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TRAVAUX SUR LA BACTÉRIOLOGIE

68. — Sur les variations morphologiques des microbes {Comptes rendus de VAcadémie des Sciences, 12 décembre 1887, et Société de Biologie)-, en collaboration avec M. le docteur Charrin.

A la date où nous avons abordé, au laboratoire de M. Bouchard, la question de la variabilité morphologique des Bactéries, des observations récentes sur ces organismes et sur les Algues inférieures avaient remis en honneur les idées polymorpbistes. Pour certains auteurs, « la théorie de la constance des formes bactériennes n’avait plus qu’un intérêt historique ». D’autre part, nombre de bactériologistes avaient pu remarquer des variations morphologiques qui semblaient dues à la composition du milieu nutritif, à son état physique, à l’âge du microbe, etc....

Pour ces diverses raisons, il était utile de rechercher quelle pourrait être, dans des conditions expérimentales rigoureuses, l’influence dps agents extérieurs sur la morphologie des microbes.

L’une des espèces les plus favorables à ce genre d’étude est le Bacille pyocyanique, parce qu’il sécrète, entre autres pigments, une matière colorante cristallisable facile à caractériser et dont la présence ou l’absence permet, en même temps, d’apprécier à la vue les changements physiologiques qui accompagnent le développement.

Or, en cultivant ce Bacille dans des milieux nutritifs additionnés, en proportions variables, de divers composés chimiques, nous avons pu lui faire

prendre ÙTolonté les formes de microcoque, bacille allongé, filament, vibrion et même spirille, c’est-à-dire la plupart des formes qui servent à caractériser les genres dans la classification de F. Colin. Mais l’une quelconque de ces formes, reportée dans un milieu de culture normal, reproduit la forme typique. En outre, il est à remarquer que, même dans les milieux où elles apparaissent, les formes précédentes font place plus ou moins rapidement à cette forme typique, par suite de l’accoutumance du microbe au milieu, à la condition que sa vitalité ne soit pas trop atteinte. Parallèlement à ces variations, on constate la diminution ou la suppression de la fonction ebromogène ; celle-ci

reparaît également quand le microbe retrouve les conditions normales de son développement.

La variation morphologique peut donc être très grande; mais il s’agit ici de polymorphisme expérimental et non de polymorphisme normal, encore moins de transformisme. Nos résultats pouvaient faire naître l’espoir de fixer d’une façon définitive une forme obtenue dans des conditions analogues; quelques auteurs ont bientôt essayé d’y parvenir, mais sans succès.

Nous nous étions bien gardés, d’ailleurs, de tirer de nos expériences une conclusion autre que celle qu’elles comportaient :

O Au point de vue botanique, avonsrnous dit, ce polymorphisme n’ébranle on rien la notion généralement admise pour l’espèce. Il n’en doit pas moins

attirer de plus en plus l’attention sur l’inlluonce des milieux, et en particulier des antiseptiques, et mettre en garde contre certaines tendances à trop multiplier les espèces en se fondant sur des données morphologiques insuflisantes. »

Ces conclusions n’ont pas cessé d’être vraies.

69. — Action du Bacille pyocyanique snr la Bactéridie charionneuse {Comptes rendus

Les expériences de M. Bouchard ayant montré que l’inoculation du Bacille pyocyanique peut influencer le développement de la maladie charbonneuse, nous avons cherché à pénétrer le mécanisme de cette influence, en étudiant, d’abord in vitro, l’action du microbe du pus bleu sur celui du charbon, puis en inoculant aux animaux les cultures mixtes. Nous avons ensuite fait agir sur la Bactéridie charbonneuse les produits solubles stérilisés et filtrés du Bacille pyocyanique, pour juger de même des changements de forme et de virulence.

Dans ces deux séries d’expériences, la Bactéridie présente des modifications morphologiques, qui témoignent d’un état maladif, et une diminution de la virulence, que l’on peut rapporter en partie à l’action des produits solubles fabriqués par le Bacille pyocyanique, en partie aussi à d’autres facteurs qui dépendent de l’organisme animal soumis à l’inoculation.

