‹ Notice sur les travaux scientifiquesChapitre 9 sur 11 · LX · texte numérisé non relu

LX

Recherches expérimentales sur la végétation des plantes submergées (en commun avecM. Gratiolet).

tcoraptes rendus des séances de l'Académie des Sciences, t. XXXI, p. 626. - Annales de Chimie et de Physique, 3’ série, t. XXXII, p. 41; 1849.)

L’assimilation du carbone par les végétaux est le résultat de la réduction partielle de l’acide carbonique par la partie verte des plantes soumises à la lumière ; c’est un fait acquis à la Science depuis les recherches de Th. de Saussure. Dans ce travail, on a cherché à préciser les conditions de cette assimilation, et, dans ce but, on a choisi les plantes aquatiques comme pouvant mieux se prêter à l’expérience, sans se trouver dans des circonstances trop éloignées de leur existence normale.

On a étudié comparativement l’influence de la lumière blanche et de la lumière transmise à travers des verres diversement colorés, sur la production du phénomène ; l’influence de la température a été constatée d’une manière certaine : on a vu que, quand la température est ascendante, la réduction de l’acide carbonique n’a pas lieu au-dessous de

i5 degrés; mais, une fois que la décomposition de l’acide a commencé, le dégagement d’oxygène peut continuer malgré l’abaissement de la température jusque vers lo degrés.

L’ammoniaque et les sels ammoniacaux, même à une dose très-faible, agissent comme poison sur les plantes aquatiques. Ce résultat de l’expérience conduit à des conséquences importantes pour l’origine de l’azote des plantes. C’est en s’appuyant sur ces faits que M. Cloëz a été conduit à admettre que les nitrates alcalins et alcalino-terreux sont les agents exclusifs auxquels les plantes empruntent l’azote nécessaire à leur développement.

•Les plantes submergées paraissent absorber l’acide carbonique par la face supérieure des feuilles : en exposant ces plantes è la lumière dans de l’eau contenant du carbonate de chaux en dissolution, on voit se former un dépôt grenu d’apparence crétacée à la face supérieure de la feuille, tandis que la face inférieure demeure absolument lisse. La structure anatomique de la feuille pourrait peut-être expliquer celte différence importante au point de vue physiologique.

Le mouvement des éléments absorbés ou exhalés par les plantes aquatiques a été l’objet d’un examen attentif : on a reconnu que les gaz provenant de la décomposition de l’acide carbonique se dirigent constamment de l’extrémité des tiges vers les racines, ou de haut en bas. Le phénomène s’observe sur un tronçon de tige de Potamogeton exposé à la lumière dans de l’eau chargée d’acide carbonique.

Composition du gaz exhalé par les plantes aquatiques exposées au soleil.

La présence de l’oxyde de carbone dans le mélange gazeux provenant de la décomposition de l’acide carbonique par les parties vertes des plantes a été signalée par M. Boussingault. L’auteur a cru devoir examiner de nouveau la composition du gaz fourni par les plantes submergées exposées à la lumière. Les moyens d’analyse les plus précis

qui ont été employés n’ont pas indiqué la plus faible trace de gaz combustible.

Une Lettre écrite par M. Boussingault à M. Chevreul, à l’occasion de

ce travail, renferme le passage suivant :.Je n’ai pas voulu

attendre la publication de ta deuxième Partie de mes recberches pour féliciter M. Cloëz sur la parfaite exactitude du résultat qu’il a obtenu. > (Comptes rendus des séances de l’Académie des Sciences, t. LVII, p. 112. — Voir Boussihgault, Comptes rendus des séances de l’Académie des Sciences, t. LUI, p. 832 . — Annales de Chimie et de Physique, 3 ' série, t. LXVI, p. 295.)

Expériences sur la décomposition de l’acide carbonique par les feuilles

(Comptes rendus des séances de l’Académie des Sciences, t. LVII, p. 834; >863.)

On admet généralement que l’acide carbonique est décomposé par les plantes sous l’influence de la lumière, et l’on sait le rôle attribué à la chlorophylle dans cette décomposition; cependant quelques chimistes ne croient pas à la nécessité de cette matière pour produire le phénomène, et ils citent è l’appui de leur opinion la végétation et la croissance des plantes à feuilles pourpres. .

Le fait est que ces plantes réduisent l’acide carbonique absolument comme si elles avaient des feuilles vertes; mais on ne fait pas attention qu’elles contiennent réellement de la matière verte masquée par la matière rouge, et le mélange de ces deux matières fournit toujours une couleur rabattue, comme on peut l’observer dans toutes les plantes à feuilles pourpres, notamment sur la variété pourpre de YAtriplex hortensis.

