XXXI
Sur un nouveau mode de traitement de la gangrèrie spontanée par les bains d’oscygène.
(Présenté à l’Académie des Sciences le 28 avril i86n.)
Une thèse d’un grand intérêt a été soutenue à la Faculté de Médecine de Paris, le a5 février dernier, par M. Maurice Raynaud. Dans cette thèse, qui a pour titre : De t'asphyxie locale et de la gangrène symétrique des extrémités^ il est dit que les parties gangrénées ont été soumises à l’analyse par M. Réveil, et que, d’après ces analyses, l’auteur est arrivé à celte conclusion : que le fait fondamental de la gangrène consiste dans la diminution a)u l’ab-
lade, ici même, à MM. Serres, Longet, Velpeau, Flourens, Coste, de Quatrefages, Milne Edwards, et à tous les Membres de l’Académie les plus compétents? N’ai-je pas reçu, le jour même de ma première communication, la plus haute approbation de deux Membres illustres de la Compagnie, MM. Velpeau et Flourens? Ainsi, il n’y avait pas de doute sur la réalité et la rigueur de l’observation. Ce qui restait k faire au point de vue physiologique, c’était la théorie du fait. Ici était la difficulté. Élait-ce donc une régénéra'tion immédiate du nerf coupé au niveau de la section? Je ne l’ai jamais prétendu, et voici ce que j’ai dit à ce sujet (Comptes rendus, p. 1143) : « Ce n’est pas, comme dans la régénération lente et à distance des nerfs, par la production de tubes nerveux nouveaux que la circulation nerveuse s’est rétablie, c’est par Y abouchement plus ou moins exact des tubes coupés
des douteurs vives et des aecidents nerveux que théoriquement elle pouvait amener. Aujourd’hui, ceux d’entre eux qui s’étaient montrés les plus opposés aux résultats que j’avais obtenus, tout en combattant encore le rétablissement à peu près immédiat des fonctions du nerf, consentent à conseiller la suture comme devant conduire plus promptement au retour, de la sensibilité et des mouvements, et n’objectent pluS' la crainte des accidents nerveux'. C’est donc là un progrès dans; la pratique chirurgicale qu’il ne serait pas juste de ne pas rapporter au fait curieux que l’Académie des Sciences a accueilli avec tant de bienveillance.
Entérotome portercaustique.
On trouve décrit dans l’article cité un entérotome porte-caustique que j’ai fait fabriquer par Mathieu, pour pratiquer l’entérotomie. 11 se compose de deux branches en forme de gorgeret à larges bords. Chaque gouttière chargée de caustique est fermée par une lame munie d’un prolongement recourbé qui sert de manche, de sorte que le caustique ne peut en sortir. Chaque gouttière est alors portée dans un bout intestinal et rapprochée de l’autre par son manche. Une vis de pression les réunit sans contondre la double cloison intestinale comprise entre les branches. C’est alors qu’on retire les lames et que le caustique agit. MM. Verneuil et Panas à Paris, Langenbeck à Berlin, ont fait usage de cet entérotome avec succès et sans aucun accident. On peut avoir ainsi une large communication des deux bouts et plus rapidement que par l’entérotome ordinaire.
{Dictionnaire de Médecine et Chirurgie praticjues de J.-B. Baillière, t. II. article Anus contre nature, i865.)
Note sur la localisation de la commotion cérébrale.
(Présentée à l’Académie des Sciences ie i3 mai 1867.)
On sait que la commotion cérébrale est une lésion de fonction qui résulte de l’ébranlement du cerveau, et dont un caractère essentiel est l’absence de toute altération de tissu visible par les moyens d’investigation
employés jusqu’ici. Elle existe sans phénomène hémiplégique, ce qui implique l’ébranlement simultané des deux côtés du cerveau. « Rien n’est plus vague que ce qui a été écrit sur la nature de la commotion, mais tout le monde est d’accord pour reconnaître qu’il y a ébranlement de toutes les parties de l’encéphale; jusque-là pas de difficulté. » Cette phrase, extraite, du Compendium de Chirurgie, démontre l’opinion générale relative au siège de la commotion cérébrale.
Personne n’a encore recherché si l’ébranlement cérébral n’est pas limité à certaines parties du cerveau, du moins pour le cas où il n’est pas immédiatement mortel, cas inSniment rare. Il suffit cependant, pour cette recherche, de constater quelles sont les fonctions qui persistent aussi bien que celles qui font défaut, et d’exclure du siège habituel de la commotion les portions du cerveau dont la physiologie expérimentale a déterminé avec précision la fonction et dont l’action continue.
On arrive ainsi à reconnaître que le bulbe rachidien, la protubérance annulaire, les pédoncules cérébraux, autant qu’il est possible de séparer leur action de celle de la protubérance, les tubercules quadrijumeaux, surtout les tubercules antérieurs, ne sont pas sensiblement atteints dans la commotion cérébrale.
Pour le cervelet, bien qu’il soit très-probable qu’il ne peut échapper à la commotion dans les chutes sur le siège et les percussions de la région occipitale, on ne peut constater les troubles dans la coordination des mouvements chez un animal dont les membres, par le fait même de la maladie, sont dans la résolution complète.
Les fonctions des couches optiques et des corps striés n’étant pas connues, il n’y a pas lieu d’observer leurs modiBcations fonctionnelles; seulement l’absence de paralysie des membres dans la commotion autorise à croire que ces organes n’ont éprouvé aucune lésion profonde.
Ce sont les hémisphères cérébraux qui sont le siège à peu près exclusif de la commotion, et surtout leur substance grise; en effet, l’intelligence, les facultés intentionnelles et affectives sont suspendues, même dans les commotions légères.
La différence d'action de la commotion sur les hémisphères cérébraux et la protubérance tient-elle en grande partie à la situation différente de la substance grise, superficielle dans les hémisphères, profonde dans la protubérance? La commotion cérébrale n’occupe donc pas tout l’encéphale, et c’est la physiologie expérimentale qui nous l’apprend.