MÉTHODE DE DITEDSIOS EMPLOYÉE POSE IA DÉIEBMINATION
Les vapeurs n’obéissent pas généralement à la loi de Mariette, aux températures voisines de leur point d’ébullition; de là, la nécessité signalée par M. Cahours de prendre les densités à des températures notablement plus élevées. Cette nécessité semblait évitée dans une méthode nouvelle, où la densité est déduite d’expériences exécutées à une température peu élevée, et sous une pression très-inférieure à la pression atmosphérique.
Dans cette méthode, employée par MM. Playfair et Wanklyn, Wurtz et d’autres chimistes éminents, et appelée méthode de diffusion, on prend, pour ainsi dire, le contre-pied de la règle ordinairement suivie ; en effet, dans les déterminations faites jusqu’à il y a une quinzaine d’années, on avait la [ on de mettre d’avance dans le ballon un assez grand excès de matière pour que l’air fût complètement chassé pendant qu’on élevait progressivement la température. S’il restait des traces d’air, elles ne pouvaient pas altérer d’une manière notable l’exactitude du résultat. Cela revenait à diminuer d’une petite quantité la capacité occupée par la vapeur. On évitait ainsi d’avoir à se préoccuper de la loi de Dalton qui, d’après les expériences de M. V. Régnault, n’est pas applicable à des mélanges en proportion quelconque d’air et de vapeurs.
Par cette méthode on ne met dans le ballon qu’une très-petite quantité de la substance à vaporiser' : on est ainsi parfaitement sûr que sa vapeur n’acquerra qu’une très-faible tension. Cette vapeur se trouve mêlée avec un très-grand excès d’air (ou de tout autre gaz inerte, tel que l’azote ou l’hydrogène introduit d’avance); on déduit sa force élastique de la loi du mélange des gaz. C’est par ce procédé que MM. L. Playfair et Wanklyn ont obtenu à 24°,5, pour la densité de l’acide hypoazotique dilué dans l’azote, le nombre 2 , 52 , au lieu du nombre i ,69 que l’on obtient à la température de iSo".
C’est également par ce procédé qu’ils ont obtenu, pour la densité de l’a-
eide acétique dilué dans i6fois son poids d’hydrogène, le nombre 3,90, trèséloigné du nembre théorique 2,09.
Une méthode qui donnait des résultats si imprévus exigeait d’être contrôlée par des expériences nouvelles. Dans cette méthode on admet que la loi de Dalton sur la force élastique des gaz est rigoureusement exacte pour le mélange en proportion quelconque de l’air et de la vapeur en question, bien qu’aucune expérience ne l’ait établi. On n’est d’ailleurs nullement assuré que la pression de la vapeur a été assez abaissée pour que cette vapeur suive exactement la loi de Manette a la température où l’on opère. Il y a donc là deux causes d’erreur possible, l’une due à ce que la vapeur ne suit pas la loi de Mariette, l’autre à ce que le mélange n’obéit pas à la loi de Dalton.
Aux causes d’erreur que je viens de signaler, on en a bientôt ajeuté une autre plus importante : on a remplacé l’air, l’azote ou l’hydrogène, dans lesquels se faisait d’abord la diffusion, par une vapeur plus dense, mais dont ni le coefficient de dilatation, ni la loi de compressibilité ne sont rigoureusement connus. C’est ainsi qu’on a déterminé la densité du perchlorure de phosphore en mettant dans un ballon une très-petite quantité de ce corps avec un excès de protochlorure de phosphore; la force élastique de la vapeur de perchlorure de phosphore a été regardée comme égale à la différence entre la pression totale (mesurée par la pression atmosphérique) et la force élastique calculée de la vapeur de protoehlorure de phosphore. Or l’application de la loi de Dalton est ici d’autant plus difficile à justifier que la force élastique de la vapeur du protochlorure n’a pu être calculée qu’avec une approximation très-contestable. Il a fallu, en effet, dans le calcul, admettre que cette vapeur avait, à la température où l’on opérait, nonseulement un coefficient de dilatation constant et égal à celui de l’air, mais aussi une loi de compressibilité identique à celle de l’air.
L’influence de ces diverses causes d’erreur sur le résultat final est d’autant plus à redouter qu’elles agissent toutes dans le même sens pour élever la valeur du nombre que l’expérience donne pour la densité de vapeur cherchée.
