TRAVAUX SUR LES PRINCIPES ACTIFS
55. — Sur la localisation dans les plantes des principes qui fournissent l'acide cyanhydrique {Comptes rendus de l'Académie des Sciences, 3 mare 1890).
56. — Sur la localisation, dans les amandes et le Laurier-cerise, des principes qui fournissent l'acide cÿanhydrique (Comptes rendus de la Société de Biologie, 1890).
57. — Même sujet (Mémoires détaillés avec figures, dans Journal de Bdlanigue, n“ 1 et 2, im, elJournal de Pharmacie et de Chimie, mimomnéo):
Avec M. Pfeffer, les physiologistes admettaient que, dans les plantes qui fournissent l’acide cyanhydrique, grâce à l’action de l’émulsine sur l’amygdalirie, ces deux principes, ferment ét glucoside, coexistent très probablement dans la même céllulé, le premier dans le protoplasme, le second dans le suc cellulaire. '
M. Thomé avait essayé, mais sans succès, d’en trouver la localisation dans les' amandes douces et les amandes amères. On sait que l’amygdaline n’existé que chez ces dernières, tandis que l’émulsine se rencontre à la fois dans lés amandes douces et les amandes amères. Récemment, l’expériencè purement chimique a conduit Mi Johansen à admettre que le glucoside est contenu dans la partie purement parenchymateuse des amandes amères, tandis quëTémulsine existe dans la région des cotylédons qui renferme lès faisceaux libéro-ligneux.' Pour être plus voisine de la vérité que la précédente, celte conclusion ne nous renseigne pas suffisamment sur la valeur de l’opinion de M. Pfeffer, ericore
moins sur la nature des élémenls histologiques qui contiennent l’émulsine.
Grâce à des réactions microchimiques spéciales, je suis arrivé aux résultats suivants :
t" l.'imiikine et l’amvffdaline sont renfermées dans des cellules distinctes;
Si le péricycle est sclérifie, comme dans les gros faisceaux de cette feuille, l’émulsine existe uniquement dans l’endoderme, qui renferme aussi du tanin. Ce dernier composé n’empêche nullement l’action du ferment sur l’amygda- Ime, contrairement à ce qu’on pourrait penser au premier abord.
Si le péricycle n’est pas encore différencié et distinct de l’endoderme, à cause de la jeunesse des organes, comme dans les cotylédons des amandes douces et des amandes amères, l’émulsine occupe les cellules de ces deux
La dissection de la feuille du Laurier-cerise endodermiques, dans lesquelles les réactions mil
permet
sence de l’émulsine. Or, si on les fait agir sur une solution d’amygdaline, on obtient la formation de l’acide cyanhvdriqiie. Cet acide ne prend pas naissance si l’on opère avec un autre tissu de la feuille. Ce sont donc bien les cellules en question qui renferment le ferment.
58. — Sur l'existence et la localisation de l'émulsine dans les plantes du genre Hanihot (BuUelin de la Société Botanique de France, session exlraordinaire-, et dssocialmn française pour Vavancement des sciences, session de Caen, 1894).
On a reconnu que le principe toxique volatil, qui prend naissance quand ou broie les racines tuberculeuses des Maniocs pour en extraire la fécule, n’est autre que l’acide cyanhydrique.. Les « Maniocs amers » en produisent beaucoup plus que les « Maniocs doux ». L’acide cyanhydrique n’y existe pas tout formé et, bien que les chimistes n’aient pu retirer de ces plantes ni émulsine, ni amyg'daline, mais seulement d’autres composés analogues aux glucosides, on pouvait se demander si l’émulsine y fait réellement défaut.
En appliquant à cette élude les procédés qui m’avaient réussi dans les recherches précédentes, j’ai constaté tout d’abord qu’il suffit de quelques grammes de racine ou de feuille de Maniliot ulilmima pour obtenir de l’acide cyanhydrique reconnaissable aux réactifs.
