DESCHAMBAULT
Sur un mont escarpé que cent beaux pins couronnent, De ieur feuillage épais les ombres t’'environnent.
La vapeur et les vents conduisent les vaisseaux,
Sur un fleuve profond, orgueilleux de ses eaux.
Sur toi, séjour heureux, souffle le doux zéphire ;
Pour t’orner, avec l'art, la nature conspire (a).
Mais quittons les rêveries poétiques. Deschambault, Portneuf, leurs bons souvenirs, les légendes de ces romantiques localités, ne doivent pas nous détourner plus long-
(a) Cette traduction est dus à ls plume intelligente de M. Jacques Paquie, décédé an muis de décembre 1547, à Seint-Eustsche. C'était un bomme d'une grande artivité. Son infatigable épergie le portait à s'occuper de wat. Ce serait une iujustine, nrammeins, à la mémoire de ce prétre isbureuz, de juger ses esuus Litieraures d'apres ler progres de la seionce actuelle, piutét que d'agses l'étet Ge le itiéruture à l'époque vu ii twraçait inismeusemeut res vues. Een. tuutelins, que, pronnteur mélé, elle et éclairé de : “ducatis e1 eme dr d'agriculture. à à cime Gen trans de ne que pensant due cc Lesmnque daffieridenr Ge prune à Le patine Ge Pet Éoutigeons «4 5 à demmert: Jens De Fans ue
“temps de notre étude de la vie et des vertus d’un bon prêtre, dont le souvenir vit encore, là aussi, dans les traditions de famille.
Depuis près de deux ans, M. l’abbé Leprohon faisait le bonheur du curé de Deschambault et l'édification de la paroisse, lorsque l'heure du départ sonna. II fut appelé à remplacer, à Belœil, M. Pierre Fréchette, que la mort enlevait à un âge peu avancé (a). A la voix de son évêque, le vicaire de Deschambault quitta donc sa solitude enchantée. Il se rendit sans murmurer au poste qui lui était assigné. Dans sa nouvelle paroisse, il se Jivra aux fonelions du saint ministère avec cette prudence et ces mesures de charité dont il ne se départit jamais. I] faisait de la prédication et de la direction des consciences son occupation journalière. C’est avec un zèle remarquable qu'il dirigea toutes choses. Il sut se concilier l'estime et le respect de ses paroissiens sans rien sacrifier, sans rien relâcher même, des droits et de la dignité du ministère qui lui était confié.
Consultant plutôt sa charité que ses ressources, le-euré de Belœil s'intéressa tout d'abord au sort des pauvres : et ce en homme qui connaissait leurs besoins et qui voulait les amoindrir. Ce bonheur ne lui Gt jamais défaut, pas plus à Nicolet, vingt-cinq ans plus tard, qu'à Bekwil. « Beatus
(a) M Pire Fréchete, élève du Séminaire de Québec, ordonné le 18 Gformbre 176 srmt suovdé à M Jeen-Françe Hrbert, dau le meme de Bandwict «1 de Diétput jumngue ve éemuer eût té appelé pur Mer Lrengis, pour étre con à le change de cundiuteur de QGuéber. Lay evex qu'un ae que M Foret était à one gutes Lursqu'E en laisses ds change à DE Fos-X Buier. pus me ronde 2 Sete rs Ge Gomme gun muse era € aller à Bert surc@m à Æ FO Sonseus ou annee € Pier nome + eu des Jaune Bovvren M Frocintie ef mur: à Dada de 6 jauveer LH
qui intelligit super egenum et pauperem. » Ce n'était pas assez pour sa belle âme de donner les soins spirituels les plus assidus à ses malades, il les visitait très-souvent, leur portait des douceurs, des provisions, des remèdes, selon que leur état de faiblesse ou d’infortune le réclamait. Ce bon prêtre leur apparaissait soudain, à des moments inattendus, apportant de douces paroles, de tendres soins et des suggestions encourageantes et consolantes. Il était auprès d'eux doux, comme toujours, affable, bon et trèsofficieux. Ses manières élaient, uéanmoins, toujours nobles, prévenantes et simples à la fois.
