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TRAITEMENT HYGIÉNIQUE DES MALADES

Dans toute maladie, l’alimentation du malade s’impose aux préoccupations du médecin : dans beaucoup elle mérite une place de premier ordre; dans quelques-unes même, le régime représente pour ainsi dire presque toute la thérapeutique. C’est surtout dans les affections chroniques, à évolution lente et prolongée, que cette question du régime doit prendre le pas sur toute autre tentation de traitement. A ce titre, les maladies de l’estomac et de l’intestin, qui portent une atteinte directe aux fonctions de l’appareil de digestion et d’assimilation, tiennent naturellement le premier rang. Puis viennent la goutte, le diabète, l’obésité, l’albuminurie, qui trouvent si souvent des causes d’aggravation, sinon de production, dans une alimentation vicieuse. Enfin, chez les fiévreux, les phtisiques, les anémiques, les cardiaques, les règles de l’hygiène alimentaire, si elles n’ont pas des effets aussi directs

sur la maladie même, méritent neanmoins, par l’appoint qu’un régime rationnel peut apporter à l’action des remèdes pharmaceutiques, d’être minutieusement étudiées et appliquées.

Régime des gastriques et des intestinaux.

La distinction établie par M. Sée entre les dyspepsies vraies, d’origine gastrique, etles fausses dyspepsies, d’origine intestinale, doit être maintenue au point de vue du traitement hygiénique. Les dyspepsies vraies sont des opérations chimiques défectueuses. Cette vérité, formulée par l’auteur dans son Traité des Dyspepsies gastro-intestinales, a trouvé sa confirmation dans les nombreuses recherches subséquentes des pathologistes allemands..Leube, Riegel, Ewald, etc., ne veulent plus voir dans la dyspepsie que les troubles résultant de l’altération chimique des sucs de l’estomac. On analyse aujourd’hui avec exactitude les qualités de ces sucs.gastriques; on sait reconnaître s’ils contiennent trop ou trop peu d’acide chlorhydrique; on connaît la proportion corrélative de.pepsine. On peut, en outre, apprécier la quantité d’albuminates transformés, dans un temps donné, en peptones, et déterminer la durée du séjour de l’aliment dans l’estomac. C’est sur ces données'qu’il faut s’appuyer pour instituer un régime utile aux dyspeptiques, et apprécier la valeur nutritive des aliments dans chaque espèce morbide. Mais, quel que soit le genre de dyspepsie, il est une première condition qui doit servir de base fondamentale à l’alimentation du malade, c’est la-division, la fragmentation des aliments; la viande, dépouillée de ses parties indigestes (graisse, tendon, aponévroses), râpée, raclée, réduite en pulpe, se mettra en contact par toutes ses parties, par toutes ses faces, pour ainsi dire, avec le suc gastrique, et l’étendue du contact compensera pour une part l’infériorité de ce liquide. L’estomac doit èn outre être débarrassé de toutes les impuretés qui peuvent gêner l’action du suc gastrique, produits de sécrétion muqueuse exagérés ou de fermentations secondaires ou anomales : le lavage par le siphon répond à cette indication. Les matières féculentes et sucrées, les graisses doivent être proscrites; mais cette proscription ne saurait être absolue pendant longtemps. L’homme ne peut vivre soumis au régime carné exclusif; ce régime ne doit être maintenu que

pendant le temps nécessaire pour mettre l’estomac en état de supporter le régime mixte de viande et de fécule.

