Remarques sur l’alimentation chez les Ophidiens
. (C. R. Acad. Sc., t.CXV,p. 271; 1" août 1892.)
18. — Contribution à l'élude de l'alimentation chez les Ophidiens. —
Recherches biologiques faites à la Ménagerie des Reptiles (1" article). (itoUifc Âtch. Muséum HiSt. nat., 3' série, t. IV, p. 201, 1892.)
Le mode suivant lequel les Serpents prennent ou, pour parler plus exactement, engloutissent les animaux, dont ils font leur nourriture, a toujours excité la curiosité ; jusqu’ici toutefois on paraît s’être borné à une étude superficielle, car les ouvrages, même spécialement consacrés à ces Reptiles, ne donnent sur ces phénomènes que des indications assez vagues et se rapportant toujours aux grosses espèces, Boas, Pythons, etc. Enobservant les Ophidiens nombreux et variés que renferme la Ménagerie du Muséum, il a été possible de reconnaître des différences assez notables dans cet acte physiologique et d’analyser de plus près le mode suivant lequel il s’accomplit.
Les serpents constricteurs, qui par leur volume attirent l’attention et peuvent être plus facilement observés, ont été pris pour type. On sait qu’ils enroulent leur proie pour la tuer par asphyxie en immobilisant les parois thoraciques. C’està cela que tout se réduit, il n’y a pas, comme on l’a dit parfois, fracture et broiement des os pour faciliter la déglutition d’une proie trop volumineuse, des observations positives, rapportées dans le travail, montrent le mal fondé de cette supposition.
La déglutition peut être divisée en trois périodes successives, qui ont été désignées ici sous le nom de buccale, de bucco-pharyngienne et d’œsophagienne. Dans la première, les mâchoires seules agissent et cela en décomposant leur action en trois temps ; la mâchoire supérieure s’avance d’abord pendant que les deux branches de l’inférieure lui servent de point d’appui ; celles-ci à leur tour se portent en avant 1 une après l’autre, la mâchoire supérieure restant alors immobile. La même succession de mouvements se répète ensuite, jusqu’à ce que la tête de la victime ait dépassé la bouche et se soit logée dans le pharynx, à ce moment les parois même du corps viennent en aide aux mâchoires, en tirant sur la proie pour hâter son introduction, c’est la période bucco-pharyngienne. La période œso-
phagieime commence lorsque la proie a franchi en totalité la bouche et se termine lorsque l’aliment est arrivé dans l’estomac. 11 faut noter que, chez ces animaux, l’aliment n’est pas à proprement parler transporté dans l’appareil digestif, c’est celui-ci qui progresse ; la bouche d'abord, l’œsophage ensuite, marchent sur la proie, qui, en réalité, ne bouge que peu ou point de place.
Dans d’autres espèces, la déglutition buccale s’effectue en deux temps suivant un mode bilatéral, les mâchoires supérieure et inférieure s’avancent simultanément d’un même côté et alternativement avec le côté opposé ( Coronella , Spilotes , Coryphodori).
C’est de la même manière que la déglutition buccale a lieu chez les serpents venimeux ( Vipera , Ec/iidna, Crotalus, Trigonocephalus). 11 faut noter que chez eux les tiges ptérygo-palatines seules agissent â la mâchoire supérieure, les maxillaires et intermaxillaires étant ou privés de dents ou portant les crochets spéciaux de l’appareil à. venin, lesquels servent ù tuer la proie sans pouvoir être d’aucune utilité dans la déglutition.
Enfin, j 'ai fait un certain nombre d'observations sur les serpents Opisthoglyphes, qui ne peuvent tuer les animaux dont ils se nourrissent, qu’après les avoir amenés au fond de la bouche où se trouvent les crochets venimeux, et sur les Ophidiens qui déglutissent leur proie vivante, la Couleuvre à collier par exemple.
Comme complément de ces observations, j’ai cherché à me rendre compte du résultat physiologique de l’alimentation sur un sujet donné.
Profitantdece que nous possédions un exemplaire de grande taille, un Anacondo ( Eunecles murinus, Linné), nous avons, pendant les sept années qu’il a vécu à la Ménagerie, noté pour chaque repas la date, la nature et le poids de l’aliment offert (des Chevreaux en général), l’intervalle qui le séparait du repas précédent, la durée probable de la digestion, appréciée d’après l'époque ù laquelle étaient rendus les débris de la proie.
L’animal a, dans ce laps de temps, mangé trente-six fois â des intervalles variant de 23 â 204 jours, l’intervalle le plus fréquent étant de deux mois à deux mois et demi. La proie la plus volumineuse pesait 12 kilogr. et la quantité totale de nourriture donnée s’élève ù environ 130 kilogr. ; le gain a été on peut .dire nul, car le
poids du Serpent évalué à l’arrivée à 74 kilogr. s’est trouvé de 76 kilogr. après six ans et demi de captivité.
On peut en conclure que la nutrition chez ces Vertébrés à sang froid est très peu active, surtout lorsqu’ils sont arrivés à leur taille maximum;du.ern approchent, ce qui était le cas pour cet Anacondo long de 6 mètres. .
Dans ce :même'travail se trouvent des recherches sur- ce qui nous est connu de la longévité des Reptiles. Suivant toute probabilité, elle est considérable, puisqu’on connaît des Chéloniens ayant atteint "âge dûment constaté de 179 ans. De petites tortues d’eau douce ont vécu à'la-Ménagerie 23 ans'; on y conserve quelques Caïmans à museau-de brochet depuis près de 50 ans.
