‹ Notice sur M. DaunouChapitre 36 sur 70 · PagecLxxix · texte numérisé non relu

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imprimée à la tète du dix-septième volume de l'Histoire littéraire de la France. Dans celle de M. de Sacy, il professe I comme on devait s'y attendre, une vive admiration pour les travaux immenses de ce grand orientaliste, et une vénération profonde pour son caractère. Ce n'est pas seulement un hommage commandé par le devoir et dicté par Topinion publique, c'est encore le tribut spontané de ses sentiments intimes qu'il lui paye dans ces belles pages écrites avec une urbanité et une élégance continues; et quand il parle de cette bonté indulgente de M. de Sacy, dont on a pu, à mesure qu'il avançait en âge , remarquer les progris dans ses mœurs et jusque dans sa physionomie \ on sent qu'une sympathie mutuelle devait régner entre eux. Malgré la divergence de leurs opinions sur les matières les plus graves, et le contraste de leur conduite politique , ils avaient un fonds commun de lumières et de probité qui les rapprochait, et l'on n'est pas surpris de voir le chrétien royaliste jugé avec autant de justice et de dignité par le philosophe républicain. Cette belle notice, dans laquelle je ne crois pas qu'on trouve une pensée, une locution, un mot même à reprendre, peut être considérée comme le chef-d'œuvre de la notice historique et littéraire, et comme un des morceaux de notre langue écrits avec le plus de pureté.

Enfin, parmi ses autres notices académiques, qui toutes sont pleines de convenance et rédigées avec soin , il y en a une qui attache particulièrement le

4. Notice de M. de Sacy, dans les Mémoires de l'Académie des Inscriptions, t. XII, part. I, p. 529,

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lecteur par un ton affeotueux et de bienveillante estime à l'égard du savant modeste qui en est le sujet : c'est celle de Texcellent M. Yan«Praët ^ dont les serviceif dit M« Daunou ^ resteront cétèbretf qtwi-^ quil n'ait jùmais songé quà lés rendre utiles \ et qui fut aussi aimable par la parfaite bonté de son cara^^'' tèr$^ et par V aménité de ses mœurs j qu'il est digne d'être regretté de tous les gens de lettres, pour les secours sans nombre et sans prix qu'ils en ont reçus.

Le Journal des Savants, dont M. Daunou dirigea pendant plus de vingt-deux années la publication, offrit un champ aussi vaste que fertile à son talent supérieur pour la critique littéraire* On y compte cent quatre-vingt^'quatre grands articles dont il est l'auteur, sans parler des articles de nowpelles placés à la fin de chaque cahier. Théologie , jurisprudence et féodalité ; métaphysique, grammaire, rhétorique^ poésie ) théâtre et romans; calendrier^ chronologie et histoire générale; histoire des religions, des sectes et des croisades ; de la Grèce, de Rome et du Bas-Empire; de France, de Norwége, de Russie, d'Allemagne et d'Italie ; d'Asie et d'Amérique ; antiquité , histoire littéraire ancienne et moderne , bibliographie et biographie : en un mot, les genres de littérature les plus variés et les plus intéressants deviennent tour à tour l'objet de son examen.

Dans sa critique fine et spirituelle, assez souvent piquante et maligne, il conserve toujours le carac-

1. M. Daunou avait déjà dit en 1848, dans sa notice sur ChéniSr : * L'autéur qui arftit aspiré à se rendre utile, ne réussit qu'à devenir plus eélttre. »

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tèrô d'un ju^ équitable et couscieiicieux , satis jamais cesser d'être bienveillant et même porté à rindtilgeneé. Rempli d'égard* pour le» auteurs, il ûe se permet pafe envers eux la plud légère person-nalité , et fe'exprime constamment de la manière la piuê polie quand il parle de leurs travaux , mêm© lorsqu'il en relève les imperfections : s'il se montre sétère, ce n'est que contre les mauvaises doctrine! et leë faux principes. Chee lui les éloges sont dis-^ tribuéÉ avec discrétion , et la censure, si elle pouvait devenir rigoureuse , n'en lerait pas moins tempérée par l'urbanité : maître de ses impressions comme de da plume, îl est calme et grave ^ et n'a jamais le tOû d'un détracteur ou d'un enthousiaste*

