CARTES GÉOLOGIQUES DES DÉPARTEMENTS DE LA HAUTE-VIENNE
De 1859 à 1867, j’ai employé chaque été b dresser, à l’échelle de 5^, la Carte géologique des deux départements de la Creuse et de la Haute- Vienne. Ce travail, complètement achevé, a figuré manuscrit à l’Exposition de 1867. Le Conseil général dé la Creuse, sur l’initiative duquel l’exploration de ce département avait été entreprise, ayant refusé de faire les frais de la publication, la Carte de la Haute-Vienne fut seule publiée en 1870. M. Grüner, dans sa Carte des bassins houillers de la Creuse, m’a fait l’honneur d’emprunter une partie de mon tracé géologique pour représenter les terrains encaissants.
Dans ces contrées, principalement granitiques, je me suis attaché à séparer les diverses variétés de granité plus complètement qu’on ne l’avait encore fait dans des Cartes de ce genre.
Outre les schistes primitifs et les gneiss, j’ai distingué :
i° Les granulites (en prenant cette expression dans le sens que lui donnent les géologues allemands) ou leptynites, caractérisés surtout par l’orientation de leurs éléments, la rareté habituelle du mica, la présence fréquente du grenat almandin, du fer oxydulé ou de l’amphibole;
a 0 Les roches granitiques proprement dites, que je partage en quatre groupes :
a. Le granité schistoïde ancien (gneissit de Cotta), passant au granité gneissique à deux micas (granit de G. Rose, granité des Vosges de Delesse). Ces granités sont principalement caractérisés par la présence simultanée du mica noir et du mica blanc;
(■) Carte géologique du département de la Haute-Vienne (1870), présentée à l’Académie en 1870. (Comptes rendus des séances de l'Académie des Sciences, t. LXX, p. 3 u 5 ).
b. Le granité pinitifère à mica noir, qui est la roche dominante dans la Creuse, où il forme d’excellents matériaux de construction; c’est le granitit de G. Rose, le granité des Ballons de Delesse, le granité du Forez de M. Grüner. 11 est surtout caractérisé par sa teneur en silice, moins élevée que celle du précédent, par l’absence du mica blanc, la présence abondante du feldspath triclinique et l’existence fréquente d’un minéral pinitoïde; il se rencontre en filons dans les variétés précédentes, et particulièrement dans le granité gneissique; il forme habituellement des masses régionales;
c. Le granité à mica blanc, caractérisé par l’absence totale de la schistosité, la rareté du mica noir, la présence fréquente de la tourmaline. Ce granité est souvent en relation avec des gîtes stanniferes (Vaury, Montebras); il forme des montagnes saillantes (chaînes de Blond) et se rattache intimement à la pegmatite exclusivement filonienne ;
d. Enfin le granité à deux micas à grains fins, caractérisé par la présence simultanée du mica noir et du mica blanc, la structure grenue à grains fins, la décomposition en fragments parallélépipédiques. Il forme de puissants filons saillants qui dessinent des monticules allongés (Toulx-Sainte-Croix) et traversent le granité gneissique et le granité pinitifere. Il peut être regardé comme une récurrence, sous une forme à peine modifiée, du granité gneissique à deux micas.
Les éruptions des roches granitiques se continuent par celles des porphyres, dont je me suis attaché à suivre et à marquer les nombreux filons. J’ai distingué ;
i° Le porphyre granitoide, renfermant peu de pâte, un feldspath triclinique abondant, du mica noir;
2° Le porphyre quarlzi/ére, contenant une pâte très visible, de l’orthose en grands cristaux; du quartz cristallisé; le mica est généralement absent;
3° L ’eurite quartzijère, dont la pâte est encore plus développée que dans la précédente variété, et contenant du feldspath très peu cristallin, du quartz en petits cristaux ou en veines irrégulières.
A ces variétés, dont l’existence avait déjà été constatée dans la Loire par M. Grüner, j’ai ajouté :
4 ° Le porphyre trachyloïde, caractérisé surtout par la texture bréchiforme et la présence de l’orthose vitreux et fendillé (sanidine). A ces porphyres j’ai rattaché certains conglomérats remarquables que l’on rencontre aux environs de Rochechouart.
grand nombre de fouilles, analogues à celles de Montebras, et ne pouvant avoir eu, comme celles-ci, d’autre but que l’exploitation de gîtes métallifères.
J’ai décrit, dans les Annales des Mines, les principales circonstances géologiques du gisement stannifère de Montebras et de celui, plus anciennement connu, de Vaury (Haute-Vienne). J’ai fait connaître en même temps les anciens travaux miniers que j’avais découverts et j’ai discuté les intéressantes questions qu’ils soulèvent. Je suis arrivé à conclure, avec une assez grande vraisemblance :
i,° Que tous ces travaux remontent à l’époque gauloise; le gîte d’étain de Montebras, qui se trouvait placé sur le territoire des Bituriges-Cubes, explique l’assertion de Pline qui attribue à cette nation gauloise la découverte de l’étamage;
2 ° Qu’une partie des fouilles ne visaient pas des gîtes d’étain et avaient dû servir vraisemblablement à l’exploitation de placers aurifères.