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TRAVAUX DE PHILOSOPHIE BIOLOGIQUE

Essai sur la théorie du rêve.

Si certaines questions relatives au problème du rêve ont été déjà élucidées, à la suite d’une grande quantité d’observations; si, notamment, il n’est pas douteux que les impressions et les idées de la vie réelle ne soient la source de nos rêves, il en est d’autres qui n’ont point été résolues et qui même paraissent n’avoir guère attiré l’attention : telle est en particulier celle de savoir comment nous faisons un choix entre les pensées ou sentiments si divers qui nous ont occupé à l’état de veille, pourquoi rêvons-nous de ceci et non pas de cela?

I). Tout d’abord, de quoi ne rêvons-nous pas? Mes observations sur moi-même, ainsi que les enquêtes que j’ai pu faire auprès d’observateurs éclairés et prudents, m’ont amené à cette conclusion singulière contre laquelle j’étais près de me révolter : en règle générale, les idées qui ont obsédé l’esprit pendant la veille ne reviennent pas en rêve. Cette constatation, que je consolidai autant qu’il était nécessaire, fut le point de départ de mes recherche sur cette question, et reste l’idée maltresse de la présente étude. On ne rêve généralement des événements importants de l’existence que lorsque l’époque où ils préoccupaient l’esprit à un haut degré s’est éloignée. Plus encore ici que dans le travail dont ceci est le résumé, je dois renoncer à énumérer les preuves, très décisives pour moi, de cette assertion et prier mes lecteurs de me croire quelque peu sur parole. Je veux cependant citer un exemple, parfaitement significatif parce qu’il résume tous les autres. Voici la note textuelle que m’écrivait un ami, M. J. : « A l’occasion de certains anniversaires doux et tristes, après avoir toute la journée concentré ma pensée sur une personne ou sur un fait, il m’est arrivé, afin d’y rêver la nuit, de m’y absorber d’une façon encore plus

intense durant la soirée. Je n’y ai jamais réussi. » Bien entendu j’ai fait ainsi que d’autres personnes, la même tentative avec tout aussi peu de succès.

II). Mais alors, de quoi rêvons-nous? Sans doute les impressions perçues pendant le sommeil forment une première catégorie bien tranchée de causes déterminant nos rêves. Mais les rêves de cette sorte, précisément parce qu’ils s’expliquent d’eux-mêmes, n’ont ici qu’un intérêt secondaire.

Ce que nous cherchons, c’est la cause des rêves en apparence spontanés. D’abord quelle est la trame des rêves, telle qu’on arrive à la reconstituer dès le réveil, avant même d’ouvrir les yeux? C’est une série de tableaux, empruntés aux souvenirs de la vie réelle, et reliés d’une façon soit naturelle, soit bien plus souvent écourtée, absurde même, par suite d’un travail cérébral particulier, soustrait au contrôle de notre raison. Lorsque nous parvenons, ce qui n’est pas toujours possible, à rattacher chacun de ces matériaux du rêve à un fait déterminé de la vie réelle, nous le voyons caractérisé d’une façon bien inattendue. Ce que nous utilisons ainsi dans le rêve, ce sont des impressions souvent fortes, mais qui ont frappé nos sens plus vivement que notre esprit et dont notre attention a été plus ou moins vite détournée. Ce dont nous rêvons, c’est donc du menu fait à peine aperçu; c’est encore sans doute de l’idée obsédante, mais que nous avons tout fait pour écarter. C’est, d’une'part, de ce que nous n’aurions jamais pensé revoir en rêve; c’est, d’autre part, de ce dont nous aurions précisément redouté de rêver.

Si même, dans le premier cas, l’état de distraction de notre esprit se trouvait poussé assez loin, il se peut que l’impression ait été tout à fait inconsciente, au point de ne laisser, à l’état de veille, aucune trace dans le souvenir. Telle est l’origine des rêves qui paraissent spontanés et formés de toutes pièces.

