démontrés, étaient encore peu nombreux dans les Alpes et notamment dans les Alpes françaises. Ces preuves étaient à la fois d’ordre tectonique et d’ordre stratigraphique.
masses de calcaires jurassiques ou triasiques complètement isolées et posées
laisse aucun doute à cet égard. Le Joug de l’Aigle, près du col de Famouras, par exemple, n’est autre chose qu’un immense hloe de quartzites triasiques perché sur des schistes noirs priaboniens. D’autres masses sont plus volumineuses, mais la même interprétation s’impose là encore. Ainsi, la Grande Séolane est une lame énorme posée snr le Flysch et comprenant toute une série
Les terrains mésozoïques du soubassement appartiennent au type dauphinois. Le Bajocien est identique à celui des environs de Gap. Le Bathonien, le Gallovien,
rOxfordien forment un ensemble extrêmement puissant, constitué par des marnes ou des schistes et connu dans le pays sous le nom de « terres noires ». Les termes supérieurs du Jurassique sont îi l’état de calcaires compacts. Le
Tous ces terrains présentent le faciès vaseux, bathyal. C’est la série autochtone. Les terrains mésozoïques des lambeaux de recouvrement appartiennent par contre au type briançonnais. Le Lias y présente quelquefois des brèches analogues à la brèche du Télégraphe, d’autres fois il ressemble d’une façon étonnante à celui des environs de Digne. Le Dogger est absent. Le Malm est soit à l’état de calcaire coralligène, soit è l’état de brèche à ciment rouge, identique au marbre de Guillestre. Le Néocomien n’existe qu’en un point, au sommet du Lan, près Barcelonnette.
En général, ce sont les formations néritiques qui prédominent. C’est la série exotique.
Comme en Suisse, la série autochtone et la série exotique sont superposées sur une même verticale. Cependant il est possible, dans l’Ubaye et dans l’Em-
logues, c’est-à-dire du nord-est.
La tectonique des lambeaux de recouvrement vient à l’appui de cette manière de voir. En effet, on y observe des plis dont les charnières sont conservées, des plis en G, ouverts, les anticlinaux vers l’intérieur de la chaîne, les synclinaux vers l’extérieur. Le lambeau du Lan ou Chapeau de Gendarme, près Barcelonnette, est découpé dans un vaste anticlinal couché de Malm, avec
synclinal de Trias, avec noyau de Lias, ouvert au sud-ouest.
frontal de la grande nappe charriée à faciès briançonnais, qui s’étend en recouvrement par-dessus le Flysch de l’Embrunais et de l’Ubaye. Il est plus difficile de fixer la position de sa racine.
Nous avions cru tout d’abord, M. Kilian et moi, que les lambeaux de recouvrement provenaient d’une nappe dont la racine est visible au milieu du Flysch, sur la rive droite de l’Ubaye, sous la forme d’une lame anticlinale de Trias. Nous avons cependant dû reconnaître bientôt que cette interprétation n’était pas admissible, puisque cette lame est dans le Flysch, tandis que les lambeaux de recouvrement sont posés sur le même Flysch.
externe de la zoL du Briançoimais.
Il existe toutefois deux faciès, qui jouent un rôle très important dans
les lambeaux de l’Ubaye et qui sont totalement inconnus dans toute la zone du Briançonnais. Ce sont, d’abord, les argilolitbes rouges et vertes, par quoi est représenté le Trias supérieur dans tout le massif du Morgon ; ce sont, ensuite, les calcaires et les brèches à grandes Nuramulites, dont la présence est un des traits stratigraphiques les plus remarquables des masses exotiques des environs de Barcelonnette.
C’est la découverte très, inattendue et toute récente de quelques lambeaux de ces brèches à grandes Nummulites, près de Saint-Clément, en plein Embrunais, qui nous a permis de préciser l’emplacement de la racine du grand pli couché dont les masses exotiques de l’Ubaye sont des témoins. •Ces brèches forment, sur une faible longueur, une intercalation anticlinale au milieu du Flysch. Voilà probablement tout ce qui reste d’un pli immense, qui partout ailleurs est entièrement laminé et séparé de sa racine.
Ce pli supérieur n’était pas le seul dont la racine se trouvât dans la zone du Flysch ; en avant de lui et sous lui il en existe plusieurs autres, qui se manifestent aujourd’hui soit sous la forme de lames de terrains mésozoïques affleurant au milieu du Flysch, sur les ffancs des grandes vallées de la Durance et de l’Ubaye, soit sous la forme de pointements anticlinaux, dont les charnières sont nettement visibles.
