CRUSTACÉS
C’est principalement chez les Schizopodes et les Décapodès que Ton rencontre ces organes, chez les premiers dans la nageoire caudale, chez les autres dans les antennes de la première paire. Rien n’est plus' facilè.ique d’en faire l’avulsion. Il suffit, chez lès Schizopodes, de couper le bout de : la queue avec des ciseaux, et,, chez les Décapodes, de faire tomber l’antennule avec une aiguille emmanchée.
Schizopodes. — Les Mysis sont, comme on sait, toujours en mouvement.' Privées de leurs otocÿstes, elles tournent sur elles-mêmes, le plus souvent autour de leur axe longitudinal, toujours dans le même sens pendant des heures entières. D’autres tournent sur le côté, d’autres décrivent des hélices.
Chez la plupart, les mouvements affectent une prédominance marquée pour une forme donnée.
Mais pour rendre le phénomène très net, il faut aveugler l’animal, ce qui tient sans doute à la grande valeur des impressions visuelles, capables de jouer d’une façon remarquable le rôle de correcteurs de l’équilibre. Mais lès Mysis simplement aveuglées ne sont pas du tout déséquilibrées. ■ J
Décapodes, a) Macroures. — Les Crevettes, de même, ont dans leurs yeux et leurs antennes des correcteurs à peu près parfaits de leur équilibre ; màis privées de ces organes, elles ne sont nullement désorientées, tandis que si on leur enlève en même temps les otocystes, elles sont désorientées, nagent à reculons ou font des culbutes, ou piquent le rostre en bas et sont en somme déséquilibrées.
Les Gébies nagent, à reculons à grands coups de queue. Les effets de l’avulsion des otocystes seules ou des otocystes et des yeux en même temps sont tout à fait comparables à ceux décrits ci-dessus chez le Poulpe.
b) Brachyures. — Les types lents et marcheurs comme le Crabe sont peu favorables, car ils sont sans cesse en contact avec le sol par le bout de leurs 8 pattes locomotrices. On observe bien au début quelques chutes, mais vite réparées et qui bientôt ne se reproduisent plus.
■Les Polybius nageurs sont beaucoup plus propices. L’animal fait d’abord des douzaines de culbutes comme un acrobate, puis se calme, mais reste désorienté, tourne en nageant et ne peut plus arriver droit à un but. Si les yeux sont en même temps enlevés, les phénomènes sont beaucoup plus marqués et il a beaucoup de peine à se rétablir dans la situation normale quand il est tombé sur le dos. L’aveuglement seul produit les effets ordinaires de la cécité, mais aucune déséquilibration.
Chez le Corystes, les effets sont très caractéristiques. C’est un animal marcheur et très lent, mais qui se tient dans une position presque verticale, très redressée, appuyé seulement sur une étroite base de sustentation. Si, à. l’état normal, on le place sur le ventre, il sé redressé aussitôt; si on le couche sur le dos, il se relève non moins vivement. Après l’avulsion des otocystes, même sans toucher aux yeux, il devient tout à fait incapable de se maintenir. Si on le met sur le ventre, il se redresse, mais dépasse le but, tombe sur le dos et'ne sait plus se relever. Indéfiniment on peut recommencer l’opération avec le même succès. Pas une fois il no peut conserver l’attitude instable qui lui est habituelle à l’état normal.
Rappelons que d’autres observateurs ont étendu ces observations avec le même succès aux Hétéropodes et aux Méduses.
La conclusion du mémoire est la suivante :
“ La destruction des otocystes produit une désorientation locomotrice chez les animaux qui L’ont subie.
« Ce résultat est dû à l’abolition des fondions de l’organe et non h une excitation du nerf correspondant.
* La su PP ressl °n des sensations visuelles et tactiles, du moins celles des organes
spéciaux du loucher tels que les antennes, ne produit aucun effet de ce genre,
« La vue et le loucher peuvent dans une certaine mesure suppléer les otocystes détruites, mais, le plus souvent, la désorienlalion locomotrice n’est qu'atténuée par les indicalions de ces.deüxsens,
« Les otocystes, outre leur fonction auditive, jouent le rôle d’organes régulateurs de là locomotion, probablement en provoquant par voie réflexe les actes musculaires correcteurs qui maintiennent le corps sur la trajecloire voulue et dans son orientation normale pendant toute la durée du mouvement,
« Il y a de fortes raisons de croire que ces organes envoient aussi aux ganglions cérébroïdes des sensations véritables qui renseignent l’animal sur les mouvements de rolation accomplis aclivoment.ou passivement par son corps.
