PROPRIÉTÉS ANESTHÉSIQUES DES ÉTHERS FLUORÉS
L’action du fluorure d’éthyle sur les animaux semble être différente de celle du cblorure d’éthyle. On sait que ce dernier corps a été indiqué dès r83i, par Hôrat et de Lens, comme pouvant produire l’anesthésie, et qu’il a été employé par Steffén, en 1878, une vingtaine de fois pour amener l’anesthésie chez l’homme. Nous devons ajouter que l’emploi du chlorure d’éthyle n’a jamais été très important; on lui a reproché de produire parfois des convulsions et l’arrêt de la respiration. Nous avons pensé cependant qu’il était utile, au point de vue chimique, de comparer l’action du chlorure et du fluorure d’éthyle.
Tandis que le chlorure d’éthyle produit facilement l’anesthésie, le fluorure d’éthyle donne sur les animaux une première période d’excitation, et, si la proportion du gaz devient un peu forte, la mort s’ensuit. Lorsque la dose n’atteint pas 607 pour 100, l’animal peut être retiré de la cloche sans présenter autre chose que de l’agitation et quelques phénomènes de paraplégie. D’après ces expériences, le fluorure d’éthyle ne paraît pas posséder de propriétés anesthésiques. Cependant, chez un lapin auquel nous avions fait respirer, au moyen d’une muselière, un mélange d’air et de fluorure d’éthyle, on a pu, pendant quelques instants très courts, toucher la cornée avec un fragment d’allumette sans produire le mouvement des paupières. L animal rendu à lui-même a continué à se bien porter, tout en présentant, pendant plusieurs jours, une très grande agitation.
Le gaz fluorure de méthyle nous a fourni des résultats identiques que nous avons pu comparer aux expériences si nettes deM.VI. Regnauld etViilejean sur l’anesthésie produite par le chlorure de méthyle.
lin résumé, si les fluorures d’éthyle et de méthyle ont des propriétés anesthésiques, la zone maniable doit être très peu étendue et, si la quantité augmente, ces gaz deviennent très rapidement toxiques.
ÉTDDE DE LA FLUORINE DE QDINCIÉ.
(En collaboration avec M. Henri Becquerel.)
La fluorine qui a servi à nos expériences provient de Quincié, près Villefranche (Rhône). Cet échantillon appartient à la collection du Muséum d’Histoire naturelle, et nous devons les fragments qui ont servi à nos recherches à la bienveillance de M. des Cloizeaux, auquel nous sommes heureux d’adresser tous nos remerciements.
Cette fluorine se présente en masse, d’un violet foncé, formé d’un amas de cristaux enchevêtrés et traversés par quelques veines rougeâtres qui, sur certains points, présentent une apparence ocreuse.
Lorsque cette fluorine est concassée, elle dégage une odeur pénétrante qui rappelle celle de l’ozone, mais qui se rapproche aussi de celle du fluor. Broyée au mortier d’agate, elle fournit un gaz qui réagit de suite sur le papier ozonométrique. Un petit fragment, mouillé par une solution très étendue d’iodure de potassium et d’empois d’amidon et examiné au microscope, laisse dégager, lorsqu’on l’écrase, des bulles gazeuses. Autour de chaque bulle, il se forme une coloration bleue intense, due à l’action de l’iode mis en liberté sur l’empois d’amidon.
Broyée avec du chlorure de sodium bien sec, cette fluorine fournit un dégagement très net de chlore. Un fragment de la même fluorine, broyé isolément, ne produit pas, dans les mêmes conditions de dégagement, de chlore appréciable aux réactifs.
Cette fluorine, chaufl'ée au-dessus du rouge sombre, décrépite, perd sa couleur, devient ocreuse, et refroidie, puis broyée au mortier d’agate, ne fournit plus trace d’ozone. Mais si, au contraire, cette fluorine n’est portée qu’à aSo» pendant une heure, température largement suffisante pour détruire l’ozone, elle produit encore, par son broyage, une réaction intense sur le papier ozonométrique. Ce fait nous semble bien démontrer que l’ozone n’est pas inclus dans le minéral, mais qu’il est produit par une réaction secondaire.
Nous ajouterons que la fluorine de Quincié, séchée, puis broyée avec du silicium porphyrisé, fournit un léger dégagement de fluorure de silicium.
De l’ensemble des expériences, entreprises sur ce sujet, nous concluons ;
1» Que la fluorine de Quincié renferme un gaz occlus que l’on voit se dégager lorsqu’on en brise des fragments sous le microscope;
2° Que toutes les réactions fournies par la fluorine de Quincié peuvent s’expliquer simplement par la présence d’une petite quantité de fluor libre dans le gaz oeclus.