Quant au traitement de la dilatation stomacale, M. Sée proteste contre l’abstinence des boissons, qui constitue en pareille matière le credo de beaucoup de médecins. Sans doute, il faut interdire les aliments qui surchargent l’estomac sans nourrir, les viandes jeunes, les légumes frais, les fruits. Mais proscrire l’eau est une hérésie physiologique. L’abstinence des liquides est un supplice inutile et dangereux infligé aux malades. L’eau ne séjourne, pas dans l’estomac; la plus grande partie passe rapidement dans l’intestin, le reste est immédiatement absorbé sur place. Ce ne sont pas.les liquides qui dilatent l’estomac, c’est la faiblesse de ses parois qui le laisse se dilater. ■ i

Chez les intestinaux, les troubles dyspeptiques sont en rapport non avec des modifications chimiques du suc stomacal, mais, dans la majorité des cas, avec l’atonie des parois musculaires de l'intestin; ils se rattachent souvent à l’entérite muco-membraneuse, à des constipations, aux hémorrhoïdes. Ce sont les albuminates, les aliments azotés qui doivent faire le fond du régime, par cette, raison physiologique que la digestion de ces aliments s’opère principalement dans l’estomac qui est intact. Mais ces aliments ne laissent que des résidus minimes, qui ne suffiraient pas à entretenir le fonctionnement du gros intestin. Il est donc nécessaire d’y adjoindre des aliments comme les fécules qui laissent des restes considérables, ou comme les légumes frais qui s’éliminent pour ainsi dire entièrement. Les graisses seules doivent être interdites, car elles ne trouvent de ferment ou des dissolvants que dans

Régime des fiévreux.

La question.de la diète absolue.dans la fièvre est jugée. M. Sée montre qu’il est impossible d’admettre, avec lés partisans de l’abstinence, que l’alimentation détermine une augmentation de la chaleur; niais aussi qu’il ne faut pas compter sur elle, ou du moins sur son action directe, pour maintenir le fonctionnement des centres calorigènes. Le but du régime est autre; il doit être de réparer les pertes subies par l’organisme. Or, les déperditions portent surtout sur les albuminates bien plus que sur les graisses. La difficulté est dans l’état

d’infériorité des fonctions digestives pendant la fièvre, leur impuissance relative à transformer les aliments en substances assimilables. Aussi, une minutieuse analyse physiologique est-elle nécessaire pour arriver à une formule satisfaisante. La conclusion est que la nourriture doit être mixte, composée d’une petite quantité d albuminates et d’une proportion plus forte de substances non azotées : des bouillons, surtout des bouillons concentrés et gélatineux de veau, ou bien des bouillons de bœuf additionnés de gelée, des consommés à l’œuf, la viande râpée, légèrement grillée et mêlée au bouillon, parfois du lait dilué, plus souvent encore des potages féculents, tel est le meilleur régime à conseiller aux fébricitants.

Alimentation des phtisiques.

Au point de vue des régimes, M. Sée range les phtisiques en trois catégories : les phtisiques sans fièvre, les phtisiques avec fièvre, et les phtisiques dyspeptiques.

Chez les phtisiques apyrétiques, il repousse le précepte traditionnel du régime le plus nourrissant sous le plus petit volume possible. Ce précepte, qui se réduit pratiquement à l’usage presque exclusif de la viande, conduit rapidement le malade à un amaigrissement extrême. Sans la graisse ou les féculents, la dénutrition est inévitable, en raison. des pertes incessantes en carbone auxquelles le régime azoté ne peut remédier. Aussi les graisses et les féculents sous toutes les formes doivent-ils être prescrits aux phtisiques : 8o'tà i 20 ' r de graisse, 5oo*' à Goo Br de féculents, sous forme de pâtes, de pain, de légumes secs décortiqués. Dans cet ordre d’idées, l’huile de foie de morue doit être regardée comme un excellent aliment : elle ne sert pas seulement à augmenter la chaleur, comme on l’a cru, elle empêche en même temps l’usure trop rapide des albuminates de l’organisme; c’est un véritable modérateur de la dénutrition, elle paraît en outre s’opposer au développement des bacilles de la tuberculose.

Dans la phtisie fébrile, les corps gras ne sauraient être digérés; il faut revenir au régime des fébricitants, et insister surtout sur les viandes, le lait de vache ou d'ânesse; la suralimentation à l’aide d’ali-

ments dont la digestibilité est reconnue, de viande divisée, réduite en pulpe, peut aussi être essayée.