Il était indispensable de soumettre au contrôle de déterminations directes l’influence de chacune des lois sur lesquelles on s’appuie; car d’autres chimistes s’engageaient dans la voie nouvelle que semblaient euvrir les expériences de MM. Playfair et Wanklyn. C’est ainsi que M. Melikoff annonçait qu’il allait prendre la densité de vapeur du trichlorure d’iode en le diffusant dans un grand excès de protochlorure.
Les expériences que j’ai entreprises avec M. Hautefeuille ont porté sur des vapeurs susceptibles d’être mélangées les unes avec les autres sans entrer en combinaison. Nous avons opéré sur les vapeurs du chlorure de silicium qui bout à Sq”, du perchlorure de carbone qui bout à 78°,! et du protochlorure de phosphore bouillant à 78».
Nous avons ainsi établi : 1“ que, même à rao” au-dessus de leur point d’ébullition, ces vapeurs ont une compressibilité plus grande que celle qui e It t de la loi de Mariette; 2° que, dans les mêmes conditions de température, leur coefficient de dilatation est notablement plus élevé que celui de l’air. On admet donc pour ces vapeurs, dansla méthode par diffusion, une loi de compressibilité et un coefficient de dilatation qui ne leur sont pas applicables.
Pour mettre en évidence l’inexactitude qui résulte de l’emploi de la loi deDalton, nous avons opéré sur des mélanges en proportion connue de chlorure de silicium et de chlorure de carbone. En augmentant successivement la proportion de chlorure de carbone employé, nous avons eu des mélanges de vapeurs dans lesquels la force élastique du chlorure de silicium était de plus en plus faible, la force élastique totale ne dépassant pas elle-même 56 o“".
En calculant dans chaque cas la densité du chlorure de silicium avec la densité théorique du chlorure de carbone, nous avons obtenu des nombres qui se sont élevés successivement de 6,27 à 6,88, à 7,40 et à 8,20. La méthode directe nous avait donné, àla même température et sous les mêmes pressions, en l’absence de toute vapeur étrangère, des nombres variant de 6,0 à 5,94 ; donc, quand la proportion de l’une des vapeurs diminue dans le mélange, sa densité, calculée avec les formules usitées, augmente considérablement et d’une manière continue avee la diminution de sa quantité relative; elle s’éloigne de plus en plus de sa vraie valeur donnée par la méthode directe.
Cette augmentation de la densité, dans ces conditions, se constate d’une manière très-nette dans les expériences sur la densité de vapeur du perchlorure de phosphore prise par diffusion dans la vapeur du protochlorure. En effet, lorsque la vapeur de perchlorure de phosphore possédait dans le mélange avec celle du protochlorure une pression de o“,423, la densité obtenue par M. Wurtz aux environs de lyS" a été de 6,68. Cette densité s’est élevée, sans que la température aitsensiblement varié, à 7,74, et même h 8 , 3 o quand la pression est descendue aux environs de o",i7o. La méthode directe nous a donné à la même température et à la pression de o “,253 le
nombre 5 , 235 . Ainsi, pour le perchlorure de phosphore comme pour le chlorure de silicium, la méthode de diffusion fournit, quand on diminue la tension de la vapeur étudiée, des nombres qui s’éloignent de plus en plus de la vraie valeur de la densité donnée par la méthode directe. Cette différence entre les résultats fournis par les deux méthodes peut donc, dans le cas du perchlorure de phosphore, être attribuée, comme dans celui du chlorure de silicium, à l’inexactitude des hypothèses sur lesquelles repose forcément le calcul des densités dans la méthode de diffusion, et qui doivent faire rejeter cette méthode.
iTDDE SES SESSITÊS DITES AIIOHALES.
Depuis deux ans, j’ai repris l’étude de l’équivalent en volume des substances vfporisables auxquelles on attribue des densités dites anomales.
D’après la théorie atomique, tous tes composés amenés à l’état gazeux et pris sous leur poids moléculaire devraient occuper le même volume. Cependant l’expérience a fait connaître des exceptions assez nombreuses à une relation aussi absolue.
Dans le cas où la densité expérimentale surpasse la densité théorique et où, par suite, le gaz occupe un volume moins grand que le volume prévu, les partisans de la théorie atomique admettent que la vapeur est formée de molécules complexes résultant de la condensation de molécules simples. Telle serait la constitution de l’acide hypoazotique à 26° et celle de Tacide acé-
Dans le cas où le gaz occupe, au contraire, un volume plus considérable que celui qui lui serait assigné par la théorie, ils supposent que le corps soumis à l’expérience est décomposé en des substances plus simples, susceptibles de se recombiner pendant le refroidissement. Telle est la conclusion à laquelle ils sont arrivés pour l’hydrate de chloral, dont le poids équivalent correspond à 8 volumes, c’est-à-dire à un volume double de celui qui est occupé par un très-grand nombre de composés organiques.
