Par décret du 24 frimaire an xin (15 décembre
3. M. Daunou fut informé de sa nomination par la lettre suivante : «Vous êtes nommé archiviste à la place de Camus. Il convient, mon cher Daunou, que vous écriviez une lettre de remercîments à l'Empereur. Il a fait cette nomination d'une manière très-aimable pour vous. Il y avait des concurrents puissamment appuyés. L'architrésorier prétend que cette place lui avait été promise pour Garnier [depuis sénateur et pair de France]. Je vous embrasse. FouceÉ. p
homme qui convînt mieux à la place ^ il n'était pas plus facile de trouver une place qui convînt mieux à l'homme.
Du moment que M. Daunou se vit à la tète des archives, il eut autant de soin de les mettre en ordre que de les accroître par de nouvelles richesses. En 1 807, il en opéra la translation du palais Bourbon , où s'assemblait le Corps législatif, à l'hôtel Soubise , où elles durent rester définitivement. Napoléon après les avoir visitées, en 1806, dans l'ancien local, revint les voir quatre ans après. Il arriva, suivant sa coutume , sans être annoncé , et fut sans doute content de l'arrangement et des autres travaux exécutés par le garde général , puisqu'à la fin de sa visite, qui fut longue et minutieuse, il le pressa de nouveau, mais encore inutilement, d'entrer au conseil d'État. Quelques jours après, M. Daunou reçut la croix d'honneur qu'il avait déjà refusée, d'abord à la création de Tordre , et plus tard dans une autre circonstance ; mais il se crut obligé cette fois de l'accepter, malgré la répugnance qu'il avait pour cette institution. Il fut ensuite bien surpris d'apprendre, le 14 avril 1810, qu'il était nommé, par décret delà veille , censeur impérial avec MM. Charles Lacretelle, Sauvo, Esmenard, Lemontey et quatre autres. Il écrivit sur-le-champ trois lettres pour déclarer en même temps son refus à M. Portalis , directeur de l'imprimerie et de la librairie , à Fouché et au ministre de l'intérieur. Il voulut aussi le faire annoncer dans le Moniteur universel^ sans pouvoir y parvenir , quoique ce journal eût donné la nouvelle
n NOTICE SUR H. DAUlfOU.
de sa nomination. C'est pourquoi plusieurs bic^pra-* phes , induits en erreur par son silence , ont laissé croire qu'il avait eu la faiblesse d'exercer des fonctions aussi peu d'accord avec ses principes.
L'Empereur ayant résolu de faire venir à Paris les archives pontificales , envoya, dans le mois d'août iSU , M. Daunou à Rome pour présider à cette translation. En même temps il lui recommanda de ne pas oublier une certaine pièce qu'il était fort jaloux de tenir entre ses mains : c'était la fameuse bulle d'excommunication 9 du 10 juin 1809^ fulminée contre lui par le pape Pie VII. Elle fut en effet rapportée, et mise ensuite sous ses yeux un jour qu'il visita de nouveau l'hôtel Soubise. Les archives du Piémont y de l'Allemagne , de la Hollande et de l'Espagne furent aussi transportées à Paris , et devaient être arrangées, à la suite des archives françaises, d'après le plan de classification générale dressé par M. Daunou*.
Ses fonctions d'archiviste ne l'empêchèrent pas de travailler à plusieurs ouvrages importants , qui lui furent demandés par le gouvernement impérial, tels que V Essai historique sur la puissance temporelle des papes, et d'autres, dont nous reparlerons plus tard. Si l'homme politique était négligé, on se servait toujours avec empressement de l'homme de lettres. L'Empereur n'aurait pas demandé mieux que de se l'attacher par des bienfaits; mais il n'était pas assez
1. Ce plan, qui porte la date du 15 août 4814 , a été imprimé en une feuille in-4° sous le titre de Tableau systéma^ tique des archives de r Empire.
puissant pour le séduire. Le seul moyen de le gagner était peut-être de marquer une tendance à revenir à des principes conformes à ceux de la constitution de Tan m y mais on ne songeait guère à lui donner cette satisfaction. Quant aux faveurs personnelles, il n'est pas présumable qu'il en eût accepté , lui qui ne voulut jamais consentir à l'augmentation de son modique traitement.
Lorsque Napoléon succomba sous les efforts de TEurope coalisée, M. Daunou lui garda une impitoyable rancune. Dix ans après, il allail jusqu'à dire de lui : « On voyait trop que ce parvenu n'aurait assez ni de probité ni de lumières, pour mettre de lui-même un terme à ses usurpations au dedans, ni à ses conquêtes au dehors ; et qu'abandonné à son aveugle audace, il allait courir de succès en succès à sa perte*. » M. Daunou ne fut donc pas aussi affligé que les bonapartistes du rétablissement de la maison royale. La question dynastique l'intéressait beaucoup moins que celle des institutions. Il considéra la chute du régime impérial comme une délivrance et un désastre*, et ne voulant épouser les passions d'aucun parti, il se tint renfermé dans ses archives et n'y fut pas d'abord inquiété. Il eut néanmoins la douleur de se voir enlever toutes les richesses que la conquête avait amenées en sa garde. Au reste les
i. T^(Âice sur Gingnenéy p. i7. On trouve néanmoins une phrase à la louange de FEmpereur, dans son édition des œuvres complètes de Boileau, t. I, J>isc&urs préliminaire ^ p. 34.
S. Notice sur ParenP-Réal , p. 12 ek 13.
souyerains éti^Dgers^ en rentrant dans la possession des pièces qui leur appartenaient, n'eurent qu'à se féliciter du soin qu'il avait pris d'en faire le classement, et l'empereur d'Autriche lui donna même à ce sujet un témoignage particulier de satisfaction ^
Loin d'avoir rien à craindre des dispositions du nouveau gouvernement à son égard, il reçut de quelques personnes influentes à la cour des marques singulières de confiance et d'estime. A la sollicitation de M. Beugnot , son ancien compagnon de captivité pendant la Terreur, aujourd'hui directeur général de la police, il écrivit un mémoire sur une question qui n'était pas sans intérêt pour la famille royale. Il s'agissait de savoir si des scrupules de religion s'opposaient au mariage du duc de Berry avec la sœur de l'empereur de Russie. M. Daunou crut les avoir tous écartés, en démontrant que la différence du rit grec avec le rit latin ne touchait pas au fond du dogme , et ne pouvait en aucun cas former un obstacle sérieux à l'alliance projetée*. Néanmoins cette alliance n'eut pas lieu , à cause de Mme la duchesse d'Angoulême, qui, n'étant pas convaincue, ne put y donner son approbation.
Après les CentJours , qu'il traversa sans remplir