Notice sur les travaux scientifiques
C’est à mon illustre et regretté maître Claude Bernard que je suis redevable d’avoir dirigé mes recherches vers les problèmes de la Physiologie comparée. C’est lui qui m’a montré les riches moissons qu’il y avait à faire dans cette science, aussi importante que négligée, et si j’ai été assez heureux pour résoudre jusqu’ici la plupart des questions que j’ai abordées, tout l’honneur doit en être rapporté à ses leçons, à ses conseils et surtout à la bienveillance paternelle avec laquelle il m’a associé à ses idées et à ses méthodes.
Un coup d'œil jeté sur le résumé en forme de tableau que je donne à la page suivante suffit pour faire voir que mes travaux ont eu surtout pour objet l’étude des animaux invertébrés. Les fonctions de ces êtres sont beaucoup moins connues que celles des Vertébrés.
Le plan que j’avais adopté primitivement consistait à prendre successivement les grandes fonctions de l’organisme et à les étudier dans toute la série animale, en les comparant avec ce que nous savons des animaux supérieurs. Je m’aperçus, dès le début de ces recherches, qu’un tel dessein ne pouvait êlre suivi à la lettre et que je devais compter d’abord avec les moyens de travail dont je disposais. C’est ce qui me fit renoncer aux recherches que je désirais entreprendre sur la digestion des Poissons, sujet des plus intéressants, mais qui, pour être traité convenablement, exigeait une installation d’aquariums que je n’avais pas. 11 était donc préférable d’entremêler lessujels, profitant des occasions qui pouvaient se présenter, d’étudier les Insectes quand ils étaient abondants, les Mollusques céphalopodes quand on pouvait les saisir dans leur élément, afin de ne pas s’exposer à des retards indéfinis ou à des impossibilités absolues.
Enfin, il est très-nécessaire d’apporter dans ce genre de recherches un tact spécial, qui permet d’apprécier à quel point, un sujet étant donné, on peut espérer le pousser avec les moyens d'investigation dont la science actuelle dispose. Faute de cela, on s'expose è passer ses jours sur des problèmes insolubles ou à scruter en vain quelque question vide.
Telles sont les raisons pour lesquelles je n’ai pas cru devoir suivre rigoureusement mon plan primitif. La division de cet exposé de mes travaux sera trèsfacile à établir. C’est celle des classifications zoologiques. J'exposerai d’abord les recherches que j’ai faites sur les Insectes, puis sur les Arachnides, les Crustacés, les Mollusques et enfin les Infusoires.
Une seconde partie comprendra les divers travaux relatifs à l’homme et aux Vertébrés supérieurs.