J’ai étudié successivement les vapeurs dites polfmérisées et les vapeurs que Ton suppose décomposées.
1° DENSITéS ANOHAIES DES TATEDES DITES DÉCOUPOSÉES. — NODTEUE HÉTBODE FOÜE ÉTABLIE L’ÉBÏÏITALEIT EE VOLÏÏBIE DES SDBSTAEGES TAFOEISABLES.
Équivalent en volume de l’hydrate de chloral.
M. Dumas, après avoir, il y a plus de quarante ans, par la détermination
de la densité de vapeur du chloral anhydre, montré le premier comment on doit fixer la formule des composés neutres volatils, a pris la densité de vapeur de l’hydrate de choral et obtenu le nombre 2,76; il en a eonclu que ce composéest formé de 4volumes de vapeur de chloral etde 4 volumes de vapeur d’eau sans condensation. L’équivalent de l’hydrate de chloral C*HC 1 ’ 0 '“h-H“ 0 ’ correspondrait donc à 8 volumes de vapeur (densité théorique, 2,86).
Dans ces derniers temps, M. Naumann ayant repris la détermination de cette densité de vapeur à 78 et à 100° et ayant obtenu à ces températures les nombres 2,81 et 2 , 83 , très-voisins de celui deM. Dumas, n’a pas hésité à en conclure que l’hydrate de chloral ne peut, it ces températures et même aux températures ordinaires, passer de l’état liquide à l’état gazeux sans se décomposer complètement en 4 volumes de vapeur de chloral et 4 volumes de vapeur d’eau. En d’autres termes, la vapeur d’hydrate de chloral n’existerait pas : ce qui se dégage, à toute température, de l’hydrate de chloral liquide serait un mélange de vapeur de chloral anhydre et de vapeur d’eau.
Nous nous trouvons ainsi en présence d’un fait incontestable et d’une interprétation arbitraire. Pour résoudre la question, il faut une méthode qui permette d’établir rigoureusement, par des expériences directes, si la vapeur fournie par l’hydrate de chloral est réellement un mélange de 4 volumes de vapeur de chloral anhydre avec 4 volumes de vapeur d’eau, ou si, au contraire, cette vapeur existe à l’état de composé défini représentant 8 volumes.
Le problème revient donc à déterminer l’état hygrométrique d’un gaz, question qui peut se résoudre par l’observation d’un simple phénomène physique.
Les phénomènes de dissociation m’ont paru pouvoir fournir la solution de ce problème d’hygrométrie et des problèmes analogues. En effet, la dissociation de composés convenablement choisis et introduits dans les vapeurs soumises à l’expérience conduit è une méthode générale pour reconnaître si ces vapeurs sont des composés définis ou des mélanges de composés plus simples. L’étude de la vapeur donnée par l’hydrate de chloral fournit un premier exemple de l’application de cette méthode, que j’applique en ce moment aux alcoolates de chloral, et aux sels ammoniacaux susceptibles de se vaporiser à une température peu élevée.
Le corps employé doit dégager moins de chaleur que le chloral en se combinant avec l’eau. S’il remplit cette condition, il est nécessairement peu stable, et il jouit par cela même de la propriété de se dissocier à la température de l’expérience.
Le sel qui, dans le cas de l’hydrale de chloral, satisfait le mieux jusqu’ici, est l’oxalate neutre de potasse aKOC'O'+aHO.
Les expériences ne peuvent donner des résultats que sous des pressions dépassant à peine la moitié de la tension maximum de la vapeur.
Pour remplir cette condition et opérer néanmoins sur des poids notables de matière, afin d’obtenir des résuitats suffisamment précis, j’ai été conduit à modifier le tube de M. Hofmann de manière à disposer d’une capacité de 3 oo“à 4 oo“au lieu d’une chambre barométrique de 4 o à 5 o“ seulement.
L’appareil ainsi modifié sert : i“ pour déterminer la tension de dissociation du sel à employer; 2” pour prendre la densité de vapeur de l’hydrate de chloral, et 3 " pour faire agir sur cette vapeur le sel hydraté.
