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VIRULENCE ET IMMUNITÉ

Sur la récupération ét l’augmentation de la virulence du charbon symptomatique. En commun avec M. Noca«d. (Annales de l'Institut Pasteur, juin 1887.)

M. Arloing venait de publier la curieuse expérience suivante : Le virus du charbon symptomatique, atténué au point qu’il ne tue plus les cobayes, reprend toute sa virulence si on le laisse en contact pendant quelques heures avec une solution forte d’acide lactique. Le virus ains traité est même plus actif que le virus originel. Nous avons montre que dans ce contact avec l’acide lactique, le bacille du charbon symptomatique n’acquiert en réalité aucune propriété nouvelle. L’acide lactique, qu’on injecte en même temps que lui, amène une lésion des tissus qui ne se défendent plus contre le microbe, comme le feraient des tissus sains. D’autres substances nécrosantes telles que l’alcool produisent le même effet. Il n’est même pas besoin d’associer les virus îi une substance étrangère, il suffit de faire une contusion d’un muscle et d’injecter le bacille atténué au point lésé pour qu’il se montre très virulent.

Immunité contre la septicémie conférée par des substances solubles.

En commun avec M. Chambeblakd. (Annales de l'Institut Pasteur, décembre 1887.)

L’idée que les microbes agissent sur l’organisme des animaux au moyen des substances qu’ils sécrètent est ancienne dans la science. Mais elle n’a été prouvée expérimentalement que lorsque M. Pasteur, injectant à une poule une culture filtrée du microbe du choléra des poules, reproduisit chez cet animal tous les symptômes de la maladie. Si les produits

solubles élaborés par les microbes agissent ainsi sur les animaux, peutêtre sont-ils capables de leur donner l’immunité? Plusieurs expérimentateurs se sont efforcés de démontrer qu’il en est ainsi. Il faut citer M. Salmon qui a donné l’immunité aux pigeons avec des cultures stérilisées du bacille du hog-choléra, M. Beumer qui a rendu des souris réfractaires au bacille typhique au moyen de cultures tuees par la chaleur. M. Pasteur, en janvier 1887, écrit que l’immunité produite par l’injection des moelles rabiques est sans doute causée par les substances solubles spécifiques élaborées par le microbe rabique inconnu. M. Charrin, en novembre 1887, montre que les lapins, qui ont reçu de grandes doses du liquide où a vécu le bacille pyocyanique, résistent ù l’inoculation de ce microbe.

Dans ce mémoire, nous donnons la preuve qu’on peut immuniser des animaux contre le vibrion septique, en leur injectant des cultures chauffées qui ne contiennent aucun microbe vivant. Nous obtenons des résultats encore plus démonstratifs, en introduisant sous la peau de cobayes la sérosité septique, recueillie sur des animaux qui viennent de succomber à la septicémie aiguë. Cette sérosité, filtrée sur une bougie Chamberland, ne contient plus aucun microbe; cependant, à dose de quelques centimètres cubes, elle tue les cobayes avec tous les symptômes de l’infection septique. Elle contient donc un poison, et les animaux qui meurent de septicémie succombent ù un véritable empoisonnement. Donnée aux cobayes, à doses ménagées, cette sérosité leur confère l’immunité. Pour qu’un animal acquière l’immunité contre un microbe, il n’est donc pas nécessaire que son organisme entre en conflit avec lui, il suffit qu’il soit mis au contact des produits solubles que le microbe élabore. Or, ces substances sont toxiques; injectées peu à peu elle donnent l’immunité : celle-ci est donc la conséquence de l’introduction dans l’organisme de ces poisons microbiens.

A partir de 1887, les expériences dans cette direction se sont multipliées. On s’occupe moins du microbe que des produits qu’il fabrique, et l’on entre dans le chemin au bout duquel on devait rencontrer les antitoxines.

Immunité contre lo charion symptomatique oonîérée par des substances solubles. {Annales de l'Institut Pasteur, février 1888.)

Les expériences de ce mémoire sont calqnées sur celles du travail préeédent. Elles conduisent cependant a un fait inattendu, à savoir que les cobayes immunisés contre le charbon symptomatique le sont aussi contre la septicémie, tandis que l’inverse n’a pas lieu. Ce fait a été conlirmé par M. Duenlschmann.

Sur l'immunité contre le charbon, conférée par des substances chimiques.

En commun avec M. Ciiamiicrusd. {Annales de l'Institut Pasteur, août 1888.)

M. Toussaint avait avancé que l’on peut vacciner des moutons contre le charbon, en leur injectant quelques centimètres cubes de sang charbonneux, chauffé à 5b“, pendant quelques minutes. M. Toussaint en concluait, qu’il existe, dans le sang charbonneux, une substance S|)éciale, non vivante, capable de donner l’immunité. Nous avons montré que Texpériencc de \l Ions imt ne prouve pas qu’il en soit ainsi, car la température de 55" n’est pas suffisante pour tuer toutes les bactéridies; celles-ci

statée chez les moutons. Cependant, l’idée de M. Toussaint est juste. Aveedu sang charbonneux, dans lequel toutes les bactéridies ont été si-.i-enient tuées par plusieurs chauffages à 58", on peut donner l’immunité aux moutons, si toutefois on injecte des doses do sang suffisantes. Cette immunité est passagère et s’efface après quelques semaines. Elle ne peut, au point de vue de la pratique, etre comparée à l’immunité solide et persistante des animaux vaccinés au moyen des virus atténués.

