‹ Notice sur M. DaunouChapitre 18 sur 70 · Il fit présent à M. Daunou d'une tabatière d'or · texte numérisé non relu

Il fit présent à M. Daunou d'une tabatière d'or

2. Ce fut à l'occasion de ce mémoire que M. Beugnot écrivit à l'auteur le billet suivant, qu'on ne me blâmera pas d'avoir reproduit : « J'ai lu avec plaisir et avec fruit, monsieur et ancien camarade , votre excellent morceau. J'aurais bien voulu le recevoir de votre main , mais vous avez une vieille répugnance pour les manoirs ministériels. Pour moi qui professe toujours le même respect des hommes qui vous res-

de fonctions politiques^ il reçut encore de grandes marques de considération de la part de plusieurs ministres du roi. Consulté sur Tordonnance d'amnistie qui fut ensuite rendue le 24 juillet 1815, il répondit par un mémoire confidentiel , dans lequel il insistait, comme jadis au conseil des Cinq-Cents y sur la nécessité de la faire aussi large que possible ^ et sur le danger des exceptions, qui n'ont guère d'autre résultat que de restreindre ou même de détruire les bienfaits de la mesure. Ensuite il lui fut demandé par M. Barbé -Marbois' un mémoire sur le sacre des rois de France. Enfin, lorsqu'il s'agit de conclure un nouyeau concordat avec la cour de Rome, on eut besoin des conseils d'un homme éclairé, aussi bien instruit des principes de l'Église gallicane que des droits du souverain pontife, et l'on s'empressa de recourir à lui.

Mais cette espèce de crédit dont il jouissait dans le parti modéré du gouvernement, ne put le mettre à l'abri de la persécution. Le parti exalté, dont l'aveuglement croissait à proportion de l'influence, était devenu de plus en plus exclusif. Il ne tint compte ni de la conduite de M. Daunou dans le procès de Louis XVI, ni de sa probité, ni de son

semblent, et qui trouve si rarement à l'appliquer, j'irai vous voir, vous remercier. Je vous demanderai pardon d'être quasi-ministre, et j'obtiendrai de vous que ce titre si fugitif ne me fasse rien perdre de votre ancienne bienveillance, je n'ose dire de votre ancienne amitié. « Agréez, etc. Beugnot.

« Paris, le 6 juillet 1814. »

A . Entré le %^ septembre au ministère delà justice.

98 NOTIGK SUR M. DAUNOU.

satoir «t parfaitement approprié aux fonction» pai*sibles qu'il avait à remplir : il toulut à toute force sa destitution* M. Decazes eut beau répondre d'abord qu*(( ôtér DaiinoU des archives, ce feerait descen- « dre Apollon du Belvédère, de la barbarie toute a pure ; » vainement MM. Barbé-Marbois et Beugnot firent-ils tous leurs efforts en sa faveur ^ cet acte odieux ne put être empêché. Le 25 décembre 181 5, M« de Yaublanc^ ministre de Tintérieur^ reconnais^ saut mal la protection que Tancien émigré avait reçue de l'ancien ootnmissaire dans led États romains^ eut le malheur de lui écrire s « J'ai hésité longtemps , monsieur, à proposer au roi de vous donner un successeur aux archives; mais diverses considéra*tions me font un devoir de ne pas différer davan-* tage^ Pour peu que vous réfléchissiez sur le passé , et spécialement sur le temps qui s'est écoUlé depuis le 20 mars , vous reconnaîtrez vous-même qu'il est des personnes dont les services ne conviennent plus à un certain ordre de choses et d'emploiâ.**. » Deux mois plus tard, le 26 février 1816^ le même mi-^ ûistre ne lui rappela Tanoienne obligation qu'il lui avait que pour lui donner avis de son remplacement.

M. Daunou fut peu surpris de sa disgrâce. Après la loi d^atnnistie du 1 2 janvier précédent, il s^attendait à pis encore^ car il songeait à quitter la France. a Plus de sécurité en rien, é(îrivait-il à M. Roux- Laborie, puisque aucun engagement n'est respecté. Voilà le premier pas, il est énorme; les autres doivent moins coûter. De classe en olasio, de nuance

en nuance, tout doit y passer, jusqu'à Vaublanc lui-même* N'est-il pas venu , et bien vite, un temps où Bailly, La Fayette, Condorcet..., Camille Desmoulins, Danton, n'étaient plus asse* purs? L'autre pureté deviendra tout aussi rare. Je me recommande toujours à vous , continue- t-il , pour un passe-port pour Bruxelles*» »

Les archives, ainsi destituées du chef le plus digne de les administrer, restèrent séparées de lui pendant plus de quatorze ans ; après quoi il ne fallut rien moins qu'une révolution pour le replacer dans son ancien poste.

Cependant l'esprit de modération et de sagesse qui devait provoquer l'ordonnance du 5 septembre 1 81 6, et mettre un frein à la réaction royaliste, dans TimpossibiHté de réparer les torts du gouvernement envers M. Daunou, chercha les moyens de les atténuer. Dans le mois de juillet de la même année, le Journal des Savants ayant été rétabli parles soins de M. Barbé- Marbois et du chancelier Dambray *, il en fut nommé le principal rédacteur, et ses articles devinrent aussitôt, par l'étendue et la variété des connaissances, comme par la pureté du goût, la solidité du Jugement, l'élégance et la politesse du langage qui les caractérisent, des modèles admirables d'urbanité et de haute critique littéraire.

L'année suivante , une nouvelle occasion s'offrit aux ministres de rapprocher encore M. Daunou du

Page 1