ENGRAIS. — AMENDEMENTS. — TERRE ARARLE
Aussitôt que M. Dehérain fut attaché à l’École de Grignon (1865), il songea À utiliser les conditions dans lesquelles il se trouvait placé pour installer un ■certain nombre d’expériences de culture.
Ses premières recherches portèrent sur l’influence des engrais de potasse.
• Recherches expérimentales sur l’emploi agricole des sels ae potasse. (1" série d’essais.)
-(Comptes rendus des séances de l’Académie des sciences, t. I.XIV, p. 863 et 9Ï1. - Bulletin de la Soeiété chimique, t. VU, p. 8 et 75, 1867.)
Recherches expérimentales sur t emploi agricole des sels de potasse.,
. (-2* série d’essais.)
La découverte d’un gisement important de sels de potasse formant la parlie ^supérieure de l’amas énorme de sel gemme de Stassfurt-Anhalt et la création de plusieurs usines destinées au traitement des sels bruts mirent, vers 1865, à la disposition des cultivateurs, à des prix assez bas, des quantités notables de sels de potasse. On semblait, en Allemagne, les avoir employés avec ■quelque avantage, et l’auteur, disposant à ce moment du champ d’expé-
riences de l’École de Grignon, n’hésita pas à tenter l’essai de ces produits au moment même où ils allaient apparaître sur le marché français.
Pendant la saison 1865-1866 on disposa deux séries d’expériences dans deux terres très-différentes ; dans l’une op cultiva des pommes de terre et des betteraves; dans l’autre on adjoignit du blé aux tubercules et aux racines. Chacun des essais comprenait quatre carrés de quatre ares : l’un ne recevait pas d’engrais de potasse et était considéré comme témoin ; le second recevait un engrais de potasse asseis complexe, mais livré à bon compte; l’autre, du sulfate de potasse purifié, beaucoup plus cher; enfin, le troisième carré était amendé avec un sulfate de potasse et de magnésie venant des usines de MM. Merle, à Alais. On donna à chacun des carrés des quantités d’engrais renfermant le même poids de potasse.
On reconnut, pendant cette saison, que, si les sels de potasse avaient sensiblement amélioré la récolte du froment, tellement que dans l’un des carrés la récolte était double de celle qu’avait fournie le carré sans engrais de potasse, ils n'avaient amené dans les cultures de betteraves et de pommes de terre qu’une augmentation très-faible et insuffisante pour payer la dépense qu’avait . occasionnée leur acquisition.
L’année suivante les cultures eurent lieu sur une même terre; elles furent disposées les unes à côté des autres, de façon à être de tous points compas râbles, et l’on reconnut encore que si les engrais de potasse laissaient un bénéfice notable lorsqu’ils étaient employés sur le froment, ils ne donnaient que peu ou pas de bénéfices quand ils étaient répandus sur les pommes de terre ou les betteraves.
Les résultats.de 1866 et de 1867, groupés ensemble, se résument comme
1° On a fait, sur la culture des betteraves, treize essais à l’aide des sels de potasse, dans trois terres très-différentes et pendant deux saisons, et dans ces treize expériences l'emploi des sels de potasse a été désavantageux ; ,
2” On a encore fait treize essais d’emploi des sels de potasse sur la culture des pommes de,terre pendant deux saisons, sur trois terres différentes, et onze fois sur treize on et été constitué en perte ;
&° On â fait, pendant les deux saisons 1865-06 et 1866-67, douze essais d'emploi des sels de potassesnr ,1a culture du froment , et dix fois sur douze on a obtenu des bénéfices.
L’excès de betteraves récolté sous l’influence des sels de potasse a toujours été insuffisant pour payer la dépense d’engrais; l’excès de pommes de ferre obtenu a été également insuffisant la plupart du temps, tandis qu’en employant
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sur l.e ; même sol des sels de potasse à la culture du froment, on a, dépense d’engrais-soldée, encore obtenu un bénéfice notable.
