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TRAITÉ D’ANATOMIE PATHOLOGIQUE

Couronné par l’Institut (prix Chaussier, 1895).

L’esprit dans lequel le Lancereaux a conçu cet ouvrage, — les classifications qu’il a inventées et les principes qui l’ont guidé pour les établir, — quelques-unes des idées générales qu’il a émises, quelques-uns des faits qu’il a découverts, sont à mettre en relief.

Dans la préface de son livre, l’auteur remarque que les altérations matérielles des organes sont le plus souvent étudiées, sans que l’on s’occupe des circonstances qui leur ont donné naissance, ni des rapports si intimes qu’elles présentent avec le développement du corps humain. Décrire les changements de consistance et de coloration d’un organe, profiter des progrès de l’analyse histologique pour dire qu’un organe a une consistance plus grande parce que sa trame conjonctive est épaissie, ou qu’il est ramolli, parce que ses éléments sont granuleux et stéatosés, est insuffisant. Pour être scientifique, Vanatomie patho-

kgiqm doit arriver à détermmer les causes et les conditions de formation des lésions aussi bien (jue leur état, leur évolution, leurs conséquences plus ou moins immédiates.

Les agents morbifiques n’agissent pas au hasard sur l’organisme. Ils obéissent à des lois spéciales et constantes. A la façon des poisons, ils localisent primitivement leurs effets sur un ou plusieurs éléments histologiques, toujours les mêmes. Et ces éléments sont frappés d’une façon spéciale, suivant leur provenance, leur composition chimique et leurs fonctions. Cette localisation, si particulière, des lésions organiques est la preuve irrécusable « de la spécificité dC action des agents morbifiques, des rapports qui existent entre la lésion matérielle et sa cause productrice et de la possibilité darriver à déterminer cette dernière par l’étude anatomo-pathologique ».

Et l’auteur, dans son travail, s’est précisément appliqué à chercher, dans les données cliniques de l’anatomie pathologique « les caractères propres à une classification étiologique des maladies ».

Aussi le volt-on, après avoir étudié les altérations d’un tissu, d’un organe, rechercher l’origine de ces altérations, indiquer la manière dont elles se sont opérées, les influences et les lois qui ont présidé h leur développement, établir, en un mot, leur étiologie et pathoginie. 11 ne manque pas, non plus, de rapprocher les altérations organiques, des phénomènes qui se manifestent dans le cours d’une maladie, d’analyser ces phénomènes et de déterminer leur degré de subordination par rapport à ces altérations ; c’est dire qu’il ne laisse point de côté la physiologie pathologique.

En un mot, l’auteur ne restreint pas son œuvre à la seule description de la lésion. 11 n’isole pas le désordre organique des phénomènes qui l’ont précédé.

ie pathologique qui se substitue pour lui à la contemplation de la nature

« Convaincu qu’il est impossible de séparer l’histoire des altérations des tissus des organes de celle de leur développement, fai cherché à classer ces altérons, d’après les données acquises touchant l’évolution de torganisme humain. »

qui viennent troubler l'évolution normale de l’être humain et que l’auteur classe delà façon suivante.

Classe I. — Anomalies de formation et de développement.

„ . (A. — Monstruosités.

Sous-classes, j g. Malformations.

I Monstres omphalosites. — M. doubles autositaires. — M. doubles parasitaires. — M. triples. — M. inclus. — Tumeurs congénitales enkystées.

Malformations du système cérébro-spinal. — M. de la face et du cou. — M. du thorax et de l'abdomen. — M. de l’appareil uro-génital et de Tanus. — M. des membres et des doigts. — Nanisme et gigantéisme. — Hétérotaxies. '

Classe II. — Anomalies de nutrition.

/ A. — Hypertrophies et atrophies.

Sous-classes, j B. — Hyperplasies.

( C. — Hypoplasies, de A. — Néant.

de B. — Phlegmasies. Néoplasies.

de G. — Stéaloses. Leucomatoses. Chromatoses. Calcioses. Nécroses et gangrènes.

