TRAVAUX SYNTHÉTIQUES
sur la chaîne du^'jura, dont^M. Emm. de Margerie a bien voulu dire, dans le Bulletin de la Société géologique, que « c’est ta première description orographique soignée qui ait été donnée de l’ensemble du massif ». J’y ai résumé très brièvement l’histoire géologique de la chaîne ; j’ai insisté davantage sur
l’orographie dans ses relations avec la structure géologique. J’ai synthétisé, dans une petite carte schématique, les travaux publiés dans cet ordre d’idées par les géologues suisses et français qui se sont occupés des diverses parties du Jura.
J’ai précisé, davantage qu’on ne l’avait fait avant moi, la subdivision de la chaîne en Jtira méridional ou Bugésien, Jura central ou Franc-Comtois et Jura oriental ou Argovien, J’ai montré combien grande est l’analogie entre la terminaison orientale et la terminaison méridionale. Dans les deux cas, les plis sont déversés sur le bord convexe du croissant et la chaîne se réduit finalement à un anticUual unique. Mais, tandis que les Lâgem s’appuient au nord à une région non pUssée, au bord méridional de plateaux horizontaux faussement attribués au Jura, le chaînon terminal du Jura Bugésien se relie à l’est à un faisceau de plis indépendant, intermédiaire entre le Jura et les -Vlpes. C’est ce faisceau renforcé qui se continue vers le sud, pour former les
massifs de la Chartreuse, puis du Vercors, que j’ai proposé de réunir sous le nom de Jara dauphinois (III, i6).
Mon article se termine par un aperçu sur l’hydrographie et sur les
La synthèse géologique d’une grande région naturelle de la surface terrestre, telle que la chaîne des Alpes, peut être entreprise en employant deux méthodes bien différentes : la méthode historique et la méthode géographique. La méthode historique a ses avantages : elle est plus attrayante pour le lecteur, elle conduit plus rapidement au but; mais, restreinte à une chaîne déterminée, Thistoire de la Terre perd une grande partie de
méthode géographique est plus ingrate : elle fatigue le lecteur en attardant
d’oiseau auxquelles il est mal préparé; sous un aspect analytique elle est cependant essentiellement synthétique, car elle coordonne des faits épars
connaître l’architecture de la chaîne et seule elle nous révèle la genèse des formes actuelles. C’est cette deuxième méthode que j’ai employée dans une série de publications, s’adressant les unes aux géographes (III, 5 ; III, i5), les autres plus spécialement aux géologues (III, i3 ; Ill.-ig).
Pensant que la nomenclature des régions naturelles des Alpes avait besoin d’une révision sérieuse, j’ai d’abord essayé de donner un aperçu (III, 5) des %ones orographiques de la chaîne, dans lequel, tout en ten an grand compte des lignes tectoniques principales et surtout de la nature des terrains, j’ai avant tout cherché à circonscrire les massifs au moyen des coupures actuelles fournies par les cours d’eau • et j’ai groupé ces massifs d’après leurs afiinités oroplastiques. Il n’avait pas été fait depuis trente ans de tentative analogue s’étendant à l’ensemble de la chaîne des Alpes.
Je , me suis occupé aussi de reconstituer les zones de sédimentation, mais seulement pour les Alpes occidentales. J’ai résumé plus haut les résultats auxquels j’ai été conduit.
Mais il y avait un intérêt essentiel à diviser les Alpes en zones tectoniques homogènes, c’est-à dire composées de faisceaux de plis co ntinus, en d'autres termes à retracer les lignes directrices de la chaîne. J'ai fait paraître en 1896 un premier essai, très sommaire, accompagné d’une carte des lignes directrices, essai dont le but était de fournir un premier canevas qui servirait de base pour des travaux plus détaillés (III, i5).
orographiques qui, en réalité, sont souvent loin de coïncider (III, i6).
Lory distinguait une zone des chaînes subalpines et quatre zones alpines. Avec certaines modifications, ces subdivisions ont été adoptées, bien que sous des noms différents, par les divers auteurs qui se sont préoccupés de les suivre vers le nord et vers le sud. La première zone alpine est devenue pour M. Diener la « zone du Mont-Blanc ». Le même auteur a réuni la seconde et la troisième zone sous le nom de « zone du Briançonnais »,
que je réserve à la troisième, tandis que la seconde est appelée tantôt « zone des Aiguilles d’Arve » (Haug), tantôt « zone du Flysch » (Termier). La quatrième zone est devenue chez M. Diener la « zone du Mont Rose », j’ai pensé que la dénomination de « zone du Piémont » lui convenait mieux.