L’alimentation devient très difficile chez les phtisiques dyspeptiques. Or la phtisie commence souvent et finit presque toujours par la gastrodyspepsie. Ici, il faut renoncer à toute systématisation ; le régime doit être varié; il se composera d’aliments excitants, épicés et de haut goût; les viandes froides, la charcuterie, le poisson, remplaceront les classiques viandes saignantes qui répugnent, au goût des malades. Pour favoriser le passage des aliments dans l’intestin et remplacer la digestion stomacale par la digestion intestinale, rien n’est plus utile que l’usage des boissons chaudes, abondantes et stimulantes, comme l’infusion de thé, ou légèrement alcoolisées; elles doivent être préférées au vin, à la bière et aux eaux gazeuses.

Régime des goutteux.

Le traitement alimentaire de la goutte se ressent nécessairement de la manière de comprendre l’uricémie. Pourquoi le sang chez les goutteux se charge-t-il d’un excès d’acide urique î D’après les uns, il y a arrêt ou ralentissement de la nutrition, insuffisance des phénomènes d’oxydation ou de l’oxygène absorbé; d’après les autres, au contraire, les oxydations sont exagérées, et il y a augmentation de l’acide urique comme il y a augmentation de la quantité d’urée ou de phosphates. Pour M. Sée, qui se range à cette deuxieme opinion, la condition la plus favorable à ce travail d’oxydation excessive est une alimentation trop riche en albuminates et en graisses.

Réduire la quantité excessive en quantité nécessaire est la première indication; car les combinaisons alimentaires les mieux raisonnées échoueront toujours devant les abus de table. Un adulte est suffisamment nourri quand il prend journellement 120 8 ' de principes azotés provenant du double de viande, quand il consomme 70 e ' de graisses et a5o 8r de matières hydro-carbonées fournies par 5oo 8 ' de substances féculentes ou sucrées. Après avoir rationné, il faut fixer le régime en sens inverse de celui qui favorise l’uricémie. Théoriquement, un régime de fécules azotéesrépondrait aux besoins du goutteux; mais, outre que la dose de fécule nécessaire pour remplacer la ration de viande serait trop

considérable, elle aurait encore pour le malade l’inconvénient de l’engraissement à bref délai. Un régime plus rationnel et plus pratique est la combinaison d’une alimentation herbacée, végétaux frais et fruits, avec une ration modérée de viande. En tout cas, le goutteux ne doit pas être condamné à un régime exclusif, à un végétarisme rigoureux. Sans une certaine quantité de viande, il est voué à l’anémie et à la débilitation, et chez un homme affaibli la goutte ne manquerait pas de passer à l’état chronique. Mais il faut bannir les viandes salées et fumées, parce que ce sont des viandes condensées sous un petit volume, les sauces, les truffes et les champignons, qui sont fortement azotés, et enfin, d’une manière générale, les graisses, malgré l’opinion d’Ebstein. Quant aux boissons, la meilleure pour remplacer le vin est le thé pris chaud et en abondance; la théine favorise les-mutations organiques, et en outré l’usage d’une boisson chaude aromatique produit une sorte de lavage des tubes urïnifères encombrés par l’acide urique.

Quand la goutte est passées l’état chronique, avec dépôts permanents d’urates sur la plupart des jointures, il n’y a plus à empêcher ces formations uraliques; les préoccupations théoriques ont perdu toute opportunité. Il ne s’agit plus que de soutenir le malade, et surtout de ne pas augmenter son dépérissement par des prescriptions intempestives. L’hygiène alimentaire devra être celle de tous les sujets affaiblis par la maladie et par les souffrances.

Régime des diabétiques.

L’excès de sucre dans le sang caractérise le diabète, comme l’excès d’acide urique caractérise la goutte. Cet excès de sucre provient, d’une part, d’une exagération de la fonction glycogénique naturelle du foie; de l’autre, de l’impossibilité où se trouve le diabétique d’oxyder le sucre fabriqué parle foie et de le transformer en acide carbonique.