Classe lll. — Anomalies de circulation.

Anémies ou Hypémies. — Hyperémies. — Hémorrhagies. — Hydropisies. — Thromboses etembolies.

Classe IV. — Anomalies accidentelles.

Lésions parasitaires ou parasitisme. — Lésions traumatiques ou traumatisme,

L’Anatomie pathologique spéciale n’est que l’application des données de l’anatomie pathologique générale h l’étude des altérations des systèmes et des

Elle comprend ;

1» L’Anatomie pathologique des systèmes consacrée à l’étude des altérations des trois systèmes : système lymphatique, système sanguin, système loco-

2“ L’Anatomie pathologique des appareils, où sont traitées les altérations des appareils.

La classification des désordres envisagés par l’anatomie pathologique spéciale est, évidemment, la même que celle qui a servi pour Tauatomie pathologique générale, et l’auteur étudie successivement, dans les systèmes et dans les appareils, les anomalies de formation et de développement, de nutrition, de circulation, les anomalies accidentelles, avec leurs sous-classes et leurs ordres.

Pour étudier toutes ces anomalies, il est souvent nécessaire d’établir des distinctions entre les phénomènes morbides d’un même ordre. 11 y a, par exemple, plusieurs espèces de phlegmasies, de néoplasies, d’hyperémies, etc.

Quand il veut établir des subdivisions dans l’ordre des phlegmasies et dans l’ordre des néoplasies, le D' Lancereaux continue à prendre comme base de classification, l’origine blastodermique des tissus et des organes affectés.

Il range, dans un groupe, les phlegmasies et les néoplasies des tissus dérivés du feuillet moyen ou tissus conjonctifs et, dans un autre groupe, les phlegmasies

el les néoplasies

: feuillet interne-externe ou tissus

recours à un caractère de second ordre : le produit pathologique de la lésion.

Les PHLEGMAsiEs Sont exsudatives, suppuratives, prolifératives.

Les deux grands groupes de néoplasies sont subdivisés en plusieurs autres, suivant la nature du tissu dont est formée la néoplasie.

Les NÉOPLASIES des tissus provenant du mésoderme ou néoplasies conjonctives et musculaires comprennent des néoplasies de substance conjonctive celluleuse (endothéliomes), de substance conjonctive réticulée (lymphomes), de substance conjonctive muqueuse (myxome), de tissu adipeux (lipomes), de tissu cartilagineux (chondromes), de tissu osseux (ostéomes), de substance conjonctive fibrillaire (fibromes) ; — des néoplasies de tissu vasculaire (angiomes) ; — des néoplasies de tissu musculaire (myome).

Les NÉOPLASIES des tissus provenant des feuillets externe et interne sont les néoplasies épithéliales et nerveuses.

Les néoplasies épithéliales, constituées par un tissu dont la structure diffère peu du tissu normal, sont dites typiques, et se divisent en deux groupes, suivant qu’elles affectent le tissu épidermique ou le tissu glandulaire : néoplasies épidermiques (ichtyoses, kératoses), néoplasies glandulaires (adénomes).

Les néoplasies épithéliales, formées par un tissu un peu différent du tissu normal par l’arrangement et par l’évolution de ses éléments, sont dites atypiques. On les désigne sous le nom de cancer, épithéliome, carcinome. Elles présentent autant de formes que.les éléments épithéliaux eux-mêmes et se groupent en néoplasies du tissu épithélialpavimenteux{épitbéMomes pavimenteiix), du tissu épithélial cylindrique (épithéliomes cylindriques), du tissu épithélial glandulaire (épithéliomes glandulaires).

Les néoplasies du tissu nerveux sont étudiées sous le nom de névromes.

A propos.des anosialies de circülation, l’auteur distingue des hyperémies angiopathiques et névropathiques, des hémorrhagies et des hydropisies angio-

Le TUAUMATISME Sera mécanique, physique, chimique, et, dans^le traumatisme mécanique, les altérations seront distinguées en deux groupes, suivant que les tissus lésés sont, ou non, mis au contact de l’air.

