‹ Notice sur les travaux scientifiques (volume 2)Chapitre 9 sur 9 · SYNTHÈSE PHYSIOLOGIQUE DES^ANÉMIES · texte numérisé non relu

SYNTHÈSE PHYSIOLOGIQUE DES^ANÉMIES

Système vasculaire. — A la suite des saignées ou des anémies, le cœur perd sa force contractile, la pression artérielle diminue, le pouls devient large et mou, les artérioles terminales se contractent de manière à produire la décoloration des tissus et, d’une autre part, un état oligairnique de rencé[)hale. Les artères plus volumineuses font entendre des bruits anormaux, quand le sang traverse facilement les artères en raison de leur faible tension ; quant à la bifurcation des artères, le sang s’écoule plus librement encore vers la périphérie; il produit à ce point d’évasement un bruit spécial, une sorte de remous analogue à celui qu’on obtient en mécanique sous le nom de veine fluide, quand on fait passer un liquide d’un tube étroit dans un tuyau plus large.

Le cœur s’affaiblit par deux raisons: les artères coronaires reçoivent moins de sang, et l’innervation du cœur diminue par suite de l’oligaimie du bulbe et de la moelle.

Le cœur peut s’arrêter entièrement; la syncope qui en résulte se produit d’autant plus facilement que le bulbe reçoit moins de sang; aussi, par la position horizontale, fait-on cesser cet état; mafs cette syncope n’est pas toujours mécanique, elle peut être due à l’excitation du nerf vague, qui est le nerf modérateur du cœur; on sait que l’excitation de ce nerf, loin d’exagérer les contractions du cœur, les ralentit de la manière la plus évidente, et finit par arrêter le cœur en diastole ; ôr, chaque fois que l’oxygène vient à diminuer par le fait de la diminution des globules, le nerf vague est excité.

Supposons, maintenant, qu’au lieu d’être privé subitement de sang et d’oxygène, le bulbe vienne à subir une dénutrition graduelle; son fonctionnement deviendra difficile, l’innervation s’épuisera ; de là un véritable état paralytique des nerfs vagues qui en émanent, une accélération des battements du cœur, c’est-à-dire des palpitations. Ainsi, une désoxygénation subite produit une excitation du bulbe, la syncope, tandis qu’un déficit progressif, continu d’oxygène, détermine finalement la fatigue des nerfs vagues ; c’est pourquoi la syncope est un phénomène initial des hémorrhagies, et les palpitations sont l’apanage des anémies consécutives. J’ajouterai, à cette série de phénomènes, une dyspnée caractéristique et constante, qui ne reconnaît d’autre cause que la diminution des globules ;

les capillaires du poumon, ne pouvant plus mettre assez de globules en contact avec l’air extérieur, l’absorption d'oxygène diminue ; si le bulbe est privé d’oxygène, la respiration devient pénible ou superficielle et haletante.

En définitive, les troubles de la circulation et de la respiration ne sont pas dus uniquement à la vacuité du système vasculaire, c’est-à-dire à un phénomène physique ; ils sont surtout le résultat de l’oligaimie et de la désoxygénation de l’encéphale. Il y a donc une solidarité réciproque entre les vaisseaux et le système nerveux. Elle se manifeste encore dans la production des phénomènes nerveux.

Système nerveux et musculaire. — L’anémie se traduit le plus souvent par des anesthésies, ou bien par des hyperesthésies, le plus souvent par des fatigues douloureuses des muscles. L’innervation est en corrélation directe avec la quantité et la qualité du sang en circulation. Dès que le sang contient moins de globules oxygénifères par le fait des hémorrhagies ou de de la chlorose, les fonctions nerveuses diminuent, l’anesthésie se produit, et ce résultat est bien plus accusé encore, lorsque la circulation vient à se ralentir ou à s’affaiblir dans un territoire quelconque de l’organisme ; si, au contraire, ces régions deviennent le siège d’un afflux plus considérable de sang, la sensibilité s’y exalte (hyperesthésie.)

' Des fatigues musculaires douloureuses. — La plupart des douleurs profondes, des névralgies, doivent être rapportées à la fatigue douloureuse des muscles; t:hez les anémiques, les muscles, sont constamment sous l’imminence de la fatigue, par cela même qu’ils reçoivent peu de sang ou un sang pauvre en globules ; les éléments nutritifs, faisant défaut, les échanges gazeux ne s’y font plus que d’une manière incomplète ; et, pour ce double motif, il suffit du fonctionnement normal pour surmener l’organe. Il s’y produit alors une sensation de courbature et de constriction douloureuse.

