TERRAINS QUATERNAIRES DU CHILI (\)ÊÊÊA
A la suite d’un voyage rapide fait au Chili dans le but d’explorer des gîtes minéraux, j’ai publié, avec la collaboration de mon bien regretté ami Ed. Fuchs, une Note sur quelques points de la géologie du Chili. Fuchs et moi avons surtout insisté sur les formations quaternaires ou récentes si intéressantes à étudier dans une région où actuellement la pluie a presque complètement disparu.
Nos observations nous ont permis de reconstituer l’histoire physique, très curieuse, de la région septentrionale du Chili depuis la période quaternaire. Au début de cette période, les volcans existent avec leur appareil ordinaire; les Andes dressent leurs cimes gigantesques, et le rivage de la mer, pénétrant dans de nombreux fjords, en baigne le pied, de plus près encore qu’il ne fait actuellement. Un soulèvement, dont l’amplitude a atteint 65o” à Vallenar, se fait sentir pendant cette période et éloigne des Andes le rivage de la mer, en donnant lieu à une bordure de terrasses formant trois niveaux distincts.
Les eaux pluviales, d’abord abondantes, vont graduellement en dimi-
(') Note sur quelques points de la géologie du Chili, par MM. Mallard et Edmond Ingénieurs des Mines (Annales des Mines, ? série, t. III, p. 67-102; 1873).
et les chaleurs de l’été exercent sur la glace une influence plus considérable. On conçoit donc que, si la fusion de la quantité de neige hibernale croît en même temps que la chaleur estivale, mais d’une quantité relativement moindre, les glaciers à faible pente s’accroîtront, tandis que les autres diminueront.
Les grands glaciers de la période glaciaire avaient certainement une pente extrêmement faible sur une grande partie de leur parcours; ils étaient ainsi, sur une immense étendue, protégés contre la chaleur estivale par la moraine qui les recouvrait. Ils ont donc pu subsister et même croître sous l’influence d’une assez forte chaleur estivale, tant que la quantité de neige hibernale est restée considérable.
ROCHE MAGNÉTIPOLAIRE DU PUY CUOPINÉ ( 1 ).
J’ai rencontré dans la collection de l’École des Mineurs de Saint-Étienne des échantillons d’une sorte de conglomérat provenant du Puy Chopine (Auvergne) et présentant cette curieuse propriété d’être très nettement magnétipolaire. Après avoir constaté que ces échantillons sont absolument exempts de fer oxydulé, mais contiennent du sesquioxyde de fer assez abondant, j’ai recherché sur place la position exacte de cette roche singulière. J’ai montré qu’elle se trouve sur l’une des lèvres de la faille qui a donné passage à la domite et qu’elle est formée par des fragments de diorite broyés, ramenés au jour et cimentés principalement par du sesquioxyde de fer. J’ai fait voir que, suivant toute vraisemblance, le magnétisme de la roche est dû à l’action calorifique et la propriété magnétipolaire aux actions mécaniques qui se sont exercées sur la matière au moment où elle acquérait la propriété magnétique. L’orientation des pôles de la roche est d’ailleurs en rapport avec celle des pôles terrestres.
Los ingénieurs du bassin de la Loire ont, depuis longtemps, signalé l’existence, à une certaine hauteur au-dessus de la grande couche de Rivede-Gier, d’un banc d’une roche spéciale, désignée par les mineurs sous le
(*) Bulletin de la Société de l'Industrie minérale , série, 1.1, p. 5i7-5i3; 1872.
nom de gore blanc, et intercalée dans les strates du terrain houiller. Cette roche, d’aspect très variable, de consistance tantôt solide, tantôt argileuse, était considérée comme une couche d’argile plus ou moins endurcie. Dans un travail fait en collaboration avec mon ami M. Leseure, j’ai montré que le gore blanc est une roche porphyrique, de nature argileuse, et qui se trouve vraisemblablement au même niveau géologique que les bancs quartzeux connus, dans une autre partie du bassin, à Saint-Priest, près de Saint- Étienne.
Ces conclusions ont été récemment confirmées, de la manière la plus complète, par M. Termier, qui pouvait utiliser les précieuses indications données par le microscope polarisant et dont nous ne disposions pas encore en 1872.