MÉDECINE SCIENTIFIQUE
Les travaux scientifiques dont l’auteur a l’honneur de soumettre l’analyse et les principes au jugement de l’Académie des Sciences sont le fruit de vingt années d’enseignement à la Faculté de Médecine et le résultat de trente-quatre ans d’exercice dans les hôpitaux de Paris.
Dès ses premières recherches cliniques, il acquit la conviction que la médecine d’observation pure ne pouvait pas suffire aux exigences de la Science moderne, et que la tradition médicale devait être soumise à une complète révision. Ses cours libres de i858 à 1864 initièrent la jeunesse médicale aux progrès accomplis par l’expérimentation, aux applications pratiques d’une Chimiemerveilleusement progressive, aux lois de la chaleur et de la thermométrie dans la fièvre, aux principes de la transmutation des forces dans l’organisme vivant. Cet enseignement, qui se trouve consigné et résumé dans un livre sur le sang et les anémies, et dans un Traité de l’asthme (i865), valut à l’auteur les suffrages de la Faculté de Médecine (1866). Il s’agissait, en effet, de contrôler les résultats de l’observation par la méthode experimentale, de les consolider par l’interprétation physiologique, en reproduisant artificiellement les symptômes et les lésions qui, par leur évolution, par leurs combinaisons diverses, constituent la maladie.
La recherche du mode de développement des maladies devint le complément de lamédècine traditionnelle ou d’observation, l’une affirmant l’autre par un contrôle réciproque. Souvent l’expérimentation reléguée au laboratoire venait échouer dans la salle des malades. Établir cette mutuelle connivence, tel fut, depuis cette époque, le but des divers travaux de l’auteur sur les maladies du cœur et de l’estomac. Le progrès
s’accomplit ensuite, en imprimant à la Médecine un cachet scientifique et une plus grande certitude. Le procédé de la formation des états morbides était déjà une sérieuse garantie contre les théories surannées; mais, cette première étape à peine franchie, la clinique expérimentale subit elle-même une véritable révolution. On savait comment une maladie se développe, mais on ignorait pourquoi. Or il s’agit, pour instituer un traitement raisonné, de remonter à l’origine de la maladie, à sa cause elle-même. La véritable étude des causalités, là médecine étiologique, naquit le jour où l’on reconnut que toutes les maladies infectieuses, épidémiques, contagieuses, sont dues à un virus animé, à un parasite. Les travaux de M. Pasteur reçurent la sanction clinique, par les multiples recherches des bactéries morbigènes, et surtout par la découverte du bacille de la phtisie par M. Koch.
Dix-sept mois s’étaient écoulés depuis la démonstration du bacille tuberculeux, quand l’auteur, après avoir, comme d’autres observateurs, vérifié l’exactitude des données microscopiques, formula la doctrine clinique de la bactériologie, appliquée à toute l’évolution de la phtisie. Des résultats considérables furent ainsi acquis. Par l’examen des crachats le diagnostic put être posé dès la période initiale, qui naturellement se prête le mieux au traitement. L’histoire des symptômes et des formes si variées de la phtisie fut alors reconstituée d’après la recherche des bacilles, qui permet de discerner, la maladie là où on la soupçonnait à peine, et de reconnaître les maladies semblables en apparence, les fausses phtisies. La prophylaxie basée sur la contamination des aliments ou de l’air par le bacille devint l’objet de nouvelles mesures d’hygiène ; enfin le traitement curatif lui-même fut révisé dans le Livre de la phtisie bacillaire (1884) et mis en accord avec la doctrine parasitaire, qui dès lors se substitua aux anciennes méthodes et prit sa place définitive en clinique.
Il en fut de même pour la pneumonie (fluxion de poitrine), qu’on attribuait au froid, tandis que l’auteur reconnut en 1881 la nature infectieuse de la maladie, eten;i883, avec son chef de clinique Talamon, la nature parasitaire de cette grave affection qui vient de sévir si vivement pendant cet hiver sur la population parisienne. Le parasite est si bien la cause de la pneumonie qu’on peut la reproduire sur les animaux avec les lésions identiques à celles de l’homme, . , - ■
Les maladies contagieuses ou infectieuses sont donc dues à un principe vivant, à un parasite qui se localise dans un organe ou, au contraire, se dissémine dans toute l’économie, selon la réaction vitale que le médecin doit modérer ou diriger, selon surtout les conditions hygiéniques qui doivent être salutaires au malade et nuisibles aux bactéries. La doctrine de la bactériologie constitue ainsi la médecine causale des maladies aiguës ou chroniques de nature virulente, comme la méthode expérimentale sert de base ou -de complément h la médecine des maladies simples.
Ces grandes lois de la médecine moderne se retrouvent dans l’art de guérir. La connaissance physiologique des médicaments merveilleusement inaugurée par Cl. Bernard, leur action élective sur chaque organe et chaque tissu, sur leurs éléments primordiaux eux-mêmes, devinrent le critérium de la thérapeutique moderne, qui prit la place de l’empirisme; les propriétés biologiques du remède durent en effet être mises en parallèle ou en opposition avec le fonctionnement défectueux des organes dans les maladies : c’est là le principe fécond qui a guidé l’auteur depuis dix ans dans ses recherches sur les médicaments du cœur et de la respiration. Récemment et depuis la découverte des bactéries morbides, des ressources innombrables et précieuses ont été créées par la Chimie comme antiputrides, antiseptiques; ces mêmes moyens, doués d’une puissance calculée pour combattre les parasites, constituent maintenant en médecine toute une médication nouvelle; le remède, qui était jusqu’ici d’ordre biologique, devient maintenant curatif; il est dirigé contre l’agent virulent qui produit la maladie; on peut dire que c’est le remède vraiment spécifique ou causal. Mais ici encore les prévisions du laboratoire ont à compter avec les exigences de l’organisme : la théorie nous signalait des antimicrobiques d’une puissance infinie; devant la pratique leur nombre s’est singulièrement restreint, parce que leur énergie s’attaquait à nos organes en même temps qu’aux parasites. La première condition pour qu’un moyen de ce genre prenne droit de domicile dans la Science, c’est qu’il respecte l’organisme dans ses fonctions, sa nutrition, sa texture, et qu’il en augmente l’énergie, de façon à lui permettre de lutter contre la multiplication et la dissémination des parasites.
Ainsi, qu’il s’agisse de la médecine clinique, qui comprend les
maladies des principaux organes, des poumons, du cœur, de l’estomac, du sang et du système nerveux, ou bien que la question porte sur la thérapeutique rationnelle qui constitue désormais une série de médications nouvelles, les mêmes règles ont toujours présidé aux recherches de l’auteur, à savoir l’analyse expérimentale devenue pratique, le principe des causalités adapté aux indications curatives.