Les phénomènes de recouvrement de l’Ubaye et de l’Embrunais sont donc dus à l’existence de plusieurs grands plis couchés superposés, formant des intercalations anticlinales dans les puissantes masses de Flysch de la région. Dans ces plis, de nombreuses lacunes dans la succession des couches, constatées aussi bien dans les flancs inverses que dans les flancs normaux, attestent l’intensité des étirements.
Bord externe du Briançonnais (en collaboration avec M. Kilian).— Dans le but de rechercher la racine de la nappe supérieure de l’Embrunais et de rUbaye — racine dont nous avons trouvé plus tard une « cicatrice » dans la zone du Flysch — nous avons exploré ensemble, M. Kilian et moi, le bord externe du Briançonnais, entre Freissinières et Vars. Dans la note (IIl, 27) que nous avons consacrée à résumer les résultats de notre
une hypothèse fort ingénieuse de M. Termier, d’après laquelle la zone du Briançonnais se trouverait constituée par quatre « écailles » superposées, originaires du versant italien des Alpes, poussées sur la zone du Flysch, indépendamment de tout phénomène de plissement, et plissées après leur charriage.
Nous avons pu monti*er tout d’aboi'd que l’indépendance entre la zone du Flysch et la zone du Briançonnais n’était pas aussi absolue que le
substratum de Flyseh. comme lexigerait l’hypothèse de notre confrère, s’enfoncent vers le sud sous le Flysch, en présentant une terminaison périclinale.
La troisième écaille a, elle aussi, sa racine à l’ouest de l'éventail du
inverse est conservé partiellement sous la forme d'un grand lambeau de recouvrement qui repose sur le faisceau isoclinal de Champcella. Cet anticlinal couché fait d’ailleurs partie de tout un système de plis empilés, dont quelques-uns. reployés en voûte dans la gorge du Guil,' dépassent même l’horizontale, si bien que leurs charnières anticlinales sont enfoncées, dans le Flysch et simulent des charnières synclinales. Il résulte de ce fait que la disposition symétrique des couches de part et d’autre de la bande de Flysch de Guiliestre n’est qu’apparente.
Nous avons conclu que, de même, l’existence d’une série de plis couchés empilés, en partie laminés, puis replissés, expliquait suffisamment les particularités si curieuses signalées dans les environs de Briançon par M. Termier. Notre confrère s’est d’ailleursj depuis, rallié entièrement à notre manière de voir. Il n’admet plus une origine lointaine que pour sa « quatrième écaille ».
La nappe charriée de l’Embrxjnais. — Dans l’Embrunais et dans TUbaye le soubassement autochtone de dépôts jurassiques plissés est recouvert en discordance par une masse puissante de Flysch éocène et oligocène, qui se comporte à première vue comme une série transgressive. Mes explorations
gressivité, qui est la règle dans les régions voisines, n’est ici qu’une apparence, que la discordance est purement mécanique (III, Sj, 1889).
J’ai été frappé tout d’abord de l’absence constante de conglomérat de base au contact de la série tertiaire de l’Embrunais et de son substratum, alors que
is les vallées duDrac et du Verdon, ce conglomérat ne connaît pas davantage, dans le voisinage )uches les plus anciennes de l’Éocène des Alpes Nnmmalites aiurieus et millecaput, ni même les
présentent le faciès briançonnais dans toute sa netteté !
Il résulte de cette découverte assez inattendue que, si les plis mésozoïques de Réotier et du Plan-de-Phazy sont réellement en place, la racine de la grande nappe charriée du Flysch de TEmbrunais se trouverait réduite, par le laminage qu’elle a subi, à une largeur de deux kilomètres et que, de plus, les terrains jurassiques à faciès dauphinois, autochtones seraient
Je ne crois pas qu’il en soit réellement ainsi, car le Flysch de l’Embrunais et celui du bord du Briançonnais sont en parfaite continuité au sud de Risoul, de sorte que les anticlinaux mésozoïques qui les séparent au nord de cette localité ne sont sans doute pas autre chose que des têtes redressées
où s’elfectue le passage latéral du faciès dauphinois au faciès briançonnais/ Si nous ne tenons compte que des recouvrements réellement constatés, nous pouvons assigner à la zone de charriage du Flysch une largeur minimum de 25 kilomètres. En fait, cette largeur était probablement au moins double. Il semble toutefois qu’elle n’a pas été partout aussi considérable et que le charriage a atteint son maximum dans l’espace compris entre les deux massifs cristallins, tandis qu’en arrièi'e d’eux, la zone du
Flysch est en place. J'ai conclu de l’ensemble de ces faits que dans la « région des grès de l’Embrunais » la zone du Fljsch ou zone 'des Aiguilles d'Arves est charriée sur la zone du Mont Blanc.