Son désintéressement égalait sa piété. C'est ce sentiment qui lui faisait sacrifier chaque jour ses modiques ressources. Tous ses revenus, tant qu'il fut euré, appartenaient aux pauvres de sa paroisse, comme, plus tard, son patrimeine fut consacré au soutien des élèves pauvres du ccllége. Car, il faut le dire, M. Leprohon, dans tous les temps, n’a été que l'administrateur de son modeste avoir. Pour faire face à sa pieuse générosité, pour répondre aux besoins d’une foule de personnes qui recouraient à sa bonté, ii se réduisait toujours au plus strict nécessaire,
Prédicateur remarquable par le senument et par l'expression d'une piété profonde et communscative, par une dicton naturelle et parfaitement adaptée aux sujets qu'il traitait, M. Leprohos était en outre doué d'un bel organe. Sa voix faste, vibrante, lui rendait facile Îs tâche de domemer son avAoire et de le captiver sous sa parole. Tous ss dis cours portent Le cachet d'en esprit ertare, exact, sèvere ef Beihedique + detnus 10e Par De hguete ra pod +4 perame de meurs Abri. € aflusseut À saga
lée pour agir fortement sur l'imagination, pour émouvoir Îesconsciences et pour affermir dans la foi.
Si nous ne craignions pas d’être trop prolixe, nous ajouterions qu’à la chaire évangélique, M l'abbé Leprohon a fait preuve d’un talent oratoire remarquable. Dans le ministère de la parole il était infatigable, comme, dans toutes les actions de sa vie, il s'est montré animé d’une charité inépuisable à l'égard de ses ouailles qui le vénéraient comme un bienfaiteur.
Sous peine de passer pour diffus, arrêtons-nous un moment sur le genre d’éloquence auquel il se donnait.
M. Leprohon maniait les sujets les plus arides avec talent, paree que l’étude constante qu'il faisait des livres saintset des maximes spirituelles l'avaient familiarisé avec tous lessujets de la doetrine ehrétienne et de la morale évangélique. Toujours varié dans la forme, toujours fécond, mais toujours familier et noble à la fois, cet orateur populaire évitait les idées métaphysiques, les longues périodes, les termes recherchés, les expressions, comme aussi les mouvements extraordinaires. Cependant, toujours chaleureux, il était aussi toujours clair et précis. Il avait une méthode oratoire dégagée d’ornements frivoles, de phrases à prétentions et de figures recherchées. Comme saint Jean-Chrysostôme, il voulait être à la portée des esprits les plus simples, et captiver l'attention des plus petits, des plus humbles. II voulait émouvoir les uns, ipstruire les autres et convaincre tout son auditoire. Voilà l'érateur éloquent—<c’est l'orateur populaire.
Sa diction était pure et correcte, son sty}e élevé, mais simple en même temps. Son argumentation était serrée, solide, persuasive et entrainanie ; ei son geste avait une telle expresse quil deanañ une auterite imcaicuiabie à s2 paroke.
Burn me | ui irc dame «es discours, parce que son but at Gel EUR ne LA Mer ad Uèor el msi sugtl Mpdile date
le cälme. Décidé, au-dessus du respect humain, élevé comme celui qui est mû par de fortes convictions, M. Leprohon parlait avec force, allait droit au but, présentait, sans les dissimuler, les objections pour les pulvériser, répétait les prétextes pour en montrer la futilité; et, enfin, par une analyse abondante, ingénieuse et savante, il résumait <e que les saints docteurs ou les maîtres de la vie spirituelle avaient dit sur le sujet qu’il développait. Puis, à l'aide de ces procédés sûrs et efficaces, il triomphait du langage des passions.
Comme tantôt il développait les grandes vérités qui sont la base de la religion, comme le plus souvent il avait à déæouvrir à l’homme ce fonds de misères et de vices que lui déguise son orgueil, et qu'il avait à varier ses tons, nous signalerons, dans l’occasion, ne fût-ce que transitoirement, des modes, les procédés ingénieux, délicats et charitables auxquels son zèle le faisait recourir, soit pour dégager les esprits obseureis par la corruption, soit pour faire briller à de jeunes intelligences les principes ou les conséquences des vérités du christianisme.