La méthode que j’ai employée pour faire réagir le sel sur la vapeur comporte, dans son application au problème proposé, trois modes opératoires différents qui se contrôlent mutuellement.
Premier 'procédé. — Dans le premier procédé, qui se présente le plus naturellement à l’esprit, on commence par faire vaporiser dans l’espace vide un poids connu et convenable d’hydrate de chloral ; puis, après avoir noté la température et la pression, on introduit l’oxalate neutre de potasse cristallisé, et, suivant que la tension augmentera pu non dans l’appareil après un séjour prolongé du sel, on en pourra conclure que l’hydrate de chloral existe ou est complètement décomposé. Pour cela, introduisons l’oxalate hydraté, dont la tension de dissociation est /, dans la vapeur fournie par l’hydrate de chloral, et ayant une force élastique F plus grande que le double de/.
Si l’hydrate de chloral est complètement décomposé, le sel se trouvera en présence d’une proportion de vapeur d’eau plus grande que celle qu’il peut émettre à la même température; il ne se dissociera donc pas, de sorte qu’après l’introduction du sel hydraté la tension totale de la vapeur contenue dans l’appareil ne devra pas changer, quelque prolongé que soit son contact avec le sel hydraté : la tension restera égale à F.
Si l’hydrate de chloral existe tout entier h l’état de vapeur non décomposée, le sel devra se dissocier comme dans un gaz sec; la tension totale devra, par suite, augmenter et tendre vers la somme de la force élastique de l’hydrate de chloral et de la tension de dissociation du sel, c’est-à-dire vers F +f. Eile l’atteindrait meme si la loi des mélanges des gaz et des vapeurs était rigoureusement applicable, et si l’hydrate de chloral n’avait pas de tension sensible de dissociation à la température à laquelle on
Si, à la température de l’expérience, la vapeur d’hydrate de chloral a une certaine tension de dissociation, la tension finale devra,dépasser F, tout en restant inférieure à F +/.
Ce premier mode opératoire est celui qui paraît le plus simple : c’est celui que j’ai employé d’abord, mais je n’ai pas tardé à constater dans son application des difficultés spéciales qui tiennent à la lenteur nyec laquelle se fait l’efflorescence de l’oxalate neutre de potasse cristallisé. Ce sel se dissocie cependant, bien que très-lentement, dans l’hydrate de chloral, ayant une tension très-supérieure au double de la tension de dissociation du sel à la même température. M. Wurtz, en employant ce procédé, est arrivé à des résultats semhlahles à ceux que j’avais obtenus après le même nombre d’heures de chauffe; et la conclusion forcée de ses expériences, comme des miennes, est que, dans l’appareil, il existe de l’hydrate de chloral à l’état de gaz composé, distinct d’un mélange de chloral anhydre et de vapeur d’eau.
Ce premier procédé indique nettement le sens du phénomène à observer; par un second procédé, on arrive facilement è obtenir la tension limite du mélange et, par suite, à résoudre plus complètement le problème.
Second procédé. — Le second procédé, inverse du premier, consiste à faire vaporiser l’hydrate de chloral dans un espace renfermant déjà une certaine dose de vapeur d’eau émise par le sel hydraté : suivant que la tension de cette vapeur d’eau s’ajoute ou non à celle de l’hydrate de chloral, on en conclut que celui-ci existe ou est décomposé. A cet effet, on n’introduit l’hydrate de chloral dans la chambre barométrique qu’après que l’oxalate neutre de potasse hydraté y a été maintenu assez longtemps pour acquérir sa tension de dissociation.
Les expériences ont été faites à 78° et à 100°. La pression qui s’établit d’abord est égale à la somme des pressions calculées pour l’hydrate de chloral et la vapeur précédemment émise par l’oxalate de potasse; cette pression diminue ensuite, mais d’une très-petite fraction de sa valeur. La vapeur d’hydrate de chloral se comporte donc, en présence du sel effleuri, comme un composé défini, gazeux, ayant à peine une tension sensible de dissociation.,
Dans le troisième procédé, on détermine d’abord la vaporisation d’un poids connu d’hydrate de chloral ; on note le volume et la pression, puis on introduit dans cette vapeur un corps qui soit capable d’absorber une partie de la vapeur d’eau libre que l’hydrate de chloral pourrait contenir. Le corps employé doit dégager, ainsi que je l’ai déjà indiqué, moins de chaleur que
le cillerai en se combinant avec l’eau; ce n’est que s’il remplit cette condition qu’il ne décomposera pas l’hydrate de chloral. Ce corps est encore l’oxalate neutre de potasse pur; mais, pour cette expérience, il doit avoir été complètement déshydraté par son séjour à l’étuve h 100°. La vapeur d’hydrate de chloral doit d’ailleurs, dans ce procédé, comme dans les précédents, avoir une tension dépassant k peine la moitié de la tension maximum relative à la température k laquelle on opère.