La zone des chaînes subalpines de Lory est particulièrement hétérogène. Elle comprenait le Vercors, le massif de la Grande-Chartreuse, les Bauges, le Genevois et les hautes chaînes du Faucigny. M. Diener y adjoint encore les Alpes vaudoises, les Alpes calcaires bernoises et glaronnaises. J’ai démontré que ces divers massifs se répartissent dans plusieurs zones tectoniques bien différentes, quoiqu’ils forment une zone orographique assez homogène. J’ai réuni le Vercors et la Chartreuse sous le nom de Jura dauphinois, car aucun pli alpin ne prend part à leur formation. C’est une zone tout à fait indépendante, dont les relations au sud avec la zone du Diois, à plis E.-W., ne sont pas encore bien élucidées.
Les plis N.-S., puis N.E.-S.W., des Bauges et du Genevois ne se continuent pas dans le massif de la Grande-Chartreuse. Ils sont tous coupés
de Belledonne, de Beaufort, du Mont Blanc et des Aiguilles Rouges, qui font partie de la i" zone de Lory, constituent une zone unique, que j’ai proposé d’appeler la zone des Hautes Chaînes de Savoie. J'ai établi que ce grand faisceau de plis ne s’étend pas au nord au delà du massif de Mordes. Je reviendrai plus loin sur ce point.
Dans le Sud du Dauphiné on suit facilement jusqu’au Drac les massifs cristallins de Belledonne et des GrandesiRousses, ce dernier pouvant être
Mont Blanc. Mais un nouveau faisceau apparaît en arrière du précédent; j’ai admis qu’il le relevait vers le sud; dans tous les cas, il n’a pas d’équivalent en Savoie. C’est le massif du Pelvoux. dont la tectonique a été si magistralement élucidée par M. Termier. Son auréole sédimentaire est formée, à l’ouest, par les plis et les imbrications du Gapençais, qui viennent inter férer, comme je l’ai montré plus haut, avec les plis du Diois, et se continuent, au delà de l’aire de pénétration de ce système antéoligocène, dans les plis de la Haute-Provence. Ceux-ci se moulent autour du dôme permien de Guillaumes. En arrière d’eux s’élève le massif cristallin elliptique du Mer-
possède très
J'ai été le premier à démontrer que, contrairement aux apparences, les Diablerets ne sont pas la continuation tectonique de la Dent de Mordes. J’ai établi, en effet, que la dépression du col de Cheville correspond à l’enfoncement, è l’ennoyage définitif des Aiguilles Rouges et de leur couverture sédimentaire, Muveran et Mordes; que l'anticlinal des Diahlereis. contimuitiou de celui de la Llzerne. est couché Sur une très
M. Maurice Lugeon. Nous sommes pleinement d’accord pour envisager le pli couché des Diahlerets comme un pli. plus intérieur des Alpes qui vient cacher la continuation vers le nord du faisceau des Aiguilles Rouges (i). Je n’hésite pas è le considérer comme le prolongement direct du plus
En arrière de la zone des Aiguilles d’Arves et du val Ferret se trouve la 3« zone de Lory, la zone du Briançonnais. J’ai cherché à préciser ses limites dans sa continuation vers le nord, à travers la Maurienne, la Tarantaise et le Valais (III, 19). J’en ai suivi H trace, sur la rive gauche du Rhône, jusqu’au-delà de la région du Simplon.
’ J’ai été amené, à plusieurs reprises (III, 8; III, 28), à discuter le problème tectonique des Préalpes. Le peu de valeur des arguments que l’on avait fait valoir en faveur de l’hypothèse, de leur charriage et de leur origine lointaine m’avait empêché d’accepter cette hypothèse et j’avais cru pouvoir expliquer leurs particularités tectoniques par un éventail composé imbriqué. Depuis, M. Lugeon a fait connaître des faits nouveaux qui ont
les plus sceptiques.