Des pseudo-rhumatismes et pseudo-névralgies .— Parmi les muscles qui accusent le plus souvent cette souffrance, se placent, en premier lieu, ceux qui maintiennent la rectitude du tronc, à savoir les muscles de la nuque, du dos, des lombes ; les muscles des membres sont moins souvent atteints ; mais c’est surtout dans ce cas (ju’on les prend à tort pour des douleurs rhumatismales. Quand la fatigue envahit les muscles péricràniens , cette inyosalgie est généralement méconnue, on la ti'aite comme une névralgie;

quand la douleur envahit les muscles thoraciques ou intercostaux, on applique des vésicatoires pour une névralgie hypothétique des nerfs intercostaux. Enfin, ce qui est plus grave, c’est que les douleurs des muscles épigastriques et abdominaux sont presque toujours prises pour une véritable gastralgie ou une entérite.

Les vertiges sont fréquents ; ils sont le résultat de l’oligaimie des parties antérieures au bulbe ; si le bulbe était atteint, il y aurait des convulsions.

La migraine est une fatigue douloureuse des muscles épicrâniens, par contraction des artérioles musculaires, o’est-à-dire par excitation directe ou réflexe des nerfs vaso-moteurs de la tête.

Synthèse des phénomènes digestifs et nutritifs. — L’estomac peut être le siège d’hyperesthésies, de contractions antipéristaltiques; les dyspepsies par altération du suc gastrique sont rares, parce que les anémies ne font, en général, que troubler l’action des nerfs sans léser les organes dans leur texture; or, ni le nerf vague, ni le sympathique, n’agit sensiblement sur la sécrétion du suc gastrique.

La synthèse des troubles intestinaux est celle-ci : dans l’état normal, la présence des matières produit sur la muqueuse une impression qui se transmet à la moelle et se réfléchit sur les fibres motrices de l’intestin, ainsi que sur les muscles abdominaux ; si l’innervation s’amoindrit, comme cela a lieu chez les chloro-anémiques, l’impression première n’est plus perçue, les fibres de l’intestin cessent de se contracter, les matières s’accumulent, la constipation persiste, s’oppose à l’expulsion des gaz et produit la tympanite. En même temps, la partie de l’intestin qui est distendue devient parfois le siège de contractions péristaltiques très-énergiques ; de là une tension des parois et des douleurs qui se manifestent par accès comme les contractions elles-mêmes ; les coliques sont donc des tensions ou contractions douloureuses de l’intestin.

Pai'allèle des chloroses et des anémies. — Les fonctions de reproduction et d’accroissement usent les éléments du sang, principalement les globules; comme les anémies, elles déterminent les troubles circulatoires, nerveux, digestifs. Si les bruits vasculaires sont plus intenses et plus fréquents, c’est que l’aglobulie est plus prononcée et la tension artérielle moindre que dans l’anémie traumatique. Le caractère differenliel de la chlorose, c’est le mode de nutrition des tissus; chez les

chlorotiques la réserve alimentaire, constituée par la graisse du tissu adipeux, semble être épargnée ; la dénutrition ne s’exerce, en effet, que sur les tissus protéiques, les muscles, les épidermes, car les fonctions du développement individuel, qui sont seules en souffrance, n’utilisent que 1 s corps azotés. Au contraire, chez l’anémique, l’amaigrissement n’est pas rare, et la déperdition porte indistinctement sur tous les éléments, tant graisseux qu’albumineux des organes ; aussi, la réparation est urgente, la résorption s’opère sur la trame adipeuse, aussi bien que sur les autres tissus.

La chlorose de la puberté se distingue de l’anémie, surtout par les troubles menstruels, qui indiquent à la fois l’origine et la nature de cette chlorose.

La chlorose de la grossesse diffère de la chlorose pubère par une altération plus complexe du sang.

La chlorose héréditaire est une maladie constitutionnelle, qui se manifeste rarement avant la fin de la première année, mais persiste indéfiniment. Elle est distincte des anémies infantiles, qui sont généralement le résultat de la dentition et du sevrage.

Parallèle entre les anémies d'inanition et les anémies post-hémorrhagiques. — Les anémies par alimentation insuffisante, les inanitions, ne produisent pas sur l’organisme les mêmes effets que les anémies par hémorrhagies.