C’est le latex des divers organes de la plante qui contient l’émulsine, tandis qu’il est dépourvu d’amygdalinp ou d’un glucoside analogue dédoublable sous l’influence du ferment. Ce latex, à très faible dose, décompose une solution d’amygdaline. Or, l’émulsine est le seul ferment connu qui dédoublé ce glii-
Aucune autre plante que celles du genre Mamhot, dans la famille des Euphorbiacées, ne m’a fourni d’acide cyanhydrique, ni donné, comme on pouvait le prévoir, les réactions de l’émulsine.
L’émulsine, chez des Maniocs, se trouve donc localisée dans les mêmes éléments histologiques que la papaïne chez les Papayers, car on sait que ce dernier ferment se trouve ici dans les laticifères des divers organes de la plante.
59. — Sur la localisation des principes qui fournissent les essences sulfurées des Cru-
60, — Sur la localisation des principes actifs dans la graine des Cruciferes {Comptes
rendus de l’Académie des Sciences, 15 décembre 1890).
61. — Recherches sur la localisation des principes actifs des Crucifères (Journol de
Botanique, 1890; Mémoire de 50 pages et 20 ligures).
Les essences spéciales des Cruciferes (sulfocyanales d’allyle, d’orthoxybenzyle, etc. ; nitriles phénylpropionique, alphatoluique, etc., accompagnés d’une petite quantité de produit sulfure) prennent naissance quand on broie les tissus en présence de l’eau, grâce à l’action d’un ferment, la myrosim, sur des glucosides variés, dont le seul assez bien connu est le myronate de potassium.
Avant mes recbercbes, la localisation du ferment et du glucoside qui fournissent ces essences, et en particulier celle de la Moutarde noire, était totalement ignorée. M. Heinricber avait bien aperçu, dans les divers organes des Crucifères, des cellules à contenu particulier, mais il les considérait comme des laticifères.
J’ai fait connaître à l’aide de procédés techniques nouveaux les caractères morphologiques, les réactions mkrochimiques, le développement, la répartition des cellules à ferment et des cellules à glucoside dans les divers organes des plantes de cette famille, dont j’ai passé en revue presque toutes les espèces indigènes.
1“ La myrosine est toujours contemiedans des cellules spéciales, très nombreuses surtout dans les graines ; le glucoside peut se trouver dans toutes les autres cellules des parenchymes (Fig. page 81, cm).
2“ La localisation des cellules à myrosine varie suivant les organes :
a. Dans la racine, elles sont situées principalement dans le parenchyme cortical et libérien ;
b. Dans la tige, elles occupent surtout la région du péricycle;
c. Dans la feuille, leur répartition correspond à celle de la tige;
d. Dans la graine, elles sont disséminées dans le parenchyme ou situées au contact des faisceaux conducteurs.
5" Les propriétés et les réactions de ces cellules spéciales sont les mêmes chez toutes les Crucifères. Tout fragment de tissu qui en renferme peut décomposer le myronate de potassium.
4° Presque toutes les espèces de cette famille en possèdent, mais il en est qui ne renferment pas de glucoside dédoublable.
5“ Tandis que les glucosides varient et, par suite, fournissent des essences
différentes, le ferment est partout
identique. Les ferments autres que la
myrosine ne dédoublent pas les glucosides des Crucifères.
62. — Sur la localisation des principes actifs chez les Capparidées {Comptes rendus de
l'Académie des Sciences, 14 octobre 1893).
63. — Sur la localisation des principes actifs chez les Tropéolées (Comptes rendus de l'Académie des Sciences, 30 octobre 1893).
64. — Sur la localisation des principes actifs chez ies Llmnanthées {Comptes rendus de l'Académie des Sciences, 17 novembre 1893).
65. — Sur la localisation des principes actifs chez les Besédacées (Comptes rendus de l'Académie des Sciences, 12 décembre 1893).
66. — Snr certains principes actifs chez les Papayacées (Comptes rendus de l'Académie
des Sciences, mars 189/*).