J’ai établi, contrairement à l’opinion de Th. de Saussure, opinion partagée par certains physiologistes et reproduite récemment parM. Corenwinder. que les feuilles pourpres ne décomposent l’acide carbonique sous l’influence de la lumière qu’en raison de la matière verte qu’elles contiennent, et que, si l’on emploie des parties de feuilles rouges ou

jaunes complètement dépourvues de chlorophylle, l’acide carbonique n’est plus décomposé.

Les expériences ont été faites comparativement avec des fragments unicolores rouges ou jaunes, découpés dans les feuilles de \' Amaranthus tricohr, et dans celles de VAmaranthus caudatus. (Voir Th. de SaussuHE, Recherches chirrùques sur la végétation, p. 56. — Corehwihdee, Comptes rendus des séances de l'Académie des Sciences, t. LVII, p. 266

et 915.)

Assimilation de l’azote des plantes. — Sur le rôle des nitrates dans la végétation.

— Leçons de Chimie professées en 1861 devant la Société Chimique de Paris, p. ï 63.)

La question de l’assimilation de l’azote des plantes est une des plus importantes pour la physiologie végétale et la science agricole.

Contrairement à l’opinion généralement reçue, l’auteur considère les nitrates comme l’unique source de l’azote des plantes. Ses expériences démontrent que les sels ammoniacaux ne peuvent pas servir à la nutrition des plantes, s’ils ne rencontrent pas dans le sol les conditions de la nitrification.

M. Bouchardat avait déjà observé antérieurement les effets nuisibles des sels ammoniacaux sur certaines plantes enracinées dans un sol très-humide où l’air ne pouvait pas pénétrer.

On avait contesté ces faits; mais ils sont parfaitement exacts et faciles à expliquer. J’en ai observé un grand nombre du même genre, et je les ai cités à l’appui de mon opinion.

Cette interprétation conduit à considérer les plantes comme de vrais appareils réducteurs, contrairement aux animaux qui fonctionnent comme des appareils d’oxydation. Cette opposition dans les fonctions, qui contribue à conserver l’harmonie de la nature, a été développée éloquemment par M. Dumas dans sa Statique chimique des êtres organisés. .

Mémoire sur ta culture d'une nouvelle plante oléagineuse dans les terrains incultes des bords de la mer.

(Comptes rendus dos séances de l’Aoad. des Sciences, l.L,p.573; 1860.-Annales de Chimie et do Physique, 3' série, t, LIX, p, 129. - Mémoires de la Société d’Agricnltnre.)

Ce travail a valu à son auteur une médaille d’or à l’effigie d’OniviEB DE Serbes, décernée par la Société centrale d’Agriculture.

La graine de Glaucie (Glaucium flavum, de C.) renferme environ 4o pour 100 de son poids d’une huile inodore, insipide, comestible, propre à l’éclairage et à la fabrication des savons.

La culture de la Glaucie réussit parfaitement dans les terrains crayeux les plus arides; elle donne aussi de bons résultats dans les sols sablonneux légers les moins fertiles. 11 faut éviter, d’après l’expérience acquise, de semer la plante dans les terrains argileux très-riches : elle y donne des tiges molles, très-longues, qui s’affaissent au moment de la floraison, et sont exposées à ponrrir, surtout dans les années pluvieuses.

En outre de la Glaucie, j’ai essayé la culture de plusieurs plantes rustiques oléifères dont on pourra plus tard tirer parti. Au nombre de ces plantes se trouvent plusieurs espèces de Crucifères, entre autres le Sisymbrium acutangulum, dont la graine, à peu près semblable à la Cameline, fournit une huile propre è l’éclairage.

Dans la famille des Composées se rencontrent aussi de nombreuses espèces, dont la culture a été tentée par l’auteur. Le Chardon-Marie serait une des plus avantageuses, si la maturité des graines était régulière.

Observations sur les propriétés vénéneuses que présente l’humeur lactescente sécrétée par les pustules cutanées du Crapaud et de la Salamandre terrestre (en commun avecM. Gratiolet).

(Comptes rendus des séances de l’Académie des Sciences, t. XXXII, p. 592. et l. XXXIV, p. 729; i 85 i-i 852 .)

Le Crapaud commun (Rarm Bufo), cet animal difforme, repoussant, objet de dégoût et d’effroi, a été considéré autrefois comme dangereux.

et utilisé néanmoins en Thérapeutique. On l’appliquait tout vivant sur la peau dans certaines maladies, notamment pour les plaies venimeuses, les tumeurs scrofuleuses, le cancer, etc.

Il est indubitable qu’on a exagéré singulièrement ses propriétés toxiques, mais il est certain aussi qu’il n’est pas toujours sans action sur l’économie animale. Ces recherches ont démontré, en eflet, la présence, dans le liquide lactescent sécrété par les pustules cutanées de cet animal, d’un poison énergique dont l’existence avait été jusqu’alors méconnue ou contestée.

Ce venin possède quelques-unes des propriétés des alcaloïdes; il est insoluble dans Teau, mais il se dissout en partie dans l’alcool concentré; la solution évaporée laisse un résidu dont l’action sur l’économie animale est encore plus énergique que celle du venin brut.

