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MISSIONS HYDROGRAPHIQUES ET SCIENTIFIQUES

Je n’ai pas lieu de citer les missions auxquelles j’ai été attaché au début de ma carrière : elles ne pouvaient servir qu’a mon instruction ; mais j’aime à me rappeler que c’est sous la direction de M. Bouquet de la Grye que j’ai fait ma première campagne à Alexandrie, en Égypte, au mois de dé-

Campagne de Cochinchine, 1865-1869.

C’est quatre ans plus tard, en i865, que je fus envoyé seul à Saigon pour continuer les travaux commencés par mes prédécesseurs. La première reconnaissance des côtes et rivières de la basse Cochinchine avait été brillamment conduite par M. Manen, qui, en quelques années, avait publié un Atlas presque complet, et par MM. Vidalin et Héraud, qui lui avaient succédé. Il restait encore à glaner dans ce vaste champ au moment ou j'ai dû prendre la direction du service hydrographique, C’est vers le perfectionnement de la première œuvre que, sur la demande expresse du Dépôt des Cartes et Plans, devaient tendre mes premiers efforts. J’étais appelé, en i86G, àfaire une reconnaissance nouvelle des embouchures du Cambodge et peu après à reprendre le levé de la partie basse de la rivière de Saigon.

La conquête des trois provinces de l’Ouest, faite l’année suivante par M. le vice-amiral de la Grandière, devenait l'occasion de travaux d’une nature un peu différente. La France s’était annexé un territoire compris entre le cours du Cambodge et le golfe de Siam, pays bas, formé d’alluvions très récentes, vaste plaine de joncs, en partie submergée, accessible seulement aux bateaux pouvant naviguer sur de petits arroyos naturels ou creusés de main d’homme. Les Européens n’avaient pas, en quelque sorte, pénétré dans ces parages à peu 'près inconnus ou sur lesquels on ne possédait que

(les renseignements géographiques très vagues. le dus entreprendre l’exploration de ce delta humide et malsain, et c'est au mois de juin, à l’époque des fortes chaleurs, heureusement tempérées un peu par la mousson de sudouest, qu’il me fallut débuter dans ce travail ingrat et difficile.

Les moyens de travail mis à ma disposition consistaient en deux petites jonques de rivières et une barque manœuvrée par des bateliers indigènes ; deux matelots timoniers me prêtaient leur concours pour les observations. Nous étions les trois seuls Européens de cette petite expédition toute pacifique, car nous n’avions pour armes que deux fusils. Pendant de longs mois, il nous fallut lutter contre les obstacles sans cesse renaissants, provenant de la nature du terrain, qui rend les levés réguliers à peu près impossibles, provenant encore delà difficulté d’approvisionnement et des conditions sanitaires déplorables du pays. Je ne parle pas du découragement que pouvait provoquer l’isolement à peu près complet où je me trouvais : il ne restait pas assez de loisirs pour s’y abandonner.

Le prestige des conquérants était heureusement encore entier; nous n’avons pas été inquiétés par les bandes de rebelles ou de pirates dont les tentatives étaient toujours à redouter, comme l’a prouvé, deux années plus tard, l’agression du poste de Rach-Gia, suivie du massacre des quelques Européens qui s’y trouvaient. On me permettra de citer encore un souvenir à cette occasion ; j’arrivai à ce poste un soir du mois d’août 1867, après avoir parcouru et levé l’interminable canal de Racb-Gia, creusé entre le fleuve du Cambodge et le golfe de Siam ; je trouvai l’inspecteur des affaires indigènes, M. Lemonnier de la Croix, dans une situation très critique. 11 était, seul Européen, avec son secrétaire, absolument isolé, loin de tout secours et insuffisamment protège par un detacbement de miliciens indigènes dont la fidélité était d’ailleurs douteuse. Prévenu d’une attaque procbaine du poste, il avait envoyé demander du renfort à Hatien; mais, devant l’imminence du danger, l’hostilité des habitants étant manifeste, il était à craindre que le secours n’arrivât trop tard. Notre arrivée inopinée changea heureusement la situation. Cinq Européens réunis formaient, paraît-il, une force respectable; la soumission des habitants ne se fit pas attendre.

