TRAVAUX SUR LES VERTÉBRÉS
Histoire du Balænoptera musculus échoué sur la plage de Langrune.
En janvier 1883, un superbe Balænoptera musculus mâle ayant près de 19 mètres de long vint s’échouer sur la plage de Langrune. Je pus, après de nombreuses difficultés, en faire la dissection. Voici brièvement'iles résultats obtenus :
Extérieur. — De nombreuses photographies annexées au mémoire rendent compte de l’aspect extérieur de l’animal. La longueur totale' du corpé était de 18'”80. Le corps est plus large que haut et à peu près elliptique; En arrière de l’anus commence un sillon superficiel. Les nageoires pectorales, en triangle très aigu mesurant 2™ 18 au bord antérieur. La nageoire caudale, 4*08; la nageoire dorsale, uniquement formée de tissu adipeux, 0*38. On pourrait discerner un ombilic, un anus de 0 m 087 de large. Le pénis, conique, mesurait 2"’S4 de long sur 0"93 de circonférence à la base. Entre l’anus et la base du pénis, se montraient les mamelles rudimen-
Entre la symphise de l’ombilic et les nageoires pectorales s’étend la région plissée. En avant, la tête plate, avec deux cônes des éoents peu marqués; une commissure latérale au-dessous et en avant de l’œiL I
La couleur est noire en dessus, blanche en dessous.
Beau et ses dépendances. Dans la peau, se présente :
■ a. Vépiderme, uni, lisse, verni, soulevé par des prolongements dermiques lamelliformes. La couche cellulaire tangente au derme représente la couche pigmentaire de l’épiderme (couche formatrice dans les fanons). La couche moyenne représente la zone de Malpighi.
6. Le derme ou lard, formé d’un feutrage de faisceaux conjonctifs avec d’énormes cellules graisseuses.
c. Muscle peaussier, s’étendant dans toute la moitié antérieure de la face ventrale du corps (25 à 30 mètres carrés). Je pense que ce muscle sert à la déglutition comme les muscles mylo-hyoïdien et génito-hyoïdien, avec c'etfè différence que. l’évaçiiation de la cavité buccale se fera en deux temps : dans un premier temps, l’eaü tamisée par les fanons serait expulsée; dans le second, les lèvres étant fermées, le bol alimentaire serait chassé dans le pharynx. En outré, lé peaussier, dans la région postérieure, peut servir à la compression de la cavité thoracique et diminuer ainsi le volume total pour permettre à l’animal de plonger, en état d’inspiration, sans avoir besoin de mouvements natatoires très actifs. Il remplacerait en quelque sorte la vessie natatoire des Poissons.
d. Aponévrose du peaussier du cou , servant à l’insertion des fibres du peaussier qu’elle continue jusque dans la queue.
e. Nageoire caudale, que des fibres nombreuses font un instrument admirable de souplesse et de force.
Squelette et articulations. — Certaines parties ont été étudiées.
le rachis composé de 62 vertèbres :
.. ’ 7 vertèbres cervicales.
14 — dorsales . .
26 — caudales . .
i 'Je n’entrerai pas dans la description de ces diverses parties.
Les côtes sont au nombre de 14 paires.
Le sternum est très reculé en arrière, en forme de T.
: L’appareil hyoïdien, le membre antérieur sont décrits, ainsi que les os . en chevron, l’os tympanique, etc.
Les os pelviens et le fémur. Ceux-ci ont été soigneusement étudiés parce que leurs rapports avec les parties molles n’ont jamais été bien éclaircis. Les deux os pelviens (le droit un peu plus petit que le gauche et sans fémur) sont tout à fait indépendants l’un de l’autre. Chacun d’eux montre une ressemblance étroite avec un bassin entier, très long, mais de forme assez régulière. A Côté se trouve un cartilage accessoire qui lui est rattaché par deux ligaments, et qui représente sans doute un-fémur réduit au trochanter. La situation de ces os pelviens est du 'reste inverse de celle constatée chez les vraies Baleines.
Appareil digestif. L’orifice buccal, les lèvres, la cavité buccale, la langue et le voile du palais ont été soigneusement étudiés.
Les fanons ont été déterminés dans leurs rapports et leur arrangement, leur formé, leur couleur, leur mode de fixation et leur structure. Il faut distinguerdans lastructure des fanons S parties constituantes d’origine épi-, théliale : la papille muqueuse, la substance cornée ou baleine, la couche formatrice au contact de la muqueuse, la substance médullaire entre la papille et l’étui corné, enfin la substance subéroide blanche, rosée, qui remplit les interstices des fanons à leur base. Il y a, du reste, plusieurs sortes de fanons : les fanons simples, tous piliformes, et les fanons composés, piliformes; où lamelliformes.
La structure histologique de ces éléments a pu être étudiée. ' i
L’accroissement en longueur des fanons est dû à la multiplication des cellules de la couche formatrice: le fanon ne pousse pas comme le poil ou la dent; c’est la masse épidermique elle-même, à laquelle il est invariablement soudé, qui croit en entraînant avec elle le fanon. L’accroissement en épaisseur se fait à la fois aux dépens du tissu médullaire et de la substance subéroïde.
En fendant la muqueuse palatines on trouve de nombreux petits ossicules irrégulièrement ovoïdes et situés sur la ligne médiane du plateau des fanons : ce sont sans doute des productions du périoste gingival et non des dents embryonnaires.
