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NOTICE

DE M. JULIEN VESQUE

A l'époque de la création de la chaire de culture, renseignement de cet art se bornait à l'exposition des recetles empiriques, que les tâtonnements de plusieurs milliers d'années avaient permis d'établir. Mais dès le commencement de notre siècle, la physiologie et l'analomie végétales ont ouvert des horizons nouveaux, sans qu'il fût d'abord possible de rattacher les pratiques agricoles et horticoles à des principes scientifiques.

Cette nouvelle évolution de la science, qui coïncidait avec l'avènement de Mirbel à la chaire de culture, dut motiver un changement complet dans l'enseignement ; en effet Mirbel abandonna les méthodes do Thouin pour se livrer exclusivement à l'étude de Tanatomie et de la physiologie végétales. Tout le monde sait'ce qu'il a produit dans ces branches de la science botanique, mais le rapprochement entre l'anatomie et la physiologie végétales et la culture n'était pas assez visible pour qu'on ne reprochât pas à Mirbel de négliger l'étude de la culture, pour des recherches qui semblaient ne devoir jamais trouver leur application. On a trop vite oublié les beaux travaux de Mirbel sur le cambium, sur l'accroissement des arbres, travaux qui sont en vérité les premiers jalons de l'arboriculture scientifique.

Il arriva à Mirbel ce qui arrive souvent aux grands hommes : il était trop en avance pour être compris, et ce fut avec la plus grande satisfaction qu'on apprit la nomination de l'aide-naturaliste de

4 NOTICE SUR LES TRAVAUX SClEiNTlFIQUES DE M. JULIEN VESQUE.

M. de Jussieu, Decaisne, ancien jardinier, homme pratique, qui avait pourtant fait ses preuves dans les sciences pures, et qui, à force d'énergie, de travail et d'intelligence, a pu s'élever aux plus grands honneurs.

Cependant les difficultés inhérentes à la nature même des choses subsistaient toujours : Decaisne le voyait bien; tout en poursuivant avec une ardeur infatigable les travaux matériels que nécessilaitladirectiondu jardin, ilchercha et trouva une voiequilui permit de concilier son goût pour la science et le désir de produire des résultats d'une utilité pratique indéniable. Cette voie nouvelle, c'est l'étude expérimentale des variations des végétaux, soit spontanées soit à la suite de l'hybridation et du métissage. M. Naudin, son aide-naturaliste, doit également une bonne part de sa juste renommée à des expériences d'hybridation bien connues. A part les efforts de ces deux savants, pour conserver à la chaire de culture son caraclère pratique, le reste de l'enseignement se réduisait nécessairement à la botanique descriptive appliquée. Decaisne sentait fort bien ce point faible ; aussi s'altacha-t-il, après le départ de M. Naudin, d'abord M. Dehérain, qui s'occupait de physiologie chimique et ensuite l'auteur de cette notice, qui se livrait à des recherches d'anatomie et de physiologie physique.

On voit que tous les savants qui ont occupé sucessivement la chaire de culture, ont envisagé leur tâche de la même manière, tous ont compris qu'à eux incombait éventuellement le devoir d'introduire dans la culture les diverses parties de la science botanique, de baser les pratiques agricoles et horticoles sur des expériences convenablement combinées, de régler la momenclature des espèces et des variétés cultivées, en un mot, de provoquer dans l'art cultural, un essor comparable a l'essor de l'industrie sous l'influence des progrès de la chimie et de la physique.

Ce n'est pas tout. Les collections de plantes vivantes doivent s'agrandir, les lacunes doivent être constamment remplies, les espèces perdues, remplacées. Tout doit être disposé et entretenu d'une manière à la fois agréables à l'œil, conforme aux traditions, au caractère historique et artistique du Muséum, et commode pour l'étude. Les bienfaits du service de culture du Muséum devraient rayonner sur toute la France et sur ses colonies.

Cette dernière partie de la tâche, peut-être la plus difficile à remplir, dépend moins du talent et des aptitudes du professeur,

que de son activilé, que de son attachement et de son dévouement à la prospérité du Muséum.

Pour ainsi dire enfant du Muséum, car je lui appartiens depuis que j'ai appris à penser, je puis répondre de l'un et de l'autre. L'organisation du service de culture m'est parfaitement connu avec ses défauts et ses qualités, et je vois clairement les modifications qu'il faudra y introduire pour le relever au niveau qui lui convient, et pour le mettre à même de rendre à la France les services qu'elle est en droit d'exiger de lui.

Lorsque, il n'y a pas loin de dix ans, je fus définitivement attaché à ce service, je résolus d'étudier la culture d'une manière différente de celle qu'on adopte ordinairement, au risque de m'exposer au reproche immérité de m'occuper de choses étrangères à la culture proprement dite. Il me semblait, en effet, qu'ici, de même quedans toutes lesétudessérieuses, l'analyse rigoureusement scientifique était la seule marche à suivre. Mon maître, M. Decaisne, me laissa faire, m'imposant seulement une partie du travail courant, la détermination des graines et des plantes nouvellement arrivées, dont il ne pouvait pas s'occuper lui-même, entre autres l'élude de nos collections d'Hellébores et de Spirées.

J'avais donc toute liberté d'action. Il est clair que je me trouvais dans des conditions bien plus favorables que Mirbelet que Decaisne lui-même, grâce aux progrès incessants de la physiologie, de l'anatomie et de la botanique descriptive; j'abordai hardiment un travail immense que j'espère mener à bonne fin, et qui ne serait autre chose que la solution de ce problème : Bien connaître les plantes quant à leur état civil, quant à la structure et au jeu de leurs organes, afin de bien les cultiver, et inversement, préciser l'influence de la culture même sur les plantes.

4. Les archives qui contiennent l'état civil de plantes, c'est la botanique descriptive: les exercices de détermination ne m'ont pas manqué et on verra plus loin que j'ai même découvert un moyen de détermination bien plus sûr et bien plus plus rapide que le procédé ordinaire, d'après des descriptions souvent si vagues et parfois si mal faites qu'on n'arrive à une certitude absolue que par de nombreuses comparaisons avec des échantillons originaux qu'il faut quelquefois rechercher dans les herbiers étrangers.

2. Les organes des plantes sont pour la plupart microscopiques : il fallait donc devenir micrographe.

3. Les fonctions de ces organes sont du domaine de la physiologie : il fallait me faire physiologiste.

4. Enfin tout est variable dans la plante et il importait de savoir dans quelles limites cette variabilité peut osciller lorsque la plante est soumise à rinfliience de la culture. L'étude de cette influence exige des expériences très étendues, les unes de laboratoire, les autres de grande culture, je me suis donc fait cultivateur.

Les travaux poursuivis suivant cette quadruple ligne de conduite convergent vers un même but unique : reconnaître par la structure de la plante, la méthode de culture qui lui est applicable; Tidenlité même de la plante se dégage comme un corollaire de cette connaissance, car il est évident que les organes qui ne sont pas adaptés au milieu sont précisément ceux qui trahissent les affinités naturelles de l'espèce. Ici se présente pourtant une objection : s'il est vrai que le milieu influe sur la structure de la plante, comment peut-on reconnaître à cette structure et l'identité de l'espèce et le procédé de culture à suivre ?

C'est pour répondre d'abord à cette objection, que je place mes travaux de culture en tête de celle notice.

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