.Si cependant on détermine la composition des cendres de ‘blé,-de pommes de terre et de betteraves, on reconnaît que,- dans ces deux dernières espèces, la potasse est singulièrement plus abondante que dans la première, dé tellesorte que, dans ces expériences, toujours exécutées comparativement sur des carrés voisins les uns des autres et tracés dans la même pièce, les plantes qui payèrent la dépense des sels de potasse furent précisément celles qui renfermaient dans leurs cendres la plus petite quantité d’alcali.
On déduit naturellement de ces expériences que la composition des cendres d’une plante n’indique pas la nature des engrais minéraux qu’il convient de lui fournir; cette conclusion, en opposition avec ce qui est généralementadmis, est identique à celles qui découlent des essais poursuivis en Angleterre par MM. Lawes et Gilbert, pendant de nombreuses années, avec une si louable persévérance (i)'. 1 Plus récemment, M. Cloëz est encore arrivé è formuler une opinion semblable (2)-.
Les recherches expérimentales sur l’emploi agricole des sels de potasse ont donc eu ce résultat pratique d’éviter les pertes considérables qu’auraient pu> faire les agriculteurs français s’ils avaient cru devoir répandre des quantités notables de ces engrais sur les betteraves ou les pommes de terre ; elles sont venues, en outre, justifier les' considérations théoriques émises par fauteur. süBjlassimilation des substances minérales par les. végétaux; où il fait Voir que -tous les minéraux qui existent dans les cendres d’une planté soht'loind’être également utiles à son développement.
On sait que les chimistes allemands avaient encore assuré qu’une des .causes de la maladie de la pomme de terre était l’épuisement des sols cultivés en potasse assimilable par les plantes; les expériences exécutées à Grignon'ne sont nullement favorables à cette opinion, puisqu’on a trouvé précisément autant de pommes de terre malades dans les lots venus sur les sols amendés avec les engrais de potasse que dans ceux qui n’en avaient pas reçu; enfin, les premiers travaux publiés de l’autre Côté du Rhin affirmaient que les betteraves développées sur les sols amendés avec les sels de potasse renfermaient plus de sucre que celles qui n’avaient pas reçu cet engrais; les résultats obtenus à l’École de Grignon se trouvèrent encore en contradiction sur ce point avec ceux des chimistes allemands : les betteraves venues sur les sols
V) Revue dés Cours scientifiques,
(21 Bulletin de la Société chimique, t. XII, p. 32,1869.
amendés avec la potasse renfermaient exactement la même quantité de sucre' que celles qui s’étaient développées sans cet engrais, mais, en revanche, la proportion de cendres s'était élevée, circonstance défavorable à l’extraction du sucre, puisqu’on sait que les matières minérales, et notamment le sel marin, entraînent dans les mélasses un certain poids de sucre. M. Corenwinder a obtenu, de son côté, des résultats identiques aux précédents.
Recherches sur les betteraves à sucre.
En collaboration avec M. E. Fremy, membre de l’Institut.
■ . Première année d’observation.
{Comptes rendusjie l’Académie des sciences, t. LXXX, p. 778, 1875. - Annales agronomiques, t. I, p. 162, *875.)
En abordant ces recherches les auteurs se sont préoccupés d’abord de déterminer l’influence du sol et des engrais sur la production du'sucre par les betteraves.
Pour éviter toutes les incertitudes que présente la culture en pleine terre, et pour faire la part dans les recherches de l’influence du sol et de celle des engrais, les sols ont été composés d’une manière synthétique en faisant usage de matières dont la composition était connue, procédé de recherche que les travaux de M. Boussingault ont rendu classique.
Ou a ajouté à ces sols des produits chimiques en quantité rigoureusement déterminée de façon à suivre l’influence de chacun d’eux sur le développement de la plante.
