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Ibid.j t. XLIV, p

i36 NOTICE SUR M. DAUNOU.

plus d'une fois renouvelé dans le cours des âges, et qui ne peut devenir dangereux que lorsqu'il excite de la colère 9 au lieu de Tindulgent mépris dont il est digne. On recommande ^ on accrédite les fausses théories littéraires , quand on les poursuit comme des délits ou des crimes : il faut permettre Terreur pour être sûr que la vérité ne sera jamais proscrite. Si Zoïle critiquait Homère à la cour de Ptolémée Philadelphe, il usait d'une liberté pareille à celle qu'on doit avoir aujourd'hui d'admirer le Roman du Rou, ou le Roman de la Rose; de préférer les troubadours, les trouvères, les romantiques germains, bretons ou Scandinaves, à Molière, à Corneille, à Racine, à Despréaux*. »

M. Daunou a rédigé, en outre, les notices de plusieurs de ses contemporains, presque tous ses amis. Les unes, savoir : celles de Rulhière, de M.-J. Chénier, Ginguené, La Harpe et Thurot, sont jointes aux éditions de leurs ouvrages; les autres, comme celles de Parent-Réal et de Laromiguière, ont été publiées, celle-ci dans le Journal de la langue française*, celle-là isolément, ainsi que le discours que M. Daunou prononça, le 12 mars 1836, aux funérailles de M. Destutt de Tracy.

Dans sa Notice sur Chénier, il appelle ce poëte un homme excellent, et le meilleur des amis; aussi lui donne-t-il les témoignages de la plus tendre amitié et de la plus haute estime, en disant de lui : « Tous les sentiments honnêtes, humains, vertueux, rem-

i . Biographie universelle, article de Zoïle. 2. Janvier 4839.

NOTICE sua M. DAUlfOU. 137

plissaient son âme active. Pour Testimer et le chérir, il suffisait de le voir de près. » Il dit ailleurs : « Habile autrefois dans Tart de la satire, il avait fini par Têtre bien plus dans Tart de louer : véritable et rare progrès du talent littéraire, autant que de la bonté morale. » La manière dont il parle de son savoir n'est pas moins honorable : « Il ne prétendait point à rérudition , continue-t-il ; mais fort peu de littérateurs ont réuni , possédé un plus grand nombre de ces connaissances réelles , de ces lumières véritables et fécondes qui ne prennent que le modeste nom d'instruction, et qui manquent souvent aux érudits. » Toutefois, ne dissimulant pas les reproches que son ami pouvait avoir encourus, il les excuse, ou du moins les atténue, par l'explication qu'il en donne. «Trop souvent victime , dit M. Daunou, il n'a pu se garantir assez d*être injuste; et c'est là le plus grand tort que lui aient fait ses ennemis. » Quant au peu de goût de Chénier pour un certain genre de littérature que l'on exaltait sans doute beaucoup trop , il l'explique dans les termes suivants : (Œn admirant les traits de génie qui éclatent dans les monstrueuses productions de Shakspeare , Chénier ne concevait pas qu'on pût mettre sérieusement en parallèle avec le théâtre classique des Grecs et des Français, un prétendu genre romantique, ' ignoble symptôme de la décrépitude de l'art théâtral , quand il n'en est plus le premier essai. Il lui semblait impossible que l'esprit humain rétrogradât, en effet, de Racine à Schiller, à moins qu'on ne s'avisât aussi de renoncer à la philosophie de

iSa NOTICE l»UR If. PAUNOO.

Locke pour. celle de Kant, et de »e reploqgelr, ftprèg deux siècles de progrès et d^ lumièrei, di^q^ \m pluâ épaisses ténèbre^ du moyeu âge. »

Parmi les qualités précieuses que M, Daufiou »e plaît à faire ressortir daus racadémicien Giugu^né, il en célèbre plusieurs qu'où aurait de la peiue à me* connaître en lui<-méme. Cette eriHque iouvent pirf quanU et toujours décente; cette probité inflMOtbhf et oe respect cosistant pour les plus ffiinutimco dewirs^ sont Tapanage de Tuu et de Tautre; mai9> daus m qui suit, il peint mi^ux encore sou propre caractère* « Personne, dit-il, ne portait plus loin cette politesse exquise et véritablement française, qui n'est au fond que la plus noble et la plus élégante eiipre»^ siou de la bienveillance. » Ou disait Giuguené fort lusceptible; eu effet, poursuit ^n biographe, i^ il ne souffrait aucun procédé équivoque, et voulait qu'on eût avec lui autant de loyauté, autant de fr^n-» chise, qu'il en portait lui-même dans toutes les re^ lations sociales. Il n'y avait là que de Téquité; mais c'était, il faut en convenir, se montrer foft ei^igçapt ou fort en arrière des progrès que la cimimiign ve* nait de faire de 1800 à 1SU ^ ^

