C- ANATOMIE APPLIQUÉE A LA CULTURE
Connaissant bien les causes el les effets du mouvement de Teau dans la plante, il devient nécessaire d'étudier les différents organes qui servent de canal à la sève brute et ceux qui jouent le rôle de réservoir.
Ces études présentent pour nous un double intérêt qu'il importe de faire bien ressortir.
Nous savons qu'il existe dans le règne végétal de véritables affinités qui permettent d'établir une classification naturelle. Les caractères qui trahissent ces affinités ont été choisis jusqu'à ce jour presque uniquement dans les organes sexuels. J'ai réussi à introduire dans la classification des caractères tirés de l'anatomie des tissus et propres «^ compléter la description des familles.
Cherchant à découvrir ces caractères, je fus naturellement conduit à écarter ceux qui dévoilent l'adaptation des plantes au milieu dans lequel elles vivent; or, ce sont précisément là les caractères anatomiques qui nous disent nettement dans quelles conditions la plante doit être cultivée.
Le microscope découvre pour ainsi dire dans la plante deux étiquettes : l'une portant l'inscription de son état civil, l'autre des indications fort nettes et fort détaillées sur les soins culturaux qu'il convient de lui donner.
Les organes d'adaptation fournissent ordinairement d'excellents caractères d'espèces, caractères si nets, si rigoureux et si faciles à observer que l'anatomie systématique laissera loin derrière elle la botanique descriptive actuelle, quant à la rapidité et à la précision de la détermination des plantes. Est-il besoin de dire qu'il ne sera pas nécessaire d'avoir de très beaux échantillons à analyser? Un fragment de feuille d'un millimètre carré de surface suffira, et dans beaucoup de cas, la poussière de feuilles sèches pilées dans un mortier sera encore reconnaissable.
Malheureusement celte science nouvelle n'est pas faite. Toute l'énergie que j'ai déployéen'a pas été de trop pour l'étude des vingttrois familles dont j'ai publié la description. Les caractères de la famille, brièvement énumérés, sont suivis d'une exposition plus complète des organes propres à caractériser la famille et les genres.
U NOTICIi SUR LES TRAVAUX SCIENTIFIQUES DE M. JULIEN VESQUE
Ensuite, lorsque cela a paru utile, chaque genre est décrit en particulier avec l'indication des organes d'adaptation, par conséquent, des besoins culturaux de toutes les espèces dont j'ai pu me procurer des échantillons frais ou secs. Je dois dire pourtant que le premier mémoire, mais celui-là seul, n'a pas été conçu sur un plan aussi vaste, ce qui est bien naturel lorsqu'on entreprend un travail de longue haleine.
Voici les mémoires que j'ai publiés jusqu'à ce jour sur ce sujet.
13. LAnalomie des tissus appliquée à la classification. — Premier mémoire, classe des Ronales (Nouvelles archives duMuséum^ 2*série, t. IV, 56 pages in-^, avec 2 planches).
14. LAnatomie des tissus appUqtiés à la classification, — Deuxième mémoire. — Classe des Pariétales et des Polygalinées (Ibid., t. V, 97 pages in-^, avec 5 planches).
15. Contributions à l'histologie systématique de la feuille des Caryophyllinées {Ann, des se, nat,, 6^ série, t. XV, p. 105-148, avec 2 planches).
Ce mémoire est précédé d'une étude sur les groupes naturels qu'on doit considérer comme des subdivisions de l'espèce, et qui sont le résultat soit de la variation spontanée ou phylétique, soit de la variation sous l'influence du milieu.
L'importance majeure de l'étude des groupes hiérarchiques d'ordre inférieur n'échappera à personne. Le nombre des espèces cultivées est nécessairement assez restreint, mais celui des variétés est incalculable. Je crois donc rendre un grand service à la science en mettant un peu d'ordre dans les subdivisions de Tespèce, et de montrer que les unes sont dues à la variabilité spontanée, les autres à l'adaptation. Le moyen.de conserver ces dernières ressort nettement de mon travail, car l'anatomie nous enseigne parla structure des organes, sous quelles influences elles se sont formées, influences qu'il suffira ensuite de faire constamment agir.
\Q. L'espèce végétale considérée au point de vue de Vanatomie comparée, mémoire suivi d'une monographie de la Tribu des Capparées (Ann, des se. nat,y ô"" série, t. XVIII, 135pages, avec 2 planches).
C'est surtout dans ce mémoire que la distinction entre les caractères phylé tiques et adaptationncls est nettement formulée et utilisée pour une nouvelle théorie philosophique de l'espèce végétale. Partout, je le répèle, les caractères adaptationncls indiquent les
procédés de culture, et la combinaison des deux nous fournit le nom de la plante.
Afin de faire convenablement ressortir la rigueur des déterminations, j'ai mis à la suite de chacun des genres du groupe des Gapparées, une clef dichotomique qui n'utilise que des caractères microscopiques reconnaissables sur un minime fragment de feuille.
En résumé, mes travaux relatifs à la culture m'ont conduit aux résultats suivants :
1. La connaissance exacte derinfluence que la culture exerce sur les qualités des végétaux : les procédés à suivre pour provoquer ou pour éviter les modifications qui peuvent survenir dans la forme extérieure et dans la structure des plantes cultivées.
2. Une méthode de détermination beaucoup plus rapide et plus sûre que la méthode actuellement usitée en botanique descriptive.
3. La connaissance plus approfondie de l'espèce et de ses subdivisions.
4. Le moyen de lire, pour ainsi dire, dans la structure de la plante, les procédés de culture qu'il faudra lui appliquer.
5. L'histoire complète du mouvement de l'eau dans les tissus, histoire qui nous donne les moyens de diriger d'une manière rationnelle l'opération la plus délicate du jardinage, l'irrigation, de préciser l'état hygrométrique le plus favorable qu'il faudra entretenir dans les serres, et enfin d'établir sur des bases solides un grand nombre des opérations de l'arboriculture.