J’accepte donc maintenant ^l’hypothèse dn charriage des Préalpes et ela d’autant plus volontiers que j’avais défendu moi-même, contre des adversaires redoutables, l’indépendance tectonique de cette région par rapport au faisceau du Genevois, d’une part, et, d'autre part, par rapport aux montagnes de la rive droite du lac de Thoune (III, 6 ; III, i4).
Les Pi'éalpes sont constituées, comme les massifs des Annes et de Sulens, par plusieurs nappes superposées. Les analogies de faciès sont telles entre ces difl’érents massifs, aujourd’hui séparés, qu’une continuité primitive et une communauté d’origine s’imposent à l’esprit. C’est pourquoi je cherche, dans la zone même du Mont Blanc, la racine de la nappe inférieure, caractérisée par la présence du Néocomien à Céphalopodes, aussi bien dans le soubassement de Sulens que dans les Préalpes. La nappe moyenne de Sulens et les zones internes des Préalpes viennent certainement de la zone des Aiguilles d’Arves et du val Ferret. La nappe supérieure des Préalpes, caractérisée par la brèche du Chablais, a manifestement sa racine dans la zone du Briançonnais, qui renferme, aussi bien en Savoie que dans le Valais, des brèches jurassiques tout à fait analogues. Reste la nappe des Préalpes médianes,
origine est très discutée.
M. Lugeon croit qu’elle est de provenance très lointaine : j’ai fait valoir les arguments qui s’opposent à ce qu’on en cherche la racine dans la zone du Piémont ; il est d’ailleurs logique de placer cette racine moins loin dans l’intéi'ieur de la chaîne que celle de la nappe des brèches. Quelques-uns de ses faciès les plus caractéristiques offrent les plus grandes ressemblances avec les formations de même âge qui constituent les lambeaux de recouvrement de la nappe supérieure de l’Ubaye. Tous ces faits me portent à
On. sait que M. Lugeon tend finalement à chercher la racine de ses Préalpes médianes dans cette même zone des amphibolites d’Ivrée. J’ai indiqué tout-à-l’heure les raisons qui m’ont amené à placer cette racine en avant de la zone du Briançonnais ou peut-être sous cette zone. Je ne crois pas que les Préalpes médianes aient laissé des témoins de leur existence à l’est des « Klippen » d’Iberg, car, si le Falknis constitue réellement un lambeau de nappe, et M. Lugeon semble bien l’avoir démontré, il représente évidemment la nappe de la Brèche, puisque des brèches jurassiques analogues à celles du Chablais et de la Hornfluh s’y rencontrent. Il est manifeste dès lors que le Rhàtikon appartient à une nappe supérieure à toutes les nappes des Alpes suisses. J’ai fait voir dès 1899 (III, 28) la possibilité de chercher sa racine dans la zone des amphibolites d’Ivrée; cette hypothèse, qui ne me paraissait pas démontrable dans l’état de nos
connaissances à cette époque, est devenue aujourd’hui pour moi presque une certitude.
Logiquement le charriage du Rhàtikon entraîne la même conséquence pour toute la large zone des Alpes calcaires septentrionales, et la racine
des Alpes orientales. M. Termier a émis la même hypothèse (i), en partant de l’étude de la zone centrale.
Deux excursions entreprises dans le Salzkammergut, la seconde en compagnie de M. Maurice Lngeou, m’ont convaincu, au mois d’août dernier, de l’existence, dans cette région des Alpes calcaires septentrionales, de quatre nappes superposées, caractérisées chacune par des faciès particuliers du Trias. La juxtaposition, dans les environs de Hallstatt, de plusieurs faciès synchroniques du Trias, et en particulier du Keuper, n’avait pas reçu encore d’explication satisfaisante, car M. Edm. von Mojsisovics envisage les deux îles de calcaire du Dachstein comme des « canaux », sans se prononcer davantage sur les causes du développement hétéropique. Or ces «canaux» sont en réalité des « fenêtres » dans la nappe du Dachstein-Kallc, qui permettent d’apercevoir le substratum, composé lui-même de plusieurs nappes superposées. Voici, d’après nos observations (III, 36), comment sont composées les quatre nappes
couches triasiques n'affleurent que dans le massif de l’Osterhorn sous la forme de « Plattenkalk ». C’est le terme le plus élevé du Trias, il supporte une série jurassique très remarquable, étudiée jadis par MM. Sness et von Mojsisovics, qui débute par le Rhétien et se termine par le Tithonique. Dans les environs de Hallem, ce Tithomque supporte, en concordance, les couches néocomiennes du Rossfeld. Ailleurs, et en particulier à Gosau, on ne connaît de la nappe inférieure que les couches du Crétacé
supérieur, qui, loin de former des dépôts de fjords ou des témoins conservés dans des vallées synclinales, apparaissent en réalité à travers des « fenêtres » des nappes supérieures.