On peut remarquer aussi dans la piêmc Notice quelques mots un peu malins sur TAcadémic frau^ çaise, et une asse% forte empreinte de haine contre Napoléon. En général, elle n'est peut-être paip écrite avec autant de. réserve que ses autres ouvrage^, quoiqu'elle n'en soit pas moins riche de pfiuié^s

i. Notice sur Gi$iguené^f,x%l%,

mTlCB sua X. D4UHÛU. <S9

fin^i ft d'iipr§98ioua b^ureupas, M. Pi^unou avait déjà payé u» tribut d'bommage^ à qqo ami et son Qonfpère 4 ria&titut, ^n ^vQnonqmU i© 10 oovembrt 1816, un discours mv sa tombe,

I^ disqour* ^ur La Harp^ est trèi-étendu • L'auteur, après avoir raoûnté la vie de oe oriUqua eélèbre, {gH^eède à rei:aiiiau dp aea écrits. Chacun d'eux, si eourt qu'il soit, est apprécié avec beaucoup d'atten* tion, d'impartialité, de sageiie. Il n'est pas jusqu'à la petite chanson ma tomlr^ m¥mte qui ne devienne Tobjet de ses remp^rquet; il en parle m^me^ avec une sorte de plaisir, et l'on dirait que le souvenir de sa jeunesse vient encore ppétep son ohapme à celui de cette légère et jolie composition. Il examine et pèse fort scrupuleusement les opinions et les jugements exprimés dans le Lycée ; il signale les beautés et les défauts du livre, et suppléa quelquefois lui-même aux omissions. Par ^lemple : « Le discours de Bos« suet sur l'Histoire uaiveimelle, dit'il, n'inspire à La Harpe qu'un fort petit nombre de réflexions com» munes : il ne distingue pas les trois parties de cet ouvrage ; il n'admire point l'étroite liaison des fpiits rassemblés dans la première, où tant d'origines, de catastrophes et de noms célèbres smnblent se disposer d'euîp-rmêmes dans le seul ordre qui leur eon-r vienne. Il ne dit pas que la seconde partie est ce qu'an a écrit de plus éloquent en faveur de la religion ehrétienne; ni combien la troisième, où Fauteur envisage les révolutions des empires , est riche encore d'idées profondes, d'expressions fortes et de traits sublimes. » Puis, en parlant du plan d'après lequel

rhistoîre de toutes les nations est rapportée à celle du peuple juif. « C'est à ce plan, continue-l-il, que Bossuet doit l'unité, le coloris et la magnificence de ce tableau inunortel; nulle part, l*histoire et l'éloquence n'ont été mieux associées. Quand Bossuet compose des oraisons funèbres, Tidée de la mort le poursuit sans cesse » lui et les grandeurs qu'il célèbre : cette austère idée vient se mêler à toutes les peintures qu'il trace, et les effacer en quelque sorte au moment où il les achève : on dirait qu'il n'exalte ses idoles que pour les renverser de plus haut, qu'il ne les pare avec magnificence que pour les ensevelir'. »

Connaissant à fond toutes les parties du sujet qu'il traite, toutes celles qui viennent y confiner, et notamment l'histoire littéraire du xviii* siècle, M. Daunou répand partout l'instruction et l'agrément dans cet excellent discours, qui peut passer pour Tune de ses meilleures productions. Il est d'ailleurs bien plus le défenseur que l'accusateur de La Harpe, et finit par déclarer que son Cours de littérature. est le meilleur cours de critique littéraire qui existe en aucune langue •.

En sa qualité de secrétaire perpétuel de l'Acad&nie des Inscriptions et Belles-Lettres, il a composé pour l'histoire de cette académie les notices de plusieurs de ses confrères, savoir: de MM. de Sacy, Vanderbourg, Van Praët et Caussin de Perceval , et- commencé celle de M. Mongez, que la mort l'a empêché de finir. Il est aussi l'auteur de la notice sur D. Brial,

i. Pages cuu et cliv, édition de 4826.

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