TÉRATOLOGIE
Mémoire sur certaines monstruosités de Æ’Astéracanthion rubens.
Sur la plage de Wimereux, où l’Étoile de mer commune (Asteracanthion rubens) est excessivement abondante, surtout pendant les mois d’hiver et de printemps, on trouve assez fréquemment, parmi ces animaux, diverses monstruosités intéressantes. C’est ainsi que l’on peut recueillir tous les ans plusieurs individus présentant six rayons au lieu de cinq, qui est le, nombre typique de l’espèce.
Comme le nombre des rayons varie, dans le groupe des Asteriadœ , chez des espèces voisines et parfois même chez une espèce déterminée, il était assez naturel de voir dans ces aberrations soit un simple cas de polymélie , soit une variation numérique dans la constitution du cœnobium, suivant que l’on voulait donner à chacun des rayons d’une Étoile de mer la valeur d’un membre ou celle d’un individu.
Il n’est pas douteux qu’un bon nombre des Asteraccmthion à six rayons sont réellement des monstruosités de cet ordre, dûes simplement au bourgeonnement de six bras au lieu de cinq sur l’embryon.
D’autre part on trouve de temps en temps des spécimens dont un des rayons est bifurqué vers la moitié ou vers le quart extérieur, et l’on doit expliquer par une semblable division se faisant au niveau du disque, les cas d’hexamélie, où le pourtour buccal reste pentagonal.
Mais la monstruosité peut-être plus complexe encore. J’ai émis depuis longtemps l’opinion que la symétrie radiaire des Échinodermes n’est qu’apparente , et que les antimires de ces animaux sont disposés suivant une spire' quinconciale, de telle façon qu’un Oursin ou une Étoile de mer doit être comparé, au point de vue de la morphologie générale, non pas à une corolle régulière, mais aux fleurs symétriques par rapport à un plan, telles que celles des Papilionacées ou des Labiées. Chez ces dernières, en effet, il existe une combinaison de la symétrie bilatérale et de la disposition en spire qu’on retrouve également chez les Échinodermes. Partant de cette idée, je voulus chercher si les glandes anales de VAsteracanthion rubens n’auraient pas la
même valeur morphologique que l’une des paires de cæcum hépatiques. J’ouvris dans ce but un certain nombre d’exemplaires à six bras et je vis avec surprise que plusieurs d’entre eux présentaient deux canaux du sable aboutissant à une plaque madréporique unique, mais formée par la soudure de deux plaques. J’avais donc sous les yeux de véritables monstres doubles. Coucb, l’excellent auteur de la faune de Cornouailles, a décrit un exemplaire d’A. rubens (qu'il appelle, d’après Fleming, A. glacialis), possédant huit rayons. Cet individu présentait trois plaques madréporiques, formant les trois angles d’un triangle inscrit entre les bases de quatre rayons ; les quatre autres rayons étaient en dehors de ce triangle. Ce spécimen était donc un monstre triple, plus rare évidemment que les monstres doubles dont nous venons de parler, mais tout à fait analogue à ces derniers.
De ce qui précède, il résulte que les Asteracanthion rubens possédant plus de cinq bras peuvent être comparés, tantôt aux cœnobium des Botryllus, où le nombre des unités constitutives du cœnobium varie d’un connus à l’autre et parfois sur un même connus, tantôt aux cœnobium composés des genres Amarœcium ou Polyclinum. En d’autres termes, ce sont tantôt des monstres doubles, tantôt de simples polyméliens. Il est remarquable que ces deux cas distincts, qui se présentent à l’état tératologique chez 1 ’Asteracanthion rubens, existent aussi à l’état normal dans le groupe des Êcbinodermes. Les Solaster, par exemple, ont un nombre variable de bras, mais un seul canal du sable, tandis que certains Ophiactis ont plusieurs canaux du sable et sont même susceptibles de se multiplier par une scission spontanée de leurs cœnobiums composés en plusieurs colonies indépendantes.