Monstruosité de la Limande commune
Ce Pleuronecte était à la fois double , c’est-à-dire également coloré sur ses deux faces, et pourvu d’un prolongement libre suroculaire, formé par l’extrémité antérieure de la nageoire dorsale, dont la soudure n’a pas eu lieu par suite de l’évolution imparfaite de l’œil gauche, qui n’est pas complètement passé à droite. Cette anomalie a été signalée déjà sur le Turbot (Bhombus vulgaris ), Pleuronecte sénestre, par Yarrell, plus récemment par M. Filhol, l’observation actuelle étend simplement le fait à une espèce d'un autre genre et
§ II. — RECHERCHES BATHYMÉTRIQUES
90. — Considérations sur les Poissons des grandes profondeurs, en particulier sur ceux gui appartiennent au sous-ordre des Abdominales.
(C. R. Acad. Sc., t. CUI, p. 1237; 20 décembre 1886.)
91. — Considérations sur les Poissons des grandes profondeurs. (Deuxième note.)
92. — Expéditions scientifiques du Travailleur et du Talisman pendant les années 1880, 1881, 1882, 1883. — Poissons.
Ce volume, le premier publié des recherches faites par la Commission des dragages sous-marins, figurait à l’Exposition universelle de 1889. 11 comprend 406 pages de texte et un atlas de 28 planches, exécutées, sous ma direction, par M. Bideault; un grand nombre d’espèces sont figurées, d’après des maquettes prises à bord, sur lés animaux frais.
Le travail se divise en deux parties.
Dans la première se trouvent des considérations générales sur la faune ichtyologiqüe des grandes profondeurs. Après avoir fait remarquer l’imperfection de nos connaissances, en ce qui concerne celle-ci, imperfection qui dépend surtout des engins habituellement employés dans ces recherches, lesquels n’assurent pas encore absolument du niveau précis auquel ont été capturés les Poissons et, chose plus fâcheuse, doiventlaisser très souvent échapper les animaux doués d’une certaine agilité, un tableau donne l’énumération des espèces connues comme ayant été trouvées à une profondeur de plus de 300 mètres, profondeur à laquelle les végétaux disparaissent et que j’ai adoptée, provisoirement, comme limite supérieure de la Région abyssale. Cette liste comprend trois cent seize espèces, elles sont disposées par Familles suivant l’ordre zoologique naturel. En regard de chaque nom, se trouvent, données en mètres, les profondeurs minimum et maximum auxquelles chaque espece a été prise, soit d’après les renseignements fournis par les auteurs, soit d’après nos recherches personnelles. Le point le plus bas auquel un Poisson ait été trouvé est 5394 mètres, Plectromus crassiceps, Bean ; à bord du Talisman , l 'Alexeterion Parfaiti, n. g. et sp., a été dragué par 5005 mètres.
Celte énumération systématique fait ressortir que sur les Soüs- Classes en lesquelles on divise le groupe, deux seulement se
trouvent largement représentées : les Élasmodhaxciies et les Téléostéens, deux autres n’offrent qu’un petit nombre d’espèces, les Ganoïdes et les Cyclostomiens, ces Sous-Classes, d’ailleurs, sont peu nombreuses en types spécifiques dans la nature actuelle, enfin les Dipnéens et les Leptocardiens font absolument défaut.
Parmi les Élasmobranches, les Pleurotrèmes (Squales) et les Holocéphales (Chimères) descendent à des profondeurs de plus de 1800 ou 2000 mètres. Les Hypotrèmes (Raies), au contraire, ne dépassent guère 800 mètres : cependant, leur habitude de reposer sur le sol et leur natation lourde permettent de présumer qu’ils n’éviteraient pas aussi aisément la drague que les premiers.
Pour les Téléostéens, en laissant de côté les Lophobranches (Syngnathes, Hippocampes, etc.) et les Plectognalhes (Coffres, Balistes, etc.), poissons essentiellement côtiers ou de surface, l’Ordre des Chorignathes, dans les quatre Sous-Ordres qui le compose, est représenté d’une manière inégale et qui n’est pas en rapport avec l’importance numérique de chacun d’eux. Ces Poissons, dans l’état actuel de nos connaissances, donnent à la faune son
Les Apodes (Anguilles, etc.), groupe peu nombreux, entrent à peu près pour 6 p. 100 dans le nombre total des espèces bathÿoikésites. Quelques types sont particulièrement abondants, ainsi le Synaphobranchus pinnatus , Gray; cinquante-six individus ont été capturés lors de notre dernière campagne dans vingt-six dragages.