Par la privation d’aliments, les échanges moléculaires et les résorptions sont profondément modifiés , mais le sang n’en éprouve qu’une influence indirecte et relative ; s’il est atteint dans ses globules, c’est au même titre que les autres tissus et parallèlement à eux. Au contraire, dans les anémies résultant de la soustraction directe du sang, il y a une tendance immédiate à la réparation des éléments ; les nutritions ne subissent que des changements temporaires, et ce sont les fonctions surtout du système nervomusculaire qui reçoivent l’atteinte la plus grave. Dans l’anémie, l’altération du sang domine toute la série des phénomènes morbides ; dans l’inanition, elle n est qu un résultat concomitant de la dénutrition générale, et ne suffit pas pour expliquer les désordres fonctionnels.

Conclusions thérapeutiques. — Le traitement de l’anémie diffère radicalement selon quelle résulte d’une déperdition, d’une privation, d’un empoisonnement ou d un changement de constitution. Les pertes de sang se

réparent par le fer, qui ne produit rien sur les déperditions de sucre, de mucus, et peut devenir nuisible lorsqu’il s’agit d’une privation d’aliments, c’est-à-dire d’une inanition soit physiologique soit morbide.

L’hydrothérapie, le quinquina, l’arsenic, l’huile de foie de morue ont tous leurs indications spéciales, qui sont tirées de la cause première de l’anémie, c’est-à-dire de la lésion d’organes qui a produit l’anémie.

Fatig^ue 9Biuscu1aire. — Foi de la Iraiii^mutation des forces.

(Revue des cours scientifiques, 1866.)

La force musculaire, comme toutes les forces actives, prend sa source dans les affinités chimiques ou plutôt dans les décompositions moléculaires qui s’opèrent soit dans le muscle, soit dans les corps oxydables qui pénétrent dans l’économie sous forme d’aliments. Par la transformation de ce corps en eau, acide carbonique ou en produits moins avancés, comme l’urée, il s’établit de nouvelles affinités moléculaires, de véritables mouvements intimes, qui développent les forces actives; ces forces sont la chaleur, l’électricité et le travail mécanique.

Or il est démontré aujourd’hui que toutes les forces peuvent se transtormer l’une dans l’autre, qu’il ne se perd aucune force.

De la transformation de la chaleur en travail mécanique. —, On appelle calorie la quantité de chaleur nécessaire à i kilogramme d’eau à 0% pour élever sa température de i degré centigrade. On appelle kilogrammètre la quantité d’action nécessaire pour soulever i kilogramme à i mètre de hauteur. Une calorie en se transformant en travail mécanique produit 425 kilogrammètres.

Si pour faire un travail mécanique, si par exemple pour élever notre corps de 400 mètres nous produisons 50,000 kilogrammètres, nous devons perdre 70 calories; c’est ce qui a lieu en effet. Si au lieu de faire un travail efficace nous exécutons un travail statique, destiné simplement à surmonter une résistance, la chaleur s’accumule dans l’organisme. Cette loi a été vérifiée non-seulement pour les mouvements de totalité, mais encore pour les contractions isolées de chaque muscle. La chaleur du muscle se développe à

chaque contraction, et cela d’autant plus que la tension musculaire était plus développée; le travail effectif utilise avant tout la tonicité de l’organe, puis la chaleur développée pendant la contraction par le fait des oxydations intra-musculaires. Ces oxydations incomplètes n’usent pas le muscle; celuici ne subit que des transformations temporaires qui s’effacent par et après la fatigue.

Chimie du muscle pendant la fatigue. — La substance musculaire se compose principalement de la musculine et de la myosine, qui sont des corps protéiques, la créatine, l’inosite et l’acide lactique, produits d’oxydation incomplète, qui dérivent des substances protéiques. — Pendant le travail, le sucre et l’acide lactique augmentent sensiblement; il y a même un moment où ces produits s’accumulent dans le muscle au point de produire la fatigue; il sufiit alors d’éliminer l’acide lactique, pour que l’organe puisse fonctionner à nouveau. La condition essentielle de la contraction c’est l’action du sang; son influence est telle, qu’en le supprimant par la ligature des artères, on produit immédiatement une rigidité cadavérique artificielle sur l’animal vivant; puis, si on relâche la ligature, l’irritabilité reparaît.

Chimie de Vorganisme pendant le travail. — L’exercice musculaire active la respiration pulmonaire et musculaire; il augmente ainsi l’absorption de l’oxygène et l’exhalation de l’acide carbonique. Cependant il n’use point définitivement les tissus organiques, car l’urée, qui en représente les déchets, n’est pas éliminée en plus grande quantité que dans l’état de repos. L’urée, en effet, ne varie que par les métamorphoses complètes de l’organisme, comme celles qui résultent d’une alimentation excessive ou, au contraire, d’une inanition plus ou moins prolongée.

