A. — ALLUVIONS VERTICALES
De nombreuses études faites par l’auteur dans des régions très variées , Vont conduit à introduire dans la science la considération d’une classe spéciale de terrains dont le nom d 'Aliuvions verticales indique les caractères. Ils sont, en effet, constitués par des matériaux, élastiques , comme les terrains d’alluvions proprement dits , mais ils ont été poussés de bas en haut, au travers des couches du globe , par - des eaux ascendantes, au lieu d’avoir été étalés à leur surface par des courants superficiels.
Ces aliuvions verticales diffèrent complètement comme on voit des dépôts d’origine chimique , gisant dans une situation analogue et sur lesquels d’Omalius d’Halloy a l'un des premiers appelé l’attention.
Parmi les Mémoires relatifs à cette question , on citera , d’après l’ordre de la publication :
Ces puits naturels qui ont, en maintes circonstances, servi de canaux d’ascension aux aliuvions verticales sont ici, pour la première fois, étudiés par la méthode expérimentale. Pour reconnaître si le forage s’est exécuté de haut en bas ou dans le sens inverse , l’auteur a été conduit à en faire des imitations dont plusieurs sont actuellement conservées dans les collections du Muséum d’histoire naturelle.
La conclusion est que ces conduits ont été creusés de haut en bas par des eaux provenant de la surface, et que c’est seulement plus tard qu’ils ont permis à des matériaux d'origine profonde , de s’élever sur les formations plus récentes.;
Remarques sur fe diluvium granitique des plateaux; composition lithologique du sable kaolmique de Montainville. (Seme-et-Om)
L’auteur montre ici comment, au lieu de penser que le diluvium granitique des plateaux a été apporté horizontalement par lés grands courants d’eau de la période quaternaire, il est-beaucoup plus légitime d’y voir l’apport vertical d’eaüx jaillissantes. Il fait voir dansle sable de Montainvilè , le mélange de ces matériaux granitiques avec des fragments de roches et des fossiles , provenant des couches stratifiées qui forment le soubassement du bassin de Paris , et il suit pas à pas les altérations des-ans et des autres, sous l’action de- l’eau chaude qui lés a charriés. A. cet égard, l’étude des grains feldspathiquesdepuis l’orthose intact jusqu’au kaolin parfait présente un très vif intérêt.
Examen hthologtque du sable a glaucome mféneur au calcaire grossier.
De nombreuses analyses lithologiques ont démontré à l’auteur que les alluvions verticales ont apporté un contingent considérable à la formation désignée par d’Archiac sous le nom de glauconie grossière. Il tire de cet examen des notions sur les limites de la mer , à cette époque géologique et insiste sur l’incertitude où laisse dans certains cas , la considération seule du faciès d’un terrain pour faire savoir s’il est d’origine littorale ou pélagienne. Ses études comprennent des échantillons recueillis dans des localités très diverses des environs dè Paris, dont chacun a été soumis au triage mécanique le plus minu-
Faits four servir à l’histoire des puits naturels.
(Comptes-rendus du 10 juillet 1816).
En explorant les environs de Senlis ( Oise), l’auteur s’est trouvé en présence d’un dés accidents géologiques les plus étranges que puisse offrir la géologie parisienne. Il s’agit d’une colonne cylindrique et verticale de 6 mètres environ de diamètre qui, d’une manière très imposante, s’élève d’une dizaine de mètres, depuis le fond d’une vaste carrière jusqu’à la surface du sol au travers de toute l’assise du sable exploité. C’est comme la tour ruinée d’un ancien château fort et son caractère le plus remarquable , consiste dans l’enveloppe de grès mamelonnée qui la sépare nettement, avec une forme quasi-géométrique , de la masse du sable où elle était noyée.
On montre dans le Mémoire que celte tour s’est produite d’une manière analogue à celle qui a déterminé le forage des puits naturels dans les roches cohérentes. L’auteur y signale des matériaux venant de la profondeur et entre autres du minerai de fer et du minerai de manganèse. Il fait voir aussi que les blocs de calcaire contenus dans la colonne représentent les couches de Saint-Ouen , anciennement superposées au sable et témoignent de la tranquillité avec laquelle s’est opérée dans cettelocalité, une énorme dénudation.