« Ces sensations, ainsi que les actes réflexes précédents, peuvent être provoquées
cy'sle.if
A' la suite de'ce travailles auteurs ont substitué au nom de ces organes, otocyste, celui de statocyste, rappelant la fonction que j’avais fait connaître.
Les méridiens de l’œil et les jugements de la direction des objets.
l’ai indiqué dans la première partie do celte notice (voy. pag. 27) co que sontles méridiens morphologiques et les méridiens astronomiques dé l’œil : et j’ai défini les images accidentelles.
Quand nous inclinons la tète sur' l’une ou l’autre épaule, l’image dos olu ' jets verticaux, arbres, clochers, nous parait rester verticale. Or cette image rétinienne est parallèle au méridien astronomique vertical tandis qu’elle fait un angle avec le'méridien vertical morphologique. Nous semblons donc autorisés à conclure : l’œil ignore ses méridiens morphologiques et connaît ses méridiens astronomiques.
J’ai décrit aussi l’expérience d’Aubert (pàg, 29) où Ton ne voit qu’une fente lumineuse verticale dans une chambre entièrement obscure. Ici, si l’on incline la tête, la fente semble s’incliner en sens inversée Donc ici, il semble que : l’œil ignore ses méridiens astronomiques et connaît ses méridiens morphologiques. Mais ouvrons la porte, de manière à éclairer la chambre, aussitôt, bien que nous n’ayons pas redressé la tête, la fente paraît verli-
Donc ici, l’œil semble juger d’après ses méridiens astronomiques quand il fait jour et d’après ses méridiens morphologiques quand il fait nuit*
les images . accidentelles (voy. pag. 29) ont ceci de particulier qu’elles sont invariablement liées à l’œil et tournent avec lui lorsque celui-ci tourne sur ses axes.
Si, la tête étant droite, nous nous procurons une image accidentelle d’un Objet vertical, et qù’ensuite, les yeux fermés, nous inclinions la tête sur l’une ou l’autre épaule, l’image parait s’incliner dans le même sens et prendre la même obliquité que l’oeil. Donc ici de'nouveau; l’œil semble juger d’après ses méridiens morphologiques, puisque l’image, parallèle au méridien morphologique vertical, suit celui-ci dans ses inclinaisons.
Mais procédons autrement : la tête étant penchée sur l’épaule, regardez èn plein jour un objet vertical vivement éclairé (le châssis d’une fenêtre). Nous avons vu que l’image semble verticale. Mais fermons brusquement les yeux pour en recueillir l’image accidentelle. Nous sommes tout à fait dans le cas de l’expérience d’Aubert, puisque nous avons, sur la rétine plongée dans la nuit, une seule image, celle d’une ligne verticale, parallèle au méridien vertical astronomique, mais se peignant oblique par rapport au méridien vertical astronomique. Nous devrions donc la juger oblique. Cependant, elle nous paraît nettement verticale. Ce résultat est véritablement surprenant et en contradiction absolue avec l’expérience d’Aubert. Ici, en effet, nous jugeons d’après nos méridiens astronomiques bien qu’il fasse
On voit quelle série de contradictions se présente et. l’intérêt qu’il y avait à débrouiller tout cela.