Pendant que M. le cure de Beloil s'occupait sans relâche dans sa paroisse à faire servir lieu et bésir la religion, il fut réglé qu'à l'ouverture de l'année classique suivante (0etobre 1816, il se rendrait au collége de Nicolet pour y remplacer M. Archambault dans les fonctions de directeur. Son énergie ei son habileté supérieures, Fimportance des services qu'il avait rendus asteneurement à |'inststutson. Lout be désignant au cho de l'Evèque de Quels
Le vertueux cure demande d es vrai. à éemeuns plus bunsirmpe das «2 Mode pra caen, cg 1 4408 26f e-ipasoug
de bien à faire ; mais l'Evêque, ayant mis ses services en réquisition en faveur du collége de Nicolet, et ne croyant pas devoir se départir de cet arrangement, M. l’abbé Leprohon s’y rendit sans mot dire. Sa position était délicate, mais, en bon soldat, il sut plier sa tente, sans s'occuper d'’avantage de ce qui restait à faire à Belœil. En bon ecclésiastique, chez qui on doit trouver obéissance égale au zèle, il oublia les consolations qu'il avait trouvées dans son ministère, il ferma ses oreilles aux regrets de ceux auxquels il avait été utile. Les paroissiens de Belœil demandèrent, en vain, qu’on leur laissât ce pieux pasteur, enlevé trop tôtà leur affection. Mgr. Plessis considérait comme le premier de ses. devoirs de surveiller les établissements d'éducation. Le prélat voulait, avant tout, que les études y fussent fortes, solides, en même temps qu'inspirées par la religion la plus pure. Il tint ferme contre leurs respectueuses démarches pour assurer la continuation des services de M. Leprohon à l'établissement d'éducation qu'il protégeait si efficacement. Les paroissiens de Belæil ont, néanmoins, gardé longtemps le souvenir de son zèle, de sa régularité et de sa douce piété.
Suivant les arrangements de son supérieur ecclésiastique, M. Leprohon se rendit au collége de Nicolet. M. Archambault consentit à se charger de la eure de Saint-Michel de Vaudreuil (a) devenue vacante par le décès de M. Deguire, senior (b), et M. l'abbé Prevost, de la cure de Saint-Mathias, remplaca M. Leprohon à la eure de Saint-Mathieu de Belæil,
(a) Voy.: Note sur M. Archambault, au bas de la page 48 de l’article sur M. RBaimbault.
(t) M.J. Bte. Larose-Deguire mourut à Vaudreuil, le 14 décembre 1815, à 71 ans, 9 mois et 8 jours. M. Joseph L Dezuire, décédé au mois d'avril 1813, était son fils; ce dernier est mort à Lavaltrie. M l'abbé Deguire, père, était forgeron et demeurait à la Pointe-aus-Trembles. Son épouse étant morte, il deu snda l'eutrée du sanctuaire, et fut «rdonné prétre quatre ans apres le déces de sem «pourse. Outre l'abbé Joseph, :l avait ua autre fl: qui fut notaire, et un troimietme qui mourut er bas ge M Deguire, père, arait étudié au séminaire de québec. II quitta » livres pour prendre ie monsquet dons ia guerre d'iavanme em 177:
qu’il desservit jusqu'au mois de septembre 1820, où il mourut, âgé de près de soixante ans, dans sa trente-quatrième année de prêtrise. M. Prevost était animé d'un zèle prudent et éclairé. Il avait en outre la réputation d'être un habile administrateur.
M. Raimbault, Supérieur du Séminaire de Nicolet, subjugué par l'ascendant du mérite, et par la bonté de cœur de M. Leprohon, l'avait désigné depuis longtemps au choix de l'Evêque de Québec, et décida ce dernier à l’attacher à une institution au service de laquelle il avait, antérieurement, donné déjà des gages de son dévouement. Ces deux vertueux ecclésiastiques étaient intimement liés l'un à l’autre. Il semble qu'ils étaient inséparables ; et tous les jours, nous trouvons encore leurs noms dans la bouche de leurs contemporains, qui révèrent en eux deux amis de la science et de l'éducation.
On s’est tellement habi'ué à réunir ces deux noms, qu'il devient utile de ne pas confondre leurs caractèresdifférents, comme leurs talents. Rendons justice égale à des mérites également remarquables. « Suum euique » Ces deux vertueux prètres furent incontestablement deux hommes dont la carrière a été des plus honorables. Tous deux ont éminemment concours à l'avancement de la noble cause de l'éducalion en celie province ; et lous deux, par leurs grandes qualités, ont bien mérité de la religion et du pays, quoique à des Litres un peu différents.