Y a-t-il là une nutrition retardante? En ce cas, l’apport de l'oxygène devrait tout modifier, tout amender, ce qui n'est pas. Mais il y a sûrement une nutrition profondément viciée; non seulement les cellules ne détruisent plus le sucre, mais elles décomposent d’une manière excessive les matières albuminoïdes, comme le prouve 1 augmentation dé la proportion d’urée dans l’urine, l’azolurie qui accompagne la glycosurie.

Le régime du diabétique doit répondre aux indications suivantes : i" réduire au minimum ou même au néant les substances saccharifères, fécules et sucres ; 2" porter au maximum physiologique le régime carné ; 3° chercher les moyens de remplacer les aliments hydrocarburés; 4° activer la fonction musculaire pour augmenter la destruction du

Au.régime carné exclusif, c’est-à-dire sans pain, sans féculents, sans sucres, on a objecté qu’il devenait intolérable au bout d’un mois. En deuxième lieu, on a dit qu’en supposant qu’un pareil régime pût être continué impunément, il ne servirait à rien qu’à diminuer temporairement le chiffre du sucre urinaire. A la première objection, M. Sée répond, en s’appuyant de son expérience et de l'opinion de Ererichs et de Hertzka, que le régime carné peut être parfaitement toléré pendant des mois et des années. La deuxième assertion est facilement réfutable; car, si la glycosurie tient sous sa dépendance tous les autres symptômes de la maladie et si l’alimentation carnée, en supprimant ce maître symptôme, fait cesser du même coup la soif, la faim exagérée, et surtout la faiblesse générale, pourquoi négliger un mode de traitement capable do réaliser à lui seul un pareil amendement des phénomènes les plus importants de la maladie? Ceci dit, il n’est pas défendu de chercher les moyens d’atténuer la rigueur du régime azoté et de remplacer autant que possible les aliments féculents et sucrés par des équivalents ou des correctifs. Ces équivalents, on les trouve dans les graisses, qui représentent le moyen le plus sûr de parer aux déperditions du carbone.

M. Sée résume ainsi scientifiquement le régime du diabétique : i° les viandes de tous les animaux, bouillies ou rôties ; la chair des poissons, qui est grasse et, par conséquent, utile; le jambon avec le lard, non moins utile; les crustacés, les huîtres, les œufs, les fromages vieux; 2 0 les graisses de toute espèce, le beurre, le lard, les sauces sans farine; 3° i5o« r de pain ou de pommes de terre; 4" les racines et les végétaux verts; 5° les boissons les plus salutaires sont les liquides vineux, le thé et le café non sucrés; parmi les eaux minérales* les eaux gazeuses n’offrent aucune utilité; l’eau de Vichy est très avantageuse avant les repas ; 6“ le lait, aliment dit complet, et contenant une grande quantité de sucre de lait, n’est pas admissible d’une manière générale; 7 0 quant

au sucre de canne, peut-être pourra-t-on le remplacer parla saccharine, produit de la distillation de la bouille, qui sucre sans être du sucre et sans se brûler.

Traitement hygiénique des obèses.

La graisse corporelle provient de trois sources :

1“ De la graisse alimentaire, qui se transforme difficilement en substance adipeuse;

2° Des albuminates ingérés, qui se dédoublent en graisse et en pro-

3° Des hydrocarbures, qui se décomposent facilement et fournissent directement de la graisse.

La propension à l’embonpoint est transmise par hérédité; elle est innée et se manifeste même parfois dès les premières années de la vie. Cette tendance est favorisée chez la femme par la vie sédentaire, l’anémie fréquente, l’influence sexuelle, troubles menstruels, stérilité, âge de retour; chez l’homme, par les influences psychiques, les préoccupations, ou bien une alimentation excessive et l’abus des boissons alcooliques.

Le traitement de. l’obésité repose surtout sur le système d’amaigrissement. 11 consiste principalement dans un régime alimentaire physiologiquement calculé, dans la détermination de la quantité et de la nature des boissons, enfin dans l’exercice musculaire. C’est sur ces trois ordres de préceptes hygiéniques que sont fondés, les divers systèmes d’amaigrissement connus, et qui peuvent être réduits à trois ; système de Banting, système d’Ebstein et système d’OErtel. Le trait commun de toutes ces méthodes est l’abstinence des boissons.