La seconde nappe repose soit sur les couches de Gosau, soit sur le Néocomien, soit encore, comme à Berchtesgaden, sur le Lias ((iümbel). Elle est constituée par les couches de Werfen, par les formations salifères, qui appartiennent probablement au Trias moyen, et par les marnes du Zlambach, qui représentent le Trias supérieur, le Rhétien et la base du Lias.
C’est sur ce substratum, d’une épaisseur très variable, que repose la troisième nappe, caractérisée par le faciès à Céphalopodes des fameux calcaires de Hallstadt, qui appartiennent au Virglorien, au Carnien et au Norien. Le Jurassique y est représenté par plusieurs termes, en particulier par le Tithonique coralligène.
Partout, cette série est séparée par des surfaces de contact anormal des
calcaires du Dachstein, puissante masse de calcaires à Megalodon, qui représente le Trias supérieur et probablement le Rhétien, et supporte les couches basiques du Hirlatz. Ils forment la quatrième nappe et scs falaises entourent comme des murailles les « fenêtres » dont il était question plus haut.
J’ai pu constater qu’à la Neue Welt, dans les environs de Vienne, la succession est tout à fait analogue : les couches de Werfen et les calcaires'de Hallstadt semblent former des lames entre les couches de Gosau, qui constituent le terme le plus profond, et lès calcaires du Dachstein, qui occupent les sommets. Les phénomènes de recouvrement s’étendraient donc à l’ensemble des Alpes calcaires septentrionales.
La nappe supérieure seule paraît provenir de la zone du Gailthal et il est probable que nous ignorerons encore longtemps l’emplacement des racines
Tunisie et Sicile. — A la suite d’un voyage en Tunisie, j'ai publié, en outre des résultats d’observations personnelles faites en collaboration avec M. Ficheur (voir plus haut), un article général sur la géologie de la Tunisie (III, 20), basé sur les travaux de mes devanciers, mais dans lequel j’esquissais quelques conclusions, que j’ai développées plus tard dans une note spéciale (III, 24).-
Je ne parlerai pas ici des résultats stratigraphiques auxquels je me suis
qui sont relatifs aux transgressions marines et, en particulier, à celles de rOxfordien, du Portlandien, de l’Éocène supérieur.
J’ai reconnu que le trait dominant dans ^orographie de la Régence est la discontinuité des chaînons, dus à la disposition des couches en dômes et en cuvettes. Les dômes font affleurer, au milieu de vastes surfaces occupées par les terrains crétacés moyens et supérieurs, les terrains jurassiques et
En cherchant à coordonner les alignements des dômes, j’ai constaté qu’ils forment des traînées en chapelet, qui souvent viennent converger et se soudent, ou bien viennent se relayer, de sorte qu’il est difficile de les
En me basant sur les documents existants, j’ai pu construire un essai de
grandes lignes. Dans le Sud seulement. Tes lignes directrices sont orientées W.-E. et les plis septentrionaux de cette région de la Tunisie se réfléchissent vers le nord, à l’approche des plaines de l’Est. Dans tout le Centre
Les monts Pélorilains doivent être envisagés comme une partie du massif ancien de la Calabre. Ils sont limités au sud par une bande de terrains secondaires plissés, qui s’étend de Santa Agata à Taormina et qui est coupée par ta mer sur la côte nord et sur la côte sud-est. Le massif ancien de la Calabre est, de même, limité au nord par une bande tout à fait homologue, qui s’étend avec une direction W.N.E.-E.S.E., du golfe de Policastro au golfe de Tarente. J’ai supposé que ces deux bandes étaient
l’est le massif de la Calabre. C’est par cette bande que se serait opérée la jonction des plis de l’Apennin avec cenx de la Sicile septentrionale. Ceux de la Sicile occidentale et méridionale appartiendraient à une zone concentrique à la précédente, mais plus extérieure par rapport au massif de la Calabre.