-Je terminai cette exploration au commencement de l’année 1868, par une campagne hydrographique dans le golfe de Siam et à Hatien, dont je déterminai la longitude parles culminations lunaires.

Au mois de mars suivant, je dus rechercher, à l’entrée de la rivière de Saigon, un emplacement où il fût possible de créer un port de relâche pour les paquebots. On espérait attirer les vapeurs anglais qui passaient sans

s’arrêter (levant le cap Saint-Jacques en allant de Singapoore à Hong-Kong. Après une exploration attentive des lieux, je proposai l’un des estuaires de la baie de Ganh-Ray, celui qui s’étend au sud de l’ile de Nui-Neua. Le Rapport que j’ai fait à cette occasion a été approuvé en principe au Ministère de la Marine, mais le projet de port est resté sans exécution; les vapeurs remontent aujourd’hui encore les 5o milles de rivière qui séparent Saigon de la mer.

Peu de temps après, je fus chargé d’une mission spéciale, nécessitée par la prochaine observation d’un phénomène astronomique important, l’éclipse de Soleil du i8 août 1868, L’arrivée d'une Commission scientifique française était annoncée, et le Ministre demandait que la reconnaissance et la préparation d’un terrain propre à l’observation fussent faites sur la côte Est delà presqu’île de Malacca. Je fus chargé de ce double travail, et, pendant que les cabanes d’observation étaient construites à Saigon, je fis un premier voyage à bord du Frelon pour reconnaître la portion de côte située aux environs du passage de l’éclipse centrale.

Le mois de mai fut consacré au travail géographique, qui me permit de dresser, au retour, une Carte de la côte dont les reliefs principaux avaient été déterminés en même temps que les sondages étaient faits au point de vue des nécessités du débarquement du matériel astronomique.

Je retournai à'Wha-Ton, c’est le nom de la localité où devait se faire l’observation, au mois de juin. Le Ministre de la Marine avait bien voulu m’adjoindre à la Commission, composée de MM. Stephan, Rayet et Tisserand. En attendant son arrivée, je m’appliquai à choisir le terrain propre à l’observation, à y installer des cabanes et à y construire une maison d’habitation. Cette tâche a pu être menée à bonne fin, en très peu de temps, grâce au concours de nombreux travailleurs indigènes, que dirigeait un chef siamois parlant un peu l’anglais et le français.

Notre palais en hamhou était à peu près terminé quand arrivèrent les membres de la Mission, qui purent immédiatement installer leurs instruments et commencer les observations préliminaires. J’y pris part avec le cercle méridien portatif que j’avais apporté de Saigon.

J’étais chargé, le jour du phénomène, d’observer les heures des contacts avec ce cercle méridien, que la monture du pied me permettait de disposer en altazimut, et de rechercher les raies hrillantes de l’hydrogène au moment de la totalité.

C’est, comme on le sait, entre deux nuages que l’éclipse fut visible. Le premier et le quatrième contact échappèrent, il est vrai, à l’observation; mais

le ciel se découvrit subitement aux approches de la totalité, et les efforts de la Mission purent être couronnés de succès. J’ai pu noter les heures des contacts extérieurs et constater, au spectroscope, l’existence des raies hrillantes de l’hydrogène. La durée exceptionnelle de la totalité laissait toute latitude aux observateurs. M. Stepban a bien voulu mentionner dans son Rapport la part que j’ai prise aux travaux de la Mission.

.le pus observer à Saigon le passage de Mercure sur le Soleil au mois de novembre 1868, avec un télescope Foucault de o",2o d’ouverture que m’avait laissé la Mission astronomique.

J’entrepris, dans les derniers mois de l’année, une exploration des régions boisées situées au nord de Saigon; le concours empressé de M. 01ry, alors lieutenant de vaisseau, mort vice-amiral en [890, me permit d’utiliser le télégraphe pour la détermination des longitudes des principaux postes.

Je consacrai le commencement de l’année 1869 aux dernières observations de culminations lunaires pour achever de déterminer la longitude de l’observatoire de Saigon.

Pendant mon séjour de quatre années en Cochinchine, il m’a été possible de réunir plus de soixante résultats pouvant concourir à la détermination de cette position géographique; je n’ai présenté au Bureau des Longitudes que les derniers, au nombre de vingt environ, qui me paraissent devoir mériter le plus de confiance; j'avais pu mettre à profit les précieuses leçons des astronomes de la Mission de Wha-Ton.

