RECHERCHES SDR LES AMALGAMES
Schœnbein a conseillé, pour faire l’amalgame de manganèse, d’agiter vivement une solution de chlorure de manganèse avec de l’amalgame de sodium; mais, en employant cette méthode, on a toujours la crainte de laisser un peu de métal alcalin dans l’amalgame, métal qui se retrouverait dans le manganèse après la distillation dans le courant d’hydrogène. J’ai donc pensé qu’il était préférable d’obtenir cet amalgame par voie électrolytique.
J’ai décomposé par la pile une solution concentrée de protochlorure de manganèse, en présence d’une électrode négative en mercure. Il se dégage du chlore et l’amalgame se forme. Il y a en même temps décomposition de l’eau, et l’hydrogène se dégage à la surface du mercure. Le chlore se combine à une portion de l’oxygène mis en liberté et forme de l’acide hypochloreux, qui fait passer une partie du protochlorure de manganèse à l’état de scsquichlorure. La liqueur devient marron foncé.
Pour avoir une électrode de mercure d’une grande surface, on a placé au fond d’un verre de Bohême une petite couche de mercure, dans laquelle venait plonger le pôle négatif de trois éléments à bichromate réunis en
série. Au-dessus du mercure se trouvait la solution concentrée de protochlorure, dans laquelle trempait une lame de platine servant d’électrode
J’obtenais, dans les conditions où je m’étais placé, des amalgames moins riches que ceux préparés par J’amalgame de sodium. Cela tenait, ainsi que je l’ai démontré, à ce que, en même temps que le courant de la pile décomposait le chlorure, l’amalgame formé réagissait sur les liquides au contact desquels il se trouvait, produisant par sa décomposition un courant inverse qui venait détruire le premier.
J’ai placé, par exemple, une solution de protochlorure de manganèse dans mon verre de Bohême; j’ai fait passer le courant pendant une demiheure; un galvanomètre se trouvait dans le circuit. Au bout de ce temps, j’ai supprimé la pile en réunissant les deux fils, j’ai dépolarisé les électrodes et je les ai replacées comme précédemment. Le galvanomètre accusait alors un courant assez intense, inverse du précédent, et, comme l’intensité change et augmente au fur et à mesure que l’amalgame se concentre, il est probable qu’avec une pile donnée, regardée comme constante, on ne pourrait former qu’un amalgame à proportions déterminées.
Avec un courant provenant de vingt éléments Bunsen, j’ai obtenu des aiguilles d’un amalgame de manganèse cristallisé, qui, séparées tant bien que mal du mercure en excès qui les mouillait, renfermaient 4 pour loo
En distillant cet amalgame dans un courant d’hydrogène bien pur, à la température d’ébullition du soufre (440°), on obtient une masse légère, très poreuse, se réduisant en poudre sous le doigt, d’une couleur gris noirâtre : c’est du manganèse pulvérulent. I.a propriété caractéristique de ce corps est d’être très facilement oxydable. Si l’on a soin de ne dépasser que de très peu la température d’ébullition du mercure, on peut obtenir une poudre d’un gris noir, présentant quelques parcelles qui deviennent incandescentes au contact de l’air. On obtient ainsi du manganèse pyrophorique.
J’ai préparé l’amalgame de chrome en faisant réagir le chlorure, le bromure ou l’iodure de chrome sur l’amalgame de sodium. L’amalgame semble plus concentré lorsqu’on emploie le protoiodure. Pour être eertain qu’il ne reste pas de sodium dans le produit obtenu, on maintient l’amalgame pendant une heure environ dans l’eau bouillante, en agitant de loin en loin. ^ Cet amalgame est liquide; moins fluide que le mercure, il se recouvre à 1 air d une couche noire d’oxyde. Il se décompose lentement en présence de l’air sec, plus rapidement en présence de l’eau.
Chauffé à une température supérieure à 35o°, dans un courant d’hydrogène, il laisse comme résidu du chrome métallique, se présentant sous l’aspect d’une substance noire, amorphe, très peu agglutinée, qui, chauffée au rouge sombre sur la lame de platine, devient tout à coup incandescente en se transformant en sesquioxyde de chrome vert. Si l’on a soin de n’élever la température qu’à 35o“ ou 355“ au moment de la distillation, le métal prend feu au contact de l’air lorsqu’on le retire du tube encore un peu chaud.
Le métal ainsi obtenu est inattaquable par l’acide sulfurique concentré bouillant, mais il se dissout dans l’acide sulfurique étendu et dans l’acide azotique monohydraté contenant des vapeurs d’hypoazotide. L’acide chlorhydrique l’attaque assez lentement à chaud, en dégageant de l’hydrogène. Projeté sur du chlorate de potasse en fusion, il donne des étincelles brillantes, devient incandescent en courant sur la surface du liquide comme un globule de sodium sur l’eau. Chauffé au rouge sombre dans un courant d’acide carbonique sec, il se transforme en sesquioxyde de chrome.
En résumé, le chrome obtenu par cette méthode est plus oxydable que celui préparé par Henri Sainte-Claire Deville. Ce savant, en réduisant l’oxyde de chrome par le charbon, a obtenu un métal « attaqué très facilement à la température ordinaire par l’acide chlorhydrique, à peine par l’acide sulfurique dilué et pas du tout par l’acide azotique, .soit faible, soit concentré ».
J’ai obtenu de même, par voie électrolytique, les amalgames de nickel et de cobalt. Ces corps, d’un aspect pâteux, sont peu stables; ils s’oxydent assez rapidement au contact de l’eau, et l’on peut remarquer alors, pour l’amalgame de cobalt, par exemple, que les parties qui se trouvent au fond du tube en contact du verre mouillé, mais séparées de l’air atmosphérique, donnent de l’hydrate de protoxyde de cobalt, tandis que les parties touchant l’eau aérée se recouvrent d’un oxyde supérieur noir. Régnault a démontré que ces corps se forment avec absorption de chaleur ; ils rentrent donc dans la classe des corps endothermiques de M. Berthelet.