Paralysie ascendante aiguë
(Gaz. des hôpitaux, 1867, p. 405.)
Landry a décrit sous le nom de paralysie ascendante aiguë une maladie qui ressemble beaucoup à la myélite aigue centrale et diffuse, mais qui, chose singulière, ne s’accompagne d’aucune lésion de la moelle.
Dans cette observation, la moelle examinée au microscope d’abord à l’état frais, puis après durcissement dans l’acide chroraique, a été trouvée au.ssi exempte d’altérations que dans les observations antérieures.
Cette affection très-grave et à marche progressive ne parait donc pas siéger dans la moelle, bien qu’elle produise rapidement des troubles dans la nutrition des muscles. U y avait, eu effet, dans ce cas des lésions musculaires analogues à celles que détermine la myélite aiguë centrale.
Dans un cas de paralysie ascendante aiguë, analogue, M. Déjerinea trouvé récemment des altérations des racines spinales ; l’examen de la moelle ne lui a fourni également que des résultats négatifs.
On vient de voir que la myélite aiguë était parfois consécutive à une lésion limitée de la moelle. En voici un exemple :
Cette inflammation secondaire n’a pas revêtu la forme diffuse généralisée, elle est restée circonscrite à un segment de l’organe.
L’étude histologique a fait voir les particularités suivantes. Autour du tubercule : ramollissement inflammatoire dans une zone de deux ou trois millimètres d’épaisseur, et comprenant en hauteur tout le segment correspondant dans l’étendue de 1 centimètre 1/2 au moins. De ce foyer de myélite comme centre, irradiations inflammatoires dans l’étendue d’environ 3 centimètres, et dégénération secondaire, siégeant comme d’ordinaire, par en haut, dans les faisceaux postérieurs, par en bas, dans les faisceaux latéraux.
Tandis que les tubercules du cerveau acquièrent souvent un grand volume sans déterminer aucun symptôme, ceux de la moelle ne peuvent, on le conçoit, acquérir un certain développement sans se révéler par des phénomènes importants.
Dans une première période (période de compression), la maladie a été caractérisée par une paralysie incomplète progressive, puis dans une seconde (période de myélite), par la paralysie complète de la motilité et de la sensibilité, la paralysie de la vessie, les troubles trophiques du côté des reins, des membres inférieurs, de l’intestin, de la peau.
Les muscles des membres inférieurs et des parois abdominales étaient très-altérés, mais la coïncidence de la tuberculose miliaire aiguë et de la myélite a rendu l’interprétation de ces lésions un peu obscure, la tuberculose miliaire, ainsi que nous l’avons montré aillenrs, pouvant être la cause de troubles trophiques musculaires au même titre que les grandes pyrexies infectieuses. Contrairement à la loi de Louis,'ce tubercule de la moelle a été la première manifestation de la tuberculose. On sait aujourd’hui que cette exception constitue la règle en ce qni touche
5. Note sur deux cas de méningite cérébro-spinale tuberculeuse liée à la tuberculose miliaire généralisée.
{Compter rendus de la Société de biologie, p. 287 ; 1869.)
Il résulte de ces deux faits, recueillis chez l’adulte, que la méningite tuberculeuse peut produire du côté de la moelle des lésions analogues à celles qui ont été décrites depuis longtemps dans l’encéphale. Les granulations tuberculeuses siègent autour des vaisseaux de la pie-mère et sont entourées d’exsudats séro-flbrineux ou purulents ayant le même aspect que ceux des méninges cérébrales.
Ces lésions spinales expliquent un certain nombre de symptômes, tels que les douleurs rachidiennes, la parésie des membres supérieurs ou inférieurs, l’hyperesthésie étendue à un grand nombre de points de la surface du corps, la contracture des membres.
Dans ces deux cas la production de tubercules dans les méninges s’est accompagnée d’une éruption de même nature dans différents viscères ; elle constituait une manifestation de la tuberculose généralisée aiguë. Jusquelà-, les auteurs qui avaient décrit cette dernière maladie, de même que ceux qui ont fait connaître la méningite tuberculeuse, ont passé sous silence les altérations des méninges spinales. Pendant que mon attention était attirée sur cette lésion non encore décrite, M. Magnan et M. Liouvilie recueillaient, chacun de son côté, des cas analogues qu’ils ont également fait connaître à la Société de biologie.
Depuis, j’ai observé d’autres faits du même genre, et parmi ceux-ci il en est un qui prouve que les méninges spinales peuvent s’enflammer, dans le cours de la méningite cérébrale tuberculeuse, sans qu’on puisse reconnaître l’existence de tubercules autour de la moelle (voy. à ce sujet la thèse de M. Le Boutellier ; De la méningite spinale tuberculeuse, Paris, 1872).