Voltaire Dalibon, t. XXXVIH, p
2. Mémoires de l'Institut^ Sciences morales et politiques j t.V.
gou8 l'influence de leurs audacieux écrits. Toutefois il n'alla pas d*abord aussi loin que Rousseau^ et soutint contre lui que les principes fondamentaux de la religion chrétienne, loin d'être contraires, sont essentiellement favorables à ceux d'une association et d'un pouvoir politiques. Il affirme que le sacerdoce, ramené à sa primitive institution, deviendrait la plus bienfaisante des magistratures, et démontre l'accord du christianisme avec la liberté, w Le christianisme, dit-il, prêche la dépendance, sans laquelle il n'y a point de société; et il ne prêche pas la servitude, qui dessèche toutes les vertus.... » 11 reproche même à Rousseau de nier la possibilité d'une révélation , et de mettre ainsi des bornes à la puissance de Dieu, en méconnaissant celles qui circonscrivent la raison humaine. Mais en même temps il déclare que le christianisme doit être dégagé des souillures qu'il a contractées dans le cours des siècles, et que c'est au Corps législatif qu'il appartient de le purger des abus qui le déshonorent. « Refondez, s'écrie-t-il , ces informes collections de lois bizarres que vous appelez droit canon ; brûlez le concordat; mais adorez l'Évangile, et, en cessant d'être dupes , ne cessez pas d'être chrétiens \ »
Tel était le langage du jeune oratorien en 1790; et depuis , sauf quelque^ï paroles véhémentes que , du haut de la tribune de la Convention et du conseil des Cinq-Cents, M lança contre la superstition en
1. Journal eneyelopédique , 1790, t. I, p. 486-463, et t. II, p. 98-107.
général, et sauf son Essai sur la puissance temporelle des papes, je ne crois pas qu'il ait rien publié d*hostiIe, soit à la religion catholique, soit à la cour de Rome. Tout le monde rendra même justice à Tattention qu*il avait de ne blesser jamais les opinions ou les croyances qui n'étaient pas les siennes. La tolérance, ce premier dogme philosophique, sinon la première vertu des philosophes, habitait dans son cœur et lui faisait un devoir de cette réserve, outre que la loi suprême des convenances, qu'il ne transgressa jamais, eût suffi pour la lui imposer. Aucune dissidence de sentiments ne pouvait l'empêcher d'être juste, et chez lui la droiture était toujours plus forte que les doctrines.
Il professait d'ailleurs et proclamait les principaux dogmes qui sont la sanction de la mprale et la sauvegarde de la société. « La simple philosophie, dit-il, par le seul raisonnement, c'est-à-dire par des séries méthodiques d'observations, de déductions et d'analyses, s'est élevée jusqu'aux dogmes qui proclament l'existence et l'unité de Dieu, l'immatérialité des âmes humaines , les récompenses et les peines qui leur sont réservées dans une vie future K M Qu'il me soit permis de rapporter encore ce passage remarquable que j'emprunte à son Cours d'histoire : « Nous retrouvons chez tous les peuples la connaissance et le culte du maître de l'univers, puissance éternelle, sagesse infinie, en qui tout est perfection, par qui tout vit, tout se meut et s'or-