Je me suis tout particulièrement préoccupé de discuter les relations tectoniques qui ont pu exister entre ta Sicile et l’Afrique septentrionale.
De même que, dans l’Est de la Tunisie, les plis tendent à prendre une direction N.-S., dans l’Ouest de la Sicile ils s’infléchissent nettement vers
prolongés jusqu’à leur intersection les plissements de la Tunisie et ceux de la Sicile, on voit que leurs directions se coupent de manière à former un angle très aigu. Si l’on suppose que ces plis se raccordent réellement de part et d’autre, on est obligé d’admettre qu’ils décrivent une courbe à rebroussement, une « Schaarung », comparable à celles que M. Suess a signalées dans l’Asie Mineure. L’analogie est même telle que l’existence d’un rebroussement est des plus vraisemblables. Elle est confirmée par la présence d’une ligne volcanique qui est jalonnée par les îles Pantellaria et Linosa et qui forme précisément la tanaente commune aux deux branches de la courbe. Or j’ai montré que plusieurs chaînes de montagnes, qui forment ainsi des courbes à rebroussement, sont accompagnées de fractures volcaniques coïncidant avec l’arête de rebronssement (II, ii).
Pour reconstituer les vicissitudes qu’ont traversées ces cinq masses continentales, je me suis basé à la fois sur des faits d’ordre géologique et sur des considérations tirées des données zoogéographiques (II, ii).
L’existence du -continent nordatlaniiqne, de 1’ « Atlantide » de M. Suess, est aujourd’hui généralement admise. La symétrie des plissements dans le continent nordaméricain et dans le Nord de l’Europe, les relations paléontologiques entre les dépôts secondaires et nummulitiques des Antilles et
massifs anciens de l’Amérique du Nord et ceux de l’Europe septentrionale. J’ai montré que ce continent, qui subsistait sans doute encore à l’époque oligocène, était séparé de l’Asie et de l’Afrique jusqu’à une époque relativement récente. L’arrivée brusque en Europe de types cryptogènes, tels que les Proboscidiens et les Singes catarhiniens, au début du Miocène, indique qu’à cette époque de nouvelles communications se sont établies. L’Europe est désormais reliée à l’Afrique, l’.4.mérique du Nord à l’Asie.
Les Singes de l’Ancien Monde ne pénètrent pas en Amérique et les Mastodontes y arrivent plus tard qu’en Europe. Inversement, les Camélidés, d’origine américaine, manquent dans les dépôts néogènes d’Europe, mais envahissent l’Asie de l’est vers l’ouest. Enfin, la faune dite « holarctique », vraisemblablement originaire du Nord de l’Asie, prend possession, au début du Pléistocène, de l’Europe et des régions septentrionales du continent nordaméricain, où elle refoule vers le sud les faunes néogènes.
Le continent sino-sibérien résulte, ainsi que je l’ai démontré, de la soudure de plusieurs unités continentales, probablement encore distinctes à la fin des temps paléozoïques. Ce n’est que plus tard qu’il s’est accru des chaînes littorales du Nord de la Sibérie et des zones de plissements constituant tes arcs iranien, himalayen et malais de M. Suess. Les documents paléontologiques ne nous apprennent rien sur les faunes terrestres de l’Asie antérieurement au Miocène.
Le continent africano-brésilien ou « brasiliano-éthiopien » de Neumayr n’a eu son individualité complète qu’au Jurassique. Antérieurement, le détroit de Mozambique n’existait probablement pas, et, postérieurement, c’est-à-dire dès le Crétacé supérieur, la séparation entre les deux noyaux anciens a dû commencer à se manifester. .4.u sud, ce conünent était certainement isolé des tcrees antarctiques, car une mer réunissait au Dévonien la Patagonie et une semblable communication marine existait encore au Néocomien.
