I. — De la greffe animale
Ce travail embrasse la question dans son ensemble, tout en l’envisageant particulièrement au point de vue chirurgical.
Il est divisé en quatre chapitres :
Chapitre I". — Définition de la greffe animale. Ses différences principales avec la greffe végétale. Son importance en physiologie générale.
Applications les plus importantes de la greffe animale à la physiologie et à la chirurgie.
Chap. II. — Expériences ;
1" Greffes par approche, ou siamoises. —Une incision longitudinale est pratiquée à la peau du thorax et de l’abdomen de deux animaux (rat blanc, Musdecumanm, var. albine), à droite chez l’un, à gauche chez l’autre; les lèvres de la plaie sont relevées, disséquées et réunies d'un animal à l’autre par des points de suture. On
obtient ainsi cicatrisation cutanée par première intention ; au bout de quelques jours, dos vaisseaux nombreux établissent solidarité entre la circulation sanguine des deux animaux, si bien qu’un poison administré à l’un d’eux agit bientôt sur
Le même résultat est obtenu en agissant sur deux animaux d’espèces différentes, mais appartenant au même genre : Mm decumanus, var. albine, et Mm striatm.
On peut même obtenir la greffe do rat avec chat, mais alors, réunion par bourgeons charnus; on fait dilater les pupilles du rat par une injection de belladone dans le rectum du chat.
Greffe de deux rats avec cavité abdominale ouverte : formation d’une nouvelle membrane péritonéale, etc.
2” Greffes par transplantation. — Expériences du même ordre que celles dont il sera question dans le travail suivant. Introduction sous la peau ou dans le péritoine d’un animal de pattes, de queues, de mâchoires, etc., d’un autre animal de même espèce. Tentatives infructueuses pour greffer des œufs de mammifère fécondés.
Cbap. III. — Résumé de tous les faits de greffe connus jusqu’à ce jour.
Chap. IV. — Des conditions de réussite et des suites de la greffe : nutrition, innervation, etc., des parties greffées.
II. — Recherches expérimentales pour servir à l'histoire de la vitalité propre
La physiologie générale est assez riche en expériences montrant l’influence des conditions de milieu sur la manifestation et l’existence de certaines propriétés des éléments anatomiques; ce sont les propriétés d’où résulte le mouvement (contractilité, neurilité), et celles d’où résulte la formation d’un être nouveau (aptitude à féconder, à être fécondé, à se développer). On sait, par exemple, qu’un muscle de mammifère perd sa contractilité à H- 45", que les cilsvibratiles s’arrêtent temporairement par l’action de substances fortement endosmotiques et exosmotiques, et définitivement par celle de substances acides, etc. Mais pour les propriétés do nutrition, on ne savait presque rien ; c’est que l’existence de ces propriétés se manifeste par des phénomènes dont l'observation doit durer longtemps, et les parties qu’il a fallu .séparer du corps pour les soumettre aux agents modificateurs ne tardent guère à périr. Il fallait trouver une méthode expérimentale qui, replaçant ces parties dans des conditions de milieu semblables à celles qu’elles
avaient perdues, leur permit de manifester leurs propriétés de nutrition, si ces propriétés existaient encore en elles. La pireffe animale a fourni cette méthode.
La thèse en question contient une introduction et quatre chapitres.
Chapitre l". — De la méthode des transplantations animales. Développement des idées qui viennent d’étre énoncées. — Application de la méthode à diverses questions de physiologie générale : transfusion du sang, régénération des nerfs, ostéogénie, développement des cancers, etc.
Ch.ip. il — Résistance vitale des éléments anatomiques; énumération des faits connus.
CiiAP. III. — Expériences personnelles. Elles sont au nombre de 103.
L’animal mis en expérience a été le rat; la partie greffée, une patte ou l’extrémité de la queue, préalablement écorchées; le lieu de la greffe, le tissu cellulaire sous-cutané du dos.
La persistance des propriétés de nutrition a été reconnue par l’un des trois critériums suivants : accroissement de la partie greffée; injection poussée par les vaisseaux de l’animal sujet et pénétrant dans ceux de la partie greffée ; altérations pathologiques des éléments et des tissus de celle-ci.
Ce dernier critérium a été surtout employé; il a permis de reconnaître et de décrire des faits intéressants au point de vue pathologique sur la transformation fibreuse de la moelle des os, sur les altérations des os, des cartilages, des muscles, etc.
§ 1. Transplantation immédiate. — Éludes ies modification smorphologiques et histologiques qui s’opèrent dans la greffe, soit qu’il y ait eu, soit qu’il n’y ait pas eu d’inflammation locale.
§ 2. Action prolongée de tair confiné, in/bience de la température. — On a vu des parties séparées du corps continuer à vivre après sept heures et demie à la température de 30“ ; après dix-sept heures, à celle de 20 ; après sept jours, à celle de 10“ à 12".
§ 3. Action prolongée de certains milieux gazeux ou liquides. — Je ne rappelle ici que les expériences faites avec les substances les plus intéressantes. L’oxygène se comporte comme l’air; l’acide carbonique semble présenter une très-faible action toxique ; l’immersion dans l’eau devient mortelle nu bout de quelques heures ; les solutions acides sont très-redoutables ; par exemple, à \ pour 100 les acides acétique ou phosphorique tuent, l’acide sulfurique rend malade, mais l’acide phénique ne fait rien ; à 1 pour 1000, l’acide chromique rend malade, l’acide sulfurique ne fait rien ; l’eau saturée d’acide carbonique agit à peu près comme l’eau pure. Les solutions alcalines sont bien moins dangereuses; 2 pour 100 de potasse, 6 pour 100 de carbonates ou de chlorures alcalins ne tuent pas; 5 pour 100 d’urée, 10 pour 100
d’alcool, un tiers de glycérine, sont à peu près inofîensifs, mais 1 pour '100 de brome tue.