Ces faits ont été confirmés par divers observateurs.

70. — Action des toxines snr un microbe [Comptes rendus de la Société de Biologie, 18 juillet 1891); en collaboration avec M. le D' Cliarrin.

Les expériences mentionnées dans le travail précédent ayant établi que, dans l’antagonisme du Bacille pyocyanique et de la Bactéridie charbonneuse, les produits sécrétés par le premier jouaient un rôle important, nous avons essayé de savoir quels sont, parmi ces produits, ceux qui ont l’action la plus prononcée-. En expérimentant, soit avec les parties solubles dans l’alcool, soit avec les parties insolubles, soit encore avec celles qu’on obtient par la distil-

lation, nous avons reconnu que le maximum d’action appartient aux substances que l’alcool dissout et enlève aux liquides de culture du Bacille pyocyanique.

7t. — Sur une nouvelle Baotériaeée marine, le Streblotrichia Bornetii (Comptes rendus de la Société de Biologie, i” mars 1890).

Je décris un organisme encore inconnu, trouvé dans la mer sur les rochers. 11 se présente sous forme de zooglées atteignant parfois la grosseur d’une tête d’épingle. Ces masses zoogléiques, fixées, se composent de filaments indéfiniment longs, rectilignes à la base, puis incurvés, tortillés et pelotonnés en tous sens, et régulièrement articulés. L’organisme qui les forme se distingue des Nostocs et des Rivulaires; il doit constituer un genre nouveau, car aucune Bactériacée marine ne présente de semblables caractères.

72. — ün nouveau microbe chromogène, le Bacillus Chlororaphis (Comptes rendus de la Société de Biologie, 22 décembre t89i) : en collaboration avec M. Sauvageau.

En isolant VIsaria densa sur des Vers blancs, nous avons recueilli un microbe, incolore par lui-même, mais doué de la propriété de fournir, dans divers milieux de culture, une matière colorante cristallisée en aiguilles d’une belle couleur verte. Ces aiguilles, longues et fines, apparaissent toujours groupées en faisceaux ou rayonnent autour d’un centre commun. La matière qui les forme a des propriétés basiques ; elle donne un sel bleu avec l'acide chlorhydrique et un sel vert pâle avec l’acide azotique ; ses réactions la distinguent des dérivés connus des matièras albuminoïdes. Elle difl’ère de toutes les substances colorantes que l’on avait rencontrées auparavant dans les cultures microbiennes.

73. — Classification des Bactéries (Lyon, 1884, parue aussi dans l'ouvrage de M. le pro-

Cette classification est fondée en premier lieu sur la considération des spores, qui permettent de distinguer deux tribus principales : les arthrosporées

et les endosporées. La direction du cloisonnement intervient ensuite pour distinguer les sous-tribus. La forme et la longueur des cellules, la présence ou l’absence d’une gangue gélatineuse, permettent de caractériser les genres.

Presque en même temps, le professeur de Bary publiait une méthode de classification qui repose sur les mêmes principes.

74. — Sur la morphologie du microbe de M. ferrau (inséré dans le Rapport sur tes essais de vaccitiaUon cholérique entrepris en Espagne, par M. le D'' Fcrran, présenté au Ministre du commerce et à l'Académie de Médecine, par M. le professeur Brouarclel, juillet 1886).

La Mission française envoyée en Espagne pour étudier les inoculations anticholériques dul)' Ferran, ayant cru devoir consulter un botaniste sur la valeur de la description morphologique que ce médecin avait donnée de son microbe, j’ai exposé les raisons pour lesquelles il y avait lieu de faire les plus expresses réserves. Ma note se terminait par ces mots : « 11 est évident que M. Ferran a eu sous les yeux des organismes ou des éléments tout à fuit disparates, sans relations fixes les uns avec les autres, observés à l’aide de procédés techniques défectueux et qu’on ne peut rapporter à aucun type connu en histoire naturelle. »

Les mêmes critiques s’élevèrent bientôt après do divers côtés, et l’on sait quel a été le résultat des tentatives du médecin espagnol.

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