Le premier fait' intéressant qui ressort de ces expériences, c’est qu’il est possible d’oblenir des betteraves pesant de 700 à 800 grammes dans des sols artificiels absolument privés d’humus. Ces faits s’accordent avec ceux qui ont été constatés à différentes reprises par M. G. Ville. On a pu suivre, dans ces expériences, l’influence des divers engrais avec la plus grande nqtteté. Ainsi quand la betterave a été maintenue dans un sol stérile et qu’elle n’a reçu que de l’eau distillée elle a acquis seulement un poids de 25 grammes; c’est là une de ces plantes limites qu’a souvent obtenues M. Boussingault, et qui ne vivent qu’avec les traces d’ammoniaque contenues dans l’air ; quand on a donné à la plante du chlorure de potassium et du superphosphate sans engrais azdté elle a acquis 75 grammes; quand on a donné de l’azotate de soude sans
phosphate, elle est restée à 3.46 grammes; mais son poids s’est élevé h 700 et 800 grammes quand à l’engrais azoté se sont ajoutés le superphosphate de chaux et le chlorure de potassium, ,
En examinant la richesse en sucre des betteraves développées dans les différents tonneaux.où se trouvaient les sels artificiels, on reconnut que celles qui avaient reçu les plus fortes proportions d’engrais azoté étaient les plus pauvres en sucre, et en joignant au dosage du sucre celui de l’azote delà matière sèche, on trouva que la proportion de sucre était d’autantplusfaible que celle de l’azote était plus considérable.
Ces premiers résultats furent confirmés par de nombreuses analyses exécutées sur des racines provenant de diverses localités. Parmi les betteraves obtenues à Grignon dans laferme extérieure, quelques-unes étaient extrêmement riches, elles renfermaient en général moins de 1 d’azote pour 100 de matières sèches; dans les betteraves pauvres, au contraire, l’azote dépassait 1 pour 100 et atteignait parfois 2. Une betterave provenant du département du Nord, qui ne renfermait que 5 pour 100 de sucre, a donné plus de 3 pour 100 d’azote dans la matière sèche.
Ces observations conduisirent à cette conclusion, très-inattendue que, contrairement à l’opinion généralement admise, si les betteraves qui se développent dans certains terrains sont peu sucrées, ce n’est pas parce qu’ils ont été appauvris par des. cultures répétées, c’est au conlraire parce que, sous' l’influence d’abondantes fumures, ils sont devenus trop riches en azote, Ces conclusions sont complètement d’accord avec les résultats obtenus par les agronomes qui se sont occupés des betteraves dans ces dernières années, et notamment par MM. Corenwinder, Pagnoul, Truchot et Ladureau.
Recherches sur les betteraves d sucre.
Deuxième année d'observation.
(Comptes rendus de l'Académie des sciences, t. LXXXII, p. 943, 1876.-Annales aeronominues t. II, p. 161, 1876.) È 1 ’
Dans cette seconde série d'expériences les auteurs ont cherché à déterminer l'influence qu’avait sur la production du sucre la nature de la variété cultivée; ils ont voulu en outre vérifier ce qu’ils avaient observé l’année pré-
cédente au sujet de l'influence fâcheuse de l’excès d’engrais azoté, et enfin ce qui avait été dit par divers auteurs de l’action des superphosphates. Les cultures ont été installées à Paris au Muséum, et à Verrières, avec l’aide de M. H. Vilmorin ; elles ont porté sur des betteraves appartenant à des races parfaitement déterminées, qui ont été placées dans des conditions identiques, dè façon que les différences dans les résultats ne pussent être attribuées qu’à la nature de la graine.
Quatre races furent ainsi mises en comparaison s deux appartenant aux betteraves améliorées de M. Vilmorjn, deux autres à la variété dite à collet rose ; chaque lot de graine fut soumis à l’influence de doses considérables d’azotate de sdude égales dans fous lés cas, et à des dosés variables de superphosphates ; enfin chacun des lots avait été cultivé, en outre, sur un sol n’ayant reçu qu’une fumure légère.
On trouva que, dans aucun cas, lès racines développées sous l’influence dé quantités notables d’azotate de soude données comme engrais n’atteignirent la quantité de sucre contenue dans les racines qui n’avaient pas reçu une fumure exagérée; celle-ci diminua la richesse saccharine de toutes les betteraves, mais cette diminution fut en quelque sorte proportionnelle à ■ leur richesse initiale.
