Réflexions diverses sur les forces des mécaniciens
L’auteur se demande comment il se fait que, là où, dans la nature, nous voyons se produire une accélération de mouvement, positive ou ùégative, nous soyons portés aussitôt à concevoir appliquée une force, c’est-à-dire, en choisissant l’image la plus ordinaire aux mécaniciens, quelque chose comme une corde tendue que tirerait, suivant le sens de l’accélération, une main invisible. Il en trouve la raison dans ce double fait : 1° que, d’une part, d’après la loi fondamentale de la mécanique, les accélérations de divers atomes en présence sont fonction de leurs distances mutuelles, en sorte que celles que nous faisons naître par le jeu de nos muscles dépendent des contractions ou raccourcissements imprimés à ceux-ci ; 2° et que, d’autre part, nos sensations intimes d 'effort sont aussi en relation précise avec ces mêmes raccourcissements de nos fibres musculaires. De là naît, en nous, l’idée
d’une corrélation stricte entre les accélérations produites ou empêchées et les efforts déployés, corrélation que nous transportons ensuite dans le monde extérieur, par un procédé de généralisation qui nous est ordi-
M. Boussinesq montre combien il doit y avoir de différence entre ces causes fictives de mouvement, créées par l’imagination sur le type de nos ' efforts personnels, et les véritables puissances physico-chimiques qui nous restent complètement inconnues. Toutefois, il est loin de blâmer l’usage qu’en font les mécaniciens, surtout dans les questions difficiles: ou elles permettent d’utiliser ces notions vagues, mais précieuses, du sentiment, dont elles parlent la langue , notions souvent impossibles à débrouiller, et qui nous viennent sans doute de l’expérience. Peut-être, sans leur aide, sans cette catégorie de sensations qui nous fait juger immédiatement du poids des corps avant que nous en connaissions le sens dynamique, ne serions-nous pas arrivés encore au grand principe fondamental de la conservation de la masse, etc.
100. — Sur le rôle et la légitimité de l'intuition géométrique.
101. — Etude srn divers points de la philosophie des sciences.
102. — Suri’ impossibilité d'arriver aux notions géométriques par condensation d’un grand nombre dé résultats de l’expérience.
simple
intuition géométrique, que notre sens intérieur de l’étendue, et des figures, le sens de la localisation ou, en un mot, de la représentation, n’est pas un simple produit de l’expérience, toujours incomplète et relativement grossière ; qu’il constitue la mieux définie, la plus parfaite de nos facultés intellectuelles, et que, sans elle, tout raisonnement clair nous serait impossible, non-seulement en géométrie, mais aussi dans les autres branches des mathématiques, même les plus abstraites, etc.