Telle est notamment, pour ne rapporter ici qu’un seul fait concret, la cause du rêve de ce médecin de mes amis qui, avant de se coucher, n’a aperçu que tout à fait distraitement une dépêche glissée sous sa porte. Mais, la nuit suivante, son cerveau travaille sur ce fait, et mon ami rêve d’une grave maladie de son père, parce que les télégrammes sont trop souvent les messagers des pires nouvelles, comme c’était le cas dans la circonstance. Nous pouvons résumer dans la règle suivante toute la série d’observations que je ne fais ici que rappeler : Une impression a d'autant plus de chances de provoquer un rêve qu’elle a été moins consciente et

III) . Maintenant que hous avons répondu à cétté double question : de auoi ne rêvons-nous pas,, et de quoi rêvons-nous, nous allons, par l’intermédiaire de quelques rapides réflexions sur le mode'd’enchalnemènt do nos impressions et do nos idées, pouvoir esquisser une théorie du rêve.

Autant qu’on peut caractériser, pour ainsi dire du dehors, une série de phénomènes encore si mystérieux, nous savons que la sensation, perçue, reconnue, éveille une série d’idées qui lui sont rattachées par des liens variés.

A ces idées, avec leur cortège de sentiments, viennent s’en associer d’autres, également parentes des précédentes, et ainsi de suite. L’idée première se multiplie ainsi, mais en s’affaiblissant par degrés, et, après des irrégularités et des alternances diverses, épuise peu à peu son énergie. Mais jamais, on peut le dire, une idée se parcourt ainsi le cycle complet de son développement, sans être refoulée par quelque autre, survenue à la traverse. Il en est de même des nouvelles venues et toutes ensemble interfèrent avec inhibition ou renforcement, suivant le sens de la rencontre. Après le passage de l’onde parasite, la première peut retrouver sa force, comme une substance élastique qui se gonfle dès qu’on cesse de la comprimer.

Mais, à l’état de veille, c’est èn foule innombrable que surgissent à chaque instant les impressions nouvelles. Combien, parmi elles, se trouvent à jamais reléguées dans l’oubli.

C’est parmi toutes ces idées inachevées que le cerveau va puiser pendant le sommeil, lorsque la source des impressions nouvelles est momentanément arrêtée. Comment y pense-t-il? nous y avons répondu plus haut : ce sont les idées le plus inachevées, celles qui par suite ont conservé le plus d’élasticité, qui se réveillent ainsi. Parvenues au point où elles reprennent le cours de leurs enchaînements, avec la vivacité, la rapidité de l’idéation, et la déformation des images qui caractérisent l’état de rêve, il suffit que ces impressions possèdent encore une énergie suffisante. Peu importe qu’elles constituent le reste, presque intact, d’une impression très faible, ou qu’elles ne soient qu’un résidu, relativement bien humble, de ce qui avait été naguère une émotion forte, ou même une idée fixe presque impossible à chasser.

IV) . Avec cette considération essentielle je pense avoir répondu par avance aux objections inévitables de nos lecteurs. Sans doute, il est arrivé à presque tous de voir reparaître en songe les pensées les plus absorbantes de l’état de veille, au point de redouter l’heure d’un sommeil aussi pé-

a dépense qui s’en est faite, elle peut et doit nous hanter encore

Comprenons aussi que ce sont surtout les idées tristes et pénibles, eel e, à cause de leur force même, nous avons fait le plus d’efforts pt itrecarrer, qui auront été par nous le plus gênées dans leur dévelc

à travers toutes les péripéties du drame prévu, épuisez son énergie, tandis aue vous resterez vous-même indifférent ou moqueur.

En résumé, nos impressions sont des accumulateurs d’énergie. Si nous, craignons leur fluide, il est prudent à nous de les décharger avant de nous endormir.

La conception polyzoïque des êtres.

Boit-on considérer les êtres polycellulaires comme des individualités simples, des personnes indécomposables, ou comme des agrégats, des colonies d’individualités d’ordre inférieur? C’est cette dernière hypothèse qui est soutenue par presque tous les zoologistes.

Quels sont d’abord les arguments de ceux qui pensent que les Métazoaires sont des colonies, en un mot des partisans de la théorie coloniale? Les Métazoaires sont une colonie de cellules, mais aussi-une colonie d'anneaux : l’Annélide est une colonie de zoonites qui sont eux-mêmes des colonies de Protozoaires. Le Métazoaire se constitue par un processus de complications progressives : les cellules (Individualités de premier ordre) s’associent en colonies (individualités de deuxième ordre) qui s’associent en individualités de troisième ordre (zoïdes) et les zoïdes eux-mêmes peuvent se grouper en individualités d’ordre supérieur.