Tels sont les'principes dont s’est inspiré l’auteur et les classifications qu’il a

Sa méthode l’a conduit à trouver quelques résultats nouveaux.

Dans le chapitre des phlegmasies suppdbatives, l’auteur, bien avant la découverte des microbes pyogènes et contrairement aux données scientifiques en cours h cette époque, affirme, en 187R, que la suppuration n’est pas un mode de terminaison d’une inflammation quelconque. Elle est, dit-il, subordonnée à des catises prédisposantes générales et locales, qui se résument toutes dans la débilitation de l’organisme, et à des causes efficientes qui sont « des agents irritants spéciaux, des proto-organismes, des ferments » venus de l’extérieur.

L’auteur, ayant classé les néoplasies d’après leur origine blastodermique, rompt avec les doctrines admises, montre que chaque espèce de néoplasies obéit à des lois spéciales et formule ces lois.

Les néoplasies épithéliales ont pour origine les tissus nés des feuillets interne ou externe.

t» Elles ne se rencontrent jamais, primitivement, dans des tissus dépourvus (Eépithélium. Quand elles existent dans d’autres tissus» tissus musculaire, osseux, ganglionnaire, etc., ce n’est jamais que comme tumeurs secondaires.

2“ Elles sont caractérisées par la présence de grosses cellules, munies d’un noyau volumineux, semblables aux épithéliums qui leur donnent naissance'.

3» Elles présentent autant de variétés qu'il existe de variétés d'épithéliums à l'état normal.

4» Elles ont la propriété d’atrophier et de détruire les tissus à leur contact, de pénétrer dans les espaces et dans les vaisseaux lymphatiques et de se propager à.

Elles rte .surviennent jamais qu'après la période d’accroissement du corps

1“ Elles sont constituées par des éléments cellulaires ou fibnliaires qui tendent à s’organiser en l’un des tissus nés du feuillet moyen.

2" Elles présentent autant de variétés qu’il existe de variétés de tissus d'origine mésodermique.

3“ Elles détruisent les tissus du voisinage par compression et non par infiltration, comme le font les tumeurs épithéliales. Elles sont quelquefois multiples d’emblée ; parfois aussi, elles se généralisent, par la voie veineuse plutôt que par la voie lymphatique.

k" Elles prennent naissance et se développent particulièrement dans le jeune âge.

Parmi les anomalies de circulation, les hyperémies, les hémorrhagies, les hydropisies névropathiques ont attiré spécialement l’attention de l’auteur qui, s’appuyant sur l’expérimentation physiologique e.t sur des observations clini" ques personnelles, en a donné une description détaillée.

L’auteur avait, jadis, longuement étudié les thromboses et les embolies, et la description qu’il donne est tout à fait originale et des plus complètes. En particulier, il rappelle cette loi qu’il a établie ; les thromboses marastiques se forment dans un nid valvulaire ou au niveau d’un éperon, dans la région veineuse qui se trouve à la limite â!action de la force dümpulsion cardiaque et d’aspiration thoracique.

L’auteur montre que le système lymehatique très développé chez l’enfant s’atrophie peu à peu, à mesure que le sujet avance en âge, ce qui amène l’affaiblissement de deux grandes fonctions, l’absorption et la nutrition. Il explique ainsi la moindre activité des combustions et la plus grande résistance aux maladies infectieuses à un certain âge de la vie, la grande fréquence des lésions lymphatiques chez l’enfant et leur rareté chez le vieillard.

Dans l’étude du systèmê lymphatique, des recherches personnelles et de nombreuses observations viennent, en beaucoup d’endroits, apporter la lumière sur des points obscurs. Ainsi, par exemple, l’auteur décrit, sous le nom d’endothéliome, des néoplasies jusque-lâ méconnues et confondues avec le cancer (fig. 39 et 40, p. 316, t. II).

Le livre consacré au système sanguin comprend l’histoire des altérations du

du cœur, les malformations et les phlegmasies, notamment, sont l’objet d’une étude approfondie avec nombreuses observations à l’appui.