Sur un bloc de meulière reçmilli dans le sable éruptif de Beynes.
C’est à 4 mètres au-dessous du sol, qu’en plein filon de sable éruptif l’auteur a recueilli un très gros bloc de meulière dont l’étude a fourni des données nombreuses et variées.
Les unes se rapportent au régime des eaux ascendantes qui ont charrié les alluvions verticales. On constate , en effet, que les régions externes de la meulière ont été si profondément altérées qu’elles sont devenues méconnaissables, et ont pris un aspect scoriacé tout spécial.
De plus , les vacuoles de ces régions sont remplies d’un sable fin exclusivement formé de cristaux parfaits de quartz bipyramidés. L’identité de ces cristaux avec ceux,que M. Daubrée a obtenus en attaquant divers silicates par l’eau suréchauffée est parfaite et l’on est en droit d’en conclure que les eaux ascendantes se trouvaient dans des conditions analogues à celles qui sont réalisées dans ces expériences.
Les autres données qui résultent de l’examen du bloc de meulière, sont relatives à l'allure dés phénomènes de dénudation dans la localité considérée : le bloc, appartenant au minimum, à la zone du terrain de Brie (sinon à celle du terrain de Beauce) et la surface du sol correspondant maintenant à la partie inférieure do l’argile plastique , on voit qu’une énorme épaisseur de roche a été enlevée. D’ailleurs , là disposition locale démontre que cette ablation s’est faite avec la plus grande tranquillité. C’est comme on voit une conclusion analogue à celle qu’avait déjà fournie l’examen de la tour naturelle des environs de Senlis, qui vient d’ètre citée.
Composition et origine du sable diamantifère de l)u Toits Pan, Afrique australe.
L’un des plus remarquables exemples d’alluvions verticales a été fourni à l’auteur par l’étude des matériaux dans lesquels gisent les diamants du Cap.
Les études par lesquelles l’auteur a démontré leur vraie origine ont été de la part d’une commission, dont M. Daubrée, était le rapporteur, l'objet d’un rapport très favorable (21 mai 1877) où on lit ce qui suit :
« Relativement à l’origine et à la formation de ces sables, les géologues qui les ont examinés sur place, sont d’accord pour leur attribuer une origine profonde, à raison de leur disposition en amas verticaux et enclavés dans les roches diverses. On a rattaché leur sortie à des phénomènes volcaniques et considéré ces sables comme le résidu de l’atération sur place de roches pyrogènes. Tout en admettant que la roche diamantifère a été amenée de bas et haut, M. Stanislas Meunier, lui attribue un autre mode de formation. D’après l’analyse minéralo-
gique qu'il a exécutée, la masse de remplissage se compose de roches très diverses et à l’état de fragments distincts : serpentine, grenatite à sahlite, pegmatite , talcschiste. Il paraît peu probable que des rcches aussi différentes se soient formées ainsi d’un seul coup, à l’état de mélange, sous l’action des mêmes causes. 11 est plus naturel de supposer que chacune d’elles a été arrachée è un gisement spécial, puis charriée jusqu’au point où le mélange actuel se présente. Or, admettre d’une part l’origine profonde des sables à diamants et d’autre part y reconnaître le produit d’un transport, c’est les ranger dans la même catégorie que les sables granitiques intercalés à travers les terrains
stratifiés.Pour revenir au travail qui fait l’objet de ce rapport,
nous dirons que M. Stanislas Meunier, à la suite d’un examen attentif des sables de l’exploitation dite « Du Toit’s Pan » en a nettement séparé plusieurs espèces minérales qui n’avaient pas été signalées dans les sables diamantifères de l’Afrique Australe ; de plus, l’auteur a été amené par celte étude à une explication ingénieuse du mode de remplissage des puits verticaux obstrués par ces sortes de sables.»
Mémoire sur les allumons verticales.
(Bulletin de la Société impériale des Naturalistes de Moscou, 1876).