En réalité, la théorie coloniale, si séduisante qu’elle paraisse être au premier abord, n’est qu’une généralisation et une extension illégitime à l’ensemble du règne animal de faits vrais, mais exceptionnels. L’Insecte n’est pas une colonie de trois personnes : sa tête, son thorax et son abdomen ne sont pas des individus. Les Salpes, les Scyphostomes, le Microstoma lineare, etc., sont incontestablement des colonies temporaires. Mais le Cestode n’est pas une colonie d’anneaux : le scolex est bien la partie antérieure du corps, mais les Proglottis ne sont que des parties mortes ou mourantes renfermant des œufs et devant être expulsées. — Les Polychètes sont le dernier rempart de la théorie coloniale. Or, chez eux, la Trochophore n’est pas une larve bourgeonnant des individus, mais un être complet, composé d une tête, d’un pygidium et d’un segment intermédiaire. C’est aux dépens de ce segment intermédiaire que se fait la segmentation : donc les segments ainsi produits ne sont pas équivalents à la tête et au pygidium. Quant au

ourgeonnement des Syllidiens et Myrianides, ce ne sont que des faits de scissiparité avec régénération des parties manquantes.

i,au point de vue onlogénétique, la théorie coloniale ne saurait être ad-

mise, au’point de vue philogénétique il en est de même. La segmentation des Annélides n’est pas une scission inachevée, mais plus probablement un plissement déterminé par des causes mécaniques (natation par mouvements ondulatoires), plissement qui a déterminé la séparation des sacs mésodermiques. En dehors des Tuniciers et des Cœlentérés, il n’y a de colonies nulle part. Le corps des Métazoaires est simple. La répétition des parties disposées le long de l’axe du corps n’est qu’un trait d’organisation, déterminé par des influences biomécaniques, mais ce n’est pas un fait de poly-

Le Métazoaire n’est pas davantage une colonie de cellules. Je pense avec Whilman et Sedgwick qu’il constitue une individualité homologue à une cellule, ayant multiplé ses noyaux pour répondre à des nécessités d’accroissements et à des différenciations locales, et ayant secondairement établi des cloisons entre les noyaux. La bouche du Protozoaire est l’homologue de la bouche du Métazoaire.

Un exemple remarquable en est fourni par la Salinella sake découverte par Frenzel dans les salines de Cérdoba. A l’état adulte, c’est un Métazoaire polyeellulaire ; à l’état jeune, c’est une cellule, mais qui présente les mêmes différenciations que l’adulte.

En résumé : la plupart des êtres constituent des êtres simples, des personnes indécomposables, des individualités.

La question du polyzoïsme et la définition de l’individu.

Quelqu’un m’ayant reproché, à propos de l’article précédent, de ne pas avoir défini les mots individualités, individus, colonies, je répondis que je n’avais pas voulu discuter le sens métaphysique du mot individu, la définition de ce mot n’ayant aucun intérêt dans la question, puisque tout le monde s’entend sur les idées qu’il exprime.

Une science nouvelle : la Biomécanique.

On commence à savoir le comment de l’ontogénèse, de la différenciation anatomique et histologique, on ignore le pourquoi. Or ce pourquoi , jusqu’ici presque tous les savants lé cherchent dans la prédétermination des caractères. Mais cette théorie est condamnée par les faits ; l’hérédité n’est qu’une catégorie de phénomènes, mais n’explique rien. Il n’y a pas de

germes prédestinés ou de tendances héréditaires, il n’y a que des forces influant sur l’arrangement des cellules et leur détermination histologique,

Ce sont d’abord les,facteurs de la différenciation anatomique : les tropismes et les tactismes, c’est-à-dire les déplacements des cellules ou des - parties de cellules sous l’influence des agents mécaniques, physiques, chimiques, physiologiques : ce sont, suivant notre expression, tous les bio-

Puis ce sont les facteurs de la différenciation histologique, et en particulier l’excitation fonctionnelle : chaque cellule, chaque élément se développe dans le sens où il travaille. Il n’y a pas de germes prédestinés, ni de tendances héréditaires; il y a une mécanique du développement, « Enlwickelungsm'echanik », suivant le terme de Houx, une Biomécanique, suivant le motquej’ai proposé; c’est-à-dire dos forces actuelles, toutes réductibles à des effets mécaniques.

TRAVAUX DIVERS. — INSTRUMENTS- Les Mollusques d’après Aristote.