La partie la plus originale est celle qui traite des lésions des artères. Los phlegmasies prolifératives des artères, ou artéritesprolifératives, sont groupées sous trois chefs :

1" Les artérites circonscrites reconnaissent comme cause une maladie générale : la syphilis, la tuberculose ou la présence d’un corps étranger (concrétion sanguine, végétation verruqueuse...) au sein du vaisseau. — Chacune de ces artérites a, d’ailleurs, ses caractères spéciaux et son évolution particulière.

2» Uartérite en plaques, siégeant de préférence au niveau de l’aorte et aux gros troncs vasculaires qui en émanent, est due au paludisme (V. ci-dessus, p. 28).

3” L’artérite généralisée qui a pour siège l’endartère n’est pas suivie, comme les deux autres espèces d’artérite, d’anévrysmes vrais. Elle détermine des ischémies, des hémorrhagies organiques, des scléroses qui se localisent, d’une façon spéciale, au cœur et aux reins (V. ci-dessus p. 32).

L’auteur cherche la cause de cette artérite et conclut qu’elle est subordonnée àl’action des nerfs nutritifs ou vaso-moteurs. Elle est l’effet d’un désordre général du système nerveux trophique, d’une maladie constitutionnelle, que l’auteur a décrit plus tard sous le nom d’herpétisme.

Dans le groupe des néoplasies artérielles, l’auteur étudie (p. 921, t. 11) sous le nom A’endothéliome, avec dessins et observations à l’appui, une lésion méconnue quoique décrite par les auteurs, et formée aux dépens des endothéliums des vaisseaux sanguins et de leurs gaines lymphatiques.

Parmi les hypoplasies des artères, il décrit (p. 928, t. II) sous le nom de hyalinose une forme nouvelle de dégénérescence des vaisseaux des reins.

Quand il s’occupe du système locomoteob, l’auteur, dans l’article réservé aux ostéites prolifératives, se livre à des recherches nouvelles sur l’ostéite déformante et attribue un rôle important au système nerveux dans la genèse de cette affection.

11 montre, également, par l’examen d’ossements trouvés dans un ancien cimetière, rue de Douai, que la syphilis osseuse a eu, au moyeu âge, une gravité qu’elle a perdue de nos jours et qu’on l’a souvent confondue avec la lèpre.

Dans l’histoire des myosites prolifératives existe une description, avec observations et figures à l’appui, de la myosite tuberculeuse qui n’avait jamais été étudiée.

L’anatomie pathologique de 1’ appareil de l’innervation traite des désordres

anatomiques des nerfs, de la moelle épinière, de l’encéphale et des organes des

11 convient de signaler l’article relatif aux névrites toxiques. M. Lancereaux, qui a donné la première observation de ces névrites en découvrant les lésions de la névrite saturnine, en a aussi établi les lois.

Les névrites toxiques sont symétriques; elles se localisent aux extrémités des membres, de préférence du côté des muscles extenseurs, puis s'étendent, peu à peu, vers le tronc. Elles s’accompagnent de désordres de la sensibilité,

contractilité électro-musculaire.

En traitant l’anatomie pathologique de Yencéphale, M. Lancereaux a fourni une étude personnelle de la pathogénie des suppurations et des gangrènes. 11 a prouvé que, à part les cas de traumatisme mettant le cerveau en rapport avec les agents de l’extérieur, elles avaient toujours leur point de départ dans un foyer de suppuration ou de gangrène situé en un autre point de l’organisme, en particulier dans le poumon, ou encore dans la région sacrée.

Il a donné la première description de Vendothéliome des gaines lymphatiques et montré que les tumeurs méningées, décrites sous le nom d’épithéliome, carcinome, psammome. sarcome angiolithique rentrent toutes dans la classe des endothéliomes.

Enfin, il a montré que les kystes de l’encéphale se rencontrent sur le trajet des vaisseaux et se développent aux dépens de la gaine lymphatique.

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