La valeur du porte-graine constatée par la richesse des betteraves cultivées avec une fumure légère est .donc encore sensible sur les betteraves qui ont reçu des fumures exagérées; le procédé de culture choisi’a modifié la Com<position de la hetterave, mais il n’a pu rendre méconnaissables les caractères qu elle tenait de ses ascendants.
Si l’influence de l’engrais azoté .a été des plus manifestes, il n'en a plus été ainsi des phosphates; la différence de richesse entre les betteraves qui les avaient reçus et celles qui eu avaient été privées est peu sensible.. Il n’en est pas ainsi partout : c’est qu’il faut toujours avoir présente à l’esprit la notion si juste de l’engrais qu’a introduite l’illustre directeur du Mnséum; il faut toujours se rappeler que l’engrais est la matière utile à la plante qui manque ausol, et que, par suite, Si la terre sur laquelle on l’applique en est suffisamment fournie, son effet est nul, mais qu’il en sera tout autrement sur une autre terre où ilfera. défaut.
En calculant la quantité de sucre produite à l’hectare par les diverses, variétés de betteraves cultivées, on a reconnu qu’un des collets roses avait ourni Un chiffre beaucoup plus élevé que les améliorées; cependant Si les fabricants consentaient à payer les betteraves d’après leur valeur, il pourrait y avojr avantage à cultiver les betteraves appartenant aux bonnes variétés,car
on serait certain de ne jamais avoir de racines refusables par les usines, ce qui peut arriver avec les collets roses.
Recherches sur les betteraves à sucre.
En collaboration avec M. E. Fremï.
(Le mémoire est terminé, il paraîtra dans le I er fascicule d’avril 1877 des Annales
Pendant l’année 1876, les auteurs ont voulu de nouveau “vérifier les résultats obtenus pendant les campagnes précédentes et reconnaître en outre l’influence qu’avait l’écartement laissé entre les racines sur leur richesse et sur le rendement à l’hectare.
Les expériences exécutées sur le domaine de Grignon ont vérifié l’influence fâcheuse des fumures exagérées; les betteraves les plus riches ont été obtenues sur un sol qui n’avait pas reçu d’engrais, les plus pauvres sur celui qui avait eu un grand excès de sulfate d’ammoniaque,
ÂU Muséum on a cultivé dans quatre sols différents des collets roses et des améliorées à côté;les unes des autres; elles ont été placées à distances égales et ont reçu les mêmes engrais; les résultats de 1876 ont pleinement confirmé ceux de 1875, et on a vu une fois de plus que des betteraves appartenant' à des . .races différentes élevées dans dés conditions identiques, quelles que soient au reste ces conditions, renferment dès proportions de sucre trèsvariables.
G’est â Verrières, avec l’aide de M. H. Vilmorin, qu’ont été disposées les expériences sur l’influence de 1 ccartement ; on a reconnu que le* betteraves à collet rose maintenues très-serrées de façon qu’il y eût douze racines par mètre carré atteignent un rendement considérable et conservent une richesse suffisante, plu-, de 11 pour 100, mais qu’au contraire le rendement à l’hectare et la richesse en sucre diminuent à mesure quelles sont plus écartées- les betteraves Vilmorin, même très-écartées (4 au mètre’carré), n’acquièrent jamais les dimensions exagérées que prennent aisément les betteraves à collet rose, mais elles deviennent facilement trop petites quand elles sont placées à de faibles distances.
La culture serrée doit donc être recommandée quand ou emploie les bette-
raves des variétésqui prennent facilement un grand accroissement ; c’est là, au reste, une pratique qui tend à se répandre et qui aurait pbur grand avantage de concilier les intérêts des cultivateurs et des fabricants, puisqu'on aurait à la fois de forts rendements et des betteraves d’une richesse suffisante.
