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Monographie des Oiseaux de la famille des Megapodiidès

Quand j’entrepris, il y a une vingtaine d’années, une étude anatomique et zoologique dos Gallinacés de la famille des Mégapodiidés, ces Oiseaux étaientoncore fort mal connus; leurs affinités n’étaientpas clairement établies et le nombre et la valeur des genres et des espèces entre lesquels ils devaient être répartis étaient appréciés de façon fort diverses par les naturalistes. Ces incertitudes s’expliquaient en partie par la nature même dos Mégapodiidés et par l’étrangeté de leurs mœurs. Les Mégapodiidés, en effet, .s’écartent do tous les Oiseaux du même ordre, on pourrait même dire de tous les Oiseaux, par leurs habitudes, par la façon dont s’opèrent chez eux l’incubation et l’éclosion des œufs et le développement des jeunes. Ils pondent des œufs d'un volume considérable relativement à la taille de l’Oiseau et les déposent .soit danslc sable brûlé par les rayons du soleil, au bord de la mer, soit dans dos amas do terre et de feuilles humides dont la décomposition produit la chaleur néce.ssaire à l’incubation. Les petits naissent assez robustes pour rechercher immédiatement leur nourriture; ils sont presque complètement emplumés et ne diffèrent guère des adultes que par leurs dimensions. Aussi les naturalistes, trompés par les apparences, avaient-ils décrit parfois, comme des Oiseaux ayant acquis tout leur développement, des poussins qui n’offraient pas encore les caractèresdistinctifs de l’espèce. Il en était résulté une confusion singulière qu’on ne pouvait faire cesser qu’en étudiant comparativement un grand nombre de squelettes et de dépouilles d’individus d’âges et de sexes différents et de provenances diverses.

Pour réaliser le projet que j’avais conçu de faire une révision com-

plète de la famille des Mégapodiidés, je ne me suis donc pas contenté de condenser, on les contrôlant, tous les renseignements que j’ai pu trouver dans les relations des voyageurs anciens et modernes et dans les écrits des zoologistes, ni même d’étudier les spécimens contenus dans les collections de l’établissement auquel j’étais attaché, j’ai visité les Musées do Leyde et de Londres où se trouvent réunies de magnifiques séries d’Oiseaux de la Papouasie, deFAustralioet de l’Océanie ; j’ai reçu en communication des types du Musée de Dresde ; enfin, j’ai disséqué un certain nombre de Talégalles et de Mégapodes conservés dansTalcool et j’ai fait une étude, aussi complète que possible, du squelette, du système musculaire, du tube digestif, de 1 appareil respiratoire et du système tégumentaire, étude dont j’ai consigné les résultats dans la première partie de mon Mémoire, publiée en 1880.

En ce qui concerne la charpente osseuse, j’ai pu compléter et rectifier, sur certains points, les données fournies par Huxley, A.-H.Garrod et W.-K. Parker. J’ai montré notamment que le rapprochement que ce dernier anatomiste avait cru pouvoir indiquer entre les Mégapodiidés et certains Echassiers de la famille des Ilallidés n’était pas justifié par la disposition des ouvertures nasales, l’étendue de la cloison interorbitaire et la forme do l’os carré et j'ai fait voir que par la .structure do leur crâne, la forme de leur sternum et de leur bassin, les Mégapodiidés étaient de vrais Gallinacés ayant des affinités d’une part avec les Numididés (Pintades), de l’autre avec les Cracidés (Hoocos et Pénélopes).

Les dissections que j’ai faites m’ont confirmé, d’autre part, dans l’idée que, contrairement à l’opinion exprimée par Garrod, il n’y avait pas lieu d’attacher une grande importance il l’existence U’un faisceau mu.sculairo entre le biceps et le tenseur marginal de la membrane alaire et que, en tous cas, cette disposition particulière du système musculaire no .saurait fournir un indice de la parenté de certains groupes ornithologiques. Le Tnlégalle do Latham et le Megacéphalon maléo, qui appartiennent tous les doux à la famille des Mégapodiidés et qui ont d’ailleurs tant .de points de contact, diffèrent, en effet, l’un de l’autre par la disposition de quelques faisceaux musculaires et ligaments du membre antérieur. J’ai relevé, chez Talégalle de Latham, la disposition particulière des tondons plantaires qui avait été signalée par M. Alix chez le Coq et par M. Garrod chez le Mégacéphalon et qui permet aux doigts antérieurs d’agir il volonté, soit de concert avec le pouce, soit en dehors de lui. Cette disposition donne à l’Oiseau la faculté de se servir tour à tourde ses trois doigts

antérieurs seulement pour gratter la terre et de tous ses doigts réunis pour se percher en saisissant plus solidement la branche.

Dans l’appareil digestif et l’appareil respiratoire j’ai relevé aussi quelques partioularit& qui avaient échappé à mes devanciers.

Les recherches auxquelles je me suis livré m’ont permis de déterminer. d’une part, les relations de la famille des Mégapodiidès avec les autres groupes ornithologiques, de l’autre, les subdivisions qu’il y a lieu d’établir dans cette famille.