La différence entre l’expérience des images accidentelles et Celle d’Aubert étant que dans un cas les images sont accidentelles, tandis qu’elles correspondent dans l’autre à un objet actuellement vu, j’ai naturellement cherché dans cette différence la cause de la contradiction. Et j’ai trouvé
La seule différence fondamentale entre une image réelle et Une image accidentelle est que le regard peut parcourir la première, chose qu’il ne peut faire pour la seconde puisqu’il l’entraîne dans ses mouvements. En parcourant l’image réelle, l’œil fait intervenir un nouvel élément de jugement, la notion des muscles qui se contractent pour Suivre la direction principale de l’image. Si ces muscles sont les droits supérieur et inférieur, il y aura une raison de plus de juger l’image verticale ; si ce sont ces muscles concurremment avec les droits interne et externe, il y aura une raison de la juger oblique. Or c’est ce qui arrive dans l’expérience d’Aubert. Mais voici une expérience qui ruine cette tentative d’explication. Si, dans l’ex-
péri'ence d’Aubert, on's’astreint à regarder un point fixe de la ligné claire sans déplacer l’oeil|la ligne n’en paraît pas moins oblique ; d’autre part si’ dans mon expérience, on déplace l’imago accidentelle dans le prolongement de "sa'propre direction, elle n’en-parait pas moins rester verticale, bien que l’élément musculaire ait été supprimé dans le premier cas et introduit dans le second.
La difficulté reste entière. Or rien n’est irritant comme cette constatation de deux conclusions également certaines et contradictoires.
Pour rendre la contradiction plus flagrante, j’eus l’idée de combiner les doux expériences en faisant peindre Simultanément sur marétine l’image accidentelle et l’image réelle. Pour cela, tout étant préparé comme pour l’expérience d’Aubert, je place à 2 ou 3 centimètres de la fente une longue flamme très brillante de gaz carburé. Un robinet placé à portée de ma main me permet de l’éteindre presque entièrement en ne laissant qu’une petite flamme bleuâtre, invisible derrière un écran et suffisante pour rallumer la pre-
Les choses étant ainsi disposées, j’incline la tète sur l’épaule, je .me procure une image accidentelle pas tout à fait centrale de la flamme de gaz, je ferme le robinet et regarde la fente lumineuse. D’après ce qui précède; les deux images parallèles peintes simultanément sur ma rétine devraient me paraître l’une verticale et l’autre oblique. Quelle n’est pas ma satisfaction en voyant que les deux images paraissent également obliques et rigoureusement parallèles. Ainsi la contradiction n’existe pas. Pour 'l’une et l’autre image mon jugetnet se règle sur les méridiens morphologiques de l’œil.
Mais alors pourquoi, dans l’expérience vulgaire, l’image accidentelle dd châssis de fenêtre paraissait-elle verticale?
' J’en discute les causes et montre qu’il faut les chercher dans le faible degré de l’obliquité joint au caractère fugace des images accidentelles et dans la fausse notion que l’on a de la verticale quand la tête est inclinée, ainsi que je l’ai montré dans mon travail sur les canaux demi-circulaires.
On peut faire disparaître cette contradiction et obtenir avec les images accidentelles la même impression d’obliquité que dans l’expérience d’Aubert en inclinant la tête très fortement, jusqu’au-dessous de l’horizontale.,.
Les contradictions sont maintenant moins nombreuses, puisque l’expé' rlence d’Aubert et celle des images accidentelles sont d’accord, mais il reste’ la contradiction entre ces deux expériences et celle où, regardant en plein jour les arbres et les clochers, nous les voyons verticaux bien que nous inclinions la tête.
Je montre ici que la différence est due à ce que, pour les inclinaisons modérées de la tète qui nous sont habituelles, nous faisons une correction instinctives qui a pour point de départ ,1e sentiment que nous avons de la verticalité d’objets qu’une expérience journalière nous a appris être toujours verticaux. Certes, si un arbre est penché, nous le voyons tel, mais notre raison proteste quand, par suite d’un simple mouvement de la tête, nous serions tentés de voir tous penchés, et également penchés, des objets que l’instant d’auparavant nous venions de voir tous droits. Mais si nous inclinons la tête très fortement, jusqu’au-dessous de l’horizontale, position qui ne nous est plus habituelle et pour laquelle nous n’avons pas eu de fréquentes occasions de faire les corrections nécessaires, les arbres et les clochers nous paraissent obliques aussi bien que la ligne d’Aubert. Il n’y a donc plus contradiction absolue entre les deux expériences : il n’y a différence que dans le degré d’inclinaison nécessaire pour faire naître l’illusion et il est naturel que ce degré soit moindre dans l’obscurité où les points de repère se trouvent supprimés pour notre œil.