Après avoir exposé et discuté ces divers systèmes, M. Sée formule de la manière suivante le traitement qu’il conseille aux obèses :

i° Le régime physiologique normal comprenant 1206' a 13os r de principes azotés, 8n« r à 12o« r de graisses neutres et 25os r d’hydrocarbures fournis par 5oo* r de fécules et de sucre : ces proportions doivent être modifiées chez l’obèse, de façon que les substances albumineuses ne dépassent pas sensiblement la ration normale, car la viande en excès formerait elle-même de la graisse en se dédoublant; les corps gras, s’ils sont faciles à digérer, peuvent sans inconvénient être uti-

lisés à la dose de Go*' à qo 8 ' ; les hydrocarbures seront réduits au minimum; quant aux aliments herbacés, ils ne contiennent rien de nutritif.

a 0 Lés boissons, loin d’être supprimées, seront augmentées pour faciliter la digestion stomacale et activer la nutrition générale ; mais il faut proscrire les liquides alcooliques, la bière surtout, ainsi que les eaux minérales comme usage habituel. Ces boissons seront remplacées par des liquides caféiques et surtout par les infusions, chaudes autant que possible, de thé.

3° Les exercices musculaires, quels qu’ils soient, s’imposent à l’obèse.

Le régime préconisé par M. Sée diffère essentiellement des divers systèmes d’amaigrissement par la recommandation formelle d’user, de boissons abondantes pour favoriser le travail de digestion et d’absorption. Les raisons physiologiques sur lesquelles l’auteur se fonde pour s’élever contre l’opinion généralement admise ont été déjà exposées à propos du traitement du cœur gras.

Hygiène des cardiaques.

Dans ces derniers temps, une' question grave a été agitée et diversement résolue. Le cœur malade aoit-il être ménagé de manière à ne supporter que le minimum de travail nécessaire? Ne vaut-il pas mieux, au lieu de le laisser s’allanguir dans un repos relatif, développer ou du moins entretenir son action contractile? OErtel s’est fait le défenseur de cette deuxième opinion. Aux cardiaques qui ne peuvent plus respirer même au repos, il prescrit de longues marches non seulement sur un sol horizontal, mais encore sur des terrains inclinés, à pentes faibles ou à pentes fortes. Ces exercices sont destinés à agrandir la cavité thoracique par des inspirations forcées, à augmenter la capacité vitale des poumons, à surmonter les obstacles qu’oppose l’excès de sang, la pléthore, à laquelle OErtel attribue tous les troubles de la circulation et surtout de la respiration. M. Sée se prononce fortement contre cette médication théorique. Tant que le muscle cardiaque hypertrophié compense les obstacles qu’il rencontre dans les vaisseaux périphériques, il est inutile de songer à modifier sa force. Dès que le cœur commence à souffrir dans sa nutrition, dès que les parois musculaires subissent

la transformation fibro-graisseuse, tenter de réconforter l’organe en lui imposant une fatigue nouvelle est un procédé illogique et dangereux. C’est aux toniques cardiaques qu’il faut recourir, aux médicaments, comme l’iodure de potassium et la spartéine, qui, par leur action prolongée, sont capables de relever en même temps l’énergie déprimée du muscle et la force de la pression sanguine.