Enfin, pour donner une idée de la possibilité que peuvent avoir certains Reptilës d’avaler des proies d’une grosseur relativement extraordinaire, je relève entre autres faits l’engloutissement par un Céraste ou Vipère à corne, d’une Vipère de France d’un volume égal au sien propre, et par un Cyclode, sorte de Lézard australien, celui d’un petit Caïman ayant au moins le dixième de son poids.
19* — Sur un exemplaire au Dasypeltis scabra, Serpent oophage.de l'Afrique centrale.
. (C. fi. Ami. Se., t. CXXVII, p. 1229.;Séanee du' 26 décembre 1898.)
20* — La Couleuvre rude, Serpent mangeur d'œufs de l'Afrique centrale.
(la mime, t. XXVII, pi 97 ; 14 janvier 1899,)
Cette pièce curieuse, recueillie près du lac Tanganyika, a été envoyée au Muséum par le P. Guillemé des Pères blancs du Haut- Congo. C’est un ophidien du genre Dasypeltis,long àe 70 centimètres et de la grosseur du petit doigt, qui a été surpris au moment où, avalant un œuf de Cane de 45 millimètres de diamètre, il venait de 1 introduire complètement dans la cavité buccale et se disposait à le faire passer dans son œsophage. Là, comme on le sait, des apo-
physes saillantes infrà vertébrales, formai la section de la coquille. Il fut plongé de si
.es habitudes oophages du Dasypeltis s< ips connues, mais on ignorait générale igloutir des objets d’un volume aussi d
Des replis cutanés labiaux, qu’ott Observe de chaque côté de la bouche, sur cet exemplaire, indiquent que c’est très probablement par le jeu successif de ces organes d’adhérence que l’animal fait progresser ses mâchoires sur un corps aussi lisse que la coquille d’un œuf.
21. — Sur la coloration des petits au moment de l’éclosion chez la Vipère fer-de-lance (Bothrops olaücds, Linné.)
(Bull. Soe. philom. Paris, V série, t. XI, p. 48 ; 18 décembre 1886.)
Une Vipère fer-de-lancê, envoyée par M. Thierry, du Jardin Botanique de Saint-Pierre (Martinique), ayant mis bas trente-six petits, peu de temps après son arrivée au Muséum, on a constaté que ceux-ci se partageaient, d’après la coloration, en deux groupes très distincts ; quatorze étaient d’un brun gris sombre, vingt d'un jaune clair un peu orangé (deux ont disparu). C’est là une variation individuelle, qui se modifie peut-être plus tard, il n’y a, en tous cas aucun rapport à établir avec le sexe, comme l’a démontré l’examen anatomique.
22. — Sur un cas de mélanisme chez la Grenouille verte (Rana esculenta, Linné).
(Bull. Soc. zool. France, t. XX, p. 29; 22 janvier 1893.)
L’Anoure, qui fait le sujet de cette observation, avait été capturé dans la forêt de Fontainebleau, en juillet 1894. Toutes les parties du tégument exposées au jour, lorsque l’animal est au repos les pattes rapprochées du corps et en partie cachées sous lui, sont d’une teinte sombre, presque noire, les autres sont d’un blanclaiteux
Cette anomalie, rare, est citée cependant par M. A. Dugès, par M. Schreiber; dans aucun cas cependant on n'a signalé une différence aussi nette entre les parties, suivant qu’elles sont ou non . soumises à l’action de la lumière.
23. —Note sur la structure de la peau chez quelques Batraciens.
En comparant la peau d’un Batracien anoure, tel que la Grenouille, à celle de Batraciens urodèles ou pérenoibranches, comme le Sctlamandra commuais , le Triton crislatus, le Su en lacertina, on voit que chez le premier, la peau se compose de deux couches : l’épiderme et la couche dermo-papillaire relativement mince; tandis que chez ces derniers, il s’y ajoute une couche épaisse de libres nacrées, fait habituel chez les Poissons.
24. — Note sur la structure des téguments chez quelques Urodèles (Molge vdlgaris, Linné, et Molge palmata, Schneider.)
On sait, bien que les auteurs ne se soient guère appesantis sur ce point, que plusieurs Tritons de nos pays ont, suivant les saisons, un aspect si différent, qu’ils deviennent méconnaissables; le Triton ponctué (Molge vulgaris, Linné) et le Triton palmipède (Molge palmata, Schneider) en offrent des exemples typiques. Ces livrées sont en rapport avec des changements d’habitudes, ces animaux étant terrestres en dehors de la saison des amours, aquatiques pendant celle-ci, c'est-à-dire au printemps.
Un fait frappant qui n’avait pas été signalé jusqu’ici, c’est que, sous le premier état, les Tritons se mouillent avec la plus grande difficulté, leur peau sèche restant enveloppée d'une couche d’air argentée, quand on les plonge dans l’eau, tandis que sous le second, le tégument est lubrifié, couvert de mucus, comme celui des Poissons.
L’étude histologique montre dans la Structure de la peau, des différences notables. Pendant la vie terrestre, celle-ci est doublée d’une couche de grosses glandes à contenu granuleux, qui diminuent au point de disparaître presque complètement lorsque l’animal a revêtu sa livréevernale. La régénération des parties coupées,
chez ces Batraciens, permet d’observer sur le même point les deux dispositions sur un même sujet.
25. — Note sur la ponte du Pleurodèle de Waltl, observée à la Ménagerie des Reptiles du Muséum et Histoire naturelle.