SÉRIE AROMATIQUE
J’ai trouvé la discussion ouverte sur trois formules répondant aux données nombreuses fournies par les isoméries connues (ortho, para, méta, etc.); c’étaient la formule hexagonale plane de Kékulé et deux formules dans l’espace, le prisme et l’octaèdre. J’avais déjà fait remarquer en 1874 que les deux formules dans l’espace fournissaient des dérivés bisubstitués dissymétriques; l’existence d’un cymëne actif, qu’on admettait alors, semblait plaider en faveur de ces formules, mais il a été reconnu depuis que le cymène est inactif.
Pour les corps qu’on suppose être des ensembles rigides, tels que le térébenthène, dont la constitution était peu connue, j’insistai sur la nécessité de reconnaître la dissymétrie non pas par l’examen isolé de chaque carbone, mais en recherchant si l’ensemble de la molécule est ou non superposable à son image.
Quant aux hydrures de benzine, qui sont
assimilables à des corps
gras à chaîne fermée, la considération du carbone asymétrique suffisait ; néanmoins, l’existence d’isomères inactifs (cis et trans) dus à des différences de position dans l’espace m’avait échappé, ainsi qu’à M. Van t’Holf; leur découverte et la théorie de leur constitution sont tout entières dues à M. A. Baeyer. C’est une des applications les plus importantes des idées fondamentales de la Chimie dans l’espace.
ÏÉEinCAIIOltS miEIHENTAlES.
Parmi les corps aromatiques naturels on trouve un certain nombre de corps bisubstitucs (acide salicylique, orcine, etc.), qui devraient être actifs si la benzine était prismatique ou octaédrique, mais qui sont dépourvus de pouvoir; c’est donc là une confirmation de la formule de Kékulé.
Néanmoins, les corps de ce genre n’étant pas très abondants et la nécessité où se trouve la nature de ne produire que les corps actifs et jamais les corps racémiques n’étant elle-même qu’un fait expérimental, j’ai pensé qu’il était nécessaire de faire au moins une expérience pour tenter le dédoublement d’un dérivé bisubstitué ortbo ou méta, les dérivés para étant symétriques.
J’ai choisi l’orthotoluidine qui est liquide, dont je donne la formule dans l’hypothèse prismatique seulement. On constate facilement par l’examen de layîg-. 7 que ce corps n’est pas superposable à son image.
J’ai donné (Bulletin de la Société chimique, t. XXXVllI, p. 98) une courte description de cette expérience. La culture qui avait été déclarée impossible a réussi très péniblement; elle a été prolongée pendant plusieurs mois. La liqueur très colorée n’a pu être observée directement, mais dans ces corps très stables il n’y a pas de racémisation à
craindre; j’ai donc mis la base en liberté et j’ai constaté sur l’orthotoluidine rectifiée que le pouvoir est absolument nul, confirmant une fois de plus l’hypothèse de Kékulé.