Loin d’imposer aux cardiaques des exercices forcés, c’est un minimum de dépense musculaire que leur conseille M. Sée. Le régime alimentaire devra donc être combiné de manière à ne fournir ni trop ni trop peu de chaleur destinée à se transformer en travail mécanique. La ration du cardiaque sera : i° simplement suffisante comme quantité; 2° composée d’éléments nutritifs uniquement capables de maintenir l’intégrité des tissus; 3° constituée par des composés chimiques dont la combustion produit le-nombre de calories strictement nécessaires. Éviter à l’organisme tout travail chimique inutile et tout travail physique forcé, tel est le but que doit se proposer l’hygiène du cardiaque : c’est ainsi qu’on parviendra à ménager la force du cœur. Dès que l’œdème, toujours imminent dans les affections cardiaques, apparaît, la cure de lait devient indispensable et le régime lacté doit prendre le pas sur tout autre régime. Le lait est le plus puissant des diurétiques, et souvent il suffit à lui seul pour faire disparaître les hydro-

Régime des albuminuriques.

Certains aliments ont pour effet d’exagérer énormément l’albuminurie, tandis que d’autres, et ils sont peu nombreux, réduisent à un minimum la quantité excretée. Ce n’est pas qu’une alimentation azotée puisse par elle-même et à elle seule déterminer le passage de l’albumine dans les urines. La théorie de l’albuminurie alimentaire n’est pas suffisamment démontrée. Mais quand l’albuminurie existe en tant que symptôme d’une lésion des reins, l’alimentation réellement azotée exerce une influence déplorable, qui est d’autant plus fâcheuse que l’on s’adresse aux viandes noires, aux aliments épicés et aux œufs. L’albuminurie fait des progrès rapides, l’urine diminue et les malades ne tardent pas à présenter des troubles dyspeptiques et urémiques. Un

seul aliment parait jusqu’à présent lutter avantageusement contre l’albuminurie et les lésions rénales : c’est le lait.

La base du régime alimentaire des albuminuriques est donc le régime lacté. Ce régime doit être d’autant plus rigoureux que Don a affaire à une néphrite à marche plus rapide et que l’influence compensatrice du rein se fait moins sentir. La diète lactée est du reste parfaitement suffisante pour réparer les pertes de l’organisme. Trois à quatre litres de lait par jour répondent à peu près à la ration normale d’entretien. Le lait doit être prescrit non seulement pour diminuer la quantité d’albumine excrétée, mais encore pour combattre l’hydropisie et les phénomènes urémiques, conséquences habituelles des néphrites chroniques. Par ses qualités diurétiques, le lait augmente la proportion d eau éliminée par les reins et il facilite en même temps l’excrétion des principes nuisibles qui s’accumulent dans le sang et encombrent les tissus. Comme toujours, il faut, pour obtenir les meilleurs résultats, donner le lait par petites doses espacées ; c’est souvent le seul moyen d’établir la tolérance.

Quand la diète lactée ne peut être appliquée, on peut recourir aux , cures de petit lait, de koumis, de raisins; mais les effets obtenus sont moins satisfaisants.

On ne peut cependant condamner l'albuminurique au régime lacté d’une manière indéfinie. Dès que l’albuminurie est tombée à un minimum, il faut revenir progressivement à un régime mixte. Le lait ne doit jamais être abandonné que lentement; on lui substitue peu à peu des féculents légers, de la chair de poisson, de la viande de veau et de volaille, pour finir par les viandes dites noires. Les épices et les aliments fumés doivent être absolument bannis. De même, les malades doivent se garder de toutes les boissons dont l’action irritante sur le rein aggraverait l’albuminurie, et, parmi ces boissons, il faut ranger en première ligne les liqueurs alcooliques, la bière, le cidre.

Outre ces prescriptions alimentaires, l’hygiène de la peau doit être attentivement surveillée. Les relations phvsiologiques qui existent entre la peau et les reins expliquent l’importance accordée à l’entretien des fonctions cutanées. Les frictions sèches, les massages, les bains de vapeur répondent à cette indication.

Quant à l’exercice musculaire, il ne présente pas d’inconvénients si

l’on en use avec ménagement. Il stimule, en effet, les fonctions de la peau et active les combustions; il est surtout utile chez les albuminuriques dont la nutrition est compromise ou languissante. Mais les efforts trop violents ou trop prolongés doivent être soigneusement évités et l’activité musculaire doit être réduite au minimum dès que le fonctionnement du cœur se trouve compromis.

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