En collaboration avec M. N.-Ch. Apostolidès, je signale en quelques pages les principales connaissances qu’Aristote avait pu se procurer sur la constitution des animaux, notions fragmentaires sans doute, mais extraordinaires encore, si l’on pense que cet homme, privé de tous les moyens d’observation que nous trouvons aujourd’hui dans nos laboratoires, ne pouvait même pas s’aider d’un verre grossissant. Pour ne parler que des Mollusques, n’est-il pas surprenant qu’il ait connu l’hectocotyle et ses fonctions, la nature et le siège de l’organe qui sécrète la pourpre, les principaux faits de l’anatomie des Céphalopodes, des Gastéropodes et des Ascidies, et qu’il ait pu faire de leurs mœurs une étude où plus d’un zoologiste trouverait à apprendre encore aujourd’hui? Sur la morphologie elle-même, était-il.si loin en arrière de nous, alors qu’il y a plus de vingt siècles il a énoncé la loi de courbure en U du tube digestif des Céphalopodes et des Gastéropodes supérieurs, et a su en tirer de remarquable conclusions sur la cause de la situation anormale des pieds chez les premiers? N’est-il pas merveilleux de le voir, sans le secours de la physique ou de la chimie, distinguer le rôle des diverses parties de l’estomac, et assimiler parfaitement à la panse ou à la caillette des ruminants les portions analogues qui se trouvent chez le Poulpe?

Sans entrer ici dans de plus longs détails sur les découvertes anatomiques et physiologiques d’Aristote, je rappellerai quelques principes de sa classification. Il appelait Mollusques les Céphalopodes seulement, et rangeait dans un grand groupe, celui des Ostracodermes, c’est-à-dire des Testacés, les Gastéropodes, Acéphales, Tuniciers, avec, en outre, les Actinies, les Oursins et les Éponges. Pour ceux qui sont, comme les Actinies, complètement

mous, il considérait le support de l’animal comme tenant lieu de squelette externe.

Sur une curieuse observation de feu Saint-Elme.

II s’agit d’un feu Saint-Elme que j’ai observé de près, à Langrune, et dont j’ai pu même prendre une flamme au bout de mon doigt. J’ai noté les conditions météorologiques concomitantes.

Sur le mode d’action de la lymphe de Koch.

Dans les premiers temps qui suivirent l’apparition du remède (alors secret), bien des personnes avaient pensé qu’il constituait un vaccin chimique. J’ai montré que ce liquide, toutes réserves faites sur son action curative ou sur son importance comme agent de diagnostic, n’était pas et même ne pouvait être un vaccin de la tuberculose, et que d’autre part son action dans cette maladie reposait sur un principe tout différent de celui du traitement pastorien des maladies virulentes.

Sur quelques perfectionnements nouveaux apportés à la partie mécanique du microscope.

Ces perfectionnements portent principalement sur le revolver et sur le montage du condensateur et du diaphragme iris qui ont été construits et disposés de telle sorte que leur réglage se fasse à volonté pendant l’observation. Quels que soient les objectifs que l’on emploie, il devient facile avec les dispositions nouvelles de passer du chercheur à l’analyseur sans que l’objet paraisse se déplacer dans le champ.

Une platine nouvelle manœuvrable d’une seule main dans deux sens rectangulaires et munie de deux règles divisées avec verniers permet de retrouver sans peine les points intéressants des préparations. Un capuchon d’oculaire très hermétique et tout petit remplace les rideaux et écrans si encombrants. Enfin j’ai montré les avantages que l’on pouvait tirer, même pour les forts grossissements, d’un oculaire à grand champ montrant une surface six fois plus grande que les oculaires de même grossissement. J’espere, grâce à un perfectionnement nouveau, donner à cet oculaire une qualité de définition que lui manque encore.

Compresseur nouveau à pression régulière et à retournement.

J’ai imaginé cet instrument pour remédier à certains défauts des compresseurs anciens. Ici, la glace inférieure est remplacée par un verre mince ce qui permet de retourner l’instrument et d'examiner les deux, faces'même avec les plus forts grossissements; l’un des verres est monté sur des tourillons très mobiles de manière à rendre la compression égale sur tous les points, quelle que soit la forme de l’objet; enfin, la vis agit par l’intermédiaire d’un plan incliné, ce qui rend la compression aussi ménagée qu’on le désire.

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