PHYSIOLOGIE VÉGÉTALE
LXXXl. — Recherches sur les mouvements de la Sensitive.
Les recherches expérimentales exposées dans ce premier mémoire ont pour hut de comparer les propriétés élémentaires auxquelles la sensitive doit son impressionnabilité et sa motilité, avec celles des éléments nerveux et musculaires, des animaux. Elles amènent aux conclusions suivantes ;
-1" Les pétioles primaires de la sensitive, après s’être ahaissés au début de là nuit, se relèvent bien au-dessus du niveau qu’ils conserveront pendant la période diurne.: celle-ci étant, contrairement a ce qu’on enseigne d’ordinaire, caractérisée par l’abaissement et non par l’élévation des pétioles primaires. Le maximum d’exhaussement a lieu vers minuit.
2° Les renflements moteurs situés à la base des pétioles et des folioles peuvent être considérés comme composés de ressorts faisant effort pour pousser la partie qu’ils meuvent du côté opposé à celui qu’ils occupent (Lindsay, Dutrochet). Dans les pétioles primaires, la valeur du ressort supérieur est à celle du ressort inférieur, dans l’état diurne, environ comme 1 à 3.
3” Le mouvement provoqué a lieu par suite d’une perte d’énergie du ressort inférieur, celle du ressort antagoniste n’étant nullement augmentée, et peut-être même étant un peu diminuée.
4" Il n’existe aucun tissu contractile comparable au tissu musculaire et déterminant le mouvement provoqué.
5" Les mouvements nocturnes ont lieu par suite d une augmentation de tension des renflements moteurs. Dans les pétioles primaires, le ressort supérieur augmente d’énergie pendant la nuit; le ressort inférieur, après avoir un peu diminué, augmente aussi consécutivement : de la puissance réciproque de ces ressorts dépend la position du pétiole aux divers instants de la nuit,
6" Les mouvements rapides provoqués par une excitation et les mouvements lents, spontanés, qui constituent l’oscillation quotidienne, sont donc des phénomènes d’ordre tout à fait différent. L’éther les sépare les uns des aut bol nt les mouvements provocables, respectant les mouvements spontanés.
7° Ceux-ci reconnaissent pour phénomène antérieur une modification dans l’afflux du liquide que contient le parenchyme des renflements. Les autres n’ont pu être encore rapportés à une cause prochaine.
8" La sensitive se rapproche des êtres animés par la présenee d’éléments qui ransmettent les exeitations et déterminent les mouvements (transmissibilité, excitatricité motrice), et par ce fait que l’exeitabilité n’appartient chez elle qu’aux éléments doués de motricité ou de transmissibilité.
9' Elle s’en éloigne par l’absence d’éléments contractiles et par les rapports anatomiques et fonctionnels directs qu’affectent ses éléments excitables transmetteurs et excitateurs avec ses éléments moteurs.
Voici l’indication des questions traitées dans ce mémoire :
1” Comparaison entre la température de la tige et celle du renflement moteur.
Le renflement moteur du pétiole primaire est toujours à une température inférieure è celle de la tige. L’aiguille d’un galvanomètre mis en communication avec des éléments thermo-électriques convenablement disposés a donné des déviations de 6 à 22 degrés. Il se passe, dans cet organe de très-faible volume, des phénomènes nutritifs qui consomment de la chaleur. C’est le premier exemple de ces phénomènes constatés dans un organisme vivant.
Les actes qui détermineut le mouvement provoqué produisent, au contraire, de la chaleur : l’aiguille rétrograde de 2 à 4 degrés. (Acad, des sciences, 1869.)
2“ Influence de la lumière et de l’obscurité sur les mouvements.
a. Réveil à taide de lumières artificieUes intenses. — Une sensitive endormie (folioles fermées) peut être réveillée par l’action d’une forte lumière artiScielle, soit pendant que brille celte lumière, ce qu’on savait déjà, soit après qu’elle a été éteinte, par une action consécutive.
b. Éclairage continu et obscurité continue. —J’ai observé et représenté dans un tableau graphique les mouvements des pétioles primaires observés toutes les deux ou trois heures, pendant dix-sept jours et dix-sept nuits de suite, sur deux sensitives qui, après quatre jours d’observations dans des conditions normales, ont été soumises l’une à l’obscurité continue (cinq jours), l’autre à un éclairage continu (six nuits), puis replacées dans leurs conditions premières.
J’ai vu ainsi que par l’éclairage continu les feuilles s’immobilisent redressées, au maximum de tension, tandis que par l’obscurité continue, elless’immobilisent abaissées, au minimum de tension.
3" Influence de la lumière diversement colorée (voy. LXXXIl bw).
4« Graphique du mouvement provoqué. Ordre de succession des mouvements provoqués en rapport avec le lieu d’excitation. Vitesse de la transmission : elle est de 3 à 5 milimètres par seconde dans le pétiole. Mouvements des feuilles submergées.
LXXXl ter. — Sur la formai egénérale des mouvements spontanés des fleurs et des feuilles.
Cette formule est celle-ci : Les organes se disposent pour passer la nuit de manière à perdre le moins possible par évaporation.