Cette condition est indispensable; si elle est remplie, on constate que l’introduction de l’oxalate neutre de potasse pur, complètement déshydraté, dans l’hydrate de chloral ayant une tension supérieure au double de la tension de dissociation du sel, ne fait pas varier la pression de la vapeur d’hydrate de chloral. Or, si cet hydrate était un simple mélange de chloral anhydre et d’eau, la force élastique de cette vapeur d’eau étant supérieure k la tension de dissociation du sel, pour la température correspondante, le sel se serait emparé de la quantité de celte vapeur qui correspond k l’excès de sa force élastique primitive sur la tension de dissoeiation du sel, et, par suite, la pression du mélange aurait notablement diminué.
On est donc amené par ce dernier procédé k la même conclusion que par les deux précédents, k savoir que l’hydrate de chloral existe k l’état gazeux.
En résumé, la méthode nouvelle que j’ai appliquée dans ces recherches prouve ;
1° Que la vapeur d’hydrate de chloral n’a, k 78“, qu’une tension de dissociation k peine sensible ;
2“ Que, si k 100“ la tension de dissociation est sensible, la plus grande partie de la vapeur d’hydrate de chloral n’en existe pas moins, k cette température, comme k 78°, à l'état de composé défini gazeux, distinct d’un mélange de deux vapeurs.
Que la vapeur d’hydrate de chloral, contenant 4 volumes de chloral anhydre et 4 volumes de vapeur d’eau, combinés sans condensation, a un équivalent en volume qui correspond k 8 volumes, comme M. Dumas l’a annoncé le premier.
Cette conclusion est celle k laquelle M. Berthelet a été conduit également, par l’étude calorimétrique de l’hydrate de chloral, sous ses trois états, solide, liquide et gazeux.
2“ BEKSITÉS DES ÏAPEIIBS DITES POITÏEÊEISÉES.
Jusqu’ici on ne connaît d’une façon certaine qu’un seul corps simple présentant k l’état gazeux deux états isomériques différents, correspondant
à des densités multiples l’une de l’autre : c’est l’oxygène qui, sous diverses influences, et en particulier sous celle de l’effluve électrique, se transforme en un gaz ayant une densité i ,5 fois plus grande que celle de l’oxygène, et auquel on a donné le nom d’osone. Les carbures d’hydrogène et d’autres combinaisons organiques présentent de nombreux exemples de polymérisation analogue : telle est la transformation directe de l’acétylène en benzine gazeuse trois fois aussi condensée, précisément comme les vapeurs de soufre étudiées à diverses températures.
L’acide hypoazotique, l’acide acétique et le soufre peuvent-ils à l’état gazeux présenter, comme l’oxygène et comme l’acétylène, des modifications polymériques? C’est ce qu’affirment plusieurs chimistes éminents.
Les expériences nouvelles que j’ai faites dans des conditions différentes de celles où l’on s’était placé jusqu’alors pour ces vapeurs me paraissent mieux s’expliquer par la variation, d’ailleurs générale, des coefficients de dilatation et de compressibilité.
Densité de vapeur de l’acide hypoazotique.
R. Muller, en prenant la densité de l’acide hypoazotique à une température suffisamment basse, avait obtenu des nombres se rapprochant du double de la densité théorique, que l’on obtient au-dessus de roo”. Nous avons vu (p. 9) que MM. Playfair et Wanklyn ont obtenu des résultats analogues. Us en ont conclu que, < près du point d’ébullition, cette vapeur présente une condensation qui correspond à la formule Az’ O’ ■.
A cette interprétation hypothétique des faits nous avions d’abord, M. H. Sainte-Claire Deville et moi, oppose une interprétation fondée sur la diminution progressive que nous avions constatée du coefficient de dilatation de la vapeur d’acide hypoazotique, qui ne devient constant et égal à celui de l’air qu’à des températures supérieures à 100°. Notre explication, donnée il y a une dizaine d’années, n’a pas paru convaincante. On a expliqué la variation de la densité de la vapeur d’acide hypoazotique avec la température, en admettant que « cette vapeur se dissocie, c’est-à-dire qu’elle se décompose de manière à occuper graduellement un volume double de celui qu’elle occupait d’abord >.