67. — Recherches sur la nature et la localisation des principes actifs chez les Capparidées, Tropéolées, Limnanthées, Résédacées et Papayacées (Journal de Botanique, 1895-1894, Mémoire de 72 pages avec figures). '
En étendant à d’autres familles mes recherches sur les Crucifères, j’ai constaté que les Capparidées, les Tropéolées, les Limnanthées, les Résédacées et les Papayacées renferment un même ferment, mais des glucosides divers. M. A. Chatin avait, le premier, retiré du Limnanthes une essence sulfo-azotée, ce qui donnait à penser que celte plante contient vraisemblablement des principes analogues à ceux des Cruciferes. Mais leur existence dans la famille des Papayacées, très éloignée de cos dernières par tous les caractères botaniques, était beaucoup plus imprévue.
Dans ces cinq familles, le ferment n’est autre que la myrosim : les glucosides, n’ayant pas la même composition, fournissent par leur dédoublement des essences différentes. Chez les Capparidées et les Tropéolées, l’essence est formée en majeure partie par des nitriles aromatiques accompagnés d’une petite quantité de sulfocyanate d’allyle; chez les Limnanthées, la proportion de ce dernier composé est relativement plus grande; chez les Résédacées et les Papayacées, l’essence paraît être formée en totalité par le sulfocyanate. Tandis que, dans les trois premières familles, c’est la graine qui eu fournit la plus forte quantité, dans les deux dernières, c’est la racine de la plante.
Par des expériences multiples, j’ai reconnu que dans aucun cas l'essence n’est prèformée dans les organes intacts. Conduit par mes observations antérieures sur les Cruciferes à se livrer à des recherches analogues, M. Spatzier avait cru non seulement que l’essence sulfo-azotée des Résédacées existe toute formée dans la racine, mais encore que cet organe ne possède pas de myrosine. Or, il n’en est pas ainsi : cette essence, d’ailleurs toute différente de celle do la fleur, n’y préexiste pas, et la myrosine s’y rencontre dans des cellules spéciales, comme chez les autres familles mentionnées. Les conditions nécessaires a la production dés essences en question sont done partout les mêmes.
J’ai décrit, dans chacune des familles, les caractères morphologiques, les réactions microchimiques et la répartition des cellules spéciales à myrosine.
On savait déjà que les Papayacées possèdent dans leurs laticifères un ferment particulier, la papaïne, sorte de trvpsine végétale agissant sur les matières albuminoïdes, la myrosine, dont l’action est toute différente, y présente aussi une localisation différente, car elle se trouve en dehors des laticifères, dans des cellules spéciales du parenchyme des divers organes.
Le prix Buignet m’a été décerné par l’Académie de Médecine pour l’ensemble de mes travaux sur les principes actifs, à la suite d’un Rapport dont voici les conclusions ;
« Les Mémoires dont nous venons de rendre compte ont exigé des études longues et délicates; ils sont accompagnés de nombreuses figures représentant l’aspect et la répartition, .dans les divers organes, des éléments et des tissus qui renferment les principes actifs. Déjà les travaux de M. Guignard ont suscité de nombreuses recherches dans la voie de la localisation de ces substances chez les végétaux; elles se sont étendues aux alcaloïdes et ont fourni, de divers côtés, des résultats intéressants. C’est le meilleur éloge que nous en puissions faine.
« M. Guignard était bien préparé par ses beaux travaux antérieurs sur la cellule à aborder ces questions difficiles. Tous les histologistes ont apprécié ses études remarquables sur le noyau cellulaire et sur la fécondation.
« Ces recherches étendues, sur la localisation des principes actifs chez les végétaux, soulèvent et résolvent des questions qui intéressent toutà la fois la médecine et la physiologie végétale. M. Guignard a apporté dans ce travail la netteté et la précision de ses précédentes recherches. Il a su donner à la question l’ampleur qu’elle méritait et Ouvrir une voie nouvelle à l’étude des principes actifs des végétaux. »