Les Abdominales sont mieux représentés, environ 24 p. 100, chiffre assez élevé, si on réfléchit que la très grande majorité des Poissons de ce groupe habitent les eaux douces (n" 103). Un petit nombre des espèces appartiennent aux Familles des Salmonidées, Bathytrissidées, Halosauridées ; les Alépocéphalidéesj les Sternoptychidées, les Scopelidées fournissent la plus grande part des types. Plusieurs de ces groupes sont tout à fait caractéristiques de la faune abyssale, les Halosauridées et les Alepocephalidées entre autres ; l 'Halosaurus Owenii, Johnson, a été trouvé dans quinze dragages, on en a pris quarante-neuf exemplaires. La seconde Famille, qui, il y a peu de temps encore, ne renfermait qu'un genre réduit à une seule espèce, comprend aujourd'hui six genres, dont deux, nouveaux pour la science, ont été
trouvés dans la campagne du Talisman : l 'Anomalopterus pinguis, Leptoderma macrops.
Toutefois le Sous-Ordre, de beaucoup le plus important, est celui des Anacanthiniens, puisqu’il constituerait près de moitié 43 p. 100 de la faune. Les Pleuronectes (Soles, Turbots, etc.) n’y entrent que pour une faible part ; comme les Raies, dont ils ont les mœurs en tant que reposant d’habitude sur le sol, ces Poissons ne paraissent pas descendre à de grandes profondeurs, la plupart ne dépassent guère 500 mètres. Les Gadoïdes seraient, donc, à l’heure actuelle, les Poissons les plus répandus dans la faune abyssale, les Familles suivantes y sont largement représentées : Macruridées, 46 espèces ; Ophidiidées, 30 espèces ; Gadidées, 28 espèces ; Lycodidées, 28 espèces. L’abondance de certaines d’entre elles est énorme, ainsi le Macrurus sclerorhynehus, Valenciennes. C’est à la section des Gadoïdes que doit être rapporté le singulier Eurypharynx pelecanoides, n. g. et sp., trouvé troisfois dans nos différentes campagnes.
A l’inverse du Sous-Ordre précédent, les Acanthoptérygiens, très répandus dans la faune actuelle, car on peur estimer, en ce qui concerne l’ensemble de la Classe des Poissons, qu’ils y entrent environ pour un tiers et font bien plus de moitié de Tordre des Chorignathes, sont relativement peu nombreux, à peine 20 p. 100. La Famille si importante des Percidées n’est représentée que par le Pomatomus telescopus, Risso, la plupart des types sont des Pectoralés-pédiculées, qui fournissent les genres curieux Dibranchus , Chaunax, Melanocetus, caractéristiques de la faune abyssale, et des Rérycidées, Famille qu'on peut regarder, ainsi que la précédente, bien, qu’à un degré moindre, comme plutôt aberrante parmi les Acanthoptérygiens.
Quant aux Ganoïdes et aux Cyclostomes, ces deux Sous-Classes n’offrent, la première, qu’un représentant, encore très anormal (n° 93), la seconde, trois; ceux-ci ne descendent pas au delà de 1000 métrés.
En résumé, la faune abyssale doit être regardée comme parfaitement caractérisée et, passée une certaine profondeur, ne présente plus que des types spéciaux. La considération de l’ensemble des espèces conduit à cette autre conclusion, que les rapports de cette faune ne doivent pas être recherchés avec les faunes voisines, qui
lui sont superposées, mais avec les faunes polaires. Certaines espèces de Chimères, de Callorhynques, sont communes à toutes ces régions et les Anacanthiniens Gadoïdes, pour citer l’exemple le plus frappant, sont par l’abondance, soit des types spécifiques, soit des individus, caractéristiques dé l’une et des autres. La vie ichthyologique se suit d'un pôle à l’autre, par les abîmes océaniques intertropicaux, comme le faciès alpin se continue par les hautes cimes dans les régions aériennes.
Ajoutons que les Poissons des grandes profondeurs confirment l’opinion de l’homogénéité frappante de la faune abyssale prise dans son ensemble. Sur tous les points explorés dans nos différentes campagnes, des espèces communes ont/été draguées, et la comparaison avec les récoltes faites par les expéditions étrangères, notamment par le « Challenger », montre que la chose va plus loin, car les mêmes types spécifiques ont pu être rencontrés dans l’Atlantique et dans les mers du Japon.