Le vent, dessiccateur par excellence, produit le même effet lorsqu’il excite les sensitives.
Cependant l’évaporation ne joue pas à un degré important le rôle de cause dans les mouvements spontanés desommeil et de réveil, puisqu’ils se produisent presque régulièrement sur une sensitive complètement submergée.
LXXXl quater. — Sur la cause intime des mouvements spontanés des plantes et de t héliotropisme.
J’avais conclu de mes recherches de 1870 que les mouvements de sommeil et de
réveil s’expliqueraient facilement, si l’on suppose qu’allernativement il s’emmagasine dans le renflement moteur, lieu du mouvement, pour en disparaître ensuite, une matière douée d’un grand pouvoir endosmotique.
Je montre, dans ce nouveau travail, que cette matière est la glycose.
Préparée pendant le jour par les folioles que frappe le soleil, la glycose doit s’accumuler vers le soir dans le renAement moteur, et là attirer progressivement l’eau de la tige ; d’où augmenta-
mique. Cette augmentation, citez la sensitive, commence, comme Je l’ai montré à l’encontre des descriptions classiques, une ou deux heures avant la nuit, pour atteindre son maximum un peu
se ralentit tout en se manifestant jusqu’au soir. C’est que la glycose cessant de se former pendant la nuit et se détruisant par les actes nutritifs, la tension due à l’hydratation s’en va avec elle, rapidement d’abord, pnis plus lentement quand, en présence de la lumière, il commence à
La même explication s’applique à l’héliotropisme :
Si, sur la partie la plus éclairée du renflement moteur d’un pétiole primaire de sensitive, on place une goutte d’encre, on voit presque immédiatement la feuille s’incliner dans un sens qui indique que la partie sous-jacente du renflement a augmenté d’énergie. Une goutte d’eau ne pro
L’étude du mouvement périodique nous conduit donc à celle de l’héliotropisme, qui s’explique fort aisément par l’action sur la glycose, ou tout au moins sur son hydratation, des rayons lumineux. Leur influence diminuant la tension du côté du renflement moteur qu’ils frappent, le côté
évident que ce que je dis des feuilles s’applique également aux tiges.
LXXXIl. —Action delà lumière verte sur la sensitive. — Influence des diverses couleurs sur la végétation.
{Acad, des sciences, 1870-1871.)
Expériences faites sous des châssis colorés, avec des plantes appartenant à tous les grands gronpes végétaux.
Les conclusions sont les suivantes ;
La couleur verte est presque aussi funeste pour les végétaux que l’obscurité.
Il ne serait cependant pas exact de dire que la lumière verte n’a aucune influence sur les végétaux ; en effet, les plantes fortement héliotropes se tournent et s’inclinent du côté du vert, plutôt que du côté du rouge.
La couleur rouge les fait s’allouger d’uue manière singulière.
En déBnitive, toutes les couleurs prises, isolément, sont mauvaises pour les plantes; leur réunion suivant les proportions qui constituent la lumière blanche est nécessaire pour la santé des végétaux. Ainsi, les jardiniers doivent renoncer à l’emploi des verres ou abris colorés pour serres ou châssis.
LXXXII bis. — Influence des lumières colorées sur les mouvements des feuilles et (tes fleurs.
l'Les rayons bleus et violets ont pour action d’étaler les folioles de la sensitive et d’abaisser ses pétioles primaires (diminution do tension) ; les rayons jaunes rouges, au contraire, font redres er les pétioles et ferment à'demi les folioles.
2" Dans les rayons bleus et violets, la sensitive ferme ses folioles plus tard (augmentation de tension), et se réveille plus tôt que dans les rayons rouges et jaunes.
3" Les folioles fermées après excitation se rouvrent (perte de tension) aussi vite sous l’influence des rayons bleus et violets que sous celle de la lumière blanche; la région jaune rouge retarde beaucoup leur étalement; l’obscurité plus encore.
4" Les fleurs de Colchique d’automne, les capitules de Bellis perennis, s’ouvrent plutôt le matin derrière les verres bleus que derrière les rouges (Soc. de biologie, 187) .
5" En un mot, l’augmentation de tension est due à l’action des rayons les moins réfringents, et la diminution à celle des plus réfringents.
LXXXll ter. — Action élémentaire des diverses régions du spectre solaire sur
la végétation. — Explication de l'action mortelle des verres verts sur les
Les végétaux meurent derrière des dissolutions de chlorophylle même assez claires pour n’absorber qu’une bande dans le rouge.
Ils meurent derrière les verres verts, qui arrêtent presque tout le rouge ; ils vivent derrière les verres rouges, qui arrêtent tout, sauf l’orangé et le rouge.
Les rayons nécessaires à la vie de la plante sont donc ceux qui correspondent à la bande d’absorption de la chlorophylle dans le ro uge.
11 résulte de tous les faits antérieurement connus ou par moi constatés, que chaque région du spectre a son action spéciale :
La région bleue violette forme la chlorophylle, détruit la tension et détermine l’héliotropisme.
La région rouge détermine la réduction de l’acide carbonique (maximum de la bande d’absorption de la chlorophylle), permet l’accroissement de poids des plantes, et augmente la tension végétale.