J’ai repris, il y a quelques mois, la détermination de la densité de cette vapeur aux températures mêmes où on lui attribue un état isomérique particulier et j’ai démontré que, à ces températures, aussi bien qu’aux températures plus élevées, toute anomalie cesse si l’on se place dans des conditions où les vapeurs obéissent à la loi de Mariette. C’est là le point capital
qui domine toute la question. En effet, c’est seulement quand la vapeur a le même eoefficient de dilatation et de compressibilité que l’hydrogène, que sa densité peut être comparée à celle de ce gaz et utilisée dans les discussions théoriques sur la proportionnalité entre les densités et les équivalents chimiques des corps.
]’ai constaté ainsi que, tandis que la densité de l’acide hypoazotique déterminée sous la pression atmosphérique est de 2 , 65 , à la température de 26°, 7, j’obtenais, en diminuant progressivement la pression, des nombres qui décroissaient jusqu’à la valeur normale et constante 1,6. A partir de ce moment, quand j’ai abaissé de nouveau la pression, j’ai trouvé qu’à la même température, sous deux pressions doubles l’une de l’autre, j’obtenais la même densité normale.
Ainsi la vapeur d’acide hypoazotique à 27“ suit la loi de Mariette sous une pression suffisamment basse; elle obéit de même alors à la loi de Gay- Lussac, relative aux densités gazeuses. La vapeur d’acide hypoazotique, prise sous faible pression, se trouve donc à 27“ dans le même état de condensation qu’au-dessus de 100" et, par suite, il n’est pas nécessaire d’admettre l’existence d’un état de condensation correspondant à Az* 0 ‘.
Densité de vapeur de l'acide acétique.
M. Bineau, en déterminant la densité de vapeur de cet acide à basse température et sous des pressions très-faibles, mais toujours voisines du point de saturation, a obtenu des nombres compris entre 3 ,60 et 3,90. On en a conclu qu’aux températures voisines du point d’ébullition et aux températures inférieures à 120" i les molécules d’acide acétique peuvent s’unir par une sorte de polymérisation pour donner de l’acide diacétique > correspondant àla formule C* H* O*, double de la formule C* H* O' ordinairement admise.
Les expériences de M. Cahours avaient montré que la densité de vapeur de l’acide acétique décroît progressivement quand on élève de plus en plus la température au-dessus de 120° et qu’elle devient constante et égale à 2,09 à partir de 23 o”. Les partisans de l’acide diacétique expliquent cette variation en admettant qu’aux températures élevées cet acide t se dissocie et se dédouble peu à peu en 2 molécules présentant à 230 ° la densité normale de l’acide acétique >.
Ici, comme pour l’acide hypoazotique, j’ai opéré aux températures mêmes où l’on attribue à l’acide acétique un état isomérique particulier. J’ai fait un grand nombre de déterminations entre 127° et i 3 i°,eii abaissant progressivement la pression, de manière à reconnaître quand la vapeur suivrait la loi
de Mariette. J’ai obtenu ainsi des nombres qui ont diminué de 3,io b 2,12 quand la pression s’est abaissée de o^,j6o à o'",o6o. Quand je diminuais encore la pression, la densité ne variait plus sensiblement.
La vapeur d’acide acétique à la température de iSo" obéit donc à la loi de Mariette, dès que la pression est abaissée au-dessous de o",o6o. Mais elle obéit alors également b la loi do Gay-Lussac relative aux densités des gaz, attendu que les chiffres 2,12 et 2,10 s’accordent avec la valeur 2,09 calculée d’après la proportionnalité des densités gazeuses aux équivalents. La vapeur d’acide acétique présente donc b i3o° aussi bien qu’b 23 o° sa densité normale, quand on la détermine dans les conditions où elle suit la loi deMariotte; elle se trouve b ido», sous faible pression, dans le même état de condensation qu’b 23o, sous la pression atmosphérique; elle répond b la formule C‘H*0‘ et non pas b la formule C*H*0*.
Densité de vapeur du soufre.
Mes expériences me conduisent b une conclusion toute différente pour la vapeur du soufre. Cette vapeur, b la température de 44o°, me paraît être, par rapport b la vapeur du soufre vers 8fio“, dans le même état que l’ozone par rapport b l’oxygène.