Ces généralités se terminent par quelques considérations sur les limites entre lesquelles une même espèce a été prise, on y voit que cette différence ascensionnelle peut aller à plus de 3000 mètres pour des espèces recueillies dans de nombreux dragages, ainsi le Synaphobranchm pinnalus, Gray, capturé vingt-cinq fois ; pour le Bathygadus melanobranchus, n. sp. qui a été capturé également vingtcinq fois, cette différence est de 760 mètres. Ûn tableau où se trouvent réunis les documents de cet ordre pour une dizaine de poissons, expose le résultat de ces recherches, qu’il faut considérer comme une simple tentative, le peu de faits connus et l’imperfection de nos engins de capture ne permettant de présenter ces considérations qu’avec certaines réserves.
En cherchant à comparer, autant qu’il est permis de le faire dans l'état actuel de la science, la faune abyssale aux faunes perdues, on arrive à conclure que les Familles les mieux représentées dans la première n’existent pas dans celles-ci, en ce qui concerne surtout les Téléostéens ou Poissons proprement dits. Lafauneabyssale serait, d’après cela, de date récente et caractéristique, en quelque sorte, de l’époque actuelle, ce qui s’accorderait d’ailleurs avec la moindre profondeur et la température plus élevée qu’on doit supposer aux mers anciennes.
La seconde partie, partie descriptive, est précédée de l’énumération, par ordre de profondeurs, des dragages dans lesquels ont été pris des poissons. Ces renseignements s’appliquent à la dernière campagne, celle dans laquelle, grâce à un outillage plus perfectionné, les récoltes ichthvol'ogiques ont été le plus abondantes. Je m’étais appliqué, dans ce but, pendant toute la durée du voyage, à relever exactement, après chaque opération, le nombre des individus par espèce. Pour chaque dragage sont donnés : laprofondeur, la localité, la température (lorsqu’elle a été prise), la nature du fond, enfin l’engin employé. On peut constater que ces Vertébrés sont abondants, car sur 116 dragages, dont on doit tenir compte, ils ont été rencontrés 106 fois, et le nombre total des individus s’est élevé à 3949. La série de ces résultats montre également que nos moyens d’action sont assez parfaits pour que, par toutes profondeurs, on puisse faire des récoltes fructueuses.
L’énumération des Poissons récoltés dans nos expéditions comprend cent vingt et une espèces dont quarante-sept seraient nouvelles pour la science.
Ce travail et celui de M. Günther furent, à proprement parler, les premiers ouvrages généraux sur la faune des Poissons des grandes profondeurs, ils ont été imprimés simultanément et indépendamment l’un de l’autre. J’aurais désiré, pour éviter des doubles emplois, inévitables dans de telles circonstances, examiner les exemplaires des espèces dont le savant directeur du British Muséum avait, pour prendre date, donné des diagnoses sommaires et par là même incomplètes sur certains points, ma proposition n’ayant pu être accueillie, j’ai dû passer outre. Toutefois la publication du XXII" volume de /’Expédition du Challenger , où se trouvent les résultats des recherches ichthyologiques en eaux profondes, ayant précédé de quelques mois celle du volume de F Expédition du Travailleur et du Talisman, j’ai pu, dans un supplément, indiquer quelques rectifications, soit pour des assimilations fautives, soit pour des distinctions non justifiées. Les modifications ont été légères, ce qui d ailleurs pouvait, jusqu’à un certain point, être prévu, les localités dans lesquelles a surtout opéré l’expédition anglaise étant très différentes de celles où ont été effectuées nos recherches.