J’étudie ensuite une illusion particulière qui m’avait été soumise par Aubert, dans une lettre où il conclutaprès l’avoir décrite : J’avoue qu’il m’est impossible d’expliquer cette énigme. J’en donne une explication qui me semble fort simple, pour laquelle je renvoie à mon mémoire, et j’arrive enfin à une conclusion qui me paraît résumer la loi générale des illusions et dès corrections qu’elles provoquent.
« Tout organe des sens impressionné dans les conditions normales deson fonctionnement provoque des jugements exacts. Dés que les conditions deviennent gnormales, l’impression se modifie et lejugementtendà devenir fautif ense rapprochant de celui qui aurait été porté si T organe avait reçu la même impression dans les conditions normales. Helmoltz a le premier bien reconnu cela, mais il n’a pas été plus loin. Or l’analyse complète des phénomènes nous montre quelque chose de plus. L’expérience'et la vérification par les autres sens ou par le même sens agissant dans ses conditions normales nous permet de reconnaître l’erreur et de la corriger. Aussi quand ces conditions anormales se reproduisent fréquemment, la correction finit par devenir automatique et inconsciente, et l’illusion ne se produit plus. C'est seulement quand la condition anormale est exceptionnelle par sa nature ou par son degré que la Çç/rection dévient nulle ou insuffisante et que l’illusion se produit. Il n’y a guère .à douter qu’en se, soumettant assez fréquemment aux mêmes illusions oU'finiraitpar ne plus les éprouver. La chose m’est .arrivée dans quelques cas pendant mes expériences sur la fonction non auditive de l’oreille interne. »
Sur la grandeur subjective des images monoculaires et binoculaires dans la loupe
avec une discussion raisonnée de l’emploi de la loupe à l’usage des naturalistes.
Ce travail ne se prêtant guère, à l’analyse, en raison des développements mathématiques qu’il comporte, je ne puis que le reproduire ci-dessous presque intégralement.
Si l’on regarde avec un seul œil un objet à travers une loupe de grand diamètre, on voit cet objet grossi dans une mesure qui dépend, comme on sait, de la force
point où elle donne les images nettes maxima, et, sans changer sa position ni celle de la tête ou de l’objet, ouvrons l’autre œil. Aussitôt l’image parait notablement grandie et, dans les conditions les plus favorables, peut paraître doublée. Ce n’est donc pas là une minutie; c’est un phénomène très apparent. L’expérience est facile à faire de la manière suivante ; prendre une loupe faible de 10 à i2 centimètres de digmèlre, la tenir de la main droite près de l’œil, et regarder sa main gauche, avec un seul œil, à la distance maxima où on la voit encore nettement, puis ouvrir et fermer successivement l’autre œil plusieurs fois. Bien entendu, il
égal à A, distance minima de la vision distincte, on ne peut plus je diminuerais nouveau sans sacrifier la netteté de l’image.
On peut mettre cela sous une forme plus mathématique.
Appelons X la distance -CQ de la loupe au point nodal de l’œil, et considérants
seulement la moitié de la figure située au-dessus ou au-dessous de. l’axe optique Mm.
L’image rétinienne im est mesurée par la tangente de l'angle « (les rayons extrêmes. Or on a lg.« = Donc l’image rétinienne sera d’autant plus grande
que'X sera plus petit, ce qui montre qu’il faut mettre l’œil le plus près possible de
Faire varier p' c’est ajouter ou retrancher une même quantité aux deux termes de la fraction-Or on sait que, dans ce cas, la fraction variera dans le même’
compromis entre la sensation organique résultant de la direction des axes optiques et la sensation corrigée par l’expérience. En fait, l’image binoculaire paraît au plus double de l’image monoculaire, ce qui est déjà un résultat bien remarquable dans des phénomènes de cette nature.
Conclusion. — L’image fournie par la loupe dans la vision monoculaire est reportée à peu près à la distance où est l’objet qui la fournit, et, par conséquent, moins loin que n’est l’image virtuelle fournie par le tracé graphique; elle est jugée