‹ Notice sur les travaux scientifiquesChapitre 13 sur 17 · VIII. —■ Philosophie des Sciences · texte numérisé non relu

VIII. —■ Philosophie des Sciences

95. — Noté sur la conciliation de la liberté morale avec le déterminisme scientifique.

(Comptes-Rendus, 13 février 1811; t, LXXXIY, p.'862.)

96. — La liberté et le déterminisme scientifique : conciliation des deux

(Journal Us Mondes, de M. l’abbé Moigno, 23 mars 1 ST 1 , et Reme «MM» du 14 avril I8TL)

97. — Conciliation du véritable déterminisme mécanique avec Vexistence de la vie et de la liberté morale.

de Lille, 1880, t. VIH, p 332 it 810, la quatrième partie d’une Etude sur divers points de la philosophie des sciences.)

Les auteurs de mécanique admettent, il y a déjà longtemps, et d’ailleurs en parfait accord avec l’expérience, que les principes dits des quantités de mouvement et des moments s’appliquent aux êtres organisés comme aux corps bruts. Depuis la découverte de la grande loi de la conservation de l’énergie, les savants sont aussi à peu près unanimes à penser qu’elle s’observe sans restriction dans le monde de la vie. Et la tendance incontestable des esprits, tendance à laquelle se sont abandonnées les plus grandes intelligences, comme Descartes et Leibniz, est d’étendre de même à toute la nature tous les principes généraux de la mécanique, c’est-à-dire d’admettre que les actions mutuelles des diverses parties élémentaires composant l’univers dépendent uniquement de la constitution et des situations relatives de ces parties. Si la

physique n’était pas déjà devenue, aux trois quarts, une branche de la mécanique, savoir, une mécanique moléculaire, et si la chimie n’aspirait pas ellemême à se résoudre en Une mécanique atomique, on pourrait peut-être, sans contredire cette haute tendance de l’esprit humain, attribuer à la vie, sous ses diverses formes, le pouvoir de modifier directement l’état physico-chimique des organismes qu’elle anime et d’influer, par lé, sur les réactions dynamiques des organes. Mais cette tentative n’est plus possible, dès qu’on accepte que les états physiques et chimiques eux-mêmes doivent pouvoir s’expliquer par les configurations et les mouvements des parties les plus ténues de la matière.

Or, si les équations de la mécanique, qui déterminent à chaque instant les accélérations de tous les points des systèmes, s’appliquent sans restriction • à la matière organisée, le sens commun exige, d’autre part, que la vie, à ses divers états, soit quelque chose de plus qu’une certaine manifestation des forces enjeu dans la matière brute, et qu’elle intervienne à sa manière, qu’elle ait son rôle supérieur dans les faits, en un mot, que la physiologie ne se réduise pasàêtre un simple prolongement de la physique et de la chimie,mais qu’elle reste l’expression de tout un ordre distinct de sciences ou comme une dynamique irréductible à celle des corps bruts. Le sens commun demande donc que, dans les systèmes matériels appelés organismes vivants , les équations de la dynamique des mécaniciens-géomètres ne déterminent pas à, elles seatestout l’enchaînement des phénomènes. Voilà pourquoi l’auteur, convaincu, d’avance de cette conciliation possible entre deux tendances paraissant également fondées, a été amené à rechercher les bifurcations de voies, les indéterminations partielles, que comportent parfois les intégrales des. problèmes de mécanique et que nous avons rappelées plus haut (n“ 71, p. 66); bifurcations dont un exemple, rencontré par Poisson,. lui avait causé tant d’embarras, faute par lui de se souvenir que les forces des mécaniciens né sont pas tout, dans l’univers, et qu’on y trouve aussi des pouvoirs directeurs , ayant pour rôle • non d’imprimer des accélérations, ni, par suite, des vitesses, mais d’utiliser d’une certaine manière celles qu’ils empruntent aux puissances inférieures. Et si les lois physiologiques viennent disposer de la plus grande partie de cette indétermination, pour organiser et conserver la matière vivante d’après les principes d’un déterminisme supérieur distinct du déterminisme physicochimique, le bon sensn’est pas fâché de pouvoir accorder le reste aux volontés libres des êtres intelligents ; car il lui répugnerait de ne faire, en ce monde,

aucune part à la contingence et de laisser une fatalité inexorable envahir toutes les sphères.

Quoique l’état d’imperfection du calcul intégral ne nous permette d’aborder, au point de vue indiqué, que des problèmes de mécanique extrêmement simples, toutefois, si ces inductions sont fondées, on comprend que les problèmes dont il s’agit puissent déjà nous offrir, et nous aider à comprendre, certains caractères généraux de la vie, tenant à des conditions d’existence physico-chimiques sans lesquelles il lui serait impossible de se manifester. Or, c’est justement ce qui arrive. Dans toutes les questions traitées, l’état initial doit présenter quelque chose de spécial, vérifier certaines relations, pour que les bifurcations de voies se produisent : on n’aurait aucune chance finie de les voir se réaliser, si l’on se contentait de jeter au hasard un peu de matière dans une certaine région de l’espace. L’analyse montre de plus que, si les bifurcations se présentent une fois, elles pourront, suivant les cas, ou ne pas sereproduire, ou se représenter un nombre indéterminé de fois pour ne plus renaître ensuite, ou persister indéfiniment. Dans la plus concrète des questions abordées, qui est celle du mouvement relatif de deux atomes supposés seuls dans l’univers, l’indétermination est ramenée indéfiniment par lé jeu même de la force soumise au calcul, c’est-à-dire de l’action mutuelle des deux atomes. Donc, à côté d’une probabilité infiniment faible de première réalisation, il y a une probabilité finie, sinon même la certitude, pour que les bifurcations de voies se reproduisent indéfiniment dès qu’elles se sont présentées une fois, pourvu que ce soient les mêmes atomes qui restent en présence, ou, en d’autres termes, pourvu que le milieu au sein duquel se déroulent les phénomènes ne soit pas changé. L’auteur trouverait assez naturel que ces faits d’analyse fussent comme un premier indice de deux grandes lois, celle de l’impossibilité de la génération spontanée, d’une part, et, d’autre part,celle de la transmission illimitée de la vie au milieu de conditions physico-chimiques assez favorables.

lien tire cette autre conséquence, quelegéomètrepeutraisonner,dansl’étude du monde inorganique, comme si les équations différentielles y déterminaient sans exception tout l’enchaînement des phénomènes. Les bifurcations de voies lui paraissent n’ouvrir, en quelque sorte, à la vie que d’imperceptibles joints, où peuvent seuls se mouvoir des êtres spéciaux, déjà bien adaptés à d’aussi difficiles conditions d’existence, c’est-à-dire, portant la marque d’une organisation qui les distingue du reste de la nature.

Accessoirement, le travail analysé contient des considérations sur divers

points intéressants de la philosopMe des sciences, tels que l’interprétation de la continuité abstraite et de l’asymptotisme dans les applications de l’analyse aux choses réelles, le rôle des frottements et la dissipation de l’énergie dans les conditions de nos expériences (où nous tendons à réaliser des états dynamiques permanents au sein d’une matière plus calme), la réversion possible des mouvements purement matériels, etc.

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