§ 4. Action de températures élenées, humides; action de froids intenses. — La température de + 57", la température de — 18” sont insuffisantes pour détruire les propriétés de nutrition.
§ 5. Dessiccation dans te vide, en présence de îacide sulfurique, avec ou sans taction consécutive dune chaleur voisine rfelOO degrés. —Dix expériences; conclusions : « Nous avons retrouvé les altérations pathologiques des parties greffées et leur communication vasculaire avec 1 amrnal-sujet: d parait donc difficile de nier la puissance de la vilalité dans les éléments du tissu conjonctif et de la moelle
des os. La contre-épreuve, faite avec des parties semblables desséchées, mais
évidemment mortes, est favorable à l’opinion de la vitalité conservée ; cependant, en présence d’un fait qui paraîtra extraordinaire, nous n’osons nous avancer jusqu’à une affirmation complète {p. 79-80).»
§ 6. Transplantation entre animaux appartenant à des espèces différentes. — De rat à surmulot, réussite presque conslanle. De mulot à surmulot, réussite avec maladie. De surmulot à écureuil, suppuration et élimination. Même résultat en augmentant l’intervalle zoologique. Concordance avec les transfusions sanguines.
Chxp. ’V. — Résumé et conséquences des expériences précédentes.
La méthode des transplantations animales pourra servir dans un très-grand nombre de cas (1) à décider si telle influence est capable de tuer les éléments anatomiques dont la vie ne se révèle que par des phénomènes de nutrition.
Au point de vue de la physiologie générale, mes expériences m’ont amené à des conclusions que je demande la permission de reproduire en les abrégeant.
A. — La séparation du corps d’un membre, comme une patte ou une queue, chez un animal à sang chaud, comme un rat, ne met en péril immédiat la vie d’aucun des éléments anatomiques qui constituent cet organe ; si on leur rend par la transplantation sous-cutanée ou intrapéritonéale des conditions nutritives convenables, ils continuent à vivre et à manifester leur existence par des phénomènes tout à l'ait comparables à ceux qu’ils eussent présentés si, après quelque lésion chirurgicale, ils fussent restés en place. Il en résulte que les propriétés diverses suivent des fortunes différentes : les unes (contractilité) disparaissent pour ne plus revenir; les autres (neurilité) disparaissent momentanément, pour reparaître après une évolution anatomique déterminée ; les autres demeurent en pleine activité (p. 84).
B. — C’est une question vieille comme la médecine que de savoir s’il existe dans les êtres vivants un principe directeur et coordinateur tenant sous sa dépendance la vie de toutes les parties du corps; ou si, au contraire, celles-ci vivent chacune pour son propre compte, en
de l’autonomie des éléments. Il faut bien que le principe vital existe dans chacune de ces parties, si principe vital il y a (p. 90).
G. — Le fragment de rat greffé continue à vivre, se développe et acquiert la forme et les
ses épiphyses osseuses se soudent aux diaphyses; ses cartilages intervertébraux, quand il s’agit d’une queue, deviennent fibreux, d’hyalins qu’ils étaient; la moelle celluleuse de ses os se charge de graisse, etc. En un mot, son évolution s’opère suivant ses lois normales, soit dans l’ordre physiologique, soit dans l’ordre pathologique (p. 92).
Donc, s’il fallait rapporter à un principe, à une essence, l’évolution morphologique d’un être entier, convenons que ce principe n’est pas un mais multiple, qu’il existe dans chaque élément figuré et que, en ce sens, Kant a eu tort de dire que la raison de l’être vivant réside dans son ensemble : elle réside, ccmme celle du corps brut, dans chacune de ses parties (p. 93).
B. — Influence de divers agents physiques.
111. — Sur la prétendue influence de télectrisation par des courants continus sur la nutrition des animaux.
Divers auteurs avaient autrefois attribué à l’électricité voltaïque une grande influence sur la nutrition des animaux (accroissement, engraissement). Récemment, des physiologistes français ont avancé que celte influence se manifeste d’une manière très-rapide à la suite d’applications de courants continus pendant quelques minutes par jour.
Mes expériences ont montré que le développement de jeunes animaux (cochons d’Inde et lapins) n’est nullement modifié par l’application quotidienne de courants continus ou de courants induits.
Des expériences postérieures m’ont prouvé qu’il en est de même pour l’évolution des chrysalides, le développement des oeufs de grenouille, etc.
IV. — Inftmme des divers rayons lumtneux sue^ ïétiolement des animaux.
(Sx. de Mgie, tm.)*
Des têtards d’Axolotl, élevés dans des vases recouverts d’un verre orangé, et d’aides élevés dans l’obscurité complète, étaient identiques; c’est-à-dire presque dépourvus de pigment cutané.
Des animaux du même âge, placés dans des vases recouverts d’un verre blanc, avaient une teinte beaucoup plus foncée, due au riche développement de leurs cellules pigmentaires, teinte que les premiers finirent par acquérir par leur exposition consécutive à la lumière complète du soleil. Or, le verre orangé employé ne laissait passer que la moitié la moins réfrangible du spectre : vert, jaune, orangé, rouge. La formation du pigment est donc sous l’influence de la région bleue et violette du spectre.
^ IV bis. — Action directe de la lumière [rayons bleu violet) sur la contractilité musculaire.
Je veux parler des chromatophores mobiles du Caméléon (voir plus bas, n" LV).
IV ter. — Jnfluence^^J^la lumière sur les êtres vivants. ^■iien(.7Î5»e,1878.)
J’ai résumé dans cette leçon les faits que j’ai observés, et groupé méthodiquement aut^r d’eux la plupart de ceux qu’on connaît.