Le principe actif du venin du Crapaud, isolé au moyen de l’alcool, se dissout aisément dans l’acide chlorhydrique. Cette dissolution, traitée par l’ammoniaque, donne un précipité floconneux blanchâtre qui, après avoir été lavé convenablement et desséché, conserve encore ses proprié-

Les symptômes produits par le venin du Crapaud indiquent des propriétés narcotiques très-intenses ; il donne lieu ordinairement à des vomissements, et il agit en outre comme purgatif; sa saveur est extrêmement âcre et amère; quand on le pulvérise après l’avoir desséché, la poussière qui s’en élève produit l’effet d’un sternutatoire violent; il peut être introduit à l’état frais ou sec dans le tube intestinal sans occasionner la mort; il se comporte en cela comme la plupart des venins animaux.

Le venin du Crapaud paraît destiné à protéger cet animal contre ses nombreux ennemis; quand il est saisi par un autre animal, il commence par se gonfler avec de l’air, puis il laisse suinter de ses pustules cutanées une gouttelette laiteuse dont l’amertume extrême produit le dégoût et contribue à le sauver.

M. le D'Vulpian a fait des observations curieuses sur le venin de Crapaud, et principalement sur son mode d’action. Nous avions montré qu’en introduisant quelques gouttes de ce venin sous la peau d’un oiseau ou même d’un Mammifère de grande taille, l’animal ne tarde pas à mourir. M. Vulpian, en vérifiant le fait principal, a constaté que la

mort arrive par un arrêt brusque des mouvements du cœur. Sous ce rapport, le venin de Crapaud ressemble à la digitale et à ses préparations : c’est une observation importante pour la toxicologie au point de vue médico-légal.

Le liquide laiteux contenu dans les pustules cutanées de la Salamandre terrestre est aussi un poison violent; mais les symptômes qu’il produit sont différents de ceux du venin du Crapaud : il donne lieu à des convulsions violentes chez la plupart des animaux, et la mort arrive avant que les mouvements du cœur aient complètement cessé.

Sur les propriétés toxiques du sulfure de carbone et sur l'emploi de ce liquide pour la destruction des rats et des animaux nuisibles qui se

(Comptes rendus des séances de l'Académie des Sciences, t. LXIII, p. iSS; 1866.)

L’action du sulfure de carbone sur l’économie animale ressemble à celle de l’acide carbonique. Ces deux produits, qui se correspondent parleur composition, ont aussi des propriétés organoleptiques analogues. Tous deux sont des anesthésiques puissants, pouvant produire l’insensibilité ou même la mort quand ils pénètrent en certaine proportion dans les voies respiratoires.

Le sulfure de carbone a été employé par l’auteur avec un grand succès pour la destruction des rats qui pullulaient dans diverses parties du Muséum d’Histoire naturelle. Le maniement du liquide n’expose à aucun danger.

Ce moyen pourra être combiné avec l’emploi de boulettes empoisonnées, quand on ne craindra pas que ces boulettes soient mangées par des animaux domestiques, surtout les oiseaux de basse-cour.

Les animaux morts asphyxiés par l’inhalation de la vapeur de sulfure de carbone ont les poumons fortement congestionnés. Quand on ne pousse pas très-loin l’action du sulfure, les animaux reviennent assez rapidement à la vie.

Nouveau mode de blanchiment des os et de l’ivoire.

{Bulletin de la Société d’Encouragement, 3‘ série, t. I, p. 48a; 1874. — Bulletin de la Société chimique de Paris, t. XXII, p. 228.)

Pendant longtemps on a eu recours à l’action simultanée de la lumière, de l’air et de l’humidité pour blanchir l’ivoire et les os : c’est un procédé lent et incertain dont les effets ne persistent pas bien longtemps ; au moins pour les os, on voit an bout de quelque temps la matière grasse contenue dans le tissu osseux apparaître à la surface des os avec une coloration jaune sale et exhaler une odeur des plus désagréables.

En soumettant à l’action de la lumière des os graisseux recouverts d’essence de térébenthine, le blanchiment se fait très-rapidement, et il est définitif et persistant, parce que la matière grasse des os se trouve dissoute et enlevée par l’essence.

Le même procédé peut être appliqué à l’ivoire : une exposition de trois à quatre jours au soleil suffit pour donner un blanchiment par-

Cette action de l’essence s’exerce également sur les bois et sur d’autres corps: j’ai obtenu d’excellents résultats avec le hêtre, le charme.

Le mode d’action de l’essence dans les conditions des expériences est facile à expliquer. Ce liquide emprunte de l’oxygène à l’air, puis il cède ce corps à des matières plus oxydables; il ne sert donc en quelque sorte que de véhicule au véritable agent de blanchiment, qui est l’oxygène.

Page 1