Depuis cette époque, divers ichthyologistes se sont occupés de la
question ; il suffit de rappeler entre autres noms ceux de MM. Alcock, Collett, Garman, Goode et Bean. Les résultats généraux exposés dans mon travail n’ont point été infirmés dans ce qu’ils ont d’essentiel. Quant aux questions taxinomiques, elles prêtent plus à la discussion suivant les points de vue différents auxquels on se place. Ces derniers auteurs, dans leur Oceanic lchthyology , où ils ont si utilement réunis l’ensemble des recherches publiées jusque vers 1895 sur cette faune intéressante, ont critiqué, la manière dont j’avais compris certaines coupes génériques, ainsi, comme exemples entre plusieurs, les Hymenocephalus, les Sirembo. Sans relever ici certaines erreurs de faits, ni entrer dans des développements qui seront mieux à leur place dans le travail que je poursuis actuellement avec les matériaux recueillis pendant les campagnes scientifiques effectuées par S. A. S. le prince Albert de Monaco, je ferai remarquer que ces auteurs, reprenant les errements de Gray, multiplient beaucoup les divisions génériques sans avoir, suivant moi, assez égard à la valeur des caractères; c’est ainsi que dans la famille des Macruridæ, où se trouve précisément les Hymenocephalus , des genres sont distingués d’après la présence ou l’absence de dentelures à l’épine de la première dorsale, particularité que j’ai regardée comme simplement de valeur spécifique ou pouvant au plus servir à grouper des espèces. M. Günther partage mon opinion puisqu’il se borne à l’employer pour établir des divisions subgénériques dans le genre Macrwus, compris, ainsi que je l’ai proposé moi-même, dans un sens très large. 11 ne me paraît pas non plus rationnel de contester la valeur de la distinction établie par moi entre les Sirembo et les Bathynectes , d'après l’absence ou la présence d’un barbillon à la symphyse de la mâchoire inférieure ; un organe spécial du tact, de cet ordre, peut légitimement être.considéré comme de valeur générique. Ce sont là sans doute des questions d’appréciation, mais elles ont leur importance aussi bien au point de vue de la méthode scientifique, qu’au point de vue simplement pratique.
Cette partie descriptive sé prête naturellement peu à l’analyse. On trouvera consignée dans quelques-uns des articles suivants (n" 93 à 96) l’indication de certains faits particuliers, qui ont été le sujet de notices insérées, soit aux Comptes rendus des séances de
l’Académie des Sciences, soit au Bulletin de la Société philomathique.
D’une manière générale, les descriptions contiennent, non seulement l’indication des particularités extérieures, qu’emploient les ichthyologistes pour la connaissance des groupes et des espèces, mais aussi tous les détails anatomiques que j’ai été à même de recueillir.
L’étude des écailles, surtout de celles formant la ligne latérale, a été l’objet d’une attention toute particulière, et justifie l’importance que dans plusieurs travaux antérieurs j’ai cru devoir leur accorder (n“ 76, 77,152). Enfin, l’otolithe principal, le sagitta, recueilli et figuré pour un grand nombre d’espèces, montre le parti qu’on pourra tirer de la considération de cet organe dans les recherches zoologiques. Non seulement, certaines formes très singulières ont pu être découvertes chez 1 ’Alepocephalus rostratus, Risso, le Mora mediterranea , Risso, et surtout le Physicu/m Dalwigkii, Kaup, mais encore dans des types si voisins qu’on hésiterait peutêtre à Jes rega rder comme spécifiquement distincts, des différences marquées dans cet otolithe viennent, comme Cuvier l’avait fait pressentir, lever toute difficulté, tel est, par exemple, le cas pour le Macrurus sclerorhynchm, Valenciennes, et le M. smiliophorus , n. sp.
A la suite de chaque description, se trouve l’énumération des dragages dans lesquels le poisson a été rencontré avec le nombre d'individus pour chacun d’eux. Ce renseignement statistique est de nature à nous éclairer sur l’abondance relative de certains types, qui, par suite, peuvent être regardés comme plus caractéristiques de la région abyssale. Pour donner quelques exemples : le Macrurus , sclerorhynchm , Valenciennes, a été rencontré dans 50 dragages et l’on en a recueilli en tout 331 individus ; 1 ' Hymenocephalus italiens , Giglioli, 19 dragages, 1231 individus; le Xenodermichtys socialis, n. sp., 7 dragages, 139 individus.
. Pour ce dernier animal, il est à remarquer que 133 exemplaires ont été ramenés en une seule fois, Y Hymenocephalus italicus offre des faits de même ordre pour deux dragages, qui ramenèrent l’un, 780, 1 autre, 198 individus. Ces espèces vivent évidemment par bancs, comme certains poissons de nos côtes. Des observations
continuées dans cette voie pourront ainsi mœurs des espèces bathyoikésites.
éclairer
les
93. — Sur les rapports zoologiques du genre Notacanthüs, Bloch.