M. Leprohon fut meint-nu par les circonstances dans un rôle plus modeste ; le nom de M. Raimbault plus lié à la chose publique, se trouve plus attaché aux événecents du temps où 1 vecut.
M. l'abbé Leprohon, plus communicatif, et, à la fois, plus ami de la solitude, du silence et de Pobscurité, trouvait son plus grand bonheur à s'occuper du bonheur des autres. M. Raimbault, plus pensif, plus concentré, plus sensible, peutêtre, désirait néanmoins le bonheur de lous, mais il n’avait ni l'énergie ni l’activité de M. Leprohon. L'un soignait plus les détails, l’autre embrassait plus facilement l'ensemble d'une affaire. M. Raimbaull était éminemment qualifié pour présider, comme M. Leprohon pour le seconder, Sans doute, le premier était comme l'âme du Séminaire de Nicolet, mais le second en était vraiment le cœur. Celui-ci était plus amical dans ses procédés, celui-là, cependant, était ami fidèle et dévoué, bien que plus maniéré et plus réservé. M. Raimbault avait plus de dignité, ii est vrai, plus d’urbanité, plus de noblesse même dans ses allures, mais M. Leprohon était plus bienveillant, plus sociable et, parfois, plus entraînant par sa touchante bonté. M. le Supérieur fit aimer la vertu dans le monde, et M. le Directeur fit plus aimer la solitude et les conseils ‘4 l’ascétisme. Enfin, si l'un avait plus de chaleur, l'autre avait plus de lumières.
Ajoutons encore que si, d'un côté, M. Raimbault était plus façonné à l'école des muses, si son esprit ‘tait plus orné, plus richement pourvu de connaissances variées et solides, s’il était enfin plus homme de cabinet, M. Leprohon, d’un autre côté, était plus simple dans les formes, plus profond dans la direction, plus empressé, plus dévoué, si non plus constant, au moins plus généreux et plus homme de conseil. Celui-ci avait une influence profonde sur la jeunesse qui était confiée à sa sollicitude, mais l'influence de celuilà était plus grande, plus étendue, plus générale dans les circonstances où il vécut. M. Rainrbault trouva partout des admirateurs ; et partout aussi M. Leprohon se faisait des disciples, des amis. Quoique austère en apparence, et, parfois, usaut de formes un peu âpres, M. le Directeur était, néanmoins, loujours uni, Compalissant et paternel ; M. le
Supérieur Raimbault, quoique plus digne, était aussi plus grave, plus froid, et, en toutes choses, plus mesuré. Enfin, ces deux hommes éminents, identifiés à la même œuvre, stimulés par la même ardeur et pour les mêmes motifs, s’entendaient parfaitemert pour l'exécution des mêmes projets. Unis dans les mêmes travaux, animés des mêmes vertus, également humbles, pieux, réguliers et zélés, soutiens généreux et désintéressés, guides de la jeunesse studieuse, rapprochés par les mêmes vertus, sans se ressembler par les mêmes sentiments ni par le même caractère, ils passèrent plus de trente ans dans une constante communauté de pensées et de vues, dans une douce et continuelle amitié qu'aucun nuage ne vint altérer.
Sans nous occuper davantage des relations, des sympathies qui existèrent entre ces deux laborieux ecclésiastiques, rendons hommage à Dieu qui sait incliner la volonté des hommes, vers le genre de travail auquel il les appelle et qui leur donne les qualités nécessaires pour y réussir.
L'air froid, sec, et parfois sévère, qu'on remarquait sur les traits de M. Leprohon, aurait fait soupconner, dès le premier abord, qu’un pareil sujet était déplacé à la tête d’une maison d'éducation ; mais bientôt on reconnaissait les qualités de son bon cœur et que sa grande âme était de mise partout pour faire le bonheur des autres. Tous les ecclésiastiques de la maisoh étaient heureux et fiers de voir à leur tête celui que partout on proclamait comme un modèle. On entend parler parfois de son air austère, mais ce ne peut être que par ceux qui exigent des supérieurs une vertu
eipes, loin d’atténuer en eux les qualités aimables, leur donne un éclat plus tempéré, plus doux.
