‹ Notice sur les travaux scientifiquesChapitre 8 sur 10 · V. — Alpes de Savoie · texte numérisé non relu

V. — Alpes de Savoie

Massii du Môle (Haute-Savoie) [75]. — La montagne du Môle est remarquable par la brusque inflexion que subissent à ses pieds les plis du Faucigny et du Genevois, en arrivant à la vallée de l’Arve. Une inflexion semblable se retrouve le long de plusieurs grandes vallées de la Suisse, le Rhône, l’Aar, le Rhin, et elle est accompagnée de brusques modifications dans la série sédimentaire sur les deux rives.

J’ai rapproché ces deux phénomènes en leur assignant pour cause commune la production d’une ligne d’affaissement transversal; cet affaissement, sur les bords de l’Arve, a eu lieu aux débuts de l’époque crétacée. Le bord en a constitué une ligne de faiblesse ou de moindre résistance qui, comme telle, est venue s’ajouter aux autres lignes du réseau déjà ébauché. Il s’est formé ainsi une arête de rebroussement qui, après le soulèvement-de la chaîne, est restée la dernière ligne suivant laquelle se sont fait sentir les mouvements du sol. On s’explique ainsi la formation de la vallée, la démarcation qu’elle établit entre deux régions d’aspect different et la disposition si remarquable des grands lacs à la limite de la zone montagneuse et de la plaine mollas-

Maurienne et Tarentaise. — Dans cette région plus étendue, j’ai

étudié plus spécialement la zone frontière entre le tunnel du mont Cenis et le mont Blanc. Les recherches simultanées de M. Termier dans la Vanoise, de M. Kilian dans le Briançonnais et dans l’Ubaye, nous ont permis d’établir en détail, malgré l'absence de fossiles, l’échelle stratigraphique des terrains. Elles nous ont montré, en outre, que les failles, contrairement à l’opinion de Lory, sont partout subordonnées aux plis, qu’elles sont partout parallèles aux strates et qu’elles sont seulement une exagération locale des phénomènes très généraux d’étirement sur les flancs des plis.

Age des schistes lustrés. — Une erreur dans nos premières conclusions a longtemps retardé toute possibilité d’une vue d’ensemble. Les schistes lustrés, qui occupent avec un pendage uniforme une grande partie de la région, avaient été attribués par Lory au trias, et par M. Zaccagna au paléozoïque. Nous nous étions d’abord laissé convaincre, M. Potier, M. Kilian et moi, par les arguments de nos confrères italiens, dont nous avions cru trouver de nouvelles confirmations. Peu à peu, cependant, l’étude de détail m’a révélé des contradictions et, à mesure que la structure d’ensemble s’éclaircissait, le rapprochement des différentes coupes m’a fourni des preuves incontestables en faveur de l’opinion de Lory. Une partie même des schistes, sans qu’il y ait jusqu’ici de démarcation possible, est probablement liasique [87].

Les conséquences qui se dégagent alors ont une importance générale pour l’histoire de la chaîne [85].

Structure en éventail. — Dans les Alpes de Savoie, les plis du versant ouest sont couchés vers la France, les plis du versant est sont couchés vers l’Italie. Entre les deux, la bande bien connue des terrains houillers forme le centre de l’éventail. Alph. Favre avait depuis longtemps signalé dans la bande houillère, au moins auprès de Modane, cette structure en éventail. Lory avait bien vu aussi que cette zone formait le véritable centre du soulèvement alpin; mais la conséquence générale était restée inaperçue, d’une part, à cause de la trop grande importance attachée à quelques exceptions locales, d’autre part, h cause du peu d’attention accordée aux plis du versant oriental, dont l’existence même était contestée.

cher au dehors la place qui leur manque à l’intérieur. Ces masses s’élèvent d’abord là où la voie est tracée, c’est-à-dire sur l’emplacement des plis déjà ébauchés. Puis, quand, par suite soit de l’obstruction qu’elles amènent en s’entassant, soit de la compression plus grande, ces sortes de débouchés deviennent insuffisants, elles s’élèvent partout où la voie est libre, c’est-à-dire aux points où la surface n’a pas encore subi les influences de compression et de tassement. Ces points sont évidemment les milieux des anciennes cuvettes synclinales, où les couches sont restées horizontales sur une assez grande largeur; les pressions forcent alors des plis nouveaux à se dresser au milieu de ces synclinaux et à les subdiviser en cuvettes plus nombreuses. Mais là où, au lieu d’un large synclinal, il existait un synclinal localement élargi, les conditions de résistance étaient les mêmes; les matières profondes se sont là élevées de la même manière et, d’après la forme de l’espace qui leur était offert, elles ont créé, au lieu d’une voûte allongée, une saillie limitée en forme de dôme ellipsoïdal. La création des massifs amygdaloïdes serait ainsi un phénomène du même ordre et dû aux mêmes causes que la subdivision progressive des plis. Il serait, non la cause, mais la conséquence de leur écartement intermittent et de la disposition des réseaux en nœuds et en ventres successifs. Cette dispotion très générale pourrait peut-être elle-même se rattacher à une des conditions imposées à la déformation du globe, celle de conserver son ellipticité.

On conçoit qu’un massif ainsi mis en saillie, et non soutenu, ait tendance, par la seule action de la pesanteur, à pencher du côté du vide et à s’incliner sur ses bords. Il en résultera, pour une partie ou pour l’ensemble, une structure en éventail, en général faiblement accentuée, qui constituera une exception à la règle de l’inclinaison uniforme des plis d’un même versant. Mais ces exceptions, ainsi limitées et facilement explicables, n’infirment évidemment en rien la portée de la loi.

Métamorphisme. — M. Zaccagna a montré que, dans une partie des Alpes, le métamorphisme a transformé le Permien en schistes très cristallins. M. Termier a établi le même résultat dans la Vanoise, et a indiqué que dans ce massif le métamorphisme va en croissant de l’ouest vers l’est. le suis arrivé de même à rattacher avec certitude au Permo-

houillor les anciens gneiss chloriteux et micaschistes du mont Pourri, du petit mont Cenis et du val Grisanche; une partie des. mêmes arguments s’applique aux gneiss œillés du Grand Paradis, à ceux qu’on a désignés sous le nom de gi teiss central. Il en résulte une conséquence importante : dans la zone métamorphique des Alpes, qui d’ailleurs resterait à délimiter, les gneiss sont plus récents que ceux des chaînes plus anciennes : le faciès cristallin (avec quartz et feldspath) qu’on a coutume de rapporter à l’archéen, à la phase azoïque ou agnolozoïque de l’histoire du globe, monteraitlàjusqu’au permo-houiller, et le faciès de schistes micacés et de phyllades, qui le surmonte normalement et qu’on englobe souvent sous le nom de précambrien, monterait jusqu’au Trias.

Cette interprétation fait disparaître une des anomalies de la stratigraphie alpine, les énormes changements d’épaisseur et les brusques lacunes que Lory expliquait par le jeu intermittent de failles verti-

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