(C. R. Acad. Sc. t t. CVll, p. 751 ; 5 novembre 1888. — Expéditions scientifiques du Travailleur et du Talisman. Poissons : p. 316; pl. XXVII, flg. 1.)
Les Notacanthes présentent des caractères ambigus, qui rendent très difficile d’établir leurs affinités réelles parmi les Poissons, et les ichthyologistes les plus autorisés, Cuvier etValenciennes, Millier, M. Günther, MM. Jordan et Gilbert ont émis sur ce point les opinions très diverses. L’étude anatomique et histologique que j’ai pu faire de ces animaux, rencontrés à plusieurs reprises dans nos dragages, conduit à une interprétation nouvelle de leurs rapports.
L’étude du squelette montre une corde dorsale en grande partie persistante, entourée de centrums annulaires, avec lesquels les arcs neuraux et hémaux ne contractent, en quelque sorte, que des rapports médiats par l’intermédiaire de cartilages pénétrant le corps vertébral. Les arcs supérieurs présentent au point d’attache un élargissement lamelleux dans lequel on peut distinguer trois portions, analogues à ce qu’on connaît, chez les Élasmobranches et certains Ganoïdes, sous le nom de cartilages cruraux, intercruraux, surcruraux, et offrant, comme ceux-ci, des perforations distinctes pour le passage des deux racines nerveuses. Bien qu’on trouve en avant à la mâchoire supérieure deux intermaxillaires armés de dents, ce sont en réalité les palatins, également dentifères, réunis en demi-cercle, placés plus en arrière, qui répondent aux dents de la mâchoire inférieure, disposition analogue à celle présentée par les Élasmobranches. Les épines des nageoires sont ■ simples et non constituées par l'accolement de deux parties symétriques l’une droite,, l’autre gauche comme chez les poissons Téléostéens abdominaux à ostéoplastes. Enfin ces épines et le squelette dans ses différentes parties, sont réellement osseux, c’est-à-dire présentent ces mêmes ostéoplastes nettement caracté-
Par toutes ces particularités, les Notacanthés s’éloignent des Acanthoptérygiens, parmi lesquels on les a jusqu’ici placés ; ils ne peuvent non plus être réuni aux Abdominales, qui sont Malacoptérygiens, pas plus qu’aux Apodes et encore moins aux Anacanthiniens. Au contraire, ces caractères mixtes, qui les relient à la fois aux Élasmobranches et aux Téléostéens, conviennent à la Sous-Classe des Ganoïdes, dans laquelle devra être placé l’Ordre des Notacanthi de Muller, en en retranchant toutefois les Mastacembélidées, qui appartiennent à un type tout différent, comme l’a déjà très justement indiqué M. Günther.
94. — Sur un Poisson des grandes profondeurs de l’Atlantique , /’Eurypliarynx pelecanoides.
(fc. B. Acad. Sc., t. XCV,p. 1226; 11 décembre 1882. — Expéditions scientifiques du Travailleur et du Talisman. Poissons ; pl. XVII.
' Description d’un poisson ramené d’une profondeur de 2 300 mètres, dans un dragage fait sur les côtes du Maroc. D’autres exemplaires ont été capturés depuis, pendant la dernière campagne du Talisman.
Cet animal est remarquable par son corps allongé, atténué en pointe postérieurement, la petitesse de sa tête, et cependant l’énorme développement de ses mâchoires grêles et à suspensorium incomplet. Les mandibules sont réunies par une membrane extensible élastique. 11 présente cinq arcs brachiaux, les pièces hyoïdiennes médianes inférieures manquent, l’orifice brachial efférent se trouve réduit à une simple perforation.
Ces caractères très anormaux ne permettent pas de placer ce Poisson dans une des familles actuellement connues, et il mérite de ■ constituer un groupe à part des Eurypharyngidæ , en y réunissant les Saccopharynx, Mitchill. L’embarras n’est pas moindre pour savoir à quel Ordre des Teleostei il convient de le rattacher. Les auteurs américains ont proposé depuis d’en faire une division spéciale, les Lyomyarii, il me paraît plus rationnel, suivant les conclusions primitivement énoncées dans cette note, d’admettre que ces Poissons, malgré leurs affinités multiples avec les Apodes, avec les
Abdominaux parles Malacosteus, avec les Anacanlhiniens, peuvent cependant être placés parmi ces derniers.