Une partie des faits relatifs aux alluvions verticales sont coordonnés dans ce Mémoire qui présente sur cet important sujetdes aperçus tout
De l'origine de quelques-uns des éléments minéraux de la terre végétale.
Dans ce travail, l’auteur fait ressortir le rôle agronomique des allusions verticales et les signale comme des agents énergiques de mélange des formations géologiques les plus différentes, c’est-à-dire comme une des sources les plus abondantes où la terre végétale va chercher ses principaux éléments de fertilité.
B. — DESCRIPTIONS STRA.TIGRAPHIQUES.
Sur le calcaire spathique des marnes vertes de Chemevüw { Seine).
On trouve dans cette note, la description de rognons remarquables à la fois par leurs caractères et par les circonstances évidentes de leur production. L’auteur insiste particulièrement sur le régime tout spécial de l’époque des marnes vertes où les phénomènes geysériens ont été remarquablement développés.
Sur les marnes à huîtres de Fresncs-lès-Rungis (Seine).
(Comptes-rendus du 8 décembre 1873).
La localité de Fresnes présente à l’observation une coupe des assises les plus inférieures du terrain miocène. Parmi plusieurs particularités intéressantes, on y distingue un lit de galets fournis évidemment par une falaise maintenant disparue de calcaire de Saint-OueD, et qui marque un point du littoral de la mer où se sont déposés les sables de Fontainebleau.
Sur un altos miocène des environs de Rambouillet.
(Comptes-rendus du 24 décembre 1877).
Une coupe relevée dans le village même de Cernay-la-Ville, offre une succession de couches identiques pour leur situation relative, avec les couches qui constituent le sol actuel des Landes. La comparaison de ces deux terrains permet de préciser le régime à Cernay du début de l’époque miocène. On constate en effet que dans cette localité , le passage de la formation marine de Fontainebleau à la formation la-
custre de la Beàuce a été ménagé par une formation atmosphérique identique à celle de nos dunes et qui a été le théâtre de phénomènes rigoureusement semblables à ceux qui se développent aujourd’hui sur le littoral des océans. L’interprétation de la coupe de Cernay au point de vue des causes actuelles conduit donc dans ce cas particulier, à substituer, commedans bien d’autres, l’opinion d’une modification très lente du régime géologique à l’hypothèse jadis si en faveur, d’un brusque cataclysme.
Présence et caractère spècial des marnes à huîtres à Carnetin (Seine et Marne).
Dans cette note, l’auteur signale ù Carnetin la présence d’un calcaire très dur qui renferme toute la faune des marnes à huîtres. Ce fait parait avoir un double intérêt pour la géologie parisienne. D’abord, il prouve la nécessité de modifier les indications fournies par la carte géologique détaillée, qui ne signale sur le coteau situé à l’est de Carnetin que les meulières de Brie, tandis que le terrain miocène y est très nettement représenté. En second lieu , la présence à la surface du coteau de marnes à bithynies superposées au calcaire dont on vient de parler, paraît devoir contribuer à modifier les idées que professent encore quelques géologues à l’égard du mode d’érosion qui a donné naissance aux accidents topographiques du sol parisien.
Description géologique des environs de Paris, cours professé en 1874 au Muséum d’histoire naturelle.
(1 volume in-8° de 510 pages, avec 112 gravures).
La rédaction de cet ouvrage a été précédée d’une révision par l’auteur, de très nombreuses localités signalées autour de Paris, comme intéressantes au point de vue géologique. Ces excursions ont naturel-
lement donné lien à une foule d'observations originales consignées dans l’ouvrage.
Les causes actuelles en géologie; cours pvfessé en 1875 au Muséum d histoire naturelle.
Cet ouvrage est destiné à réagir contre la tendance de beaucoup de personnes, à diviser l’histoire de la terre en ces deux périodes : le passé . caractérisé par le désordre, le trouble, les cataclysmes; et le présent où règne la stabilité. Sa conclusion est que nous vivons à l’heure actuelle en pleine géologie, et il fournit par l’observation contemporaine l’explication des phénomènes anciens. L’auteury présente une foule de résultats qui lui sont propres.