Tous ceux, en effet, qui ont conra M. Leprohon rendent justice à l'élévation de son esprit, à sa touchante charité. Tous applaudissent à ce dévouement sans bornes pour la jeunesse confiée à sa sollicitude. Toutes ses démarches, tous ses actes prouvaient qu’un meilleur choix était impossible, et qu'il avait, à un haut degré, les aptitudes et les talents requis pour la direction d’une maison de hautes études. Il est remarquable que son début même dans l'administration ne se ressentit aucunement de sa jeunesse.
Rendu au collége par le grand évêque, M. l'abbé Leprohon montra qu’il avait toutes les qualités, et mieux toutes les vertus qu’exigeait l'emploi qui lui était dévolu. Il ne tarda pas à se vouer tout entier, sans trève et sans merci, à l'éducation des enfants. On peut donc dire de lui ce qui a été dit de l'abbé de l’Epée, qui consacra toute sa vie, avec un zèle infatigable, une charité ardente et une héroïque philanthropie, aux soins des sourds-muets: «L'abbé était comme un père au milieu de ses enfants, il se dépouillait pour les couvrir et portait des vêtements usés pour leur en procurer de bons.» Souvent même, dans les besoins pressants de ses petits protégés, le vertueux M. Leprohon anticipait sur ses revenus futurs en leur faveur, ou intéressait à leur sort les personnes bienveillantes de sa connaissance. Combien d'enfants, oubliés en quelque sorte, mal chaussés, mal vêtus, mal pourvus, passaient l’année scolaire sans subsides, sans recevoir aucun Cadeau, aucupe gralification, aucune visite de leurs parents, et cependant n'avaient pas fait de dettes au bout des douze mois? En congés, en vacances. en classe, ils n'avaient eu néanmoins aseun pécule à leur disposition. Les petits dons, les petites industries du bon prêtre, et son modique budget leur avaient fait traverser l'année sans chagrin. On avait beau raisonner, le taxer d'imprudence, le pieux directeur laissait dire et maintenait
ses distributions. Il avait de l'expérience et croyait que, si la prudence est nécessaire, la confiance en la Providence est toujours de saison.
La solidité de ses principes défendait M. l'abbé Leprohon contre les procédés de l’ambition, contre les folles dépenses et contre les autres vaniteuses prétentions de l'amour-propre. Elle avait en outr: l'avantage de le fortifier contre l'abattement ; et c'est grâce à elle s’il se plaisait dans des milieux qui, d'ordinaire, ne sont guères agréables.
Rien ne ie fatiguait, rien ne le rebutait, rien ne le contrariait. Ce modeste lévite, toujours actif, toujours zélé, toujours au service des autres, était cependant toujours content, toujours dévoué, toujours gai, dispos et empressé. Les éloges se mullipliaient à son adresse, comme il multipliait ses œuvres ; mais 1l avait pris son part, il ne les entendait pas, il v était parfaitement insensible,
Le jeune abbé se reposait un instant à genoux après chaque exercice, après l'étude, après la classe, et disait qu'il savourait en ce moment le plaisir qu’il avait éprouvé en rendant service. Dans une occasion, il ajouta qu'un mot de prière après un travail d'une heure lui donnait repos et consolation ; et que, de plus, il y trouvait zèle et courage pour entreprendre une autre tâche.
Lors de son arrivée à Nicolet, lorsqu'il y fut appelé comme régent et comme professeur de français, on remarqua de bonne heure que les réeréalions ordinaires, les jeux et les autres amusements auxquels << portent si impélueusement les jeunes gens, ne salisiaisaient qu'a deux le jeune ecclé-
siastique. Aussi ne fut-il pas longtemps au Collège avant de demander qu'on lui permit de faire une demi-heure de catéc<hisme tous les soirs, avant la prière ordinaire. Ces détails pourront paraître puérils à quelques-uns, mais ils montrent une imagination féconde en mesures propres à occuper et même à aîguillonner les natures les plus indolentes.
Et cette demi-heure que l'abbé passait au müieu d'une douzaine d'élèves, était employée à leur expliquer leurs prières, au développement des vérités de la religion et des ressources qu'elles offrent à l'homme pour son bonheur.
