AVANT-PROPOS
L’élude des sciences naturelles a toujours été le but vers lequel ont tendu tous mes efforts. Ce fut d’abord la géologie qui m’attira; étant encore élève du Lycée de Lille, j’avais déjà parcouru le Nord, les Ardennes et une partie de la Belgique sous la direction de mon premier Maître, le professeur Gosselet. Venu ensuite à Paris, tout en poursuivant mes études médicales, je me laissai entraîner vers la zoologie par M. de Lacaze- Dulhiers, qui eut vite fait de me communiquer l’ardeur qui l’animait pour les recherches biologiques. 11 me confia bientôt les fonctions de préparateur — et ce n’était certes pas une sinécure — attaché à ses deux laboratoires de Banyuls, puis de Roscoff. C’est laque, pendant six années, j’eus le loisir d’observer en toutes saisons les animaux innombrables que me fournissaient les engins perfectionnés de ces stations ou mes explorations personnelles. C’est là que j’ai fait ma première éducation de naturaliste et de biologiste, que j’ai complétée plus tard sur d’autres points de nos côtes. Celte longue période m’a permis de recueillir les éléments de diverses parties d’une Faune de France.
Appelé en Î888 à la Faculté des Sciences de Rennes, j’y ai successivement rempli les fonctions de maître de conférences, de professeur adjoint et enfin, en 1896, de professeur titulaire. J’y enseigne depuis treize ans la
Zoologie et l’Anatomie comparée, qui sont le titre même de ma chaire. J’y ai ajouté un cours d’Embryologie. En 1901 j’ai organisé en outre un enseignement complet de Zoologie appliquée à l’Agriculture et à l’Industrie.
Ces fonctions universitaires, jointes à la direction d’un laboratoire, m’ont empêché de fréquenter comme je l’aurais désiré les stations maritimes. Il me fallut dès lors orienter mes recherches dans une voie un peu différente. Je fus ainsi conduit à étudier divers groupes d’animaux recueillis dans plusieurs expéditions scientifiques dont les collections, souvent fort considérables, me furent confiées pour être cataloguées et décrites. Je citerai notamment celles du Prince de Monaco, celles de la croisière du steamer hollandais Siboga, de la Belgica dans l’Antarctique, du Travailleur et du Talisman. A ces matériaux variés, riches en formes rares ou complètement inconnues, sont venues s’ajouter les collections de divers Musées étrangers dont j’ai été chargé de faire l’étude. Tous ces éléments de travaux, des provenances les plus diverses, joints à ce que'j’ai pu recueillir moi-même, m’ont permis d’acquérir des connaissances particulières et générales sur certains ordres d’invertébrés.
Plusieurs voyages à l’étranger ont contribué à les compléter, et m’ont mis à même de me rendre compte de l’organisation de quelques grands Musées d’histoire naturelle, notamment à Berlin, Hambourg, Leyde, Amsterdam, Bruxelles, Cambridge, Londres (British Muséum). L’expérience ainsi acquise m’a été fort utile lorsqu’il s’est agi de transférer et d’organiser dans un nouveau bâtiment l’important Musée de la Faculté des Sciences de Rennes.
Les mémoires dont cette notice contient l’énumération se rapportent principalement à trois ordres d’animaux : les Mollusques, les Vers et les Brachiopodes. Dans chacun d’eux j’ai fait deux sections : travaux d’anatomie et d’embryologie, travaux de faunistique et de spécification.
La première partie de cette notice contient une énumération chronologique de ces mémoires et quelques lignes indiquent rapidement le contenu de chacun d’eux. La seconde partie constitue un exposé des résultats acquis dans chaque matière, présenté suivant la nature des recherches effectuées dans les divers groupes étudiés. J’ai ensuite résumé, dans un chapitre de faunistique et de systématique, les acquisitions faites en espèces ou genres nouveaux et la distribution de ces êtres dans quelques provinces zoologiques.
On trouvera enfin la mention de deux ouvrages qui se rattachent à l’Histoire des Sciences. L'un est une Histoire de la Faculté des Sciences de Rennes, montrant comment dans -âne modeste Faculté de province, grâce à l’effort persistant de chacun pour le mieux commun, s’effectue l’évolution vers le progrès. L’autre est une oeuvre de justice et de réparation en même temps qu’une étude sur la vie et les travaux de mon illustre prédécesseur, Félix Dujardin, qui, méconnu de son vivant, n’en mérite pas moins d’être considéré comme une des gloires de la Zoologie française.
Rennes, octobre 1902.