Régime de Vouvrier. — Il résulte de toute cette discussion que le travail n’épuise point si le régime est approprié aux dépenses physiologiques, c’est-à-dire s’il couvre à la fois les dépenses d’azote et de carbone; si la nourriture ne renferme pas assez de carbone pour combler le déficit, le résultat est tout aussi fâcheux que si elle ne contenait pas toute la quantité nécessaire d’azote.

De la plasmine, de la eoa^ulation et des eoiiennes du satig^.

(Journal de l’Anatomie et de la Physiologie, 1865).

Le plasma du sang doit sa constitution à l’albumine et à une autre matière spontanément coagulable appelée fibrine, qu’on croyait dissoute dans le sang par le chlorure de sodium, ou par l’acide carbonique, ou par l’ammoniaque. Mais la fibrine n’est pas préformée dans le sang ; il existe sous le nom de plasmine une substance naturellement fluide, susceptible de se dédoubler en deux parties, l’une qui constitue la fibrine concrescible, c’est la seule connue; l’autre partie reste liquide et se distingue néanmoins de l’albumine, avec laquelle elle' a été confondue jusqu’ici. En réalité les matières plasmatiques qu’on représentait par 75 d’albumine et 3 de fibrine sur 1000 grammes de sang, se composent de 53 d’albumine, 22 de fibrine liquide et 3 de fibrine concrescible, provenant toutes deux du dédoublement de la plasmine.

La plasmine augmente rarement d’une manière absolue ; dans les inflammations la plasmine ou fibrine concrète est représentée par h, 5 ou 6 p. m. C’est toujours aux dépens de la fibrine fluide ou de l’albumine. Il en est de même dans les anémies ; si la fibrine concrète dépasse la normale, elle est empruntée aux autres matières albuminoïdes.

Les causes qui favorisent ou déterminent le dédoublement de la plasmine sont le contact de l’oxygène, le ralentissement de la circulation, la présence de corps étrangers dans le sang, de rugosités sur les parois vasculaires, enfin la chaleur ; ce sont là autant de causes qui bâtent le dédoublement isomérique. Tant que ce§ causes n’agissent point, la plasmine reste fluide. Cet état normal se maintient, pourvu que le sang soit en contact avec les parois vasculaires et que ces parois soient intactes; dès qu’elle perdent leur texture et que la surface interne cesse d’être lisse, elle fera l’office d’un corps étranger qu’on introduirait dans la cavité vasculaire; autour du point altéré le sang se dépose alors et fait l’office d’un cristas destiné à devenir le centre de nouveaux dépôts.

Couennes du sang. — On appelle couenne la portion superficielle du caillot dépourvue de globules rouges; c’est une couche de plasmine qui

s’est concrétée en fibrine incolore après que les globules ont quitté la surface du caillot.

Le développement de la couenne suppose donc un retard dans la formation ou rétraction du caillot, ou bien une précipitation plus rapide des globules rouges; c’est l’un ou l’autre de ces phénomènes qui a lieu dans les phlegmasies et les anémies.

Dans les phlegmasies la plasmine augmente aux dépens des autres albuminates; mais cette augmentation n’est pas, quoi qu’on ait dit, la cause réelle de la couenne; la quantité de plasmine à métamorphoser étant très-considérable, l’hémoglobine ne suffit plus pour opérer ce dédoublement; ce travail se ralentit et les globules se précipitent avant que la coagulation soit achevée ; de là la décoloration de la couche supérieure du caillot, c’est-à-dire la formation de la couenne.

La diminution des globules dans les anémies forme une troisième condition favorable à la formation de la couenne; les globules, en diminuant de nombre, augmentent de poids spécifique, grâce à l’excès relatif d’hémoglobine, et ils gravitent plus facilement.

Enfin, la couenne se produit physiologiquement chaque fois que la coagulation se ralentit. On peut transformer facilement le sang normal en sang couenneux; il suffit d’ajouter au sang du sulfate de soude pour ralentir le dédoublement de la plasmine.

Innervation du eœnr. — Palpitations et syncopes.

(Leçons insérées dans la Gazette des Hôpitaux, 1864.)

Iles maladies du foie.

{Sous presse.)

(Leçons rédigées par les docteurs Olüvier et Bergeron.)

Page 1