Au point de vue de la pratique agricole les observations des auteurs peuvent donc se résumer dans les trois-points suivants :
1" Un excès d’engrais azoté nuit à la quantité de la betterave ;
2“ La betterave conserve, quel que soit le mode de culture qu’on lui fasse subir, les caractères qu’elle tient de sa race, mais le mode de culture influe cependant beaucoup sur le produit obtenu. En effet :
a. Des betteraves de qualité médiocre cultivées en lignes serrées conservent une richesse suffisante quand elles n’ont pas reçu des proportions exagéréesd’engrais azoté.
b. Des betteraves de très-bonnes races perdent une partie de leur richesse quand elles reçoivent de très-fortes fumures.
On a cherché en outre à quelle cause il fallait attribuer la richesse des betteraves améliorées par MM. Vilmorin, la pauvreté que présentent souvent les collets roses; on a reconnu avec tous les observateurs qui se sont occupés des betteraves, que les zones de tissu cellulaire et de tissu fibro-vasculaire étaient d’importance très-inégale dans ces deux variétés. Tandis que dans les betteraves Vilmorin les zones de tissu flbro-vasculaire sont tellement serrées qu’il est difficile d’en séparer le tissu cellulaire, dans les collets roses, au contraire, le parenchyme prend un grand développement; or l’analyse démontre qu’il est à la fois plus aqueux, plus azoté et moins sucré que le tissu fibrovasculaire, d’où l’on déduit que c’est à l’imporlance relative de ces deuxtissusdans les deux variétés qu’il faut attribuer la différence de leur richesse en sucre. Ces observations sont d’accord avec celles qu’avaient faites autrefois MM. Decaisne et Peligot, et avec les observations plus récentes de M. Violette.
Cultures du champ et expériences de Grignon,
C’est seulement en janvier 1875, que l’Administration de l’Agriculture décida la création à l’école de Grignon d’une station agronomique et d’un champ d’expériences.
M. Dchérain fut chargé de diriger les essais; il s’adjoignit M. Boreau, chef
•de pratique, pour surveiller les cultures, M. Maquenne, licencié ès sciences; répétiteur de chimie, etM. Monnet, chimiste, attaché à la station pour l’aider ■clans les nombreuses analyses qui devaient être exécutées.
Avant de distribuer les cultures sur le sol destiné à devenir le champ d’expériences, M. Déhérain voulut visiter les essais de culture scientifique les plus célèbres qui existent eu Europe, ceux de Rothainsted installés sur le domaine de M. Lawes.
Les travaux de .MM. Lawes et Gilbert ont fait voir qu’il est possible de cultiver indéfiniment certaines céréales sur le même sol sans leur donner d’autres engrais que des produits chimiques; il existe à Rothainsted des parcelles d'expérience d’une grande étendue sur lesquelles la culture du blé se perpétue sans engrais ou avec des produits chimiques depuis plus de trente ans ; en revanche, il a été reconuu que certaines cultures, comme celles des légumineuses et notamment celle du trèfle, ne pouvaient être continuées pendant .plusieurs années sans interruption que dans des sols de jardin; dans des terres .-arables ordinaires, la récolte manque après quelques années sans qu’il soit possible de la rétablir au moyen dés engrais chimiques ou du fumier.
Cette différence d’alimentation parmi les- végétaux, les uns pouvant prospérer quand ils rencontrent dans le sol des substances dé constithtion simple et absolument exemptes de carbone, azotates, sels ammoniacaux, phosphates, sels de potasse, les autres vivant seulement quand le sol est riche en produits ulmiques, est digno d’attirer l’attention du physiologiste et aussi celle de l’agrowome qui doit se préoccuper aussi des difficultés: financières que suscite le mode de culture à l’aide des. engrais chimiques qu’adoptent quelques cultivateurs. Enfin les industriels qui s’occupent de la fabrication des engrais sont souvent désireux de savoir quelle efficacité présentent les mélanges qu’ils se proposent de mettre dans le commerce; il ,est utile d’essayer ces produits afin d’éclairer les cultivateurs qui voudraient les employer.
