I. — Région du Jura
J’ai consacré huit années à l’étude du Jura; j’y ai fait entièrement quatre feuilles de la Carte géologique détaillée, celles de Gray, de Besançon, de Lons-le-Saunier et de Pontarlier, et j’ai révisé en partie la feuille de Nantua.
Succession des étages. — Cette succession n'avait guère été étudiée en détail que dans le nord de la chaîne. En prenant pour point de départ les travaux de M. Choffat, j’ai essayé de suivre pas à pas les transformations des couches et d’établir ainsi le passage entre la province du nord et la province méditerranéenne. J’ai pu constater [5] (' ) que, pendant la période jurassique, les constructions de Polypiers ont
liste des Mémoires publiés.
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reculé progressivement, du bassin de Paris vers le sud, pour se concentrer, à la fin de la période, sur les bords de la mer alpine, qu’elles ont alors entourée et bordée d’une longue rangée de récifs. Sauf pour le gisement de Valfin que j’avais un peu trop rajeuni, ces conclusions ont été confirmées par la Société géologique, que j’ai conduite dans le Jura en 1884 [16, 18 et 19J.
J’ai établi également l’âge pliocène des terrains bressans [4],
Structure de la chaîne. Plissements et failles. — La chaîne du Jura offre le type le plus complet des mouvements de plissement simples et réguliers. Dans la haute chaîne, du cote suisse, les terrains ont, comme une masse plastique, obéi sans rupture aux forces de compression. A mesure qu’on descend sur le versant français, les plis se compliquent de failles ; les rides, moins pressées, s’espacent de larges plateaux séparés par des accidents plus ou moins complexes [3 et 9].
Cette différence se rattache à un problème général de l’orogénie : doit-on voir dans le pli et dans la faille deux phénomènes distincts, correspondant à des mouvements indépendants et à des causes différentes? La faille est-elle une déchirure profonde, traversant toute l'écorce terrestre, ou seulement un glissement superficiel, facilitant l’agencement nouveau des masses mises en mouvement et déformées? Si l’on se borne à tracer l’affleurement de la faille, la connaissance de cette ligne unique de la surface de discontinuité ne permet pas évidemment de répondre à la question. Mais si l’on s’astreint à déterminer en chaque point l’inclinaison de la faille et l’allure des terrains voisins, comme la surface de discontinuité est une surface continue, ces données sont le plus souvent suffisantes pour en reconstituer l’allure en profondeur, et pour en conclure la nature du mouvement d’ensemble auquel elle se rattache. La constatation de la faille n’est plus alors le but, mais le moyen d’aborder un problème plus essentiel et plus caché.
L’idée de faire de la faille un sujet d’étude, et non un objet de constatation, a été pour moi le progrès le plus important réalisé dans mes méthodes d’observation. Si j’ai rencontré quelques résultats nouveaux, c’est à elle que je le dois.
Dans le Jura, cette étude m’a mené d’abord à reconnaître la relation
ordinaire des failles avec le phénomène de plissement. Sur le bord de la chaîne, aux environs de Besançon et de Salins, j’ai montré l’existence de failles presque horizontales [2]. Les terrains plus anciens ont été poussés et charriés sur les terrains plus récents. Ces mouvements n’ont là qu’une faible amplitude, mais ils appelaient pour la première fois en France l’attention sur un phénomène dont j’ai reconnu depuis la généralité.
Une surface de faille horizontale, ou même inclinée, donne nécessairement naissance, par son intersection avec la surface irrégulière du sol, à un affleurement sinueux; mais toutes les sinuosités des failles ne sont pas dues à cette cause. En descendant plus au sud, j’ai trouvé d’autres exemples qui ne pouvaient recevoir la même explication [10] : ce sont des paquets de terrains plus récents, enfouis au milieu de terrains plus anciens. Là, la surface de séparation est souvent verticale. Il s’agit alors manifestement d’affaissements qui ont comblé un vide souterrain, et qui, sans aucun doute, l’ont comblé par une descente progressive, au fur et à mesure de sa formation. Le rôle général de ces bassins d’affaissement avait déjà été signalé par M. Suess, et mis par lui en opposition avec celui des zones de plissement. Les exemples de la lisière du Jura présentent ce caractère intéressant, qu’au lieu d’être entourés par un réseau périphérique de fractures, ils sont limités comme à l’emporte-pièce par une faille unique, dont l’affleurement dessine une courbe.fermée.