Notice sur M. Daunou
Quand la mort enlève un homme de bien à Taffection de sa famille et de ses amis , ce n'est guère que dans le cercle étroit de l'intimité qu'il est permis de s'entretenir de ses vertus , et de payer à sa mémoire un juste tribut de regrets. Le monde^ toujours prompt à oublier les morts , accorde à peine une courte sympathie à ces deuils privés, qui se renouvellent sans cesse autour de lui. Si la douleur n'avait pas sa retenue et comme une sorte de pudeur qui l'empêche de se montrer à tous les yeux, elle ne se produirait au dehors que pour y rencontrer une froide indifférence. Il est pourtant de rares occasions où les regrets publics se mêlent à ceux de Ja famille , pour déplorer une perte commune à tous et dont le souvenir doit se conserver longtemps. Il semble alors que l'amitié ne doive plus craindre d'offenser les convenances, et qu'elle remplisse même un devoir en retraçant les principales cir-
Il PRÉFACE.
constances d'une vie qui appartient à Thistoire plus encore qu'à Pintimité.
Tels sont les sentiments auxquels j'obéis en publiant une notice biographique sur Benjamin-Edme- Charles Guérard , c'est-à-dire sur un homme doué des plus excellentes qualités du cœur et de l'esprit , qui était non-seulement chéri de ses parents et d'un petit nombre d'amis ^ mais honoré en même temps de l'estime publique, placé aux premiers rangs dans la compagnie illustre dont il faisait partie, connu et apprécié' de l'Europe savante, digne enfin d'être compté désormais parmi ceux dont la postérité ne doit pas oublier le nom. J'ai compris toutefois que mon travail y en restant isolé, ne se recommanderait pas suffisamment à l'attention du public, et pour que le nom de M. Guérard protégeât plus efficacement ce volume, j'ai voulu y réserver la première place à l'un de ses meilleurs écrits. Cette notice sur M. Daunou , aussi honorable assurément pour le talent de Fauteur que pour Thomme illustre dont elle retrace la vie, les travaux et le caractère, n'était connue jusqu'à présent que par une édition partielle ; mais le manuscrit complet s'est retrouvé dans les papiers de M. Guérard , qui l'avait préparé lui-même pour l'impression. C'est le seul écrit qu'il ait excepté d'une proscription regrettable pour tous, et particulièrement pour celui qui fut obligé de l'exé-