C’est dans le désir d’examiner ces diverses questions qu’on a disposé le champ d’expériences de Grignon dont le mode de culture n’a été fixé qu’après l’avoir soigneusement discuté avec le d irecleur de l’École ; la longue expérience agricole de M. Dutertre et son habileté reconnue m’ont été d’un puissant secours, et je le prie de vouloir bien agréer ici l’expression de ma gratitude.
Le nombre des parcelles d’expériences est.de 70; chacune d’elles a exactement la surface d’un are ; on résolut de commencer les études par la culture de.quatre des plantes les plus répandues actuellement ;. on choisit l’avoine, le maïs, les pommes de terre et les betteraves; d’autres parcelles furent réservées pour la culture des légumineuses;
Bien que quelques parcelles soient destinées aux cultures alternes, la plupart, au contraire,reçoivent chaque année le même poids du même engrais et on y cultivé là même plante.
On a pensé réussir ainsi à mettre plus complélementen relief l'influence des divers modes de cultures; on verra si l’accumulation de l’humus sur les parcelles qui reçoivent constamment du fumier de ferme aura une influence heureuse si, au contraire, la destruction de cet humus sur lés parcelles qui ne reçoivent quedesengrais chimiques se traduitpar une diminution danslepoidsdé làrécolte.
Les engrais et les récoltes sont rigoureusement pesés, en outre les plantes sont analysées quand il y a lieu, les résultats obtenus sont insérés aux Annales agronomiques, enfin chacun des comptes rendus des cultures est précédé d’une notice sur la climatologie de Grignon pendant la même aiinéé; on pourra sans doute dans quelque temps tirer de la comparaison des récoltes avec les, circonstances atmosphériques des résultats intéressants.
Culture de l'avoine.
En 1875 le champ d’expérience sortait de luzerne, et l’une des meilleures récoltes fut celle de la parcelle sans engrais; les parcelles qui. reçurent l’azotate de sonde fui furent légèrement inférieures ; celles qui reçurent du sulfate d’ammoniaque donnèrent au contraire des résultats un peu plus avantageux que ces dernières.
En 1876 il en fut tout autrement; la parcelle sans fumier donne encore 56 hectolitres 7, mais il n’en est que deux qui lui soient inférieures; les parcelles au fumier de ferme se placent au premier rang, puis viennent cellesqui ont reçu les azotates; enfin les carrés fumés au sulfate d’ammoniaque n’ont donné qu’un moindre rendement.
Les différences observées en 1876 entre les diverses parcelles sont dues surtout à la sécheresse de la saison; on a déjà remarqué, en effet, que pendant les années sèches les nitrates exercent une action plus favorable que les sels ammoniacaux. C’est ce qu’ont observé particulièrement MM. Lawes et Gilbert, et ce. qu’ils ont rapporté dans leur mémoire : Sur la sécheresse â Rothamsted en 1870 dent f auteur a donné une traduction dans les Annales agronomiques.
Culture du mais-fourrage.
Les résultats obtenus on 1876.sont des plus remarquables; en examinant le champ d’expérience, on voyait à la fin dé juillet les maïs semés sur fumier.
atteindre 1“.,80; ceux qui s’étaient développés sur les nitrates avaient en movenne 1",30, et ceux qui avaient reçu du sulfate d’ammoniaque dépassaient à peine un mètre.
Ces différences sont dues sans doute à la facilité qu’a la terre amendée avec le fumier de ferme de retenir l’eau; on à trouvé,:; en effet, sensibleuient plus ' d’eau au commencement d’août après une longue période de sécheresse dans les parcelles qui avaient reçu du fumier de ferme que dans celles qui avaient été amendées par les engrais chimiques, bien que le sol de ces parcelles eût ’ dû perdre, par le fait de l’évaporation de l’admirable récolte qu’il portait, beaucoup plus d’eau que les autres.