Mais la surface de base du Flysch charrié n’est pas un simple plan
des synclinaux, comme le ferait le contact normal de deux couches plissées, et la nappe supérieure, qui repose sur le Flysch charrié, a subi ces mêmes ondulations. Elle n’a subsisté que dans les régions synclinales, sous la forme de lambeaux de recouvrement épargnés par l’érosion (voir plus haut). Dans sa région frontale, elle se digite et se décompose en plusieurs plis superposés, couchés même au-delà de l'horizontale, comme c’est le cas dans la partie est du massif du Morgon. Quelques-uns de ces plis sont repliés à leur tour;il en résulte, l’érosion intervenant, de «faux synclinaux», c’est-à-dire des synclinaux dont le noyau est plus ancien que les flancs, des apparences de synclinaux de Lias encastrés dans le Flysch, quelquefois avec noyaux de Trias. En réalité, ce sont des têtes d’anticlinaux retournés.
Ces complications extraordinaires ne peuvent s’expliquer que si l’on admet un nouveau plissement postérieur à l’empilement des plis couchés et postérieur au charriage.
DE LA VALLÉE DE l’Aiive (en Collaboration Paul Gorbin). — Le nouveau chemin de rse, entre Servez et les Houches, dans la un lambeau assez étendu, marqué sur les rieur du type « bésimaudite ». Les ti*anis à pas, en y relevant une coupe détaillée.
nous ont permis de reconnaître la présence d’un affleurement granitique, qui avait jusqu’ici échappé à tous les observateurs, quoiqu’il s’étendît sur une longueur de 3 km. (III, Sa). M. Michel-Lévy, qui a bien voulu entreprendre l’étude microscopique de nos échantillons de roches, a
versée par plusieurs dykes de kersantite et de porphyrite, de 5 m. à a m.
Le granité forme, en général, une bande d’une largeur moyenne de 300 m., plus ou moins parallèle à l’Arve, mais, à partir du Jour d’en Haut, l'affleurement s’élargit considérablement vers le sud, car le granité se couche de plus en plus sur les schistes encaissants, pour les recouvrir,, aux Bochards, en nappe horizontale, épaisse de quelques mètres seulement. Il est lui-môme recouvert par des quartzites triasiques, qu’un esprit non prévenu ne pourrait pas distinguer de la roche cristalline sous-jacente, ici particulièrement chloriteuse. C’est là évidemment l’origine de la confusion du granité avec la « bésimaudite ».
■ Sur tout le pourtour de son affleurement, le granité est en contact avec des schistes d’aspect très variable, mais qui, en réalité, constituent une niasse stratigraphiquement homogène. A côté de schistes à séricite et de véritables cornes vertes plus ou moins cristallines, qui ne semblent guère différer des
rencontre des schistes noirs, ardoisiers, avec intercalations de conglomé.ats
Houiller supérieur. Il est totalement impossible de séparer sui’ le terrain les deux types de schistes, de sorte que toute la masse doit être attribuée au Carbonifère.
Cette conclusion nous a conduits à assigner au granité un âge posthoüiller, ou, pour préciser davantage, poststéphanien. C’est la première fois qu’il est possible, en France, d’attribuer un âge aussi récent à une venue granitique (III, 35).
Le granité a produit des phénomènes de métamorphisme, dans une zone d’ailleurs très étroite, non seulement sur les schistes à séricite, mais encore sur les schistes ardoisiers. Ceux-ci sont transformés en schistes micacés feldspathisés,' que M. Michel-Lévy compare au type de Saint-Léon.
Il convient de signaler, en outre, la présence, au milieu du Houiller, de plusieurs bancs de cipolin gris-perle, d’épaisseur variable, régulièrement
semblerait indiquer, pour ce terrain, une origine marine.
orphisme
L plus froissées, des traces incontestables de dynamométamorphisme.
L’attribution an gi-anite des « bésimaudites » de la vallée de l'Arve nous a conduits à nous demander si celles du sommet du Prarion, auxquelles M. Zaccagna a tout d’abord assigné un âge permien, ne devraient pas subir le même sort. Nous avons reconnu, en effet, que leur affleurement n’est autre chose qu’une intercalation isoclinale dans le Houiller d'une roche primitivement cristalline et massive, devenue schisteuse par le laminage intense qu’elle a subi (III, 35). Nous avons d’ailleurs rencontré sur le versant sud du Prarion, sur la nouvelle route de Bionnasset, un nouveau pointement de granité.
Il semble cependant, d’autre part, qu’en face de Chedde, des arkoses et des anagénitès, d’âge incontestablement permien, passent en toute proportion à des micaschistes et à de véritables gneiss.