Ce qu'on remarque d'abord dans ses articles, c'est qu'il à pris la peine dé lire les ouvrages dont il rend Compte 5 et ce qui n'est pas moins digne d'être signalé, c'est qu'il n'en parle pas autrement qu'il n'en pense. Souvent, à la vérité, il ne dit pas tout, mais il n'est pas Uécessaire de tout dire pour se faire comprendre ; il suffit de mettre les lecteurs en état de juger sainement eux-mêmes du mérite des ouvrages , et , ce devoir, M. Daunou le remplit religieusement, sans de lais&er arrêter par aucune considération personnelle ^ et sans fedre acte de complaisance ou de désobligeance pour qui que ce soit. Aussi tous ses jugements ont^ils une si grande autorité, qu'ils peuvent passer pour des oracles en matière d'érudi* tion et de goût* Lui-même, apôtre fervent des vraies doctrines historiques et littéraires ^ il a ^ dans le lôumal des Savants^ coutribué, autant et peut-être

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plus que personne en France, à étendre et fortifier leur empire.

M. Daunou a composé en outre plusieurs ouvrages à la demande du gouvemement : V Essai historique sur la puissance temporelle des papes est le plus considérable et le plus célèbre. Sans avoir jamais eu la pensée de le désavouer, il ne jugea pas à propos d'y mettre son nom. Il feignit même que c'était la traduction d'un manuscrit espagnol découvert à Saragosse par des Français au mois de novem^ bre 1809, et que Tauteur en était inconnu, ou du moins qu'on ne le connaissait pas d'une manière assez positive. Il m'est impossible de découvrir le motif d'une pareille fiction, si contraire au caractère de M. Daunou, et à laquelle, du reste, il ne s'est pas autrement mis en peine de donner une couleur de vérité. Néanmoins, en observant que le sujet n'était pas de son choix, s'il était de son goût, et que composer un livre de ce genre, c'était peut-être trop pour l'ancien oratorien et trop peu pour le philosophe, on pourra concevoir qu'il ait eu quelque scrupule de le traiter entièrement comme un enfant légitime et de l'honorer de son propre nom.

Cet ouvrage de circonstance, que l'auteur appelle modestement un faible et trop rapide essai, contient le résumé exact et savant tant de l'histoire personnelle des papes que des principaux actes de la cour romaine. Les preuves sont abondantes et les citations précises ; la forme est sévère , et le style peu orné, quoique toujours coulant et pur. Les faits se pressent; au contraire, les réflexions et les jugements

ont été fort épargnés. Mais , pour être rares , ils n'en sont pas moins rigoureux quelquefois. Nous y lisons ce qui suit : « Le fait le mieux démontré pour toute l'histoire moderne, est que la papauté ^ telle qu^elle est devenue depuis le ix" siècle, a été d*âge en âge la principale cause des malheurs de l'Europe *. » La conclusion suivante est de même très-dure, w Non, dit l'auteur, la puissance papale ne saurait survivre à tant de honte : son heure est venue ; et il ne reste plus aux papes qu'à redevenir, comme dans les sept premiers siècles, d'humbles pasteurs, d'édifiants apôtres : c'est une assez belle destinée*. » Quant au but politique du moment, il est très-clairement indiqué. Pie VII refusant de nommer aux sièges qui vaquaient alors (en 1809) dans l'Empire, on prétend démontrer qu'un évêque nommé par le prince peut recevoir du métropolitain l'institution canonique, sans qu'il soit nécessaire de recourir à l'intervention du pape. « A l'exemple de saint Louis et de Charles VII, le gouverneiment français, continue M. Daunou, peut, sans nul doute, publier une pragmatique sanction, qui, conforme en tout à l'Évangile, aux maximes de l'Église gallicane, aux constitutions et aux lois civiles de l'Empire, rappelle enfin le pontificat à sa modestie primitive, et l'oblige à redevenir édifiant, ou l'empêche au moins de nuire plus longtemps à la religion chrétienne et à la tranquillité des peuples*. »

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