La culture du mais-fourrage s est beaucoup développée depuis plusieurs . ■ années. D’après les expériences précédentes, il semble que le fumier de fermesoit l’engrais qui convienne davantage à cette plante quand elle est placée sur un terrain sec, il en serait peut-être autrement pendant une année pluvieuse ' ou sur une terre humide. Mais une autre question se présentait qui n’a pas une moindre importance et qui n’est pas encore nettement résolue; il s’agit de déterminer l’époque à laquelle cette plante doit être coupée pour offrir aux animaux le maximum de nourriture.
Pour réussir à déterminer l’époque la plus favorable pour la fauchaison on a coupé pendant dix semaines consécutives, dix bandes de dix centiares chacune, on a pesé en voit, puis on a séché un certain poids de récolte, on. a trouvé ainsi que-c’était vers le milieu du mois de septembre que la récolte a.
Culture des pommes de terre.
Eu 1875 la récolte a été très-belle sur toutes les parcelles; le carré sans engrais est celui qui a fourni la plus petite récolte ; le fumier de ferme, les azotates et le sulfate d’ammoniaque ont été sensiblement égaux; il n’en a plus été de même en 1876, le fumier de ferme se place au premier rang avec une différence en sa faveur de plus de 100 hectolitres à l’hectare sur les engrais chimiques; l’azotate dé soude est supérieur au sulfate d’ammoniaque, mais avec un faible avantage.
Il serait imprudent de tirer de ces faits aucune conclusion, les différences signalées étant peut-être dues à l’influence de la saison.
Toutefois il est un point à remarquer ; c’est qu’en 1875 comme en 18.76 on a trouvé beaucoup plus de tubercules malades sur les parcelles qui ont. reçu du fumier de ferme que sur celles qui ont été amendées avec des produits
chimiques; il est très-possible que la fâcheuse habitude où l’on est de jeter les tubercules malades au las de fumier soient la cause de la propagation de la maladie.
Observations sur le mode de distribution des engrais solubles.
La crainte que doit avoir le cultivateur, quand il emploie les engrais solubles, est de les perdre par dissolution dans les eaux qui courent à la surface du sol ou qui s’enfoncent dans les profondeurs; de là l'utilité qu’il peut y avoir à les répandre à plusieurs reprises à mesure des progrès.de la végétation; pendant les deux saisons 1875-18 7 6, plusieurs des parcelles du champ d’expériences ont reçu des. poids égaux d’engrais identiques, mais sur les unes ils ■ont été donnés en une seule fois avant les semis, pour les autres en quatre fois, dont les deux dernières en. couverture. On n’a pas encore remarqué d’avantage sensible dans ce mode d’opérer; on •continuera cependant ces essais pendant les années suivantes.
De l’influence des engrais sur la composition des plantes récoltées.
Ou a vu plus haut, que l'influence des engrais azotés sur la richesse en sucre des betteraves était des plus marquées, et que les racines étaient d’autant plus pauvres que la fumure avait été plus abondante.
En est-il de même pour d’autres plantes et peut-on espérer modifier la composition du grain de blé ou d’avoine, ou encore augmenter la formation de la fécule dans les tubercules de pommes de terre par l'emploi de certains
On a procédé en 1875 à l’analyse des grains d’avoine récoltés sur le champ d’expériences, on a déterminé' également la composition des tubercules de pommes de terré. Mais ces analyses out fait voir que les engrais n’avaient pas grande infjuence sur la composition des plantes étudiées. MM. Lawes et ■Gilbert étaient arrivés pour le blé à un résultat identique à celui que nous avons eu pour l'avoine, le blé développé sur un sol bien fumé n’était pas sensiblement plus , riche eu gluten que celui qui avait crû sur un sol sans engrais.
Enfin les expériences exécutées en 1866 et 1867 sur les engrais de potasse avaient montré qu’il est difficile de changer la composition des tubercules de pommes de terre, c’est ce que sont venues confirmer les expériences de 1875; la richesse en fécule était peu variable et ne paraissait présenter aucune
relation avéc Ta nature des engrais qu'avait reçus le sol sur lequel les plantes s’étaient développées.
Les seules plantes examinées dont la composition' soit nettement .influencée par l’abondance des engrais sont les betteraves : on a indiqué plus haut les résultats 'Obtenus. '