Sur la propriété iactéricide du sang de rat. lin commun avec M. Metchsikmt. (knmles de l'Inslitut Paslevr, août 1891.)

Les rats présentent une certaine résistance à la maladie charbonneuse, ces animaux, inoculés avec une bactéridie virulente, survivent souvent. M. Behring a cru trouver la raison de cette résistance dans les propriétés des humeurs du rat. Le sérum de cet animal empêche le développement do la bactéridie, et, si l’on injecte à une souris des bacilles du charbon mélangés à du sérum de rat, la souris ne prend pas le charbon. On en a conclu que le sérum du rat a une action bactéricide, ce qui expliquerait que cet animal soit réfractaire au charbon.

En examinant ces faits, nous avons vu que les choses ne se passent pas

de trouver des rats qui ont un sérum très bactéricide in vitro, et qui cependant succombent au charbon. Le sérum de ces rats est capable de préserver du charbon, une souris qui en reçoit une petite quantité sous la peau, mais il est impuissant à les sauver eux-mêmes. Le pouvoir bactéricide de leur sérum ne peut donc rendre compte de la résistance des rats au charbon.

L’action préventive que ce sérum exerce, quand il est injecté aux souris, en même temps que le virus charbonneux, n’est pas due à une immunisation de la souris, mais à l’influence directe du sérum sur la bactéridie et aussi à son pouvoir chimiotactique sur les leucocytes. Dans ce cas, comme dans tous ceux étudiés jusqu’ici, les phénomènes phagocytaires jouent un

Les inoculations préventives, lecture bute à la Société Royale de Londres.

(Croonim lecture, 25 mai 1889.)

De l'immunité ; immunité acquise et immunité natureile. (Discours prononce

au Congrès d'hygiène et de démographie de Londres. Séance du 12 août l89i.)

Dans ces diverses communications sur l’immunilé, nous avons envisagé celle-ci comme une accoutumance des cellules de l’organisme aux poisons microbiens. Mais quelles sont les cellules qui s’accoutument d’abord à ces toxines? Ce sont les cellules phagocytaires de Metchnikoif. L’immunité contre les microbes n’est que l’accoutumance des phagocytes aux substances toxiques élaborées par ces mêmes microbes. Cette immunité est la première acquise, et elle suffit à la protection de l’organisme. Ce qui ne veut pas dire que les autres systèmes cellulaires ne soient pas eux aussi capables de s’habituer aux toxines, mais dans l’immense majorité des cas ces immunités ne s’établissent pas, car elles sont mutiles. Nous avons montré le développement continu de la théorie phagocytaire qui, bien loin d’être ébranlée par les faits qu’on lui a opposés, on a tiré profit. C’est là une sûre garantie de sa solidité.

Sur les sérums antitoxiqnes. Coinmunicalion faite au Congrès international de Buda-Pesth. (Annales de l'Institut Pasteur, octobre t89L.)

Les sérums curatifs se divisent en deux classes ; ceux qui préservent contre l’action des microbes : sérums antimicrobiens; et ceux qui préservent à la fois contre l’action des microbes et celle des toxines : sérums

Les sérums antimicrobiens agissent en excitant la fonction phagocytaire, c’est-à-dire en provoquant l’englobement et la digestion des bactéries par les phagocytes. Puisque ces sérums agissent comme des stimulants cellulaires, on conçoit que le sérum d’un animal puisse êti-e effiea™ contre

une maladie pour laquelle il n’a pas l’immunité. Ainsi, M. Pfeiffer a montré que le sérum des hommes sains préserve les cobayes contre la pentomte cholérique.

Quant aux sérums antitoxiques. ils ont une spécificité beaucoup plus étroite. Le sérum antitétanique n’a point d’action sur la toxine diphtérique. et réciproquement. Cependant, des animaux qui n’ont point été immunisés contre une toxine peuvent fournir un sérum antitoxique vis-à-vis d’elle. Le sérum des lapins neufs n’a aucune action sur le venin des serpents; celui des lapins vaccinés contre la rage est antivenimeux. Mélangé au venin, il le rend inoffensif; iiqecté préventivement, il protège contre l’envenimation. Des lapins, vaccinés contre la rage, supportent des doses quatre et cinq fois mortelles de venin, comme le démontrent les expénenc.es. faites dans mon laboratoire, par M. Calmetle. N’est-il pas surprenant de voir qu’en rendant un lapin réfractaire à la rage, on lui donne, du même coup, l’immunité contre les morsures de serpent?

Comment l’antitoxine agit-elle sur la toxine? La sature-t-elle à la manière d’un acide neutralisant un alcali, ou laisse-t-elle la toxine intacte et rend-elle pour un temps les cellules aux corps insensibles à son action? les expériences suivantes paraissent en faveur de cette dermere interprétation. D’ailleurs, quelle que soit la théorie qu’on en donne, elles sont intéressantes par elles-mêmes. Un mélange de toxine et d’antitoxine tétanique, tout à fait inoffeiisif pour des cobayes neufs, donne le tétanos à des cobayes parfaitement bien portants, mais qui ont reçu quelque temps auparavant du vibrion cholérique. Dans ce mélange, la toxine n’était donc pas détruite, mais elle n’a pas agi sur les cellules plus vivaces des cobayes

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