En raison des différences ostéologiquos qui existent entre les Kamichis (Palame-iea) et les Kagous (fihinochetus) et les Talégalles, je n’ai pu admettre entre ces divers types les relations de parenté (et peut-être do filiation) indiquées par Parker qui a considéré les Pafamedea comme un des termes d’une série allant des Plongeons et de.s Pingouins aux Gallinacés typiques (Gallus) en passant par les Talégalles. Pour les mêmes motifs j’ai été conduit également àmodilier le groupement des familles des Gallinacés proposé par Huxley dans son important Mémoire inséré en 1868 dans les Proceedings de la Société zoologique de Londres. Ce savant anatomiste subdivisait, d’aprôs les considérations ostéologiqnes, les Gallinacés ou ^fectorojîiorphcs en deux sections : Les Pèristèropodes et les Alecloropodes. Dans la première il plaçait les Cracidœ (Hocoos et Pénélopes) et les Megapodiidæ (Talégalles, Mégapodes, etc.); dans la seconde il rangeait les jYîmîÀ'dœ (Pintades), les Meleagridœ (Dindons) et les Phasianidœ (Faisans, Coqs, Tétras, Perdrix, etc.). Or les affinités entre les Pintades et les Mégapodes m’ont paru aussi frappantes qu’entre ceux-ci et les Hoecos. D’un autre côté les Pintades offrent certainement des affinités avec les Dindons, do telle sorte que si l’on voulait établir une coupure dans l’ordre des Gallinacés, il faudrait la faire passer plutôt entre les Dindons et les Faisans. Mais il m’a paru plus naturel de partager tout simplement les Alectoromorphes en cinq familles : Cracidœ, Megapodiidns, Numidiidæ, Phasianidœ et Telraonidæ, les Tétras et les Perciri.x étant retirés du groupe des Phasianidés pour constituer une famille distincte.

J’ai montré encore que les affinités étroites des Mégapodes avec les Pintades et lesHoocos et leur parenté plus lointaine avec les Dindons se traduisent même dans l’aspect extérieur dé ces Oiseaux.

Après avoir indiqué les caractères distinctifs des genres, au nombre do quatre, Menacephalon, Leipoa, Taleqallus et Megapodius que je reconnais dans la famille des Mégapodiidés, j’ai passé, dans la seconde partie do mon mémoire, à l’examen détaillé des espèces, on indiquant les caractères extérieurs, la synonymie, l’habitat et les mœurs de

■chacune d’ellds et j’ai appelé plus particulièrement l’attention des naturalistes sur deux formes qui venaient d’être découvertes à la Nouvelle-Guinée 1 et qui m’ont paru devoir être placées dans une subdivision du genre Talegallus sous les noms a’Æpypodius Bruijni et Æp. pyrrhopygius.

Un dêrnier chapitre est consacré h la distribution géographique des Mégap.odiidés. J’ai fais voir que leur répartition actuelle à la surface du globe traduisait exactement leurs affinités zoologiques, ces ■Oiseaux .oçcupant'en Malaisie, en Papouasie, en Australie et en Océanie une aire d’habitat correspondant à celles qu’occupent les Pintades en Afrique, les Hoccos et les Pénélopes en Amérique. J’ai exposé les raisons qui tendent à faire croire que les Mégapodiidésétaient jadis répandus sur un vaste continent austral qui s’est morcelé sur les bords et dont certaines parties se sont effondrées dans l’Océan en entraînant une pai-tie do leur population ornithologique et j’ai signalé les particularités que les différents types de ce groupe offrent dans leur mode de dispersion, certaines espèces étant confinées sur de petites îles,' tandis que' d’autres sont largement distribuées sur un continent ou se retrouvent, soit avec les mêmes caractères, soit avec des modifications à peine sensibles, sur des terres séparées par des bras de mer plus ou moins étendus. Parmi ces dernières le Mégapode de Duperrey, qui existe à la fois il la Nouvelle-Guinée, sur quelques îles voisines et dans le nord du continent australien, remonte certainement à uncôpoqueantérieure iila di.slocation de ces différentes terres. La famille des Mégapodiidés franchit d’ailleurs la fameuse ligne de Wallace, puisqu’elle s’étend depuis les îles Nicobar, les Philippines, Célèbes, etc., jusqu’à l’Australie et aux îles Salomon. Nous pouvons en conclure que le type primitif d’où sont issus les quatre types secondaires. Talégalle, Mégapode, Loipoa et Mégacephalon date d'une époque relativement ancienne, ce qui concorde avec le caractère reptilien que l’on observe dans le mode d’incubation des Mégapodiidés. Enfin j’ai rappelé que ce type de Gallinacés aberrants paraît avoir été de tout temps étranger à notre faune, puisqu’on n’en a trouvé aucun vestige dans les terrains quaternaires et tertiaires qui ont fourni des restes de Gallinacés ordinaires.

(Extcail

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