I.e Bureau des Longitudes a décidé que l’observatoire de Saigon serait considéré comme méridien fondamental.

Révision de la côte sud de France.

J’ai été attaché, en 1872, à la campagne de révision de la côte sud de France, rendue nécessaire par les changements importants survenus depuis l’époque du premier levé en i8J|0.

Comme travail personnel et indépendant, je puis citer la détermination directe de la latitude du fort de Montalban, près de Nice, destinée à la mesure de la déviation très notable que subit la verticale en ce point sous l’influence de l’attraction du massif des Alpes. Les résultats de ces observations fournissaient une preuve nouvelle du parti qu’on peut tirer des excellents petits cercles méridiens de M. Brunner.

Voici les valeurs obtenues pour la latitude du fort :

Moyenne adoptée. 43*4i’44',3

La triangulation géodésique a donné la valeur suivante :

La déviation est donc de 20" environ, dans le sens nord-sud.

Mission de Port-Saïd.

Je dus interrompre momentanément mes travaux sur la côte de France, pour me rendre à Port-Saïd et faire la reconnaissance hydrographique des parages qui s’étendent autour de l’entrée du canal de Suez, Je levai le plan du port et de la rade, et je mis à profit mon séjour pour déterminer la position géographique du phare électrique.

La latitude était obtenue par deux séries de hauteurs d’étoiles, dont les résultats concordent à moins de i",3; la longitude résultait de huit observations de passages lunaires.

Le Bureau des Longitudes a décidé que ce point serait considéré comme méridien fondamental.

Mission du passage de Vénus, en 1874.

Attaché, en qualité de second, à la Mission de l’ile Campbell, dirigée par M. Bouquet de la Grye, j’ai fait de mon côté, avec un instrument indépendant, les observations astronomiques destinées à la détermination de l’heure, de la longitude et de la latitude du lieu.

J'ai pris part aux observations de Physique générale, et j’ai exécuté la triangulation complète de l’ile. M. Bouquet de la Grye m’a confié la rédaction du compte rendu des divers travaux dont j’ai été chargé; elle est in-

d’acier de ao” et en employant le procédé inauguré à Chubut, en 1882, et décrit plus haut, qu’elle a été faite.

Des précautions particulières avaient été prises pour déterminer la température du ruban qui est une des données les plus importantes et la plus uiincile à obtenir, surtout à l’air libre. Le ruban a été enfermé dans une gaine d’étoffe blanche assez épaisse; des trous percés de distance en distance ont permis d’introduire des thermomètres très sensibles dont la lecture était faite immédiatement après la lecture de chaque portée. Cette disposition ne gênait en rien l’action des poids tenseurs. Il y avait lieu d’espérer que, en l’absence de tout rayonnement, le ruban prendrait une température assez constante, celle du milieu qu’il partageait avec les thermomètres. L’expérience semble donner raison à cette supposition, car les deux mesures exécutées consécutivement ont été faites dans des conditions de température assez différentes et les deux résultats sont presque identiques.

La différence de io”“,4i est absolument insignifiante, étant donnée la longueur de la base, .')383“,68; la moyenne de ces chiffres n’est affectée que d’une incertitude de 5““ ou de i-jjVôôô-

L’étalonnage du ruban a été obtenu par la mesure directe au moyen d’une règle en laiton comparée à Breteuil, par les soins de M. le D'Benoît. Cet étalonnage ne comporte lui-même qu’une incertitude de qui doit être prise pour celle de la mesure de base.

Observationsdelongitude. — La deuxième partie de lacampaguedu 8juin au 4 août a été consacrée à des observations astronomiques destinées à relier la Corse au continent.

Le travail a été exécuté en collaboration avec M. Perrotin, directeur de l'Observatoire de Nice et avec le concours de mon collègue M. Driencourt. L’Observatoire de Nice a été relié télégraphiquement à la cabane méridienne de l’île Rousse et à celle d’Ajaccio, et ces deux cabanes ont été reliées entre elles. De nombreuses déterminations d’équations personnelles des trois observateurs assurent contre toute cause d’erreur sous ce rapport. Du reste, les observateurs de Nice et de Pile Rousse ont permuté leurs stations.

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