Les parties moyennes du tube digestif en complète putréfaction n’ont pu être étudiées.
Appareil respiratoire. — Les évents et les cônes des évents, ainsi que leurs muscles dilatateurs, ont pu être étudiés.
Les parties profondes n’ont pu être étudiées.
Appareil circulatoire. — Les deux cœurs sont situés, le droit un peu en avant du gauche.
Organes génito-urinaires. — La vessie a l’aspect d’un canal en cul-desac, et mesure, vide, 1"23. La vessie ne s’ouvre pas à plein canal dans la région prostatique de l’urèthre, mais se prolonge en une sorte de tube à paroi ventrale membraneuse et flottante.
Lè pénis a pu être étudié soigneusement et j’ai indiqué dans la première partie de cette notice la présence curieuse de muscles moteurs spéciaux de cet organe.
Ajoutons que des mensurations nombreuses ont été faites.et résumées à: la fin du mémoire.
Sur les relations;zoologiques du Congre et du Leptocéphale.
On ne trouve'jamais de Congres d’une taille inférieure à 10 ou 12 centimètres; d’autre part, il existe un petit poisson, le Leptocéphale, dont la taille ne dépasse jamais 10 ou 12 centimètres, qui n’offre jamais les caractères sexuels de l’adulte et qui rappelle le Congre par certains traits, mais qui s’en éloigne en ce qu’il est transparent comme du verre. L’opinion que le Leptocéphale est le jeune du Congre avait été plusieurs fois émise, mais jamais démontrée, et de nombreux zoologistes croyaient que le Leptocéphale est une forme anormale ou un être sans relations de parenté avec le Congre.
J’ai élevé un Leptocéphale dans un des bacs de Roscoff et vu se produire sous mes yeux les transformations successives qui ont fait de lui un jeûné Congre, opaque, noir, et offrant tous les caractères de ce genre. Ce jeune Congre ainsi qu’un Leptocéphale mis dans l’alcool avant sa transformation ont été présentés à l’Académie.
De l’origine des Éléments figurés du sang chez les Vertébrés.
vitellines ou des cellules du feuillet moyen du blastoderme, qui subiraient dans le sang lui-même leurs diverses transformations. D’après les travaux récents, ils reconnaîtraient pour origine les noyaux des cellules vaso-formatives de l’aire vasculaire et des divers organes do l’embryon. Devenus rouges par absorption d’hémoglobine, ces mêmes globules se multiplient par scission jusqu’à ce que le foie, détournant de plus en plus vers lui le sang veineux chargé des matériaux nécessaires à la nutrition du jeune être, arrive à localiser dans son tissu la formation des nouveaux globüles. Mais cette localisation n’est pas de longuedurée, car bientôt apparaissent, chezl’embryon même, les formes globulaires spéciales au groupe auquel il appartient. Le mode de production de ces globules types est, malheureusement, encore environné de la plus grande obscurité et l’on ne saurait dire si les éléments nouveaux proviennent des anciens, ou s’ils trouvent dans quelque parenchymè, comme celui de la rate, un atelier spécial de production.
Ces globules typiques, bien que ne devant plus varier de forme jusqu’à la mort de l’animal, n’en sont pas moins des éléments très caducs et doués d’une vie très courte. D’où proviennent ceux qui doivent les remplacer ? La question de l’hémalogénèse est encore plus obscure chez l’adulte que chez l’embryon, et les faits nombreux et certains, découverts par les physiologistes, n’ont pu être encore réunis dans une théorie générale, qui réponde à toutes les objections.
S’il est démontré que les globules rouges proviennent des hématoblasteSj /' on ignore encore, surtout pour les mammifères, quelle est l’origine de ces derniers éléments. Toutes les théories sont incomplètes par quelque côté. Celle même de MM. Malassez et Picard, qui semble la plus positive, puisqu’elle met sous les yeux mêmes du physiologiste la formation des globules rouges dans la rate, laisse encore un desideratum considérable, en ce qu’elle ne donne aucun renseignement sur le comment de cette production.
Et les reproches qu’on peut faire aux autres théories ne sont-ils pas plus graves encore? . .
Si nous admettons pour les Vertébrés, comme cela parait résulter, pour les Ovipares, des travaux de M. Vulpian, que les hématoblastes proviennent des globules blancs, il restera encore à préciser l’origine de ceux-ci. Nous ne voudrions pas laisser une trop large part à l’appréciation personnelle dans un travail de cette nature, mais nous croyons pouvoir avancer qu’aucune théorie n’a suffisamment expliqué tant de faits en apparence contradictoires. Citons au hasard : la présence de leucocytes dans les lymphatiques avant leur arrivée aux ganglions, avec leur prédominance dans la lymphe
après son passage dans ces organes; l’influence bien démontrée des glandes lymphatiques sur le nombre des leucocytes chez les Mammifères, avec l’absence de ces mêmes glandes chez la plupart des ovipares; l’action si probable de la rate sur les globules incolores, avec l’innocuité relative de son extirpation; et enfin, l’analogie de structure des ganglions lymphatiques et des glandes vasculaires sanguines, avec l’ignorance presque complète où nous sommes du rôle de ces dernières par rapport aux éléments figurés du