Pendant que les enfants, qu'il évangélisait avec le plus généreux amour, goûtaient son inépuisable sensibilité, les professeurs et les directeurs de la maison admiraient à la fois son incomparable modestie et ce zèle qui ne se ralentissait jamais.
Dans les récompenses qu'il offrait à ces jeunes enfants si candides, ses pieuses industries montraient encore comme il était ingénieux à les soutenir et à lesstimuler. L'un devait servir la messe, —l’autre figurerait dans une procession, — celui-ci serait fleuriste—celui-là porterait des parfums, etc., etc.
C'est par ces moyens qu'il faisait aimer aux enfants pieux les cérémonies du culte si pleines d’attraits peur tous les âges. Sur quelques-uns, déjà, il fondait des espérances flatteuses que ces jeunes gens ont justifiées pour la plupart.
Tantôt ÿl disait gravement :— Vous avez bien étudié cette semaine ; eh bien, mes enfants, au prochain congé nous irons cueillir des fleurs pour les autels.
Tantôt il disait à l’un :—« Mon petit ami, vous aimez bien le bon Dieu, je vais placer vos fleurs à l'autel de façon qu'elles soient les plus rapprochées du Saint-Sacrement. » Puis à l'autre :—« Vos fleurs, mon cher, soni belles ; je veux les placer avantageusement ; mais tâchez, vous aussi, d'être toujours une belle fleur devant le bon Dieu »
Quelques années plus tard, lorsque M. Leprobon fut mis
à la tête de l'institution, il voulut que l’enseignement du eatéchisme se fit chaque jour pour les jeunes élèves ; et, assez souvent, le pieux directeur se soustrayait à læ compagnie de ses confrères, ou disparaissait des salles, pour assister à la répétition des leçons de l'enseignement religieux, soit pour y encourager ses petils amis, soit pour soulager le régent auquel était dévolue la tâche de les catéchiser.
On a vu qu'à chaque succès, M. Leprohon réservait à ses élèves les agréments de quelque fête ou le plaisir d'aller cueillir nouvelle corbeille pour orner le sanctuaire de la chapelle des dépouiHes parfumées des prés et des côteaux.
Avait-on fait bouquets et guirlandes pour longtemps, l'a- Bondance et la fraîcheur des festons dispensaient de retourner si (ôL à la prairie, au bois, au vallon. L'habile pédagogue offrait soudain à ses petits amis, si ingénus, et parfois fort turbulents, Foecasion d'aller faire cueillette de fruits, soit de fraises, soit de bluets, selon la saison, Des joies, des trépisnements aecueillaient d'ordinaire ees généreuses paroles ; et, pendant ces heures joyeuses, les fruits, comme aussi les fleurs champêtres, tombaient sous leurs doigts avides et besogneux. Chargés de butin conquis sur le règne végétal, la bruyante troupe venait encore déposer au pied des autels bouquets et fesions, après avoir savouré les délicieux fruits de la saison.
Comme aussi chaque saison amenait nouvelles fleurs et nouveaux fruits, le pieux catéchuste variast les récompenses et ses parures d'autels au retour des fêtes rehgieuses et des grands jours, trouvant ainsi moven de changer Les ornements du modeste eratoire et d'eurichur les jeunes cœurs de la scwner rehgeuse.
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Le jour où la consolante nouvelle de l'incorperation du collège fut apportée à Nicolet, M. Leprohon voulait que ce fût un jour de fête dans la maison. C'était pour donner aux élèves l'occasion de se réjouir de ce que le gracieux monarque exerçait, en faveur de la jeunesse canadienne, un de ses plus beaux priviléges, en décernant une marque de confiance à ses sujets catholiques du Canada. Ce futune fête à laquelle s’associèrent les élèves, lesadministrateurs, tout le personnel et les amis de l'établissement ; car tous ceux qui s'intéressaient à la noble cause de l'éducation, voyaient leurs efforts reconnus, appréciés et récompensés, et les services d'hommes expérimentés et dévoués assurés par à à leurs successeurs, Bien plus, ee fut une fêle pour tous les bons catholiques qui voyaient dans celte nouvelle maison incorporée un asile stable, fixe et assuré à leurs descendants.