OUVRAGES SUR LA SYPHILIS
Des affections nerveuses syphilitiques. (V. n» 51.) Gros et Lancereaux, 1861. Prix Civrieux, 18.69.
Traité historique et pratique de la syphilis. (V. n“ 65.) Deux éditions, 1866, 1873. Couronné par l’Institut, prix Montyon, 1868.
Leçons sur la syphilis. (V. n" 88.) Paralysies toxiques et Syphilis cérébrale. (V. n° 69.)
Ces ouvrages ont été déjà signalés antérieurement, nous ne nous en occupeons ici que pour faire ressortir les idées générales et la méthode de l’auteur.
Dans la préface du Traité, en 1866, il s’exprime ainsi ;
Il La pathologie devrait posséder une classification analogue (à celle des sciences naturelles), car les états organopathiques de l’homme présentent des types distincts, toujours reconnaissables à des caractères constants. »
Il Nous connaissons l’histoire détaillée de plusieurs maladies aiguès, mais Il dans le domaine des maladies chroniques, nous sommes peu avancés. J’ai Il donc cru utile de suivre, dans ses moindres détails, Tune de ces maladies.
Il J’ai choisi celle qui, par son origine et par ses manifestations multiples, Il se prête le mieux à une étude exacte, complète et variée, la syphilis. J’ai Il cherché à en tracer l’histoire, non pas à la façon du spécialiste dont la vue « ne dépasse pas l’horizon de sa spécialité, mais à la manière du nosographe qui « ne trouve là qu’un chapitre détaché de la grande histoire des maladies. »
Les altérations anatomiques dues à la syphilis « ont pour caractère com- 11 mun d’apparaître invariablement au sein des tissus nés du mésoderme et Il n’affectent jamais que secondairement les tissus d’une autre provenance.
Il Constituées primitivement par des éléments embryonnaires conjonctifs. Il elles se présentent, tantôt sous forme d’infiltration diffuse, tantôt sous forme « de nodosités de volume variable, sans que cette différence de forme modiôe Il sensiblement leur tendance à la métamorphose graisseuse.
Il Leur extension est restreinte.
« Leur localisation spéciale nous explique leur grande dissémination, les Il tissus de substance conjonctive, faisant partie de tous les organes.
« La syphilis procède par périodes distinctes, non parce qu’elle affecte les Il tissus en progressant de la périphérie vers la profondeur du corps, mais Il parce que les lésions qui l’expriment anatomiquement ont une persistance Il et une ténacité subordonnées à l’époque de leur apparition après l’accident « primitif.
Il En somme, point de départ unique, manifestations locales variées quant Il à la forme, identiques quant au fond, évolution toujours semblable, voilà ce « qui caractérise la syphilis et ce qui fait d’elle un type que doit, nécessaire- « mont, connaître tout médecin désireux d’acquérir des notions de patholoeie Il générale. »
L’anatomie pathologique, étudiée, le plus souvent, d’une façon exclusive, sans qu’on se préoccupât de la notion étiologique, servait peu à la nosologie et à la thérapeuthique.
L’auteur rompt avec ces errements. Il recherche, dans la lésion, des caractères propres à dévoiler ses origines. Comme il l’avait fait à propos de la syphilis et de l’alcoolisme [Acad, de méd., 18 janvier 1864 et 14 juillet 1865), il pro clame ce principe que toute cause morbifique fait subir à (organisme une modification propre, que celui-ci traduit par des lésions macroscopiques et histologiques constantes et identiques, de telle sorte que, étant donnée l’altération d’un organe, on peut toujours remonter à la cause qui l’a produite.
Montrer les relations intimes qui existent entre la cause pathogène, les lésions anatomiques qui en sont la conséquence et les désordres par lesquels elles se traduisent; rendre l’anatomie pathologique inséparable de la clinique, fournir un appui solide à une nosologie basée sur l'étiologie : tel a été le hut qu’a poursuivi l’auteur.
Grâce à la méthode créée par lui, l’auteur démembre, le premier, la cirrhose du foie considérée jusqu’alors comme une entité morbide, et il en distingue, ainsi qu’il l’avait fait dans son article Alcoolisme, plusieurs espèces, suivant la cause pathogène : alcoolisme, syphilis, paludisme. Et ce classement conserve encore aujourd’hui toute sa valeur.
Il arrive, de même, à démontrer que ks causes qui s’adressent aux épithéliums, laissent intact le tissu conjonctif, et inversement. Et ainsi, par exemple, il distingue nettement les néphrites interstitielles et les néphrites catarrhales.
Bien plus, en se basant sur ce que, dans l’empoisonnement par la cantharide, -par l’acide sulfurique, etc., la substance toxique lèse l’épithélium rénal, il conclut que, dans la plupart des fièvres, 1 altération de l’épithélium des reins
est (I subardonnée à l’élimination d’un principe excrémenlitiel résultant d’un trouble de nutrition engendré par la maladie générale » (p. 322).
On remarque encore dans cet ouvrage les passages relatifs aux gastrites et aux ulcères de l’estomac, aux stéatoses du foie, ceux qui ont trait aux embolies des systèmes veineux et artériels, aux endocardites, aux méningites, aux tumeurs des centres nerveux, aux arthrites. La pneumonie caséeuse est différenciée cliniquement et anatomiquement de la tuberculose granuleuse. — Les altérations pathologiques propres ô, chacun des grands appareils organiques sont passées en revue ; 321 observations, 81 figures dans le texte, 60 planches d’atlas viennent à l’appui de cette étude, où, pour la première fois, la lésion histologique est placée en regard du désordre macroscopique.
Et, fidèle à la pensée philosophique qui l’a inspiré dans la conception de son travail, l’auteur compare toujours, entre eux, les divers cas se rattachant à chaque genre d’altération et lait ressortir les différences matérielles liées à la diversité des causes.