CONTRIBUTION A L’HISTOIRE DES AGENTS MINÉRALISATEURS
(Annales de Chimie et de Physique, 4 e série, t. IV, p. i5o. — Comptes rendus des séances de l’Académie des Sciences, t. LXXXVI, p. n33.)
J’ai trouvé que l’acide fluorhydrique gazeux jouissait de la propriété de minéraliser l’acide titanique à des températures comprises entre le rouge vif et le rouge très-sombre, tandis que l’acide chlorhydrique ne peut faire cristalliser cet acide qu’au rouge vif.
L’acide chlorhydrique n’exerce donc plus son action spéciale sur l’acide titanique à une température à laquelle l’acide fluorhydrique peut encore former aux dépens de l’acide titanique un fluorure décomposable par l’eau.
Il ne reste pas trace de fluor dans les échantillons d’acide titanique obtenus sous l’influence de l’acide fluorhydrique : c’est, comme l’a établi M. H. Sainte-Claire Deville, un trait essentiel de cette sorte d’action de présence exercée par les agents minéralisateurs sur les substances amorphes.
J’ai fait usage de cet agent minéralisateur pour obtenir la cristallisation de l’alumine, que l’acide chlorhydrique ne minéralisé a aucune température. L’alumine est attaquée par cet acide et le fluorure d’aluminium est décomposable par l’eau ; cet oxyde devait donc cristalliser comme cristallise l’acide titanique. En effet, l’expérience m’a permis de constater que l’acide fluorhydrique, alors même qu’il est mélangé d’une notable quantité d’eau en vapeur, transforme l’alumine én corindon.
La cristallisation de la silice a été obtenue dans mes expériences en vertu de réactions chimiques qu’il fallait connaître pour les diriger à son gré. C’est ainsi que l’alcali des tungstates alcalins attaque au rouge très-sombre la silice, en produisant un silicate alcalin, et l’acide tungstique reprend à une température inférieure l’alcali que la silice lui avait enlevé. Ces deux actions inverses se produisent successivement lorsque la température oscille entre certaines limites. Elles suffisent pour expliquer la cristallisation, sans qu’il soit besoin d’invoquer la solubilité de la silice dans le sel fondu. Ces réactions sont entièrement comparables a celles qui déterminent la cristallisation du sesquioxyde de fer chauffé dans l’acide chlorhydrique gazeux. La reproduction des feldspaths par la voie sèche, en présence des tung-
States, des vanadates et des phosphates neutres, est également due h la formation temporaire et corrélative d’un sel acide, d’un silicate et d’un aluminate.
Influence du milieu gazeux sur la nature des minéraux d’origine ignée.
Lorsqu’on fait passer, aune température supérieure au rouge commençant, un courant d’acide chlorhydrique sur les principaux éléments des filons titanileres, acide titanique, spath fluor et silice, cet acide décompose le spath fluor, avec production de chlorure de calcium qui baigne les éléments en présence et d’acide fluorhydrique qui, en se mêlant à l’acide chlorhydrique, augmente beaucoup la puissance minéralisatrice du courant gazeux primitif. L’acide titanique ne peut alors être en combinaison et cristallise sous la forme de l’anatase, de la brookite ou du rutile. Je ne reviendrai pas sur la reproduction de ces espèces par les agents minéralisateurs; je rappellerai seulement que le rutile est le seul de ces minéraux qui soit stable à très-haute température. Si l’acide chlorhydrique a concouru à la cristallisation de ces trois espèces, le dégagement de ce gaz ayant pu être intermittent, il y a lieu de rechercher l’action du chlorure de calcium sur ces espèces mélangées à la silice, soit dans un gaz inerte, tel que l’azote, soit dans de la vapeur d’eau, pure ou mélangée d’acide chlorhydrique : le chlorure de calcium n’ayant d'action sur l’acide titanique et la silice qu’k très-haute température, il est inutile d’y soumettre le titane anatase et le titane brookite. Le rutile, chauffé avec le chlorure de calcium et la silice dans un gaz inerte, donne un minéral très-répandu dans les filons titanifères, le sphène ou silicotitanate de chaux; le sphene, baigne par le chlorure de calcium, est transformé, lorsqu’on fait intervenir la vapeur d’eau, en pérowskite; enfin une grande quantité d’acide chlorhydrique mélangé à de la vapeur d’eau transforme le sphène et la pérowskite en acide titanique cristallisé sous la forme du rutile. Ces transformations commencent et finissent au rutile, le seul des minéraux de titane stable à haute température dans une atmosphère humide et très-acide. La préparation du sphène et de la pérowskite aux dépens de minéraux cristallisés est un fait important, car la facilité avec laquelle le rutile se forme exclut l’acide titanique amorphe des réactions naturelles par la voie sèche.
Influence de la température sur la forme cristalline des > s de Chimie et de Physique, 4' série, t. IV. - Comptes rendus des séan.
Les reproductions du rutile, de la brookite et de l’anatase établissent que l’on peut à volonté obtenir l’acide titanique, sous l’une des trois formes incompatibles qu’il peut prendre, en le faisant cristalliser par un même agent dans des limites de température déterminées. C’est la première fois qu’on signale l’influence de la température sur les formes cristallines que prennent les corps sous l’influence des agents minéralisateurs.
La reproduction du quartz et celle delatridymite parles tungstates en sont un nouvel exemple aussi net. La tridymite se forme it la température de la fusion de l’argent, et le quartz à une température moins élevée. L’aspect du quartz obtenu par la voie sèche est variable ; les formes dominantes de cette espèce s’éloignent d’autant plus des formes du quartz hyalin des filons que la température à laquelle on l’a préparée a été plus élevée.
J’ai constaté également l’influence de la température à laquelle se fait la cristallisation de l’albite et de l’orthose; mais une différence de 4oo° ne détermine pas de dimorphiedans ces silico-aluminates acides. Le microcline, seconde forme du silico-aluminate de potasse acide, dont on doit la découverte à M. Des Cloizeaux, n’a pas pu être reproduit, par l’agent minéralisateur que j’ai employé, ni à 600° ni à iooo°. J’ignore encore ce que pourront me donner des expériences faites au-dessous de 600° et au-dessus