Les quelques affinités zoologiques actuelles entre l’Amérique du Sud et l’.Afrique ont été également invoquées en faveur d’une ancienne jonction;
Le continent pacifique est purement hypothétique, mais la présence d’un géosynclinal circumpacifique, dans lequel les conditions de sédimentation étaient les mêmes que dans la « Thetys », m’a conduit à admettre, par analogie, l’hypothèse d’une ancienne masse continentale sur l’emplacement de l’océan actuel. Huxley, G. Baur et d’autres ont conclu à l’existence de ce continent
arrivé peu après moi, en partant d’ohservations géologiques, à des conclusions analogues aux miennes. La situation périphérique des grandes fosses et le profil convexe du fond du Pacifique, faits sur lesquels M. de Lapparent a récemment insisté, montrent l’analogie même actuelle de la région pacifique avec le relief d’un continent. Le seuil granitique ou gneissique de certaines îles du grand Océan corrobore aussi l'hypothèse d’une submersion
dans les zones de plissement, d’aires de surélévation et d’aires d’ennoyage, suivie d’une ingression de la mer dans ces dernières ; 2“ par la formation de grandes fractures et l’effondrement, suivant ces lignes de dislocation, de voussoirs de fécorce terrestre, phénomène entraînant Yirruption de la mer
Les aires de surélévation et les aires d'ennoyage sont des accidents
mettent bien en évidence leur rôle. J’ai montré qu’elles sont le siège ^de mouvements verticaux, qui doivent être envisagés comme donnant lieu à des variations dans le degré de surélévation ou d’ennoyage. Ces oscillations sont de même ordre que celles qui aifectent les aires continentales, où elles se manifestent par des alternances de transgressions et de régressions marines. Les auteurs américains les désignent sous le nom de mouvements « épéirogéniques », par opposition aux mouvements « orogéniques ».
Les aires de surélévation sont souvent entourées par des dépressions périphériques analogues aux géosynclinaux, quoiqu’elles ne soient pas le siège d’une aussi grande accumulation de sédiments et qu’il ne s’y forme que des plissements « posthumes ». J’ai fait ressortir les homologies entre a ceinture qui entoure le massif finno-scandinave ou « bouclier Scandinave » et celle qui entoure le « bouclier canadien ». J’ai montré qu’en Europe cette ceinture comprenait le Timan, les contreforts de l’Oural les montagnes du Donetz et de la Pologne, les collines subhercyniennes ; elle
lu Yorkshire.
Amérique les c ontagnes R
ûtreforts
nent australo-indo-malgache semble avoir été favorisé par de grandes failles dirigées N.’-S., telles que celles qui forment la côte est de Madagascar et la ligne des Laquedives, des Maldives et des Ghagos. Dans la partie centrale du Pacifique prédominent, par contre, les alignements N.W.-S.E.
J!ai attribué la séparation de l’Eui'ope et de l’Amérique du Nord, celle de l’Afrique et de l’Amérique du Sud, non pas, comme on le fait d’ordinaire, à des ellbndrements, mais à la formation graduelle d’un immense géosynclinal au travers du continent nordatlantique et du continent africano-brésilien. Actuellement même, ce géosynclinal serait dédoublé par la formation d’un géanticlinal médian, la crête du Dolphin et du Challenger, qui suit l’axe de l’océan parallèlement à ses deux bords.
Quant au continent sino-sibérien c’est une masse essentiellement stable
qui n’a subi de morcellement d’aucune sorte.
Théorie orogénique. — Les oscillations des aires continales et celles des géosynclinaux étant, comme le montre l’étude des transgressions et des régressions, synchroniques, mais de signe différent, j’ai admis qu’il existe entre les deux mouvements, non pas un rapport fortuit, mais une relation de cause à effet, qui peut être conçue de deux manières différentes (V, 8, Tectonique).
Si le phénomène primordial est l’oscillation verticale des aires conti-
déterminera une compression du géosynclinal intermédiaire et que tout
I V. - CAirrOGlUPHlE GÉOLOGIQUE
1. Carte géologique des Chaînes Subalpines entre Gap ’et Digne, i/uooooo.
(Thèse). 1891.
2. Feuille de Montbéliard (région triasique, en collaboration avec M. Kilian).
3. Feuille d’Ornans (région sud-ouest, en collaboration avec M. Kiliân). 1893.
4. Feuille d’Annecy (chaîne des Aravis et achèvement des contours de
Maillard). 1894.
5. Feuille d’Albertville (synclinal de Serraval, en collaboration avec M.
Lugeon ; chaîne de Belle-Étoile). 1897.